Éparchie Orthodoxe de Paris France Ukraine

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L’Orthodoxie et l’œcuménisme 

Ou les contradictions   d’un dialogue

Par le Métropolite Michel Laroche

 

 

Lors de la réunion du Grand Concile Pan-orthodoxe de mois de juin 2016 en Crête, la question de considérer ou non l'Eglise de Rome comme un Eglise certes séparée de la communion de l'Unique Eglise Orthodoxe ou un "groupe chrétien schismatique" a divisé certains membres de l'épiscopat grec. En réalité cette question est ancienne et a connu de nombreuses réponses souvent contradictoires dans l'histoire. Dans un article prémonitoire des discutions qui ont eu lieu récemment Son Eminence le Métropolite Michel Laroche défendait déjà en 2013 la position lucide de Sa Sainteté le patriarche Bartholoméos de Constantinople.

 

 

L’Orthodoxie et l’œcuménisme 

Ou les contradictions  d’un dialogue

Par le Métropolite Michel Laroche


3 saints.jpgIcône des Trois Saints Docteurs Confesseurs  de la Foi Orthodoxe


Introduction.

Le dialogue cinquantenaire de l’Église Orthodoxe avec l’Église Catholique Romaine donne aujourd’hui lieu à un débat passionné dans l’Orthodoxie. Des déclarations hostiles à ce dialogue provenant tant d’une partie de l’épiscopat canonique Orthodoxe, que de nombreux higoumènes des principaux monastères de Grèce, que de la Sainte Communauté des Moines du Mont Athos sont régulièrement publiées. Les dernières en dates contiennent des affirmations péremptoires sur la manière (application des règles canoniques qui ne sont pas citées), dont on devrait discuter ou ne pas discuter avec des hétérodoxes, et comment les recevoir (obligatoirement par le Baptême selon ces déclarations) dans la communion de l’Église Orthodoxe après leur conversion. Dans cet article nous nous efforcerons de donner au lecteur les véritables usages canoniques que nos saints Pères ont eus en face des situations semblables ; ce qui fait référence à l’histoire des conciles œcuméniques et de certains conciles généraux qui ont tous eu à traiter de la « réintégration des hérétiques et des schismatiques » selon la terminologie canonique  et qui constituent la jurisprudence œcuménique qui doit obligatoirement s’appliquer dans notre sainte Église  Orthodoxe.

                            Une nouvelle « Confession de la Foi Orthodoxe »

                                  vient perturber le dialogue œcuménique.

Dans sa page du 12 octobre 2009 le magazine internet «  Orthodoxie » rapporte un événement  lourd de significations sur les contradictions qui pèsent sur  le dialogue entre Orthodoxe et Catholiques. A la suite de la réunion de Ravenne présentée unilatéralement comme un succès par le patriarcat de Constantinople, le  problème de la primauté de l’évêque de Rome  soulève dans l’Église Orthodoxe, celui de la primauté d’honneur ou inter pares du siège de Constantinople. La sortie tumultueuse de la délégation russe - il est vrai pour un autre motif : la présence de délégués  de l’Église Apostolique Estonienne - n’avait pas permis de trouver avec la sérénité nécessaire à un tel débat, au sein même des délégations orthodoxes,  des voies convergentes  permettant de s’adresser d’une seule voix au siège  de Rome.

La perspective d’une discussion plus approfondie sur la question épineuse de la primauté de l’Église de Rome lors de la réunion de Chypre qui vient d’avoir lieu a provoqué et provoque encore  des réactions hostiles de nombreux clercs, moines, théologiens et simples croyants, sur le  principe même d’un tel dialogue. La nature même de ce dialogue leur  fait craindre que le patriarcat de Constantinople, pour s’assurer de sa propre primauté qui lui est contestée par le patriarcat de Moscou, ne soit enclin à des compromis avec Rome. Une lettre présentée sous forme de « confession de foi » que nous allons tenter  d’analyser a été  signée par cinq des higoumènes du Mont Athos, et par les higoumènes des principaux monastères de Grèce, de nombreux métropolites de cette église, quelques évêques serbes et  des professeurs de théologie. Nous ne citerons pas dans le détail le catalogue des points dogmatiques énumérés dans la « Confession de foi » qui séparent les Catholiques des Orthodoxes, qui  s’ils sont justes sur le fond, par leur présentation  d’une manière zélote et fanatique, paraissent   davantage  destinés à blesser ceux dont nous désirons la conversion, qu’à les convaincre fraternellement de leurs erreurs.
Mentionnons simplement le « Filioque procedit », la primauté et l’infaillibilité du pape, l’usage du pain sans levain pour l’Eucharistie, le feu du purgatoire, l’immaculée conception, la forme du baptême sans réelle triple  immersion, le sacrement de l’onction différé,  le commerce des indulgences (les auteurs de ce texte ne savent pas que cette pratique n’existe plus dans l’Église Catholique !) et le fait que le Vatican est un état souverain. Ce texte aborde également un point très pertinent  concernant  des rituels inspirés du protestantisme, introduits dans le culte Catholique dans certaines paroisses ou communautés, tels que la danse dans la messe,  des prophéties spontanées énoncées au cours de la messe par des croyants etc… qui ont cours dans des groupes charismatiques, toutes pratiques  très choquantes pour le monde orthodoxe. Mais comme le supposent et le laissent entendre les auteurs de cette confession de foi, existe-t-il un danger de quelque nature que ce soit pour que nous reconnaissions un jour, dans un avenir proche ou lointain,  la validité de tels usages ou  certains des points dogmatiques que nous ne partageons pas, ou comme une rumeur s’est propagée, que le patriarcat de Constantinople était sur le point de reconnaître la primauté pétrinienne ? 
Sans dissimuler que l’ensemble de ces sujets pose de véritables questions aux orthodoxes, même à ceux qui sont favorables à l’œcuménisme, nous pensons que les conclusions qui sont apportées par les signataires de ce texte ne sont  pas exemptes d’affirmations hâtives et  erronées.
Pourtant, peu soupçonnable d’être complaisant vis-à-vis du patriarcat de Constantinople, l’Auteur de cet article considère donc qu’aujourd’hui on fait à la GrandeÉglise, comme à Sa Toute Sainteté le patriarche Bartholomée et au théologien et historien de l’ecclésiologie  Son Éminence le métropolite Jean de Pergame (Zizioulas) un mauvais procès.
Quelle est en réalité la  véritable interrogation que posent les signataires de cette « Confession de foi » ?
Nous pensons qu’il est question pour eux, comme pour nous,  de ce que devrait être la nature du dialogue avec une communauté séparée de l’église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, c’est-à-dire de l’Église Orthodoxe.
Avant de tenter de répondre à cette question il nous faut préalablement « répondre » aux affirmations contenus dans cette nouvelle « Confession de foi ».
Examinons pour commencer l’une des  affirmations qui tombe comme un couperet de ce texte : « Pour l’incorporation des hérétiques dans l’Église, la rigueur canonique exige qu’ils soient reçus par le baptême. »  et plus loin « Jusqu’au début du XXe siècle l’Église avait une attitude immuable et stable dans le rejet et la condamnation de toutes les hérésies comme cela figure dans le Synodikon de l’Orthodoxie… »

Une autre affirmation qui vient corroborer le texte de la « Confession de foi «  est celle  de la déclaration signée le 8 octobre dernier (2009) par la sainte communauté du Mont Athos qui affirme que : la seule condition préalable à la discussion de la question de la primauté est le retour des catholiques romains à la foi orthodoxe et à la conciliarité de  l’Église Orthodoxe, et non « l’union dans la diversité «  des dogmes. » Ce qui signifie que toutes les discussions qui ont  comme but le retour de la partie schismatique dans l’Église Une, ne devraient se faire qu’après que l’Église de Rome ait renoncé au papisme et à ses autres hérésies, seules conditions préalables à ces discussion selon la terminologie employée dans le texte des moines athonites.
De telles affirmations sont-elles rigoureusement  exactes ?  A-t-il au contraire existé dans l’Église Orthodoxe, tout au long des siècles, des usages différends évidemment sanctionnés par des conciles œcuméniques, pour recevoir des hétérodoxes ? 
Nous sommes obligés pour y répondre d’examiner l’autorité suprême en la matière : la jurisprudence des Conciles œcuméniques, et qui n’est certainement pas contenue, dans cette terminologie assez vaste pour être imprécise : « La rigueur canonique exige qu’ils soient reçus par le baptême » sans citation du moindre canon qui démontrerait l’immuabilité d’une telle pratique.
Il est aisé de faire des affirmations péremptoires en deux mots, qui impressionnent le lecteur ; mais pour en démontrer l’inanité il faut évidemment  beaucoup plus de deux mots.
Reconnaissons-le, la faiblesse générale du monde Orthodoxe aujourd’hui est son indifférence vis à vis de sa propre histoire. Des auteurs tels que le Père J. Meyendorff, le Père A. Schmemann,  le Père D. Obolensky, le métropolite Jean de Pergame,  capables de s’exprimer à la fois sur le plan théologique et historique sont trop rares. Ne s’appuyer que sur ce que les Pères de l’Église ont écrit, en ignorant le contexte historique dans lequel ils ont exprimé telle ou telle vérité, ne rend pas toutes les dimensions de leur confession de foi. En d’autres termes comment dans la pratique les Pères ont-ils eux-mêmes interprété leurs écrits ? On sera surpris des nuances que les Pères apportaient eux-mêmes aux affirmations telles que « hérétiques, schismatiques, Latins, etc… »

                         La Jurisprudence du Septième Concile Œcuménique

                         sur la réception des hérétiques et des schismatiques.

Le débat est presque aussi ancien que l’Église, et déjà saint Cyprien de Carthage ( 200-258) soutenait lui aussi que le baptême des hérétiques n’était pas valide alors  que le pape saint Etienne Ier (+257) était tenant de l’efficacité d’un baptême donné au Nom des Trois Personnes de la Trinité. Cette question soulevait par voie de conséquence celle de la validité  ou la non validité des sacrements dans une communauté  hérétique et donc schismatique.  C’est ce débat récurrent au sein de l’Église et la réponse qui lui sera donnée lors des conciles œcuméniques, seule autorité qui s’impose à l’ensemble des Églises autocéphales, qui peut apporter la réponse à l’affirmation du texte que nous citons de nouveau : « Pour l’incorporation des hérétiques dans l’Église, la rigueur canonique exige qu’ils soient reçus par le baptême».
La question, concernant un évêque schismatique qui revient dans l’Église est plus vaste, puisque au sein même de son éparchie il est la source de toute la vie sacramentelle dépositaire du pouvoir souverain du Christ de « lier et délier ». Elle est digne d’intérêt, car revêtue en profondeur du manteau de l’ecclésiologie orthodoxe. Cette question maintes fois débattues dans l’Église au cours des siècles  a été résolue lors du dernier et Septième Concile Œcuménique ( Nicèe II)  en 787 dont les canons sont toujours en vigueur dans l’Église Orthodoxe.
La question qui se posait était celle-ci : pouvait-on reconnaître les sacres des évêques schismatiques et hérétiques, tombés dans l’hérésie iconoclaste, repentis et les ordinations ainsi que l’ensemble des sacrements qu’ils avaient conféré  dans le schisme et l’hérésie ? 
Deux conceptions se sont toujours combattues dans l’Église Orthodoxe, celle soutenue par saint Tarasios, saint Méthodios, saint Nicéphorios et plus tard saint Photios, tous patriarches de Constantinople partisans de l’économie, c’est-à-dire l’interprétation miséricordieuse des canons. En revanche la majorité des moines avec à leur tête saint Théodoros du Studion à l’époque encore higoumène du monastère de Saccoudios, était majoritairement pour l’acribie, c’est-à-dire l’interprétation rigoureuse de certains canons (d’autres canons comme nous le verrons reçoivent les hérétiques selon leur rang dans l’épiscopat et ne rebaptisent donc pas) , le non-pardon pour les évêques schismatiques, la non-reconnaissance de la grâce épiscopale. Les moines du Mont Olympe étaient eux partisans avec saint Joannice de l’économie.   La véritable question que posait le concile, malgré cette forte opposition de l’ensemble des moines, présents au concile, était bien celle de l’économie prônée par le patriarche Tarasios qui présidait le concile. C’est celle-ci qui  l’emporta.
On avait  lu dans le concile, un dossier préparé par le patriarche Tarasios dans lequel il citait l’ensemble des canons favorables à la reconnaissance des sacrements chez les hérétiques schismatiques, notamment le canon 8 du premier Concile Œcuménique de Nicée qui reconnaissait aux Cathares, sous certaines conditions, le sacerdoce et l’épiscopat, allant même jusqu’à accepter que dans la ville où il n’y avait pas d’évêque orthodoxe, que l’évêque anciennement Cathare, demeurerait l’évêque du saint troupeau de Dieu. D’autres canons étaient cités dans ce sens, le canon 8 du Concile Œcuménique d’Éphèse, la cinquante-troisième Règle Apostolique, une lettre de saint Basile à Amphiloque, et surtout une lettre d’Athanase d’Alexandrie adressée à Rufianios, et au sujet de laquelle le patriarche Tarasios fit cette remarque ; « Notre Père Athanase oublie les injures.» Pour les évêques extrêmement nombreux tombés dans le schisme et l’hérésie (ici l’iconoclasme) et pour saint Tarasios, la véritable question n’était donc pas, la validité de leur sacre et des sacrements distribués qu’ils ne discutaient pas, mais la sincérité de leur repentir, compte tenu du fait que ceux que l’on jugeait dans le concile avaient continué de résister après le retour officiel de l’Empire au culte iconophile, avec l’avènement de l’impératrice Irène et de son fils, le jeune empereur Constantin.. Dans ces conditions il ne se trouvait personne pour condamner les évêques que l’on jugeait et qui exprimaient plus tardivement que les membres du concile, eux aussi dans leur immense majorité d’anciens iconoclastes,  leur repentir, sauf les moines du Stoudion et de Saccoudios qui tenaient bon dans leur non-reconnaissance de la validité des sacrements donnés dans l’hérésie et le schisme.
La démonstration qui prévalut, et qu’acceptèrent, bien qu’avec réticence, tous les moines présents au concile, est très intéressante à examiner, car elle se fondait, au-delà d’une multitude de canons favorables à l’acribie, sur une toute aussi importante jurisprudence mentionnée partiellement plus haut, qui interprétait ces canons -qui n’étaient pas niés-, dans le sens de l’économie (1) , que ces canons étaient, eux aussi, soumis aux décisions et jurisprudences des conciles œcuméniques. Saint  Tarasios se référait ouvertement dans sa démonstration  au Concile Œcuménique de Chalcédoine (451)  qui avait eu exactement la même situation à gérer : Des évêques qui s’étaient égarés dans le schisme et l’hérésie ( le monophysisme) en suivant Dioscoros  dans le brigandage d’Éphèse, tel saint Juvénal de Jérusalem, avaient été réintroduit dans la communion de l’Église lors du concile de Chalcédoine, par une simple confession de foi, sans  être soumis à une réitération des sacrements : baptême, onction, les ordres mineurs, le diaconat, la prêtrise et l’épiscopat. Bien plus ils avaient pu, comme saint Juvénal,  participer au concile de Chalcédoine avant leur conversion à la foi Orthodoxe.
L’ecclésiologue et l’historien sont effectivement frappés par les ressemblances des situations de ces deux conciles œcuméniques : tous deux sont réunis pour « réparer » les fautes d’un concile précédent : Chalcédoine (451) pour le Brigandage d’Éphèse (449) et Nicée II (787) pour le concile iconoclaste d’Hiéria (754). Tous deux sont composés par une grande partie des acteurs des conciles hétérodoxes antérieurs. Tous deux sont amenés à faire juger certains des coupables des conciles hérétiques par leurs complices d’hier, fraîchement convertis à la nouvelle orthodoxie triomphante.
L’attitude de Juvénal de Jérusalem au Concile Œcuménique de Chalcédoine est révélatrice des méthodes et des attitudes psychologiques de ces anciens néo-monophysites vis-à-vis de leurs ex-alliés : le patriarche de Jérusalem, qui avait pourtant co-présidé le Brigandage d’Éphèse avec Dioscorios d’Alexandrie, et qui était donc forcément complice des brutalités qui avaient semé la terreur lors des séances, plaida l’ignorance, et dans un geste théâtral  quitta son siège qui le plaçait dans le concile aux côtés des amis de Dioscorios, pour aller s’asseoir aux côtés de ceux qui l’accusaient. Saint Juvénal est canonisé par l’Église Byzantine(2) , par la suite son attitude ayant été exemplaire. Lors de la révolte monastique anti-Chalcédonienne à Jérusalem, il se montra ferme dans ses nouvelles convictions, ce qui prouve la sincérité de sa conversion. Il ne fut pas le seul à avoir eu cette conduite lors du concile de Chalcédoine comme le fait remarquer le Père Jean Meyendorff : « D’anciens acteurs du Brigandage qui avaient signé la condamnation de Flavien et insulté implicitement Léon en refusant de lire sa lettre, essayaient de se justifier, soit en accusant Dioscoros de chantage et de violence, soit, plus honnêtement, en demandant pardon au Concile. »(3) 
Saint Tarasios, en évoquant cet exemple n’agissait pas uniquement  par cynisme et politique parce qu’il est vrai que s’il avait accepté la doctrine des moines, l’Église d’Orient implosait : tous les évêques avaient pactisé avec l’iconoclasme impérial, et Tarasios, iconophile convaincu, laïc et  ancien  Chancelier de l’Empire,  ne devait son sacre qu’à la volonté de l’impératrice Irène et avait été consacré par des métropolites hier encore iconoclastes ! Mais d’une manière plus profonde, il démontrait que c’était en son sein même que l’Église retrouvait la vie qu’elle avait perdue dans l’hérésie, et non de l’extérieur. Ce concile, comme celui d’Éphèse,  était celui de la métanoïa, du retour dans la maison du Père du Fils Prodigue(4) , qui bien que s’étant éloigné de la maison du Père ne perd pas entièrement  sa qualité de fils, et qu’en s’accusant devant le Père, et justement en lui disant qu’il n’est pas digne d’être appelé fils, le Père lui redonne, sans le re-baptiser,- comme le précise dans son homélie sur cette parabole saint Jean Chrysostome-, sa qualité de Fils en l’introduisant dans sa tente et en tuant pour lui le veau gras. Il est vraisemblable que devant l’argumentation irréfutable des usages admis durant plusieurs siècles se référant à l’économie pratiquée lors des derniers conciles œcuméniques, les moines admirent leur défaite et renoncèrent à poursuivre leur revendication en faveur de l’acribie.
Les moines avaient eu dans le Concile les mêmes revendications que celle du Fils aîné de la parabole, en disant qu’il ne fallait pas recevoir  le Fils Prodigue  dans la maison du Père.

Quelles sont les leçons que l’on peut tirer dans l’application de l’économie lors du Septième Concile Œcuménique pour le retour dans l’Église Orthodoxe de personnes qui en sont sorties et souhaitent y revenir ?

Le Septième Concile Œcuménique reconnaît donc tous les sacres des évêques qui provenant d’une église schismatique, et même ici, hérétique,  dès lors qu’ils se sont repentis, ainsi que les ordinations et l’ensemble des autres sacrements faits ou distribués par eux dans le schisme et l’hérésie. Sur ce point  précis l’affirmation de la  « Confession de foi » est non seulement contredite, mais on peut lui opposer l’autorité de trois conciles œcuméniques, Nicée I, Chalcédoine, et Nicée II qui reconnaissent, certes à certaines conditions, la validité du baptême et de tous les autres sacrements ainsi que celle du sacrement de l’ordre.
Bien plus les deux conciles mentionnés n’ont pas exigé en préalable à la discussion le retour de tous les évêques qui avaient apostasié la foi orthodoxe, mais leur on permis de discuter avec les membres orthodoxes de ces  conciles des points dogmatiques qui les avaient éloigné de l’Église : saint Juvénal de Jérusalem, par exemple,  rejoint ainsi l’orthodoxie au cours du Concile dans lequel il siégeait avant de rejeter ses erreurs et de confesser l’Orthodoxie.
Nous sommes loin dans ces exemples des exigences énoncées par les auteurs de la « Confession » et par la déclaration des moines du Mont Athos. En revanche, historiquement si les conciles œcuméniques constituent la jurisprudence canonique qui doit s’appliquer dans l’Église Orthodoxe, il est non moins indéniable que le courant monastique dans sa majorité s’est toujours opposé à cette vue des choses. N’oublions pas, dans un autre contexte,  que plus tard saint Photios le Grand avait, comme son oncle saint  Tarasios pour adversaire durant toute son existence les moines du Studion qui derrière leur Higoumène saint Nicolas rompirent la communion avec lui jusqu’à sa mort. Avant cette rupture de communion de la part des moines du Studion il y avait eu toujours, sur fond du refus de l’économie, celle de saint Joseph frère de saint Théodoros déposé par le patriarche saint Nicéphorios, et plus tard   celle de Naucratios de Studion, disciple et successeur de saint  Théodoros, excommunié par le patriarche saint Méthodios.  Celui-ci excommunia également pour un temps l’ensemble des moines du Studion.
Que les moines d’aujourd’hui comme ceux d’hier s’opposent à l’économie, c’est une constante malheureuse dans l’histoire de l’Église Orthodoxe. Il y eut des saints dans chacun des camps. Mais les conciles œcuméniques ont toujours tranché en faveur de l’économie et l’ensemble des croyants orthodoxes, y compris les moines du Mont Athos sont soumis à leurs décisions.

Quelle méthode l’Église Orthodoxe a-t-elle préconisé pour discuter avec la partie hétérodoxe séparée d’elle qui souhaiterait revenir ?


Souvenons-nous également que lors de tous les projets ultérieurs à 1054 d’union avec l’Église de Rome, les patriarches Orthodoxes se mirent à chaque fois d’accord pour que les discussions aient lieu dans un concile tenu non en Occident mais dans l’empire. Nous ne parlons donc pas ici des fausses unions de Lyon et de Florence-Ferrare, mais, par exemple, de la proposition de l’ex-empereur Jean Cantacuzène devenu le moine Josaphat qui en juin 1367 préconisait comme unique méthode pour examiner les points litigieux de réunir un concile dans lequel siégeraient tous les patriarches orthodoxes, les primats des Églises autocéphales Georgienne, Serbe et Bulgare et le pape lui-même. Le patriarche Philothéos acquis à cette idée envoya la même année des convocations aux autres primats (5)  et les patriarches d’Alexandrie et de Jérusalem donnèrent leur accord. (6)  Sans rentrer dans les détails, ce fut l’Église de Rome et non la partie Orthodoxe qui fit avorter le projet.(7)  Mais la méthode préconisée était, nous le constatons,  très éloignée de celle préconisée aujourd’hui par la « Confession de foi » et les moines du Mont Athos : « convertissez-vous d’abord et ensuite nous pourrons discuter ».

Saint Photios neveu et héritier spirituel de saint Tarasios reconnaissait-il la validité des sacrements des « Latins » ?


Saint Photios est abondamment cité par les adversaires les plus acharnés de l’œcuménisme. Ses écrits sont le plus souvent cités pour trouver argument contre l’idée même d’un dialogue, et celle d’une validité niée des sacrements dans les églises latines. En effet  il n’y en avait pas à cette époque, comme on le croit souvent, une seule Église,  mais deux Églises distinctes qui avaient chacune leur théologie et leur ecclésiologie différentes voir antinomiques.
La première : l’Église de Rome qui  confesse avec l’Église Byzantine le symbole de la foi orthodoxe sans le «Filioque procedit » et qui adhère au Septième Concile Œcuménique  avec la vénération des Icônes. En revanche cette Église a une ecclésiologie antinomique de celle de l’Église Byzantine en revendiquant pour le pape une véritable suprématie sur les autres évêques avec la fonction de juge suprême de l’ensemble de l’épiscopat, au-dessus même de l’autorité des conciles,   au nom du privilège pétrinien.
La seconde : l’’Église Carolingienne  qui a une ecclésiologie très  proche de celle de l’Église Byzantine, mais depuis Charlemagne elle professe le « Filioque procedit », et elle a adopté l’iconoclasme moyen. Elle rejette le Septième Concile Œcuménique.
Tout cela est bien connu de saint Photios et de l’épiscopat de l’Église d’Orient. Rappelons pour les orthodoxes qui l’ignoreraient que saint Léon III pape de Rome qui couronna empereur Charlemagne, refusa énergiquement l’injonction impériale d’introduire, comme il existait déjà dans la liturgie carolingienne, le « Filioque procedit » dans le Symbole de la Foi, et qu’il demanda, sans succès il est vrai, à Charlemagne et au clergé carolingien de ne plus réciter le Credo avec l’ajout hétérodoxe. Le pape invoquait dans son argumentation les deux conciles Nicée I et Constantinople I qui avaient défini sans cet ajout  le symbole  de la foi et le Concile Œcuménique d’Éphèse  qui dans son Septième canon interdit d’ajouter ou de retrancher le moindre mot au symbole. Léon III fit faire immédiatement après cet incident, deux boucliers en argent massif avec le Symbole de la foi orthodoxe, en grec d’un côté, en latin de l’autre, placés de chaque côté du tombeau de saint Pierre. C’est pourquoi ce grand pape est compté aujourd’hui parmi les saints de l’Église Orthodoxe.

L’Encyclique du patriarche saint Photios est-elle la preuve absolue d’une rupture de communion avec les « Latins » ?


L’écrit le plus souvent cité du patriarche saint Photios de Constantinople  par les  opposants à l’œcuménisme est celui de « l’Encyclique aux sièges Episcopaux d’Alexandrie et de tout l’Orient contenant l’exposé de vérités capitales et que nous devons confesser que l’Esprit Saint procède du Père seul, et non du Père et du Fils. » Il est écrit dans un contexte très précis celui de la véritable concurrence missionnaire sur les territoires slaves, particulièrement en Moravie et en Pannonie, mais avec en perspective la conversion des tribus bulgares, avec d’une part des évêques Carolingiens présents dans la région depuis soixante-dix ans à partir du diocèse de Salzbourg, du clergé Romain travaillant pour les seuls intérêts du pape et enfin de Saint Cyrille et Méthode avec un groupe important de moines et de prêtres, envoyé par le patriarche Photios principalement  pour répondre aux demandes répétées du Prince Boris-Michel qui sera baptisé à Constantinople avec pour parrain l’empereur Michel III.  C’est dire que les enjeux n’étaient pas uniquement religieux mais géopolitiques, car l’Empire Romain d’Orient était en guerre presque permanente avec les Bulgares depuis plus d’un siècle, et le facteur religieux avec ses transversalités de culture et de civilisation permettrait des traités de paix respectés et surtout de se comprendre. C’était une priorité pour l’empereur Michel comme pour le patriarche saint Photios. Cela le sera également pour le successeur et assassin de l’empereur, Basile le Macédonien. Cela l’était également pour le pape Nicolas Ier qui exigeait contre sa reconnaissance de la légitimité de l’accession au trône patriarcal de Photios, après l’éviction par l’empereur Michel  et du césar Bardas, de son prédécesseur le patriarche saint Ignacios, le renoncement de Photios à la mission bulgare. C’est dans ce contexte que l’encyclique sera écrite en 866. Il s’agit d’abord de démontrer au prince Boris que seul le christianisme impérial  est fidèle à la parfaite orthodoxie, et que le christianisme transmis par les Latins est pollué. Attention, si c’est une réelle conviction du patriarche Photios, elle n’entrainera jamais pour lui la rupture de communion avec l’Église de Rome en tant que telle, ni, nous le verrons plus loin, avec la puissante Église Carolingienne, la seule à l’époque à avoir non seulement adopté l’hérésie du « Filioque procedit » mais également celle de l’iconoclasme moyen. En effet l’anathémisation solennelle lors du Concile de Constantinople de 867 du pape Nicolas Ier est faite « ad personam », et l’on se garda bien de rompre la communion avec le siège de Rome : c’est uniquement son titulaire qui est condamné.  Si on peut donc lire dans l’Encyclique à l’intention  du prince Boris Michel véritable destinataire du texte : « On le voit, ils n’ont aucune raison  de se faire appeler chrétiens -sinon, bien sûr, pour prendre plus facilement leur gibier au piège. L’Esprit Saint procède du Père et du Fils : d’où provient cette sentence ? Chez quel évangéliste trouve-t-on cette phrase ? Quel concile nous a transmis cette phrase blasphématoire ? » et bien d’autres points soulevés tels que le fait «  de priver un homme consacré, c’est à dire un prêtre, un diacre ou un sous-diacre, du commerce et de la société de sa femme légitime », «  de rompre le jeûne de la première semaine de carême, de re-chrismer ceux qui sont déjà baptisés et chrismés… ». Bien entendu lorsque plus tard on scellera  lors du Concile de Constantinople de 879-880 la réconciliation des deux  Églises en présence des légats du pape Jean VIII, et même des trois si l’on distingue la puissante Église carolingienne, le seul point dogmatique qui sera soulevé et adopté par le nouveau concile concernera la théologie Trinitaire avec le rejet du « Filioque procedit »,  et l’on entérinera également les canons du Septième Concile Œcuménique concernant le culte des Icônes. Mais silence total sur tous  les autres points soulevés dans l’Encyclique.
Le plus curieux c’est que lors du concile de 867, saint Photios n’avait pas hésité à convier au Concile des évêques Carolingiens pour qu’ils condamnent avec lui le pape Nicolas Ier sur la question de la primauté, en laissant de côté les autres questions dogmatiques pourtant soulevées dans l’Encyclique. Cette invitation montrait deux choses : La première, c’est qu’il ne rompait pas immédiatement la communion avec l’épiscopat Carolingien sur leurs deux doctrines hétérodoxes du « Filioque procedit » et de l’iconoclasme moyen. Il savait parfaitement que le pape ne professait pas lui-même  ces deux hérésies. La seconde est qu’il anathémisait le pape Nicolas Ier, et non l’Église de Rome en tant que telle, sur le sujet à ces yeux le plus important, qui était celui de  la conception de la suprématie pétrinienne que le pape Nicolas Ier tentait d’imposer, tant auprès de l’Église Carolingienne qui résistait énergiquement avec à sa tête dans ce combat le grand Hincmar de Reims, qu’auprès de l’Église Byzantine.

Les antinomies ecclésiologiques dans la conception de la primauté des sièges entre Rome et Constantinople.

C’est bien principalement le papisme qui sera condamné lors du concile de 867. Saint Photios affirmait maintenir sa communion avec des évêques Carolingiens, sans pour autant renoncer à discuter lors du concile des points doctrinaux litigieux, considérant que l’hérésie la plus dangereuse pour l’Église était le concept d’un évêque  au-dessus des autres évêques, juge suprême de l’Église, contre laquelle il fallait rassembler toutes les forces possibles.(8) 
La doctrine ecclésiologique de Nicolas  annonçait les fameuses « Didactus Papae »(9)  du pape Grégoire VII s’appuiera donc désormais sur les fameuses « Fausses décrétales » du « Pseudo-Isidore » qu’avait apportées à Rome, dans un procès canonique qui l’opposait au métropolite de Reims Hincmar, Rothade de Soissons. Rappelons cette doctrine :  ne méritent le nom de Conciles, œcuméniques ou généraux, que ceux qui ont été approuvés par le pape. Donc pas de concile valable s’il n’a été réuni sous l’autorité du Siège de Rome.  Il ajoute qu’aucun concile général n’est valide s’il n’a pas été convoqué par le pape. Concernant les appels des évêques sanctionnés par leur métropolitain dans un concile local, il refuse que son tribunal soit, comme le précise pourtant  clairement le Concile de Sardique dans ses canons 3 et 4 (10) , une simple instance d’appel.  Il affirme, au contraire, qu’il est, à la fois,  la première instance, et l’instance définitive, et que ses décisions sont sans appel. L’autorité des métropolites- et donc celle de tous les évêques- ne vient pas directement du Christ, mais du successeur de Pierre,  qui seul a reçu les clefs, et il peut donc la retirer puisque c’est lui qui la confère. Il a également le pouvoir de promouvoir des canons qui l’emportent sur les canons des conciles œcuméniques et généraux. Le pape est supérieur au concile, ce que nous retrouverons plus tard dans les « Didactus papae » (11) .
La notion de primauté d’un siège  était également comprise antinomiquement par les trois Églises : pour l’Église byzantine, c’est-à-dire tous les patriarches de l’Église d’Orient, Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, la primauté d’un siège venait de l’importance  et du rang de la ville épiscopale dans l’Empire. C’est au nom de ce principe que le patriarcat de Constantinople ville devenue capitale impériale, la seconde Rome, prendra la seconde place  lors du deuxième concile œcuménique Constantinople I en 381, (canon 3) dans l’ordre hiérarchique des sièges, malgré les protestations que l’on devine du pape Damase. Cette place ne devait rien à l’Apôtre André tenu pour le fondateur de la petite cité de Byzance avant qu’elle ne devienne la capitale impériale de Constantinople. L’Église Carolingienne soumise à l’empereur d’Occident avait la même conception. En revanche, quelle que fut dans le passé l’orthodoxie confessée par le pape de Rome, la conception de sa primauté qu’il ne parvenait d’ailleurs pas à imposer aux autres Églises était celle de la fondation apostolique d’une ville par un apôtre et pour Rome par le premier d’entre eux saint Pierre, d’où l‘expression « primauté pétrinienne ». En réalité le malentendu de la question de la primauté avait toujours existé bien avant la condamnation de Nicolas Ier dans un concile tenu à Constantinople. Mais redisons-le, les papes n’avaient jamais eu les moyens d’imposer leur doctrine aux autres sièges, malgré des courriers récurrents  sur la question tout au long des siècles. Ce qui avait changé c’était des questions d’intérêts territoriaux et géopolitiques, et la question centrale de l’indépendance de l’Église Byzantine chère à tous les évêques orthodoxes, même à ceux favorables à certains compromis avec le pape Nicolas sous le  second pontificat d’Ignacios lorsque avec la complicité de ses légats, on condamna saint Photios dans le concile de Constantinople de 869-870.
C’est cette doctrine qui est formellement rejetée comme hétérodoxe tant par l’épiscopat Carolingien qui voit là une manière pour le pape d’intervenir dans les affaires intérieures de leur Église, que par l’Église de Constantinople avec l’ensemble des autres sièges patriarcaux qui font le même constat.

Saint Cyrillios et saint Méthodios Apôtres des slaves communient avec l’évêque de Rome.


Que penser également de Saint Cyrillios et saint Méthodios, les grands apôtres des Slaves, qui face aux difficultés insurmontables qu’ils rencontrèrent de la part du clergé Carolingien en Grande Moravie décidèrent de s’adresser au pape Nicolas Ier qu’ils savaient pourtant en conflit dogmatique sur la question de la primauté Romaine avec leur patriarche Photios, et  des condamnations que le pape avaient déjà prononcées contre leur patriarche et ami ? Certes, arrivés à Rome (868) ils apprennent que Nicolas Ier venait de trépasser, mais son successeur Hadrien Ier, de surcroit pour leur propre tradition un pape ouvertement marié, qui reconnaissait lui aussi la condamnation de Photios et partageait la doctrine hétérodoxe de  la primauté Romaine. Cela n’empêcha pourtant pas Méthodios de recevoir l’épiscopat dans la succession apostolique Romaine et de concélébrer avec le pape, et même de devenir un archevêque dans la juridiction du pape pourla Grande Moravie.  Saint Cyrillios devint moine à Rome et y décéda peu de temps après son arrivée. Nous sommes très loin dans cet exemple des affirmations de la « Confession de foi» qui ne reconnaît aucune grâce aux hétérodoxes,  et surtout que cette conviction aurait été partagée par tous nos Saints Pères.

L’appui sollicité par saint Photios auprès des cours carolingiennes hétérodoxes en vue de la condamnation du pape Nicolas Ier.


Saint Photios avait, en excellent politicien qu’il était, établi une stratégie remarquable, en prenant des garanties, avant la réunion du « Concile Œcuménique » que ses décisions portées contre Nicolas seraient exécutées par les trois monarques Carolingiens. Nous connaissons la lettre qu’il avait adressée à l’empereur Franc Louis II le Germanique et son épouse l’impératrice Ingelberg, leur promettant à tous deux, s’ils l‘aidaient dans l’application de la condamnation de Nicolas qui serait prononcé  par « le concile  œcuménique »,  de leur faire reconnaître par l’empereur de Constantinople, le titre de « basileus »  et « Basilisis » car pour la cour Byzantine ils n’étaient que roi. Soulignons l’importance d’une telle proposition pour des monarques Francs qui depuis les mérovingiens cherchèrent à obtenir de l’empereur un titre impérial. Clovis par exemple avait obtenu de l’empereur Anastase (491-518) le titre de Consul. La lettre fut portée par une ambassade, en amont du concile au début de l’année 867 (12) . Il ne fait aucun doute que l’ambassade avait apporté aux deux autres souverains une missive semblable et que toutes avaient reçu des réponses favorables, car ni l’empereur Michel, ni le patriarche Photios, ne voulaient créer des incidents diplomatiques avec les autres cours européennes en prononçant unilatéralement une condamnation contre le titulaire du premier siège de l’Occident. La réunion de ce concile est bien un acte hautement politique, et, sans l’appui des souverains Carolingiens, il aurait été dépourvu de sens et d’efficacité. Les trois souverains y auraient répondu avec empressement. Une fois le Concile achevé et la condamnation de Nicolas acquise, Photios enverra  donc une seconde ambassade aux trois monarques  Carolingiens, Louis II le Germanique (840-876) (13) , Charles le Chauve (840-877), fils de Louis le Pieux (814-840) et leur neveu Louis II roi d’Italie (855-875) fils de l’empereur Lothaire (840-855),  pour qu’ils se chargent de l’application des décisions du « Concile œcuménique » (terminologie qu’utilise Photios dans ses lettres) à l’encontre de Nicolas. On connaît le contenu de la lettre du patriarche à l’empereur Louis II le Germanique et celle  adressée à l’impératrice Ingelgerg, dans laquelle Photios la compare à l’impératrice Byzantine Pulchérie (14)  portée, après le concile, par une prestigieuse ambassade, le métropolite Zacharie de Chalcédoine et le métropolite Théodore de Laocidé. Les actes du concile sont transmis aux  trois cours. Les monarques avaient été acclamés à Constantinople par plus de mille participants au « Concile œcuménique » de 867 (15)  en présence de l’empereur Michel et du patriarche Photios en tant qu’empereur orthodoxe et impératrice orthodoxe, (c’était la terminologie officielle utilisée en pareille circonstance) chargés par le concile d’exécuter la sentence du concile contre le pape. On sait que l’assassinat quelques jours plus tard de l’empereur par son favori Basile le Macédonien qui donnera des ordres pour intercepter le navire transportant la lettre synodale et l’ambassade qui la portait annuleront la portée de cette décision.
Saint Photios n’avait pas hésité à faire reconnaître comme empereur et impératrice « Orthodoxe » des monarques dont  par ailleurs il considérait la doctrine comme hétérodoxe, preuve, s’il en faut, que la communion n’était pas rompue pour les motifs dogmatiques concernés. Il est vrai qu’il avait fait condamner les doctrines du « Filioque procedit » et certains usages Latin ou Carolingien par le concile, mais en sachant parfaitement que ni les souverains ni l’épiscopat Carolingiens n’y avait souscrit. La question principale étant la condamnation du pape Nicolas Ier et de sa doctrine ecclésiologique. En invitant les évêques Carolingiens à participer au concile il reconnaissait la validité de la grâce dans l’Église Carolingienne pourtant hétérodoxe à ses yeux. Certes il espérait les convertir dans le concile à renoncer à leurs erreurs, mais ce n’était pas là un préalable à la reconnaissance des sacrements distribués dans cette Église ni de là à celle de la validité de son épiscopat. La question de savoir comme le soulève la « Confession de foi » si l’on s’en tenait aux canons apostoliques qui interdisent de prier avec des hérétiques ne se posait tout simplement pas, puisqu’il n’y eut jamais, à cette époque,  de rupture de communion avec ceux que l’on considérait comme hétérodoxes.
Bien plus lors du Concile de Chalcédoine les évêques qui dans un premier temps avaient des convictions monophysites, tel saint Juvénal, avaient fait les prières rituelles qui se prononcent avant le concile. Évêques orthodoxes et évêques hétérodoxes avaient donc prié ensemble. Ce fait se reproduisit lors des conciles Photiens, car avant que la bonne doctrine sur la Trinité et sur l’ecclésiologie ne soit proclamée -Concile de Constantinople de 879-880 avec les représentants  du Pape Jean VIII-, les légats du pape présents lors de tous ces conciles précédents n’étaient pas du point de vue de la pure orthodoxie autre chose que des hétérodoxes. L’Église Orthodoxe s’était avec le patriarche saint Ignacios arrangée avec eux pour condamner saint Photios, mais sans compromis dogmatique de fond, ni sur la question de la primauté, ni sur celle de la théologie du Saint-Esprit - Concile de Constantinople de 867- Le même fait s’était produit pour la condamnation de saint Ignacios dans le concile Constantinople de 861 présidé par saint Photios avec la participation des légats  tous acquis à la conception romaine de la primauté considérée comme hétérodoxe par l’épiscopat Byzantin-.

Après 1054 comment recevait-on dans l’Église Orthodoxe les « Latins » ?


Le schisme de 1054 semble aujourd’hui pour les théologiens orthodoxes tracer une frontière, une sorte d’avant et après infranchissable. Avant le schisme tous les sacrements des deux églises Latines et Byzantines sont reconnus et après lui c’est un véritable rideau de fer totalement hermétique qui sépare les deux entités ecclésiales.
En réalité, les choses  sont loin d’être aussi  démarquées ou tranchées.  Si les autres patriarcats observaient une méfiance vis-à-vis de l’Église de Rome, pour autant ils n’emboitèrent pas le pas au patriarcat de Constantinople dans la rupture de communion avec Rome. C’est lors de la première croisade que les véritables fissures apparurent. On est surpris d’apprendre que loin d’en être inquiétés, les patriarches orthodoxes, s’ils déchantèrent plus tard, accueillirent la première  croisade avec l’espoir qu’elle chasserait le monde musulman d’Asie Mineure. Le patriarche orthodoxe de Jérusalem Syméon réfugié à  Chypre à la suite de la prise de Jérusalem par les Arabes envoie une Encyclique en 1097 en tant que chef tant du clergé grec que du clergé latin pour soutenir la croisade.(16)   En 1098 c’est le patriarche d’Antioche Jean IV  qui procède à l’intronisation sur son territoire canonique qui ne lui est pas contesté dans ces premières années par les croisés et le clergé latin de l’évêque latin qui vient d’être consacré pour une ville Al Bara conquise aux arabes qui n’était jusqu’alors pas un évêché(17)  . Il en sera ainsi pour d’autres cités.  On se garda bien de donner à cette époque des évêques latins dans les villes pourvues d’un prélat grec. Bien plus, redisons-le, les patriarches d’Antioche et de Jérusalem considèrent le clergé et les fidèles latins comme faisant intégralement partie de leur troupeau, avec certes un autre rite, mais les questions dogmatiques n’étaient tout simplement  pas abordées. Il faudra attendre que le « Prince » autoproclamé d’Antioche Bohémond chasse pour un motif injuste et strictement politique le patriarche grec Jean IV soupçonné de collusion avec les Arabes, et le remplace par un patriarche latin, pour que la rupture soit consommée entre l’Église Orthodoxe et l’Église Latine. Nous sommes au mois d’août 1100. C’est cette date que retient le grand historien byzantinologue Steven Runciman comme étant celle de la rupture définitive des Églises orthodoxes avec le monde Latin : « Ainsi du fait de Bohémond, deux lignées rivales de patriarches, grecs et latins, se disputaient désormais le siège d’Antioche ; aucune des deux ne voulait céder le pas à l’autre. Le schisme était consommé entre les deux Églises. »(18)   Jusque-là seul le patriarcat de Constantinople, bien que les différents empereurs conservaient avec le pape une correspondance courtoise, avait  observé la rupture de 1054 ; les autres Églises autocéphales ne s’étant pas engagées dans la confirmation du schisme.
Plus tard dans l’Empire de  très nombreux mariages se feront entre la noblesse catholique et des membres des familles impériales après 1054 et jusqu’à la chute de Constantinople (1453). Anne de Savoie (Giovanna) fille du comte Amédée V de Savoie épouse l’empereur Andronic III et se convertit à l’Orthodoxie. L’idée même d’un re-baptême n’effleure pas  les membres de la cour et du patriarcat de Constantinople. On verra même Jean Cantacuzène se scandaliser que le roi de Hongrie ait fait rebaptiser de force ses sujets bulgares, non pas uniquement parce que d’après lui ils étaient orthodoxes ; c’était le concept même entre les deux Églises d’un re-baptême que rejetait l’ex-empereur théologien. Il est à noter qu’à cette époque les Latins n’immergeaient plus pour le baptême mais procédaient à un simple ondoiement.
On appliquait, c’est  très important de le souligner aujourd’hui, toujours   à la même génération les recommandations que mentionnera plus tard, pourtant  dans une période de guerre ouverte entre l’Église Orthodoxe et  les Latins, saint Marc Eugénikos lui-même  : «  Pourquoi chrismons-nous les Latins qui reviennent à l’Orthodoxie ? A l’évidence parce qu’ils sont hérétiques. (…)Nous les recevons à condition  qu’ils donnent un texte écrit, condamnant à l’anathème toute hérésie non conforme au dogme de la sainte Église de Dieu Catholique et Apostolique(19)  , et qu’ils reçoivent pour être admis, le sceau ou chrismation, que nous faisons  avec le Saint Chrême sur le front, les yeux, les narines, la bouche et les oreilles, en disant « Le sceau du don du Saint-Esprit » Tu vois dans quel groupe nous classons les Latins»(20)  . On le voit à cette époque, contrairement aux affirmations de la confession de foi les catholiques retournant à l’Église Orthodoxe n’étaient pas rebaptisés mais bel et bien reçu par le sacrement de l’onction !  Saint Marc Eugénikos n’avait pas rejeté l’idée de discussions préalables à laquelle se refusent aujourd’hui tant les moines du Mont Athos que les signataires de la « Confession de foi » avec les représentants  de l’Église Catholique, avant leur possible (ou impossible) conversion à l’Orthodoxie,  aux Conciles de Florence (1437) et Ferrare (1439) auxquels le métropolite d’Éphèse  participa. C’est uniquement lorsque saint Marc constata que la réfutation, pourtant fondée sur des écrits incontestables, de l’hérésie du « Filioque procedit » non seulement n’était  pas  admise par les Latins, mais que la partie auparavant orthodoxe pressée de signer l’union par l’empereur Jean VIII Paléologue (1425-1448)  qui cherchait un appui militaire contre les Turcs en contrepartie de ses compromis,  s’apprêtait à apostasier tant sur la question du Saint-Esprit que sur la suprématie du pape, qu’il quitta le concile.
C’est sans doute dans cette histoire qu’il faut chercher le refus de la partie zélote de l’Orthodoxie d’aujourd’hui de tout dialogue avec l’Église de Rome. Mais le concile de Florence Ferrare n’était pas  un concile orthodoxe dans lequel on avait invité à débattre la partie catholique. C’était un concile conçu et organisé par la papauté romaine. Et ce n’est donc absolument pas à un tel état des choses, si un jour un conciliabule se réunissait pour débattre avec l’Église de Rome, qu’envisage le patriarcat de Constantinople, ni même aucun des patriarcats orthodoxes d’aujourd’hui. Un théologien faisait remarquer  que ce concile  de Ferrare Florence n’avait jamais eu  dans sa forme comme dans son fond les caractéristiques d’un concile canonique et orthodoxe : Il était co-présidé par le pape sur un siège surélevé et l’empereur sur un siège plus bas, mais surtout en l’absence du Saint Évangile sur le trône principal de la salle du Concile qui représentant le Christ est le président de tout  Concile véritablement orthodoxe. Aucun concile Orthodoxe n’aurait pu se réunir dans ces conditions.

Le pouvoir temporel du pape.

Un autre point qui fait débat aujourd’hui dans l’Église Orthodoxe, le plus complexe selon certains à résoudre avec celui de la primauté pontificale romaine, est celui de l’état du Vatican. Depuis la victoire par Charlemagne sur les Lombards en Italie, le Duxé (duché) de Rome est gouverné par le pape vassal de l’empereur. Les empereurs carolingiens tenaient à maintenir ce lien de vassalité avec le pape, car il leur donnait un véritable pouvoir sur celui-ci. De nombreux papes seront purement et simplement nommés par le monarque Carolingien ( Étienne IV (816-818) Valentin (827) Serge II (844-847, Benoit III (855-858) ou déposés (Serge II) sans autre forme de procès par lui, puis de nouveau intronisés. Les différents empereurs Carolingiens tenaient à ce lien de vassalité qui leur donnait, jusqu’à Nicolas Ier, et ensuite après la mort de celui-ci, un pouvoir civil et religieux  important sur la papauté. Cela leur permettait de placer à partir de Louis le Pieux (roi d’Aquitaine : 781-814 et empereur d’Occident : 814-840) auprès de la Chancellerie Pontificale des contrôleurs civils chargés de veiller à la régularité des règles canoniques édictées par le pape,  car à cette époque en Orient comme en Occident il n’y a qu’un seul code qui est à la fois civil et religieux. Il y eut des périodes où il exista un prince de Rome civil (la dynastie des Théophilactes), mais la tradition d’un pape chef temporel de Rome et du Duxé (duché) de Rome existait bien avant le schisme, lorsque le pape était orthodoxe, et cette question de son pouvoir temporel n’a jamais été soulevée par nos saints Pères comme un casus belli de leur communion avec l’évêque de Rome. Là encore, un peu de connaissance historique aurait évité aujourd’hui un tel débat.

                                               Conclusion :
        Un dialogue dans la vérité et l’amour, ni sansla Vérité ni sans l’amour.


Deux sortes d’erreurs peuvent se produire dans l’Église en ce qui concerne les « confession  de foi ». La première est de ne pas connaître comment ont été discutées et gérées des situations semblables dans le passé et d’affirmer des « vérités » en se fondant uniquement sur des écrits de certains Pères, sans la concorde de tous les Pères, et surtout dans le fait de séparer les actes  des paroles que ces Pères ont eues dans des circonstances semblables. Les actes des Pères de l’Église constituent une autre forme de leurs enseignements qui complètent leurs écrits.
La seconde plus fréquente qu’on ne le pense, c’est de s’appuyer pour faire des affirmations sur l’ignorance quasi générale du peuple orthodoxe non pas des beautés de sa foi qu’il aime et connaît, mais de son histoire et plus précisemment de la jurisprudence des Conciles Œcuméniques qui est supérieure en la matière à celle des conciles généraux.
Nous oublions facilement que l’intransigeance que nous exigeons quant à la reconnaissance des sacrements, de la présence de la grâce ou de son absence supposée dans une Église schismatique pour être réelle doit être sans exception. Cet article a montré combien dans l’histoire de notre Église de telles exceptions existent. Et nous aurions pu donner une centaine d’autres exemples. En voici un qui étonnera de nombreux croyants : saint Isaac le Syrien dont saint Jérôme d’Égine disait « Vends tout ce que tu as pour acheter les œuvres spirituelles de saint Isaac le Syrien » est un évêque Nestorien, le nestorianisme est une hérésie majeure. Pourrions-nous pour autant  affirmer qu’il n’était pas baptisé,  qu’il n’était donc pas chrétien, qu’il n’était pas évêque et que ces écrits n’ont pas été inspirés par l’Esprit Saint, et qu’il vivait en dehors de la grâce incréée ? Saint Silouane du Mont Athos s’adressant à un prêtre, qui vivait dans une nation Catholique, très fanatique vis-à-vis  de « ces hérétiques » qui se vantait de s’adresser à eux ainsi : «  je leur dis : votre foi est de la fornication. Chez vous tout est déformé, tout est faux, et vous ne serez pas sauvés si vous ne vous repentez pas (c’est-à-dire si vous ne devenez pas orthodoxes.) . Le grand Starets répondit : « Et dites-moi, Père Archimandrite, croient-ils en Jésus Christ ? Croient-ils qu’il est le vrai Dieu ?

- Oui, cela ils le croient.
- Vénèrent-ils la Mère de Dieu ?
- Oui, ils la vénèrent ; mais leur doctrine à son sujet est fausse ?
- Vénèrent-ils les saints ?
-Oui, ils les vénèrent, mais quels saints  peut-il donc y avoir chez eux depuis qu’ils se sont séparés de l’Église ?
-    Ont-ils des offices dans leurs églises, lisent-ils la parole divine ?
-    Oui, ils ont des offices et des églises, mais si vous pouviez voir ces offices, en comparaison des nôtres quel froid, quelle absence de vie.

Et le saint de conclure : « Leur âme sait qu’ils font bien de croire en Jésus Christ, de vénérer la Mère de Dieu et les  saints, de les invoquer dans leurs prières ; et si vous leur dites que leur foi est de la fornication, ils ne vous écouteront pas… mais dites au contraire qu’ils font bien de croire en Dieu ; de vénérer la Mère de Dieu et les saints(…) d’aller à l’église pour les offices(…) mais que sur tel ou tel point ils sont dans l’erreur qu’il faut corriger et qu’alors tout sera bien. Dieu est amour et la prédication doit, elle aussi, procédée de l’amour et alors elle sera salutaire pour celui qui prêche et pour celui qui l’écoute. Mais si vous condamnez l’âme du peuple, celui-ci ne vous écoutera pas. » (21) 
C’est cette voie que suivent, à notre avis les Églises Orthodoxes locales qui se sont engagées dans le dialogue difficile avec l’Église Catholique Romaine. C’est cette voie, celle du dialogue dans la Vérité et dans l’amour, la seule valable, que suit Sa Toute Sainteté le Patriarche Bartholomée, loin de tout fanatisme aveugle. Nous pensons que les mots « hérétique et schismatique », ne doivent pas être brandis comme des armes menaçantes et qu’ils sont tout simplement nuisibles à ce dialogue. Nous ne disons pas ici, que le « Filioque procedit », la théologie Romaine  de la suprématie  du pape,  et bien d’autres points comme la non reconnaissance par les Catholiques de la théologie palamite de la grâce  et des énergies incréées qui n’est pas abordée regrettablement dans le « Confession », ne sont pas des hérésies. Nous n’avons dans l’Église Orthodoxe utilisé ce qualificatif envers des personnes qu’après avoir épuisé avec elles toute discussion. Nestorios n’était pas qualifié d’hérétique par saint Cyrillios dans les courriers que celui-ci lui envoyait. C’est uniquement après, lorsqu’il fut évident que le patriarche de Constantinople refusait toute forme de dialogue, était fermé à toute discussion que la sentence du Concile Œcuménique de Chalcédoine tomba et qu’il fut proclamé hérétique. Le dernier Concile à valeur œcuménique sur les deux questions principales qui inquiètent tant les moines du Mont Athos, que les signataires de la «Confession», est celui de Constantinople de 879 dans lequel le pape Jean VIII représenté par ses légats renonce aux prétentions du pouvoir du pape au dessus ces Conciles et des autres évêques de ses deux prédécesseurs Nicolas Ier et Hadrien Ier, et condamne sans équivoque le « Filioque procedit ». Ce fait ne devrait-il pas  constituer  un point de départ positif dans notre dialogue avec l’Église Romaine ?
Depuis, il n’y a jamais eu de concile à valeur œcuménique sur ces deux questions, et les pseudo conciles de Lyon et Ferrare Florence n’avaient pas ni dans leur organisation ni dans leur forme, les fondements de conciles véritablement orthodoxes.   La partie Catholique s’est toujours montrée ouverte à une certaine remise en cause sur les points dogmatiques abordés. Il n’y a jamais eu de rupture des discussions avec des préalables de sa part  qui auraient été insoutenables pour la partie Orthodoxe, même si les discussions sont difficiles - et comment ne le seraient-elles pas après un divorce de près de 1000 ans ? -. Le patriarche Bartholomée avec l’ensemble des délégations Orthodoxes s’honore en disant « Frères » aux membres de la délégation Catholique. C’est ainsi que dans notre Église par le passé toutes les discussions ont commencé, dans l’amour et la vérité.

                                                                        Réunissons un concile général


Mais le véritable problème, c’est que nous avons depuis cinquante ans placé la charrue avant les bœufs en avançant dans le dialogue œcuménique, ce qui est louable, mais sans avancées réelles vers la réunion d’un concile général de l’ensemble de l’Église Orthodoxe. Ce qui constitue plus qu’une erreur : un péché contre l’Église.  La crise que nous connaissons n’a pas d’autres racines. Les conflits entre certaines Églises autocéphales aboutissent au fait regrettable  que nous arrivons parfois divisés dans notre dialogue avec les Catholiques, comme dernièrement à Ravenne. Les intégrismes que nous laissons s’installer n’ont pas d’autres causes que la non réunion d’un concile général. Beaucoup en conviennent. Le patriarche Bartholomée s’honorerait de prendre véritablement en main cette question urgente de la convocation d’un concile général. Il ne faut plus le préparer, quand nous savons que les premiers membres des commissions préparatoires de Rhodes (22)  sont trépassés depuis longtemps. Il faut réunir ce concile en fixant une date, même dans dix ans, mais sortir de l’abstraction de réunions préparatoires auxquelles plus personne ne croit et qui discréditent notre Église en laissant le champs libre à tous les intégrismes qui se placent alors comme les seuls autorités universelles de l’Église que l’on doit écouter parce qu’en vérité  une telle autorité chez nous existe et elle n’est pas un évêque au dessus des évêques mais le concile.
Des communiqués tels que celui-ci des moines athonites (23)   daté du 8 octobre 2009 n’aurait plus leur raison d’être si un concile à vocation œcuménique se réunissait avec le plérum de l’Église, l’ensemble de l’épiscopat qui serait alors le seul à avoir le charisme de s’exprimer dans le concile sur toutes ces questions.
C’est l’absence de concile qui donne à ces nobles voix le poids qu’elles ont aujourd’hui au sein de l’Église Orthodoxe, même si parfois certaines de leurs affirmations,  comme celles que nous avons citées dans notre article, ne sont pas recoupées par de véritables preuves historiques ni théologiques.
Recouvrons la parole étouffée depuis plus de mille ans des conciles œcuméniques afin « d’entendre ce que l’Esprit dit aux Église ». (24) 

+Métropolite Michel Laroche

(1) Mot de la théologie orthodoxe signifiant l’application miséricordieuse d’une règle canonique. A l’opposé l’acribie consiste en l’application rigoureuse du même canon. Mais l’économie comme l’acribie sont également un état d’esprit concernant l’interprétation des commandements évangéliques  dans la vie de l’Église : « Le sabbat est fait pour l’homme( économie) et non l’homme pour le sabbat ( acribie) ».

(2)Sa fête est célébrée dans le calendrier Byzantin le  2 juillet.
(3) Jean Meyendorff in « Unité de  l’Empire et divisions des chrétiens ». P 189   Éd. Du Cerf  Paris 1993
(4) Lc XV, 11-30

(5) L’empereur Jean V Paléologue ( 1341-1376 et 1379-1391) s’étant converti personnellement au catholicisme ne pouvait plus ni convoquer le concile ni le présider. Cette conversion n’avait eu aucune influence sur l’Église ou sur le peuple. Elle était considérée comme une affaire de conscience personnelle du souverain.
(6) In « Les derniers siècles de Byzance – 1261-1453 par Donald M. Nicol. P. 291 Texto ED. Tallendier Paris 2008
(7) Ibidem P. 292

(8) Aucun évêque Occidental ne se rendit au concile, ce dont se plaint saint Photios dans une lettre adressée au patriarche d’Aquillé.
(9) Rédigées sous la forme de 27 articles en 1075,  dont l’un énonce que le pape est supérieur aux conciles.
(10) « Sardique » l’actuelle « Sophia », capitale de la Bulgarie.  Ce concile se réunit sous la présidence d’Hosius de Cordoue Le 22 mai 347 pour examiner les appels auprès du pape Jules de Rome de saint Athanasios d’Alexandrie de Marcel d’Ancyre et d’Asclépas de Gaza tous trois déposés de leur siège au profit d’évêques ariens.

(11) In « Histoire de l’Église P 364, T 6 L’époque carolingienne » par Émile Amann. Éd. Bloud et Gay, Paris 1947 et  In « Ecclésiologie du Haut Moyen-Age » par Yves Congar P 212-216 Éd. du Cerf 1968.

(12) « Les Regestres des actes du patriarcat de Constantinople » Vol. 1 Fasc. 1 et 2 N°495 P 119 Éd. Par Venance Grumel. Institut d’Études Byzantine Paris 1989.
(13) « Les Regestres des actes du patriarcat de Constantinople » Vol. 1 Fasc. 1 et 2 N°499 P 121 Éd. Par Venance Grumel. Institut d’Études Byzantine Paris 1989.
(14) Ibidem N° 500 P 122.
(15) « Les Regestres des actes du patriarcat de Constantinople » Vol. 1 Fasc. 1 et 2 N°495 P 119 Éd. Par Venance Grumel. Institut d’Études Byzantine Paris 1989.
(16)  In «  Histoire des croisades » par Steven Runciman P. 196-197 Ed Tallandier. Paris 2006
(17) Ibidem P.224-225

(18) Ibidem P. 277.
(19) La terminologie « Catholique » n’appartient pas à l’Église latine mais à l’Église Orthodoxe qui est Catholique c’est à dire universelle. Dans le symbole la foi récité chaque dimanche nous proclamons que « l’Eglise est une sainte Catholique et Apostolique ».
(20) Encyclique de saint Marc d’Éphèse à tous les chrétiens orthodoxes de la terre et des iles. In « la lumière du Thabor P.  23 N° 10 2ème trimestre 1986
(21)  Archimandrite Sophrony «  Le starets Silouane » P.62-63 Ed. Présence  Paris.1996
(22) Ière Conférence pan-orthodoxe de Rhodes : 24 septembre Ier octobre 1961. Et ensuite : Rhodes : 1963 ; Rhodes : 1964 ; Chambésy : 1968 ;  Chambésy : 1971 ;  Chambésy : 1976 ;  Chambésy : 1982 ;  Chambésy deux fois en  : 1986 ; Chambésy : 1990 ;   Chambésy : 1993 ;  Chambésy : 1995 ;  Chambésy : 2009.  
(23)  « Décision officielle de la Sainte Communauté du Mont Athos au sujet de la réunion de la communion mixte du dialogue entre l’Église Orthodoxe et les Catholiques Romains. La sainte communauté a pris la décision suivante : A travers les siècles la Sainte Montagne reste, par la grâce du Christ la fidèle gardienne de la sainte foi orthodoxe, que les apôtres prédicateurs  de Dieu ont transmis à l’Église et que nos Pères Théophores avec les saints conciles œcuméniques ont préservé intacte. Cette tradition a été fidèlement (conservée) par les Pères athonites qui nous ont précédés.  » Ensuite vient le texte dont nous avons cité une petite partie concernant le préalable à exiger des catholiques Romains.
(24) Apoc. II, 7



07/07/2016
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