Éparchie Orthodoxe de Paris France Ukraine

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ECCLESIOLOGIE KIEV UKRAINE 2


ECCLESIOLOGIE KIEV UKRAINE 2

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Les trois premières  fractures historiques qui contribuèrent

à l’affirmation d’une identité ecclésiologique

et nationale Kievienne. (1051-1147-1169)[1]

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Saint Ilarion un premier métropolite russ’ de Kiev

I.  1051 : un premier métropolite russ’ de Kiev, Saint Ilarion.

 

Trois fractures  historiques vont contribuer de manière significative à la naissance puis à l’affirmation d’une  identité ecclésiologique purement russ’ en étroite synergie avec une conscience nationale spécifiquement kievienne et ukrainienne.

L’initial, connu de tous,  est  l’élection organisée par le Prince de Kiev  Iaroslav Le Sage [2], du premier métropolite non grec, Russ’, c’est à dire Ukrainien dans le sens moderne du terme, semble bien confirmer l’autonomie dont jouissait la jeune, mais puissante métropole. C’est bien en 1051, qu’après son élection est sacré puis intronisé le métropolite russ’ saint Ilarion (1051-1055), comme le premier hiérarque réellement Russ’ de la principauté kiévienne et de toute les terres Russ’.

 

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Si l’histoire a retenu comme fondateur des Grottes de Kiev  les saints Antoine l’Athonite [3] et Théodose de Kiev [4], le premier occupant qui s’y était aménagé une grotte était en réalité le futur métropolite Ilarion, qui avait choisi cet endroit sur une colline boisée près du  Dniepr. La  date exacte de cette première installation nous est donc inconnue. Elle précède forcément de quelques années la date de l’élection et du sacre du nouveau métropolite sur le Siège de Kiev. La puissante et très missionnaire métropole de Kiev est à l’origine de la conversion de la Russie actuelle: c’est autour des années 1051-1054  que Saint Antoine   quitte le Mont Athos pour s’installer dans la grotte où Ilarion avait vécu ; il y est rejoint par son disciple Saint Théodose  et en eux l’Église reconnaît les véritables fondateurs de la célèbre Laure des Grottes de Kiev  d’où a fleuri tout le monachisme ukrainien et russe.

La métropole orthodoxe de Kiev, en synergie avec le grand monastère des Grottes, fonctionnera comme une Église autocéphale puisqu’elle obtiendra  le privilège de bénir elle même son Saint Chrême [5],  et d’elle partent sur l’immensité des terres Russ’, des missionnaires, évêques et moines qui vont évangéliser les peuples qui y vivent. Le Prince Iaroslav rassemble tous les évêques de la métropole dont une partie seulement est russ’s, l’autre étant byzantine. Il choisit autoritairement et cela dans la pure tradition impériale byzantine, un russ’ Ilarion comme le nouveau métropolite de Kiev, et pour la première fois sans en référer à Constantinople. C’est à dire sans l’accord préalable du patriarche Michel Kéroularios (1043-1059) qui était dans l’incapacité de protester, abordé avec l’Empereur Constantin IX Monomaque (1042-1055)  par  les conséquences ecclésiologiques de la  guerre de conquête  menée par la dynastie normande des Hauteville  sur les teritoire impériaux  de l’Italie du Sud, notamment en Calabre et en Apullie (la Grande Grèce), jusque là  placés sous l’omophore patriarcal. Mais cette désignation par le Prince d’un évêque Russ’ demeura une exception, et bientôt la règle initiale de l’approbation préalable par le patriarcat de Constantinople du choix du candidat au siège de Kiev tantôt byzantin tantôt russ’  s’imposa de nouveau.

 

II. 1147. Le Canon 34 apostolique comme fondement des lois organiques de l’Etat Ukrainien et de l’organisation de son Eglise Locale.

 

La période que nous étudions du point de vue ecclésiologique est très instable sur le plan, tant politique que dans ses conséquences territoriales et géopolitique. Nous ne pouvons que survoler les événements qui au XIIème siècle vont assombrir  l’histoire du siège primatial de Kiev, aussi bien en tant que siège religieux, que comme capitale d’un état souverain. Durant l’ensemble du XIIème siècle l’Etat kiévien sera l’objet de convoitise de princes rivaux et il se morcellera  en de nombreuses principautés indépendantes et surtout concurrentes. Nous voyons alors apparaître les principautés de Tchernihiv, Péréiaslav, Tmoutorokan, Touriv-Pynske, Halytch, et la principauté de  Souzdal-Wlodimir qui sera à l’origine de la Principauté de Moscou  dont nous reparlerons dans le chapitre suivant. De 1146 à 1246 se succéderont quarante sept Grands Princes de Kiev dans des conflits  qui opposeront principalement deux familles : les Olhovoytch et les Monomakovich. Ces faits historiques constituent la toile de fond des événements historiques dont nous allons maintenant parler.

La seconde  véritable  fracture  ecclésiologique qui sera à l’origine de l’autocéphalie kiévienne, est  de ce fait à situer en 1147. La cathédrale Sainte Sophie de Kiev telle que nous la connaissons aujourd’hui est le lieu à la fois symbolique, charismatique et historique de la naissance de l’autocéphalie kiévienne. Si dans un passé récent elle a vu l’élection et l’intronisation de son  dernier patriarche, Sa Sainteté le Patriarche Filaret en 1995, en 1147 un concile y  est réuni sous l’autorité du Grand Prince Iziaslav II de Kiev [6] (et cela encore une fois dans la pure tradition byzantine). Cette date est concomitante avec celle de la  la fondation de la cité de Moscou.

Un nouveau métropolite de Kiev y était élu et intronisé. Le nouveau métropolite agréé par le Grand Prince était, comme cent ans avant lui Ilarion en 1051, un Russ’ :  Klymint Smolatytch [7] ( 1147-1154) connu également sous le nom de Klymint (Clement) le Philosophe,  moine réputé pour son immense érudition. La décision qui venait d’être  prise par la majorité des évêques présents sera lourde de conséquences pour l’avenir de l’Eglise Russ’. En réalité la majorité qui avait voté  pour l’autocéphalie « de facto »  de la Métropole de Kiev avec comme conséquence l’élection par les six évêques Russ’  de son primat sans en référer à Constantinople. Les deux évêques du nord,  un grec (nous devrions dire, né dans l’Empire byzantin) et le puissant évêque russ’  de Novgorod, saint Niphonte (1130 -1156), un ancien moine de la Laure des Grottes de Kiev,  s’étant opposés  à cette décision du choix du métropolite de Kiev par un concile local et par le Prince. Avec leur appui le patriarche de Constantinople Constantin Chliarenos (1154-1156) envoya à Kiev en 1156 un métropolite grec, saint Kostantyn Ier (Constantin) (1156-1159) dans le but maladroit de supplanter le métropolie Russ’, Sa Béatitude   Klymint Smolatytch.

Nous observons dans cette seconde fracture le premier schisme d’ampleur [8] qui divisa la métropole Russ’car il y eu alors deux titulaires pour la Métropole de  Kiev, le premier soutenu par le Grand Prince et l’ensemble de l’épiscopat russ’ (sauf saint Niphonte, qui toute sa vie refusa de communier avec Kliment)  et d’une manière plus générale par la majorité du peuple et des nobles russ’s,  et le second saint Constantin Ier soutenu par l’épiscopat grec et le peuple qui les suivait pour leur piété, et non par choix national. C’était le premier schisme fondé sur l’interprétation ecclésiologique  du Canon 34 Apostolique qui donne à chaque Eglise Locale le pouvoir de s’autogouverner et d’élire son primat. Sa Béatitude   Klymint Smolatytch allait s’installer en Galicie-Volhynie. Lorsque le Prince  Iziaslav II décéda en 1154, le métropolite grec saint Constantin anathémisa sa mémoire en lui refusant les funérailles religieuse. Saint Constantin [9] et Klymint se retiraient pour tenter de rétablir la paix dans l’Eglise au profit d’un nouveau métropolite grec nommé par le patriarche de Constantinople Constantin III Lichoudès (1154-1157). Ce sera Théodoros (1061-1062), auquel succèdera un autre métropolite grec Ivan (Jean) III (1164-1166) nommé par le nouveau patriarche de Constantinople, Lukas Chrysoberges (1157-1170). Mais le successeur de Iziaslav, le Grand  Prince Rostislav Ier  de Kiev [10] ,  pourtant peu favorable à la personne de Klymint Smolatytch, renvoya le métropolite  grec Ivan mandaté par Constantinople pour remplacer Constantin et il rappela à Kiev Sa Béatitude   Klymint Smolatytch. Le prince Rostislav Ier édicta un  Ukase selon lequel :« Dorénavant les métropolites seraient élus et consacrés en Russ’ même avec le consentement du Grand Duc »   Il ajoute que : « Si dorénavant le patriarche de Constantinople nomme un métropolite à notre insu contre les canons des Apôtres (34ème Canon Apostolique), non seulement je ne le recevrai pas, mais nous promulguerons une loi à perpétuité pour faire élire et installer le métropolite (de Kiev) par les évêques Russ’  dans le cas où Constantinople persisterait à envoyer des évêques grecs à Kiev sans en avoir reçu l’agrément de la part du Prince ». [11]   La citation d’un canon apostolique connu de tous  les hiérarques, en particulier des évêques byzantins et du patriarcat de Constantinople, est importante. Le prince confirmait bien plus que sa connaissance du droit byzantin puisque, soulignons-le, à cette époque à Kiev comme dans l’Empire Byzantin il n’existait pas deux codes de lois séparés,  l’un religieux et l’autre civil. Le Prince montrait et démontrait qu’avant lui, ses prédécesseurs avaient adopté dans le code des lois de la principauté, une multitude de lois empruntées au Code Justinien (amplifié depuis par les empereurs byzantins et les conciles suivants) et que  la conformité à cette Règle Apostolique s’imposait donc à Constantinople comme à Kiev. Il faut se souvenir ici que lorsque les égaux aux Apôtres Saints Kyrill (827-869) et Méthode (815-885) arrivèrent à Rome en 868 pour convaincre le pape Hadrien II d’adopter la langue slave pour la liturgie célébrée en Grande Moravie, en Pannonie (qui sera  plus tard introduite par leurs disciple saint Clément d’Ohrid (886-916) et le moine saint Gorazd en Bulgarie [12]) et plus généralement dans les contrées slaves, ils avaient non seulement traduit les quatre Evangiles, la Divine Liturgie de Saint Jean Chrysostome en langue slave, mais ils avaient traduit également un  résumé intitulé l’Eukologe des principales  lois pratiquées dans l’Empire et dans l’Eglise. Dès la venue du premier clergé byzantin à Kiev, les lois en usage dans l’Empire avaient été apportées dans les bagages de ces hiérarques, et ils les avaient faites en grande partie adopter, tant pour la vie civile que pour l’Eglise, bien que cette séparation  des deux domaines n’existait pas à l’époque. En soulignant le Canon 34 des Apôtres le souverain Kiévien  montrait que c’était là une loi organique et fondamentale de la vie de son Etat souverain et que nul  ne pouvait donc s’y soustraire. Le Canon 34 des Apôtres  sera à partir de cette époque constamment invoqué, tant par les métropolites de Kiev que par les souverains suivants dans les prochains conflits ecclésiologiques à fond géopolitiques. Il deviendra à partir de cet oukase fondateur du Prince inspiré Rostislav Ier la pierre angulaire de toutes les justes revendications ecclésiologiques pour son autocéphalie de la Métropole de Kiev.

 Une ambassade était envoyée à Constantinople auprès du patriarche Lukas Chrysoberbes pour faire reconnaître le choix du métropolite russ’. Les ambassadeurs s’efforcèrent en vain de faire valoir que dans  les principales villes Kiev, Péréyaslav et Tchernigov (Tchernihiv) le peuple russ’ refusait que son primat fut un grec. Finalement de fut Ivan V qui sera confirmé comme unique métropolite de Kiev et  le Prince cessera de soutenir le métropolite russ’ Klymint Smolatytch. Ainsi  s’achevait le premier schisme qui avait eu comme motif principal à l’initiative du monarque en synergie avec le consentement de la majorité de l‘épiscopat Russ’,  l’affirmation de l’identité kievienne,  tant comme  Etat souverain que comme Eglise locale autocéphale organisée selon le Canon 34 des Apôtres. Nous observons que  ce même phénomène se reproduisait tout au long des siècles suivants juqu’au commencement du XXème siècle dans d’autres nations slaves en particulier avec l’Etat et l’Eglise Bulgare, l’Etat et l’Eglise Serbe en occasionnant des schismes similaires[13].

Il perdure aujourd’hui avec la nation et l’Eglise Macédonienne, la Nation et l’Eglise du Monténégro, avec la nation et l’Eglise de Transnistrie, avec la nation et l’Eglise de Moldavie, avec la nation et l’Eglise d’Estonie,  et d’une certaine manière avec la nation et l’Eglise d’Amérique (qui recouvre plusieurs états)  et la nation et l’Eglise du Japon. Les Eglises que nous venons de citer sont le plus souvent entièrement soutenues par l’Etat de la nation dont elles sont incontestablement les Eglises Locales, et ne sont pourtant pas reconnues par l’ensemble des Eglises Orthodoxes autocéphales (soi disant canoniques), parfois seulement par certaines d’entre elles et pas les autres, parfois par une seule d’entre elles, et parfois par aucune. Des situations de deux Eglises Locales  (parfois davantage) sur le même territoire canonique existent dans de nombreux pays comme l’Estonie et le Monténégro. Toutes ces situations qu’il conviendrait d’analyser avec prudence proviennent cependant d’un facteur unique et légitime : la volonté d’un peuple au fort sentiment d’appartenance nationale d’avoir sa propre Eglise Orthodoxe  Locale établie selon la 34 ème Règle Apostolique et de ne pas continuer de  dépendre d’Eglises Mères impérialistes.

 

III. 1169. Israël et Ismaël : Kiev  et Wladimir-Moscou,   la proto-histoire d’un schisme.

 

 La troisième fracture qui va définitivement séparer en deux peuples puis deux  nations distinctes l’identité  primitive Russ’kievienne  se trouve dans la naissance de la cité de Wlodimir. Nous ne pouvons pas parler de deux Eglises Orthodoxes locales  distinctes, Russe et Ukrainienne, avant l’apparition de la Principauté de Wlodimir qui va devenir le berceau de la Principauté de Moscou. A l’origine de cette histoire nous trouvons Iouri Ier Dolgorouki fils cadet de Wlodimir II Monomakovich (Monomaque),  Grand prince de Kiev  (1113-1125) qui fonda la Principauté  de Souzdal. L’état concurrent de la principauté de Kiev était  la Principauté de Souzdal installée par Wlodimir Monomakovich, comme capitale de son Etat qui avait comme principales cités Rostov, l’ancienne capitale transférée par le Grand Prince en 1093 à  Souzdal, cette dernière ville  et la cité que le Grand prince fonda en 1118, à 31kilomètres 3au sud de Souzdal qui portait son nom : Wlodimir.

Désirant devenir Grand Prince de Kiev, Iouri Ier qui n’y parviendra que tardivement et brièvement [14]   obtient le soutien de son fils préféré Andreï. Mais les rivalités habituelles  d’Andreï avec deux de ses frères Michel et Vsevolod,  contraignent Andreï à se désintéresser de Kiev qu’il quitte en 1147 alors que le Grand Prince est encore Isiazav II [15]. Iouri contrarié par cette désertion, alors qu’il a besoin du soutien de son fils pour parvenir sur le trône de Kiev,  désigne comme co-princes de la Principauté de Souzdal les deux frères  d’Andreï. Ceux-ci sont chassés dès la mort  de leur père en 1157, par le peuple qui acclame Andreï comme son souverain. Le nouveau Grand Prince  rassemble alors les cités de Souzdal et de Rostov autour de sa nouvelle capitale Wlodimir. Ces faits se produisirent durant les mêmes années que la fin du conflit religieux entre Kiev et Constantinople. En 1157-1160 le prince Andreï Bogolioubsky [16] (1157-1174) donne l’ordre d’édifier la cathédrale de Wlodimir dans laquelle l’icône de la Théotokos va obtenir une place centrale, tant à cette époque que dans les siècles futurs pour la Russie et l’Eglise Russe dont elle deviendra l’un des principaux symboles. Le prince ordonne la composition  d’offices consacrés à la Vierge et il est à l’origine de la fête de la Protection de la Mère de Dieu dont il choisit la date (1er octobre) et qui s’est progressivement imposée à toute l’Eglise Orthodoxe. C’était l’aboutissement éclatant d’un processus  qui s’était mis en marche à l’avènement au pouvoir du prince.

En 1157  c’est-à-dire au moment même de la crise qui agite les relations entre Kiev et Constantinople, le prince Andreï arrive donc au pouvoir avec un fort appui populaire. C’est cette date qui est désignée par les historiens russes comme celle de la fondation d’une nation-état russe distincte de la Russ’ Kievienne, et donc à l’origine de la Russie actuelle. Le grand historien russe A. Limonov  écrit : « Elle marque l’acte officiel de la création d’un État indépendant au nord-est, embryon du futur centre politique de  toute la nation russe. » [17]

C’est la construction de la cathédrale de Wlodimir de l’église de la Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu et de la venue dans la cité de la célèbre icône connue aujourd'hui sous le nom de la « Vierge de Wlodimir » qui sont à la naissance à la fois  d’une nouvelle identité nationale (qui deviendra celle de la Russie moderne),  distincte de celle des Russ’ Kiéviens, et d’une Eglise Locale distincte, concurrente de la puissante métropole de Kiev. La célèbre icône avait été transportée par le prince Andreï lorsque celui-ci quittait  la ville Russ’ de Vychhorod dont il avait été le souverain, où elle trônait dans l’église. Sous l’impulsion du peuple de la cité de Souzdal,   hostile à son évêque Nestor,  un russ’, le Prince le chasse de la ville et de son trône épiscopal, le contraignant de se réfugier à Kiev. Le conflit qui opposait le prince à des évêques qui relevaient de la Métropole de Kiev allait continuer avec les occupants des autres sièges épiscopaux de la principauté. Nommé par le métropolite de Kiev, le nouvel  évêque de Rostov Léon fut lui aussi expulsé de sa ville. Dans les deux cas les motifs  officiels  étaient religieux, pour Nestor des questions concernant sa rigueur sur la question du  jeûne, jugée excessive par le Prince, et pour Léon des questions d’argent. Mais ce n’était là que des prétextes. Le Prince voulait se détacher de l’autorité régionale qu’exerçait jusque là le puissant métropolite de Kiev, pour fonder en synergie avec son nouvel état, une Eglise  indépendante et soumise entièrement  à son pouvoir dans le pure modèle byzanin. Alors qu’en Russ’Ukraine les évêques, comme aujourd’hui, étaient élu par le synode, puis plus tard par le synode permanant sur le modèle du patriarcat de Constantinople, le prince Andreï instaura une participation du peuple (en réalité les notables et les nobles) pour l’élection des nouveaux candidats à l’épiscopat. Mais il fallait composer à la fois avec Kiev  soutenue dans sa position de siège primatial régional par le patriarcat de Constantinople qui continuait  de considérer qu’elle était l’Eglise Mère de toutes les villes Russ’ et donc les sièges épiscopaux qui y avaient été fondés.  Andreï espérait qu’il transformerait le simple évêché de Wlodimir en une métropole indépendante de Kiev. Il lui fallu se réconcilier avec l’évêque Léon rappelé à Rostov. Et à nouveau un conflit éclata sur la question du jeûne qui l’avait précédemment opposé à l’évêque Nestor.  Un concile fut convoqué par le prince avec des évêques soumis qui déposèrent de son siège l’évêque Léon. Le prince envoya une ambassade à Constantinople avec son candidat comme métropolite, Feodor [18]. Le patriarche Lukas Chrysoberbes refusa la création d’une seconde métropole tout en acceptant la chirotomie épiscopale de Féodor pour le siège de Wlodimir,  considérant qu’il ne fallait pas atteindre à l’unité ecclésiologique de la Métropole de Kiev.

Il ne restait dans la pensée du prince qu’une solution pour échapper à l’emprise géopolitique de la puissante métropole de Kiev : en mars 1169 ses troupes envahissent Kiev et y procèdent avec une barbarie inouïe sur d’autres  frères Russ’ Orthodoxes, non seulement aux exactions habituelles de la soldatesque : assassinats collectifs de tous ses habitants, incendies systématiques des bâtiments en bois, pillage méticuleux de la cathédrale  Sainte Sophie et de toutes les églises et monastères ( toutes les icones et les calices en or, les vêtements épiscopaux et sacerdotaux sont envoyés à Wlodimir pour orner la cathédrale). Bien avant la prise de Kiev par les  Mongols en 1240 la ville était une première fois dévastée  par ses voisins slaves. Le but, qui ne sera pas atteint, était d’effacer de la carte Kiev la Mère de toutes les cités et les  Eglises Russ’ en réduisant l’importance du siège primatial de la Russ’Ukraine par la destruction de la ville et de ses habitants. Plus de ville, ou  une ville réduite à un village, selon le raisonnement du prince Andreï signifiait  plus de siège.  Mais les survivants  avec une conscience nationale renforcée par l’épreuve. se levèrent autour du nouveau métropolie de Kiev saint Constantin II (1167-1177) de Kiev, désigné sur le trône métropolitain par le patriarche de Constantinople Lukas Chrysoberges.

En créant lui-même par cette guerre injuste la différence entre les deux peuples qui se séparèrent comme Jacob et Esaü ou comme Israël et Ismaël, Andreï avait attisé la naissance de deux consciences nationales distinctes, la première agressant l’autre et la seconde par sa résistance affirmera tout au long de son histoire  son identité Kiévienne nationale et ecclésiale, comme le  premier siège de la Russ’Ukraine, Mère de toutes les Eglises et cités russ’, au nord comme au sud à l’est comme à l’ouest. Cette conscience nationale particulière qui reliait à la fois l’Eglise Locale et sa nation est la même qui  se retrouve encore aujourd’hui dans le cœur  de la nation ukrainienne. Car redisons-le, la destruction de la ville de Kiev n’avait pas eu à cette époque un but de conquête territoriale, mais uniquement la destruction du siège primatial de Kiev comme Mère des Eglises Russ’. De ce fait  le Prince Andreï n’en fit pas sa capitale et n’y résida  pas, en plaçant son frère cadet Gleb  dont il connaissait l’incompétence politique, comme prince éphémère de la cité vaincue. La même année de 1169 si funeste dans l’histoire de la métropole de Kiev,  profitant de la faiblesse politique du métropolite de Kiev,  suite à la destruction partielle de la cité, à son insu le patriarche de Constantinople Lukas Chrysobergès (1157-1170) confère à Constantinople la chirotomie épiscopale à Théodosios comme évêque de Rostov. Lorsqu’il se présente à Kiev l’énergique métropolite de Kiev,  Sa Béatitude  Constantin II, pourtant un grec,  le fera arrêter,  déclarer hérétique et mutiler [19].

C’est cette date de 1169 qu’il faut retenir comme étant la fracture ontologique qui va séparer en deux nations rivales  les Russ’ qui  constituaient jusque-là un seul peuple, même si celui-ci était fractionné en plusieurs principautés rivales, la Métropole de Kiev fédérant son unité Russ' Orthodoxe.  Son autre frère Vsevolod succédant  au Prince Andreï, continua avec le même acharnement la même politique : il se rendit avec ses troupes à Kiev en  1203 et procéda à une razzia sanglante et  à des pillages qui dépassèrent ce que son frère Andreï avait fait. Le Chroniqueur de l’époque écrit : « Que la terre Russ’ n'avait pas connu un tel malheur depuis le baptême de Kiev »[20]

En 1187 apparaît pour la première fois dans la fameuse Chronique de Kiev conservée dans la Chronique Hypattenne, le nom d’Ukraine qui désigne alors les territoires de Péréiaslav et du Dniestr inférieur. Ce nom va s’appliquer dans tous les siècles suivants à l’ensemble des contrées sur lesquelles est  établi le peuple Ukrainien. Deux états distincts vont s’affirmer avec leurs  identités  nationales propres. Le premier la Galicie-Volhynie  qui englobe Kiev, regardera toujours vers l’Ouest avec empathie. Cet Etat affirmera haut et fort son identité Russ’ et Kiévienne. Le second  qui regardera l’Ouest avec méfiance, et  dont nous venons de parler, est connu désormais sous le nom de Principauté de Wlodimir-Souzdal. Bientôt Wlodimir deviendra la résidence effective des métropolites de Kiev. La Métropole de Kiev demeurera toujours le siège primatial de ces deux états comme des autres principautés de l’ancienne Russ’. Le Métropolite Kyrill de Kiev (1224-1233) résidait à Wlodimir, mais le siège de Kiev n’était pas pour autant abandonné comme résidence officielle du primat. L’un de ses successeurs Kyrill II (1250-1281) faisait de même. Ce sera le Métropolite Maxime (1285-1307) qui transfèrera officiellement la résidence des métropolites de Kiev à Wlodimir en 1299. L’invasion Tatare-Mongole en était la cause principale.

Le paroxysme de cet état des choses arrivera en 1353 avec deux nations distinctes et deux primats revendiquant chacun le siège métropolitain de Kiev, ce que nous avons évoqué dans notre article précédent : « On comprend que le prince lituanien, comme aujourd’hui les dirigeants de l’état ukrainien, ne voulaient pas que son métropolite dépende d’une Église d’une autre nation (les princes de Moscou) avec laquelle il était fréquemment en conflit. Deux candidats se présentèrent à Constantinople qui avait été choisie par les souverains comme arbitre de leurs revendications, mais également parce que le lien ancien avec l’Église Mère la plaçait pour les deux hiérarques concurrents, comme un nouveau Salomon. Ils arrivèrent en 1353 dans la Ville. Le candidat du prince de Moscou était saint Alexis et le candidat du prince de Lituanie était Roman. Le patriarche Philotéos de Constantinople, (que nous avons déjà rencontré) tout en soutenant que « la Rous’ devait être administrée par une seule métropole indivisible » donnera un jugement de Salomon pour trancher l’affaire : Il transféra le siège effectif de la métropole à Wladimir tout en consacrant deux métropolites : Alexis comme métropolite de Kiev et de toute la Rous’, et Roman comme Métropolite de toute la Rous’ mais titulaire du siège de Novgorod. 
Ce qui devait arriver arriva : le germe du schisme avait été semé par la Grande Église peu inspirée. Roman comme le souhaitait très légitimement son prince transféra son siège à Kiev, et Alexis avec l’appui du prince de Moscou et des tatares, et celui symbolique puisqu’il n’était pas sur place, du patriarche Constantinople, se rend à Kiev pour prendre possession de son siège, et échappe de peu à une arrestation et sans doute à un assassinat. Le schisme se poursuivra avec le successeur du métropolite Roman, saint Cyprien. En 1354 lors du second pontificat de saint Philotéos sur le siège de Constantinople, voulant faire cesser le schisme entre Moscou et Kiev, il écrit aux différents protagonistes qu’il faut un seul siège et un seul métropolite. Mais nous sommes toujours en face de deux territoires nationaux séparés et dont chacun des princes revendique légitimement d’avoir une Église nationale indépendante de la nation voisine et antagoniste, avec son propre primat. Cette situation est exactement la même que celle que traverse aujourd’hui l’Ukraine par rapport à la Russie. »[21]

   Le grand historien russe Iouri A. Limov souligne qu’après 1169 : « Soixante ans plus tard, on pourra voir sur le territoire de Wlodimir-Soudzal deux éparchies. En moins d’un siècle apparaît à Wlomidir  un métropolite de toute la Russ’  qui choisit Moscou (1354) comme lieu de résidence. De ce fait la doctrine politique d’Andreï s’était réalisée. »[22]

La négation de Kiev et de son Eglise primatiale va être l’obsession de tous les dirigeants politiques de ce qui allait devenir la Principauté Russe dont le centre allait se transporter de Wlodimir à Moscou. L’Eglise Russe d’aujourd’hui est bien l’héritière de  cette obsession du Prince Andreï, de nier en s’efforçant de faire disparaître  sa propre Mère,  la Métropole de  Kiev. Mais face à cette obsession allait continuer à se lever un fort sentiment de résistance  nationale Ukrainien  en étroite synergie avec son Eglise Locale Ukrainienne, qui s’affirmerait dans les vicissitudes de son histoire et de ses frontières, avec des parties de son territoire  tantôt  au sein  de la Horde d’Or Mongol-Tatare, du  Grand Duché de Lituanie, du Royaume de Pologne, de l’Empire Austro-Hongrois (Lviv), que dans l’Empire Russe et Soviétique.

Conclusion : Le « baptême des nations » comme source de l’autocéphalie de chaque Eglise Locale.

La grande erreur que commettent aujourd’hui certaines  Eglises Orthodoxes locales autocéphales qui furent longtemps elles-mêmes considérées  comme schismatiques [23] lorsqu’elles luttaient pour leur propre autocéphalie, en ne soutenant pas le combat pour son autocéphalie du Patriarcat de Kiev, c’est de distinguer en la reconnaissant  la légitimité d’une nation, l’Ukraine, à exister dans des frontières reconnues, et simultanément de nier cette même légitimité à l’Eglise Orthodoxe Locale Ukrainienne qui lui a  été, depuis sa fondation, toujours consubstantielle. L’histoire de l’Ukraine a ceci d’exemplaire, c’est que l’Etat et l’Eglise ont depuis saint Wlodimir toujours fonctionné ensemble. On ne peut séparer l’un de l’autre.

L’Eglise Orthodoxe Locale de l’Ukraine ne fait qu’obéir au Commandement du Christ  sur lequel reposent tous les canons œcuméniques et apostoliques et la théologie dogmatique de l’ecclésiologie Orthodoxe : « De toutes les nations faites des disciples les baptisant au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit » [24]. Ce commandement est la source de toute l’ecclésiologie Orthodoxe, avec le canon 34 des Apôtres qui lui est consubstantiel. De ce commandement et de cette règle apostolique est issue l’organisation en Eglise nationale autocéphale de l’Unique Eglise du Christ.

 Et si d’aventure, un canon  œcuménique,  une règle apostolique devait dans son interprétation et  sa réalisation  contredire un Commandement du Christ, c’est bien évidemment le Commandement du Christ qui devra s’imposer à la Conscience de l’Eglise et non l’interprétation pharisianique de ce canon. C’est cette fidélité à ce commandement du Christ qui est l’honneur de notre saint Patriarcat de Kiev.

 

 

[1]  Nous avons consulté en plus des ouvrages et revues cités dans notre aricle, l’ouvrage incontournable du Professeur Arkady Joukovsky : Histoire de l’Ukraine Ed. du Dauphin. Paris 1994

[2]  Date naissance inconnue + 1073.

[2] Date naissance inconnue + 1074.

[4] Lire sur ce sujet notre précédent article : « Kiev la Mère de toutes les Eglises Russ’ , un principe ecclésiologique ancien. »

 

[6] Il régna comme Grand Prince de Kiev et de la Russ’  de 1146 à1149 en 11 50, et de 1151 à 1154.  Il est également prince de Koursk de 1127 à 1130, prince de Polotsk de 1130 à 1132, prince de Pereïaslavl de 1132 à 1133 puis de 1142 à 1146 et enfin prince de Volhynie2 de 1135 à 1142 puis de 1146 à 1151...

 

[7] Autrement dit en français : Clément de Smolensk.

 

[8] Il  y en eut d’autres que nous avons évoqué dans notre  précédent article (2014)  : « Kiev la Mère de toutes les Églises Russ’, un principe ecclésiologique ancien. »

 

[9] Lorsque saint Constantine trépassa en 1159, on ouvrit son testament dans lequel le saint demandait à ne pas être enterré, mais que son corps soit déposé dans un champ pour être dévoré par les chiens, parce qu'il se considérait comme responsable de la confusion du schisme que venait de traverser l’Eglise de Kiev. On exécuta avec crainte ses dernières volontés et son corps demeura trois jours dans un champ aux yeux de tous. Le troisième jour, il se fit un terrible tonnerre au-dessus de Kiev, avec des éclairs partout, la foudre tomba et la terre trembla. Le peuple vit alors trois colonnes lumineuses apparaitre  au-dessus de la sainte dépouille de Constantin. Voyant cela, le prince de Kiev Rostislav Ier, ordonna que le corps de Constantin soit rapporté et enseveli dans l'église. 

 

[10]  Il régna de 1154 à 1155, puis de 1159 à 1161, et enfin de 1161 à 1167. Il est  surnommé Rostislav le Pieux.  Il sera également prince de Smolensk de 1127 à 1167 et prince de Novgorod en 1154.

 

[11] Istina XXXV.1990. N° 1 Janvier Mars. « La hiérarchie dans la Rus’ de Kiev » P 89-93.  par Vasyl Maksimyv. Istina XXXVII. 1992. N°4.Octobre-Décembre. L’Ukraine et la Russie. P 366-404. Etudes Byzantines N°1 Volume 1.  1943 Par Wolodimir Kosik.  « La chronologie des patriarches de Constantinople de 1111 à 1206 » par V Grumel.

 

[12] Aujourd’hui deux états  slaves revendiquent la paternité spirituelle de Saint Clément d’Ohrid : la Bulgarie et la Macédoine.

 

[13] Lire notre ouvrage «  la papauté orthodoxe » Ed. Présence. Paris 2002. Et notre précédent article (2014)  : « Kiev la Mère de toutes les Églises Russ’, l’expression d’un principe ecclésiologique ancien. »

 

[14] Iouri Ier Dolgoroud sera Grand Princ de Kiev en 1149-1150, en 1150-1151 et enfin en  1155-1157.

 

[15] Iziaslav II sera Grand Prince de Kiev en 1146-1149, en 1150 et comme co- Grand Prince avec Viachetslav en 1151-1154.

 

[16] Bogolioubsky : « Qui aime Dieu », nom donné par ses contemporains au prince à cause de sa piété. Le Synaxaire nous donne la version suivante : Le prince André en quittant Wlodimir  prit avec lui une icône miraculeuse de la Mère de Dieu qui fut appelée par la suite Wlodimirskaya et qui devint la protectrice de toute la terre Russe. Le 18 juin 1157, à dix verstes de Wlodimir, le chariot avec l’icône s’arrêta sans cause apparente et les chevaux ne pouvaient pas la bouger. Le remplacement des chevaux ne changea rien. Le prince André ordonna de chanter un chant de prière en l’honneur de la Mère de Dieu devant son icône miraculeuse, après quoi il pria seul dans sa tente. Pendant sa prière fervente, la Reine du ciel lui apparut elle même  en lui demandant de déposer son icône miraculeuse à Wlodimir et de bâtir sur cet endroit une église et un monastère en l’honneur de sa Nativité. L’icône miraculeuse fut  solennellement ramenée à Wlodimir et sur le lieu de l’apparition de la Mère de Dieu le prince André fit poser les fondements d’une église en pierre en l’honneur de la Nativité de la toute sainte Vierge et y fonda un monastère.

 

[17] Iou. A. limov. Wlodimiro-Souzdalaskaïa Rous’, Otcherki sotstalno-polititcheskoï  istorii , op.cit., PP 394-399 ; PSRI ; Vol 1 P 349. Leningrad 1987.

 

[18] Féodor se montrera d’une cruauté sans borne : il rasait les barbes ( ce qui à l’époque pour un orthodoxe russ’ était comparable à une excommunication) et fracassait personnellement les têtes, crucifiait, énucléait ses opposants dans le clergé et le peuple  pillait les églises de leurs richesses.  Il terminera lamentablement ses jours en étant livré par le prince Andreï au métropolite de Kiev Constantin (un byzantin) qui le fera exécuter sur l’Ile de Pessyn après l’avoir excommunié, fait amputer de la main droite et énucléer (1169).

 

[19] Plutôt que d’infliger la peine capitale, il était l’usage dans l’Empire Byzantin lorsque l’on voulait écarter définitivement de la vie publique un opposant de le mutiler (souvent au visage), couper le nez, l’énucléer, ou  lui couper la main droite,  amputations qui rendaient la vie publique impossible. On le voit ici le métropolite Constantin de Kiev était  bien un byzantin.

 

[20] PSRL. Vol. 1 P. 355. In Istina XXXV.1990. N° 1 Janvier Mars. « La hiérarchie dans la Rus’ de Kiev » P 89-93.  par Vasyl Maksimyv. Istina XXXVII. 1992. N°4.Octobre-Décembre. L’Ukraine et la Russie. P 366-404.

 

[21] « Kiev la Mère de toutes les Eglises Russ’ l’expression d’un principe ecclésiologique ancien. »

 

[22] Iou. A. limov. Wlodimiro-Souzdalaskaïa Rous’, Otcherki sotstalno-polititcheskoï  istorii , op.cit., P. 62 ; PSRI ; Vol 1 P 349. Leningrad 1987. Ce sera le métropolite Alexis (1354-1378) qui résida le premier à Moscou.

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+Métropolite Michel de Paris. (Laroche)  19  mars 2015

 

 Nous remercions chaleureusement les pères :  Богдан Тимошенко    10678706_711692868913941_1687882443360504555_n.jpg

                                                                   et   Ігумен Ієремія         10355797_840516959341147_216930256833586823_n.jpg

 pour l'aide qu'ils nous ont apporté pour l'illustration de cet article

 


26/03/2015