Éparchie Orthodoxe de Paris France Ukraine

Éparchie Orthodoxe de Paris France Ukraine

ÉCCLÉSIOLOGIE


Une jurisprudence ecclésiologique du Patriarcat Œcuménique : Analyse historique et canonique Tomos de la première autocéphalie ukrainienne de 1924.

 

 

Еклезіологічна юриспруденція Вселенського Патріархату:

Історико-канонічний аналіз Томосу про першу українську автокефалію 1924 р.

Митрополит Мішель (Лярош)

 

  

 

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 Еклезіологічна юриспруденція Вселенського Патріархату:

Історико-канонічний аналіз Томосу про першу українську автокефалію 1924 р.

 

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22/12/2016
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 de Son Eminence le Métropolite Michel

de Paris et de toute la France.

 

Nous demandons que dans chaque paroisse et monastère qui sont sous notre omophore en France, comme en Italie, soit affiché et distribué ce texte qui donne une explication sur ce qui distingue, et parfois sépare, l’Eglise  Orthodoxe de l’Église  Catholique Romaine. Et cela pour ne pas entretenir la funeste confusion et illusion que tout est pareil et qu’uniquement des points mineurs empêcheraient le rétablissement de la communion.

 

Nous invitons tous nos croyant orthodoxes à aimer nos frères catholiques et à  prier pour le rétablissement de cette communion dans l’Amour et  la Vérité, ni l’Amour sansla Vérité, ni la Vérité sans l’Amour.

 

+Métropolite Michel de Paris et de toute la France

Donné le mardi 9 août (27 juillet calendrier Julien) 2016

Fête du Saint et Grand Martyr Pantéléimon l’Anargyre et de Saint Clément d’Ohrid.

 

« Aimons-nous  le même Christ ?  »

 

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Combien de fois dans ma vie de prêtre puis d’évêque ne m’a-t-on posé cette question : « Pouvez vous m’expliquer ce qui distingue aujourd’hui un chrétien Catholique d’un chrétien Orthodoxe ? » ou plus généralement « ce qui distingue l’Eglise Catholique Romaine de l’Eglise Orthodoxe ? ».

 

 

Je ne souhaite ni blesser mes frères catholiques dont je respecte la foi ardente, ni tomber dans le pseudo-œcuménisme dans lequel des Orthodoxes « spécialistes de l’œcuménisme», embourbés dans les relations étroites et affectives avec leurs interlocuteurs théologiens catholiques, n’osent plus aborder frontalement   les sujets qui nous séparent encore, en laissant croire que nous sommes à la veille de recouvrer notre communion des neufs premiers siècles. Aussi ai-je rédigé sous la forme d’un long aphorisme ce dialogue qui est loin d’être imaginaire, car il est le résumé d’une multitude conversations que j’ai eu sur ce sujet, depuis plus de quarante ans comme prêtre de paroisse puis comme évêque, avec de nombreux orthodoxes et catholiques. J’ajoute que de très nombreux croyants orthodoxes ne connaissent pas toujours leur propre « Confession de la Foi Orthodoxe » et par là-même les différences de théologie qui existent entre les deux Églises, catholique et orthodoxe. Ce texte s’adresse donc principalement à eux.

 

J’ai laissé de côté dans cet aphorisme la question de l’ecclésiologie (elle aussi dogmatique) pour n’y aborder que des questions sur la foi.

 

Un catholique en ces temps d’œcuménisme, voyageant dans un pays orthodoxe et visitant un monastère, questionna l’un des moines : « Bonjour mon Père pouvez-vous m’expliquer ce qui distingue aujourd’hui un chrétien catholique d’un chrétien orthodoxe ? »

Le moine lui répondit par cette interrogation : « Aimons-nous le même Christ ? » Le croyant catholique choqué répondit : « Mon Père pourquoi cette question ? Naturellement nous aimons le même Christ.» Le moine lui répondit : « Je n’en suis pas certain. Vois-tu,   il existe de très nombreuses différences, revêtues d’une importance capitale pour nous orthodoxes, dans la confession de la foi et dans la pratique qui en découle.

Le croyant catholique interrogea à nouveau le moine : « Mon Père pouvez-vous m’éclairer sur ces différences de ce que vous nommez « la confession de la foi », qui pourtant à ce que j’entends dans les rassemblements œcuméniques seraient tout à fait mineures et sur le point d’être surmontées ? » 

Le moine reprit la parole : « Afin de répondre à ta question par des exemples concrets, je vais te montrer un Christ différent chez nous de chez vous. Chez vous dans l‘Eglise Catholique vous adorez le Saint Sacrement dans un ostensoir : c’est ce que nous définissons comme l’adoration du Christ extérieur. Alors que chez nous dans l‘Eglise Orthodoxe, chaque croyant en recevant en lui par la communion sous son aspect de pain et de vin, le Corps et le Sang du Christ, l’adore dans son cœur et murmure le Saint Nom de Jésus en prononçant intérieurement ou à voix basse : « Mon doux Jésus, mon doux Jésus » ou « Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu aie pitié de moi pécheur. ». C’est ce que nous nommons adorer le Christ intérieur.

 

Un autre exemple d’un Christ différent chez nous de chez vous : chez vous, les enfants ne peuvent pas recevoir le Christ Eucharistique ( la Communion) avant l’âge de dix ans, alors que chez nous, nous observons scrupuleusement la parole du Christ : « Laissez venir à moi les petits enfants. » (Mt XIX, 14 ; Lc XVIII, 16 ; Mc X, 14) et les petits enfants communient au Sang du Christ  à partir du  jour de leur baptême, car nous savons que ce n’est pas le fait de comprendre l’Eucharistie qui lui confère la grâce qu’elle porte en elle-même, mais c’est le Christ qui est  agissant dans la personne qui Le reçoit, dans Son Corps et dans  Son Sang. C’est là une   vérité qui reste un grand mystère, non seulement pour les petits enfants, mais pour les adultes. Nous sommes étrangers à la pensée qu’il faut comprendre la Communion Eucharistie pour la recevoir. Qui peut comprendre avec son intelligence humaine le Mystère de l’Eucharistie ?  C’est le Christ qui Se comprend en nous, au-delà de notre misérable intelligence humaine. Ne séparons pas les enfants du Christ Eucharistique. Notre Christ, non seulement donne la Communion aux petits enfants ce que ne fait pas votre Christ, mais Notre Christ donne la Communion   à TOUS les pécheurs qui se repentent sincèrement, car Notre Christ a dit : « Je ne suis pas venu pour les bien portants mais pour les malades ; je ne suis pas venu pour les justes mais pour les pécheurs ; ce sont les malades qui ont besoin de médecin ». (Mt IX, 11-13 ; Mc II, 17 et Lc V, 31). 

 

Notre Christ nous fait donc donner l’Eucharistie aux divorcés remariés, après leur avoir conféré des Secondes Noces dans l‘Eglise. Votre Christ les exclut de la communion eucharistique. Comme tu peux le discerner dans ces exemples notre Christ aime les pécheurs, aime les petits enfants et  est adoré à  l‘intérieur de soi. L’adoration dans l’Eglise Romaine du Christ extérieur est la conséquence de l’éloignement du Christ Eucharistique dans l’Eglise Catholique, d’une catégorie de personnes. On ne peut pas, étant divorcé et remarié civilement, ou étant enfant,  Le recevoir à l’intérieur ;   alors l’Eglise Romaine  cultive cette adoration extérieure de l’Eucharistie, qui selon nous les Orthodoxes est un contre-sens de ce qu’est la communion : recevoir en nous le Christ Eucharistique pour qu’il nous greffe à nouveau, comme des sarments à la Vigne (Jn XV, 5), car nous péchons tous après notre baptême. » 

 

Le moine ajouta : « Vous ne croyez pas à l’efficacité absolue du Sacrifice du Christ sur la croix et   du pardon illimité et immédiat du Seigneur pour une âme qui se repent avec sincérité de ses péchés. Car l’Eglise Catholique, même après l’absolution des péchés dans le sacrement de la confession, ajoute une peine supplémentaire qui n’existe pas dans l’Evangile : le Purgatoire ! Aucun apôtre, ni aucun des Pères de l’Eglise n’a enseigné l’existence de cette punition après le repentir et le pardon d’un pécheur. Si le Purgatoire avait réellement existé, alors le Bon Larron, bien que pardonné par le Seigneur sur Sa Croix de ses nombreux et abominables péchés n’aurait pas été introduit directement au Paradis, avant même tous les saints. Le Christ sur Sa Croix promet pourtant au Bon larron : « Amen. Je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi au Paradis. » (Lc XXIII, 42 ) Le Seigneur fait entrer  au Paradis  le Bon Larron devant tous les saints de l’Ancien Testament, les prophètes, les patriarches,  et même devant Saint Jean Baptiste; dis moi où se place dans cette action le Purgatoire ? 

 

Le croyant catholique attristé par ces réponses demanda au moine : « Mais croyez vous à l’Unité de l’Eglise ? Que Catholiques et Orthodoxes puissent un jour être unis et communier ensemble ? » Le moine répondit : « Je crois dans l’Eglise Une, Sainte Catholique et Apostolique qui est l’Eglise Orthodoxe et je crois au retour du Fils Prodigue, après son repentir comme dans la parabole, dans l’unité du Père.

 

Mais à ton tour réponds-moi à cette question : « Quel est le Chef de l’Église ? » Le croyant Catholique répondit sans hésiter : « Le Pape ! » Et le moine lui dit alors : « Chez nous dans l’Eglise Orthodoxe le Chef de l’Église est Son Fondateur : le Christ ! 

 

Vois-tu quelle vertigineuse différence existe entre vous et nous. Vous, c’est un simple homme, certes revêtu de la grâce de l’épiscopat. Chez nous le Chef de l’Eglise c’est le Dieu fait homme Lui-même. Il n’y a rien de comparable. Enfin l’Eglise a toujours été une, de ce fait l’unité de l’Eglise c’est d’être unie à la Vérité qui est le Christ, mais non pas de s’unir à telle ou telle communauté chrétienne particulière qui se serait séparée d’elle. Nous prions pour que vous retourniez comme le Fils prodigue dans l’unité de la Maison du Père.

 

Le croyant catholique attristé : « Mais il n’y a selon vous aucun espoir que nos Eglises communient un jour ? » Le moine répondit : «  Lorsque des orthodoxes signèrent l’union avec Rome au Concile de Florence Ferrare (1438-1439), ils cessèrent d’être orthodoxes  et furent tous à leur retour dans leurs nations désavouer par le Peuple Royal. Certains se convertirent  à nouveau par le repentir à l’Orthodoxie, comme le futur patriarche Constantinople Gennadios (1454-1465), disciple de saint Marc Eugénikios (1392-1444) qui n’avait pas signé. La leçon de tout cela c’est que dans l’Eglise,  on ne réalise pas l’union par des accords et des traités qui ressemblent à ce que les états réalisent entre eux dans ce monde, sans aucune place pour le Saint Esprit. L’union commence par une personne qui quitte l’hétérodoxie pour revenir à l’Orthodoxie et qui ne laissent pas une institution décider pour elle de ce qui est la vérité et de ce qui ne l’est pas. Ce qui fut fait à Florence dans une réunion qui s’apparentait à l’ONU d’aujourd’hui, fut défait par la conscience de chaque chrétien orthodoxe. Mais j’ajoute que des points importants de la doctrine sur laquelle se réalise tout le salut de l’homme et l‘action dans le mystère de l’Incarnation  de la Divine Trinité dans le monde, selon la parole de l’Apôtre « Tout est de Lui par Lui en Lui » (Rom XI, 36), séparent l’Eglise Orthodoxe de l’Eglise Catholique. » 

« Mon Père pourriez vous m‘éclairer ? » Le moine répondit à nouveau : « Tout est de Lui le Père, par Lui le Fils et en Lui l’Esprit Saint » comme le commente saint Athanase d’Alexandrie dans sa lettre à Sérapion. aucun don ne nous parvient sans la communication du Saint Esprit, comme nous le verrons plus loin pour sa grâce incréée. Je ne vais pas approfondir ici la  théologie dogmatique sur l’Esprit Saint qui procède du Père seul dans l’Eglise Orthodoxe, et du Père et du fils dans l’Eglise Catholique, contrairement aux deux définitions des Conciles de Nicée I (325)  Et Constantinople I (381). Contrairement surtout à la parole même du Christ dans l’Evangile de Saint Jean le Théologien qui ne parle pas de cette double procession. Elle  affaiblit dans la théologie Trinitaire Catholique l’Hypostase (Personne)  du Saint Esprit en la soumettant au Père et au Fils, alors que selon la Parole : « l’Esprit de Vérité procède du Père » (Jn XV, 26). Si le Seigneur avait voulu enseigner la double procession il aurait alors dit : « L’Esprit de Vérité qui procède du Père et  du Fils ». Je ne vais pas non plus approfondir la théologie mariale catholique romaine selon laquelle la Vierge Marie aurait été préservée du péché originel, ce qui est enseigné dans l’Eglise Catholique, alors que les Saints Pères de l’Eglise nous enseignent qu’elle est purifiée du péché d’Eve par l’Esprit Saint lors de l’Incarnation (Fête de l’Annonciation),  et avec saint Ambroise de Milan, qu’elle est la première sauvée par son Fils, ce qu’elle atteste lorsqu’elle s’exclame dans le Magnificat « Et mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur ». ( Lc I, 47)) Pour nous Orthodoxes cette affirmation que la Mère de Dieu est née avec le péché d’Eve est fondamentale : car la première Eve, née sans péché, introduit dans le monde le  péché. Alors que la secone  Marie, née avec le péché originel, demeure sans péché et  introduit dans le monde Celui qui nous sauve du péché. La Vierge Marie préservée dans votre Eglise du péché,  lorsqu’elle répond « oui » à Dieu ne représente qu’elle-même, alors que la Mère de Dieu sans péché personnel, mais atteinte comme nous tous dès sa conception  par le péché d’Eve,  dans notre Eglise lorsqu’elle dit « oui », représente bien toute notre humanité atteinte par ce même péché. Je ne vais pas non plus approfondir  la  théologie inconnue chez vous de la  grâce incréée dans le dogme orthodoxe, alors que dans le dogme   catholique la grâce serait créée, ce qui fait que ceux qui reçoivent cette soi-disant grâce, n’ont aucune participation à la déification des saints. Dans l’Eglise Orthodoxe nous confessons avec Saint Grégoire Palamas  « que la grâce est incréée », et que nous la nommons aussi « énergie  ou lumière incréée», et  que c’est cette lumière incréée  que contemplèrent les apôtres sur le Mont Thabor lors de la transfiguration du Christ, car par l’effusion en eux de cette lumière,  devenant esprit, ils purent  contempler ce qui est Esprit. Comme tu le vois chez nous la théologie de la grâce est immédiatement la source d’une expérience spirituelle qui va de la « praxis » ici la confession juste de la Foi Orthodoxe à la « théoria » la vision (contemplation) de la lumière incréée.  De nombreux saints chez nous ont connu la vision de la Lumière incréée et ont été transfiguré par cette  divine Lumière comme saint Syméon le nouveau Théologien (IXème siècle)  et plus récemment Saint Séraphim de Sarov (XIXème siècle)   ou encore le grand Starets de bienheureuse mémoire Sophrony (XXème siècle),  le disciple de saint Silouane du Mont Athos. Le Croyant Catholique questionna : «  C’est la première fois que m’on me parle de la lumière incréée. On n’en parle jamais dans notre Eglise. Et je ne  comprend pas cette distinction que vous faite entre Dieu et sa grâce ? Pourquoi selon vous est-ce important que cette grâce soit incréée plutôt que créée comme un don que Dieu nous ferait ? » Le moine répondit : « Il est question de la distinction entre l’essence (ousia)  même de Dieu imparticipable, et de la participation à Dieu des croyants à travers Ses énergies incréées. Pour nous cette question est centrale, car sans cette participation nous sommes comme du bois mort : il nous manque la sève. Représente-toi  Dieu comme le Soleil incréé et dont les rayons seraient selon la doctrine de  l’Eglise Catholique, ajoutés à un moment donné.  Dans l’Eglise Orthodoxe  les rayons ont toujours existé avec le Soleil Divin. Il n’existe pas un instant où il y aurait eu le Soleil incréé privé de ses rayons (autrement dit, grâce, énergies, lumière, incréées)  qui sont une émanation bienfaisante de Sa divinité. Les rayons, c’est-à-dire les énergies  incréées, se distinguent bien de l’essence( Ousia) que constitue le Soleil Divin ;   mais Dieu étant sans commencement, il ne peut exister un moment arbitraire dans lequel le Soleil Incréé aurait existé sans Ses rayons, eux aussi incréés qui émanent de Lui. Notre Eglise Orthodoxe  nous enseigne que c’est par la venue en nous  de Ses énergies incréées que s’opère en nous la déification. Je sais que tout ceci très important pour nous les Orthodoxes peut  te sembler trop théologique. Mais chez nous : « Tu es théologien si tu pries ; et si tu pries véritablement tu es théologien » (Evagre le Pontique : Traité sur l’oraison)  Théologie et prières sont les deux faces de la même pièce. »

 Le croyant Catholique reprit « Mon Père je vois dans tout ce que vous me dites des différences, effectivement que je ne connaissais pas, de confession de la foi entre nos deux Eglises,  mais pas concernant   le Christ qui serait, selon vous, différent dans nos deux Eglises ? ». Le moine continua : «  C’est que vois-tu dans l’Eglise Orthodoxe il n’existe aucune différence entre la Vérité et le Christ. Il n’y aurait pas abstraitement, intellectuellement, philosophiquement d’un côté une ou des vérités dont on pourrait discuter et tenter, comme on le fait parfois aujourd’hui, de s’arranger pour construire une unité, et de l’autre un Christ  séparé, distinct,   de cette vérité dont on pourrait disserter à l’infini. Chez nous le Christ EST LA VÉRITÉ !  Porter atteinte à la Vérité, c’est défigurée l’icône sacrée du Christ ; c’est édifier un Anti-Christ.

Le croyant Catholique posa cette dernière question : « A vos yeux suis-je un hérétique ? »

« Le moine lui répondit en le regardant avec amour : « Je ne te considère pas comme hérétique, mais comme un chrétien sincère, mais  laissé dans l’ignorance de la Tradition par ta propre hiérarchie, car on ne t’a pas enseigné la Vérité.  J’ai la plus grande compassion pour toi, et je te propose une seule chose : participe (sans communier car tu n’es pas Orthodoxe) à la Divine Liturgie de Saint Jean Chrysostome  car en elle est le consensus ecclésia de l’Eglise Orthodoxe. C’est dans la liturgie que nous devenons Orthodoxe. Juge l’arbre à ses fruits. Rentre dans le temps transfiguré de la liturgie éternelle. Nous ne devenons pas Orthodoxe en lisant des livres, mais en participant sans exaltation, mais avec intériorité, repentir et larmes dans la vision de nos péchés, à la Divine Liturgie célébrée invisiblement par Notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus Christ avec à Ses côtés la Très Sainte Mère de Dieu et les Apôtres,  entourés des hiérarchies Céleste et de tous les saints. Ainsi tu réaliseras le quatrième  verset du « Notre Père » : « Sur la Terre  comme au Ciel », car la Divine Liturgie est le Ciel sur la terre. Et que tout y est comme au Ciel. Elle est une terre céleste un Ciel terrestre.  Mais ce sera à toi de me répondre ayant pris connaissance des différences qui existent entre nos deux confessions de la Foi , si nous aimons le même Christ ? Ce que je peux t’affirmer c’est que mon Christ, mon doux Jésus,  celui que j’adore et que je confesse orthodoxement,   aime tous « les pécheurs dont je suis le premier » (I Thim, I, 15), et que donc Il t’aime et aime tous les croyants chrétiens. Comme pour la Samaritaine pourtant hétérodoxe du point de vue judaïque, et  qui par sa conversion au Christ devint sainte Photinie (Lumière), Il  t’appelle à la conversion et à  l’adorer « en Esprit et en Vérité » (Jn IV, 24). 

 

+Métropolite Michel de Paris et de toute la France.

 

Dimanche  31 Juillet 2016 (18 juillet Calendrier Julien) Dimanche des saints Pères Théophores des six Premiers Conciles œcuméniques.

 


12/08/2016
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L’Orthodoxie et l’œcuménisme 

Ou les contradictions   d’un dialogue

Par le Métropolite Michel Laroche

 

 

Lors de la réunion du Grand Concile Pan-orthodoxe de mois de juin 2016 en Crête, la question de considérer ou non l'Eglise de Rome comme un Eglise certes séparée de la communion de l'Unique Eglise Orthodoxe ou un "groupe chrétien schismatique" a divisé certains membres de l'épiscopat grec. En réalité cette question est ancienne et a connu de nombreuses réponses souvent contradictoires dans l'histoire. Dans un article prémonitoire des discutions qui ont eu lieu récemment Son Eminence le Métropolite Michel Laroche défendait déjà en 2013 la position lucide de Sa Sainteté le patriarche Bartholoméos de Constantinople.

 

 

L’Orthodoxie et l’œcuménisme 

Ou les contradictions  d’un dialogue

Par le Métropolite Michel Laroche


3 saints.jpgIcône des Trois Saints Docteurs Confesseurs  de la Foi Orthodoxe


Introduction.

Le dialogue cinquantenaire de l’Église Orthodoxe avec l’Église Catholique Romaine donne aujourd’hui lieu à un débat passionné dans l’Orthodoxie. Des déclarations hostiles à ce dialogue provenant tant d’une partie de l’épiscopat canonique Orthodoxe, que de nombreux higoumènes des principaux monastères de Grèce, que de la Sainte Communauté des Moines du Mont Athos sont régulièrement publiées. Les dernières en dates contiennent des affirmations péremptoires sur la manière (application des règles canoniques qui ne sont pas citées), dont on devrait discuter ou ne pas discuter avec des hétérodoxes, et comment les recevoir (obligatoirement par le Baptême selon ces déclarations) dans la communion de l’Église Orthodoxe après leur conversion. Dans cet article nous nous efforcerons de donner au lecteur les véritables usages canoniques que nos saints Pères ont eus en face des situations semblables ; ce qui fait référence à l’histoire des conciles œcuméniques et de certains conciles généraux qui ont tous eu à traiter de la « réintégration des hérétiques et des schismatiques » selon la terminologie canonique  et qui constituent la jurisprudence œcuménique qui doit obligatoirement s’appliquer dans notre sainte Église  Orthodoxe.

                            Une nouvelle « Confession de la Foi Orthodoxe »

                                  vient perturber le dialogue œcuménique.

Dans sa page du 12 octobre 2009 le magazine internet «  Orthodoxie » rapporte un événement  lourd de significations sur les contradictions qui pèsent sur  le dialogue entre Orthodoxe et Catholiques. A la suite de la réunion de Ravenne présentée unilatéralement comme un succès par le patriarcat de Constantinople, le  problème de la primauté de l’évêque de Rome  soulève dans l’Église Orthodoxe, celui de la primauté d’honneur ou inter pares du siège de Constantinople. La sortie tumultueuse de la délégation russe - il est vrai pour un autre motif : la présence de délégués  de l’Église Apostolique Estonienne - n’avait pas permis de trouver avec la sérénité nécessaire à un tel débat, au sein même des délégations orthodoxes,  des voies convergentes  permettant de s’adresser d’une seule voix au siège  de Rome.

La perspective d’une discussion plus approfondie sur la question épineuse de la primauté de l’Église de Rome lors de la réunion de Chypre qui vient d’avoir lieu a provoqué et provoque encore  des réactions hostiles de nombreux clercs, moines, théologiens et simples croyants, sur le  principe même d’un tel dialogue. La nature même de ce dialogue leur  fait craindre que le patriarcat de Constantinople, pour s’assurer de sa propre primauté qui lui est contestée par le patriarcat de Moscou, ne soit enclin à des compromis avec Rome. Une lettre présentée sous forme de « confession de foi » que nous allons tenter  d’analyser a été  signée par cinq des higoumènes du Mont Athos, et par les higoumènes des principaux monastères de Grèce, de nombreux métropolites de cette église, quelques évêques serbes et  des professeurs de théologie. Nous ne citerons pas dans le détail le catalogue des points dogmatiques énumérés dans la « Confession de foi » qui séparent les Catholiques des Orthodoxes, qui  s’ils sont justes sur le fond, par leur présentation  d’une manière zélote et fanatique, paraissent   davantage  destinés à blesser ceux dont nous désirons la conversion, qu’à les convaincre fraternellement de leurs erreurs.
Mentionnons simplement le « Filioque procedit », la primauté et l’infaillibilité du pape, l’usage du pain sans levain pour l’Eucharistie, le feu du purgatoire, l’immaculée conception, la forme du baptême sans réelle triple  immersion, le sacrement de l’onction différé,  le commerce des indulgences (les auteurs de ce texte ne savent pas que cette pratique n’existe plus dans l’Église Catholique !) et le fait que le Vatican est un état souverain. Ce texte aborde également un point très pertinent  concernant  des rituels inspirés du protestantisme, introduits dans le culte Catholique dans certaines paroisses ou communautés, tels que la danse dans la messe,  des prophéties spontanées énoncées au cours de la messe par des croyants etc… qui ont cours dans des groupes charismatiques, toutes pratiques  très choquantes pour le monde orthodoxe. Mais comme le supposent et le laissent entendre les auteurs de cette confession de foi, existe-t-il un danger de quelque nature que ce soit pour que nous reconnaissions un jour, dans un avenir proche ou lointain,  la validité de tels usages ou  certains des points dogmatiques que nous ne partageons pas, ou comme une rumeur s’est propagée, que le patriarcat de Constantinople était sur le point de reconnaître la primauté pétrinienne ? 
Sans dissimuler que l’ensemble de ces sujets pose de véritables questions aux orthodoxes, même à ceux qui sont favorables à l’œcuménisme, nous pensons que les conclusions qui sont apportées par les signataires de ce texte ne sont  pas exemptes d’affirmations hâtives et  erronées.
Pourtant, peu soupçonnable d’être complaisant vis-à-vis du patriarcat de Constantinople, l’Auteur de cet article considère donc qu’aujourd’hui on fait à la GrandeÉglise, comme à Sa Toute Sainteté le patriarche Bartholomée et au théologien et historien de l’ecclésiologie  Son Éminence le métropolite Jean de Pergame (Zizioulas) un mauvais procès.
Quelle est en réalité la  véritable interrogation que posent les signataires de cette « Confession de foi » ?
Nous pensons qu’il est question pour eux, comme pour nous,  de ce que devrait être la nature du dialogue avec une communauté séparée de l’église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, c’est-à-dire de l’Église Orthodoxe.
Avant de tenter de répondre à cette question il nous faut préalablement « répondre » aux affirmations contenus dans cette nouvelle « Confession de foi ».
Examinons pour commencer l’une des  affirmations qui tombe comme un couperet de ce texte : « Pour l’incorporation des hérétiques dans l’Église, la rigueur canonique exige qu’ils soient reçus par le baptême. »  et plus loin « Jusqu’au début du XXe siècle l’Église avait une attitude immuable et stable dans le rejet et la condamnation de toutes les hérésies comme cela figure dans le Synodikon de l’Orthodoxie… »

Une autre affirmation qui vient corroborer le texte de la « Confession de foi «  est celle  de la déclaration signée le 8 octobre dernier (2009) par la sainte communauté du Mont Athos qui affirme que : la seule condition préalable à la discussion de la question de la primauté est le retour des catholiques romains à la foi orthodoxe et à la conciliarité de  l’Église Orthodoxe, et non « l’union dans la diversité «  des dogmes. » Ce qui signifie que toutes les discussions qui ont  comme but le retour de la partie schismatique dans l’Église Une, ne devraient se faire qu’après que l’Église de Rome ait renoncé au papisme et à ses autres hérésies, seules conditions préalables à ces discussion selon la terminologie employée dans le texte des moines athonites.
De telles affirmations sont-elles rigoureusement  exactes ?  A-t-il au contraire existé dans l’Église Orthodoxe, tout au long des siècles, des usages différends évidemment sanctionnés par des conciles œcuméniques, pour recevoir des hétérodoxes ? 
Nous sommes obligés pour y répondre d’examiner l’autorité suprême en la matière : la jurisprudence des Conciles œcuméniques, et qui n’est certainement pas contenue, dans cette terminologie assez vaste pour être imprécise : « La rigueur canonique exige qu’ils soient reçus par le baptême » sans citation du moindre canon qui démontrerait l’immuabilité d’une telle pratique.
Il est aisé de faire des affirmations péremptoires en deux mots, qui impressionnent le lecteur ; mais pour en démontrer l’inanité il faut évidemment  beaucoup plus de deux mots.
Reconnaissons-le, la faiblesse générale du monde Orthodoxe aujourd’hui est son indifférence vis à vis de sa propre histoire. Des auteurs tels que le Père J. Meyendorff, le Père A. Schmemann,  le Père D. Obolensky, le métropolite Jean de Pergame,  capables de s’exprimer à la fois sur le plan théologique et historique sont trop rares. Ne s’appuyer que sur ce que les Pères de l’Église ont écrit, en ignorant le contexte historique dans lequel ils ont exprimé telle ou telle vérité, ne rend pas toutes les dimensions de leur confession de foi. En d’autres termes comment dans la pratique les Pères ont-ils eux-mêmes interprété leurs écrits ? On sera surpris des nuances que les Pères apportaient eux-mêmes aux affirmations telles que « hérétiques, schismatiques, Latins, etc… »

                         La Jurisprudence du Septième Concile Œcuménique

                         sur la réception des hérétiques et des schismatiques.

Le débat est presque aussi ancien que l’Église, et déjà saint Cyprien de Carthage ( 200-258) soutenait lui aussi que le baptême des hérétiques n’était pas valide alors  que le pape saint Etienne Ier (+257) était tenant de l’efficacité d’un baptême donné au Nom des Trois Personnes de la Trinité. Cette question soulevait par voie de conséquence celle de la validité  ou la non validité des sacrements dans une communauté  hérétique et donc schismatique.  C’est ce débat récurrent au sein de l’Église et la réponse qui lui sera donnée lors des conciles œcuméniques, seule autorité qui s’impose à l’ensemble des Églises autocéphales, qui peut apporter la réponse à l’affirmation du texte que nous citons de nouveau : « Pour l’incorporation des hérétiques dans l’Église, la rigueur canonique exige qu’ils soient reçus par le baptême».
La question, concernant un évêque schismatique qui revient dans l’Église est plus vaste, puisque au sein même de son éparchie il est la source de toute la vie sacramentelle dépositaire du pouvoir souverain du Christ de « lier et délier ». Elle est digne d’intérêt, car revêtue en profondeur du manteau de l’ecclésiologie orthodoxe. Cette question maintes fois débattues dans l’Église au cours des siècles  a été résolue lors du dernier et Septième Concile Œcuménique ( Nicèe II)  en 787 dont les canons sont toujours en vigueur dans l’Église Orthodoxe.
La question qui se posait était celle-ci : pouvait-on reconnaître les sacres des évêques schismatiques et hérétiques, tombés dans l’hérésie iconoclaste, repentis et les ordinations ainsi que l’ensemble des sacrements qu’ils avaient conféré  dans le schisme et l’hérésie ? 
Deux conceptions se sont toujours combattues dans l’Église Orthodoxe, celle soutenue par saint Tarasios, saint Méthodios, saint Nicéphorios et plus tard saint Photios, tous patriarches de Constantinople partisans de l’économie, c’est-à-dire l’interprétation miséricordieuse des canons. En revanche la majorité des moines avec à leur tête saint Théodoros du Studion à l’époque encore higoumène du monastère de Saccoudios, était majoritairement pour l’acribie, c’est-à-dire l’interprétation rigoureuse de certains canons (d’autres canons comme nous le verrons reçoivent les hérétiques selon leur rang dans l’épiscopat et ne rebaptisent donc pas) , le non-pardon pour les évêques schismatiques, la non-reconnaissance de la grâce épiscopale. Les moines du Mont Olympe étaient eux partisans avec saint Joannice de l’économie.   La véritable question que posait le concile, malgré cette forte opposition de l’ensemble des moines, présents au concile, était bien celle de l’économie prônée par le patriarche Tarasios qui présidait le concile. C’est celle-ci qui  l’emporta.
On avait  lu dans le concile, un dossier préparé par le patriarche Tarasios dans lequel il citait l’ensemble des canons favorables à la reconnaissance des sacrements chez les hérétiques schismatiques, notamment le canon 8 du premier Concile Œcuménique de Nicée qui reconnaissait aux Cathares, sous certaines conditions, le sacerdoce et l’épiscopat, allant même jusqu’à accepter que dans la ville où il n’y avait pas d’évêque orthodoxe, que l’évêque anciennement Cathare, demeurerait l’évêque du saint troupeau de Dieu. D’autres canons étaient cités dans ce sens, le canon 8 du Concile Œcuménique d’Éphèse, la cinquante-troisième Règle Apostolique, une lettre de saint Basile à Amphiloque, et surtout une lettre d’Athanase d’Alexandrie adressée à Rufianios, et au sujet de laquelle le patriarche Tarasios fit cette remarque ; « Notre Père Athanase oublie les injures.» Pour les évêques extrêmement nombreux tombés dans le schisme et l’hérésie (ici l’iconoclasme) et pour saint Tarasios, la véritable question n’était donc pas, la validité de leur sacre et des sacrements distribués qu’ils ne discutaient pas, mais la sincérité de leur repentir, compte tenu du fait que ceux que l’on jugeait dans le concile avaient continué de résister après le retour officiel de l’Empire au culte iconophile, avec l’avènement de l’impératrice Irène et de son fils, le jeune empereur Constantin.. Dans ces conditions il ne se trouvait personne pour condamner les évêques que l’on jugeait et qui exprimaient plus tardivement que les membres du concile, eux aussi dans leur immense majorité d’anciens iconoclastes,  leur repentir, sauf les moines du Stoudion et de Saccoudios qui tenaient bon dans leur non-reconnaissance de la validité des sacrements donnés dans l’hérésie et le schisme.
La démonstration qui prévalut, et qu’acceptèrent, bien qu’avec réticence, tous les moines présents au concile, est très intéressante à examiner, car elle se fondait, au-delà d’une multitude de canons favorables à l’acribie, sur une toute aussi importante jurisprudence mentionnée partiellement plus haut, qui interprétait ces canons -qui n’étaient pas niés-, dans le sens de l’économie (1) , que ces canons étaient, eux aussi, soumis aux décisions et jurisprudences des conciles œcuméniques. Saint  Tarasios se référait ouvertement dans sa démonstration  au Concile Œcuménique de Chalcédoine (451)  qui avait eu exactement la même situation à gérer : Des évêques qui s’étaient égarés dans le schisme et l’hérésie ( le monophysisme) en suivant Dioscoros  dans le brigandage d’Éphèse, tel saint Juvénal de Jérusalem, avaient été réintroduit dans la communion de l’Église lors du concile de Chalcédoine, par une simple confession de foi, sans  être soumis à une réitération des sacrements : baptême, onction, les ordres mineurs, le diaconat, la prêtrise et l’épiscopat. Bien plus ils avaient pu, comme saint Juvénal,  participer au concile de Chalcédoine avant leur conversion à la foi Orthodoxe.
L’ecclésiologue et l’historien sont effectivement frappés par les ressemblances des situations de ces deux conciles œcuméniques : tous deux sont réunis pour « réparer » les fautes d’un concile précédent : Chalcédoine (451) pour le Brigandage d’Éphèse (449) et Nicée II (787) pour le concile iconoclaste d’Hiéria (754). Tous deux sont composés par une grande partie des acteurs des conciles hétérodoxes antérieurs. Tous deux sont amenés à faire juger certains des coupables des conciles hérétiques par leurs complices d’hier, fraîchement convertis à la nouvelle orthodoxie triomphante.
L’attitude de Juvénal de Jérusalem au Concile Œcuménique de Chalcédoine est révélatrice des méthodes et des attitudes psychologiques de ces anciens néo-monophysites vis-à-vis de leurs ex-alliés : le patriarche de Jérusalem, qui avait pourtant co-présidé le Brigandage d’Éphèse avec Dioscorios d’Alexandrie, et qui était donc forcément complice des brutalités qui avaient semé la terreur lors des séances, plaida l’ignorance, et dans un geste théâtral  quitta son siège qui le plaçait dans le concile aux côtés des amis de Dioscorios, pour aller s’asseoir aux côtés de ceux qui l’accusaient. Saint Juvénal est canonisé par l’Église Byzantine(2) , par la suite son attitude ayant été exemplaire. Lors de la révolte monastique anti-Chalcédonienne à Jérusalem, il se montra ferme dans ses nouvelles convictions, ce qui prouve la sincérité de sa conversion. Il ne fut pas le seul à avoir eu cette conduite lors du concile de Chalcédoine comme le fait remarquer le Père Jean Meyendorff : « D’anciens acteurs du Brigandage qui avaient signé la condamnation de Flavien et insulté implicitement Léon en refusant de lire sa lettre, essayaient de se justifier, soit en accusant Dioscoros de chantage et de violence, soit, plus honnêtement, en demandant pardon au Concile. »(3) 
Saint Tarasios, en évoquant cet exemple n’agissait pas uniquement  par cynisme et politique parce qu’il est vrai que s’il avait accepté la doctrine des moines, l’Église d’Orient implosait : tous les évêques avaient pactisé avec l’iconoclasme impérial, et Tarasios, iconophile convaincu, laïc et  ancien  Chancelier de l’Empire,  ne devait son sacre qu’à la volonté de l’impératrice Irène et avait été consacré par des métropolites hier encore iconoclastes ! Mais d’une manière plus profonde, il démontrait que c’était en son sein même que l’Église retrouvait la vie qu’elle avait perdue dans l’hérésie, et non de l’extérieur. Ce concile, comme celui d’Éphèse,  était celui de la métanoïa, du retour dans la maison du Père du Fils Prodigue(4) , qui bien que s’étant éloigné de la maison du Père ne perd pas entièrement  sa qualité de fils, et qu’en s’accusant devant le Père, et justement en lui disant qu’il n’est pas digne d’être appelé fils, le Père lui redonne, sans le re-baptiser,- comme le précise dans son homélie sur cette parabole saint Jean Chrysostome-, sa qualité de Fils en l’introduisant dans sa tente et en tuant pour lui le veau gras. Il est vraisemblable que devant l’argumentation irréfutable des usages admis durant plusieurs siècles se référant à l’économie pratiquée lors des derniers conciles œcuméniques, les moines admirent leur défaite et renoncèrent à poursuivre leur revendication en faveur de l’acribie.
Les moines avaient eu dans le Concile les mêmes revendications que celle du Fils aîné de la parabole, en disant qu’il ne fallait pas recevoir  le Fils Prodigue  dans la maison du Père.

Quelles sont les leçons que l’on peut tirer dans l’application de l’économie lors du Septième Concile Œcuménique pour le retour dans l’Église Orthodoxe de personnes qui en sont sorties et souhaitent y revenir ?

Le Septième Concile Œcuménique reconnaît donc tous les sacres des évêques qui provenant d’une église schismatique, et même ici, hérétique,  dès lors qu’ils se sont repentis, ainsi que les ordinations et l’ensemble des autres sacrements faits ou distribués par eux dans le schisme et l’hérésie. Sur ce point  précis l’affirmation de la  « Confession de foi » est non seulement contredite, mais on peut lui opposer l’autorité de trois conciles œcuméniques, Nicée I, Chalcédoine, et Nicée II qui reconnaissent, certes à certaines conditions, la validité du baptême et de tous les autres sacrements ainsi que celle du sacrement de l’ordre.
Bien plus les deux conciles mentionnés n’ont pas exigé en préalable à la discussion le retour de tous les évêques qui avaient apostasié la foi orthodoxe, mais leur on permis de discuter avec les membres orthodoxes de ces  conciles des points dogmatiques qui les avaient éloigné de l’Église : saint Juvénal de Jérusalem, par exemple,  rejoint ainsi l’orthodoxie au cours du Concile dans lequel il siégeait avant de rejeter ses erreurs et de confesser l’Orthodoxie.
Nous sommes loin dans ces exemples des exigences énoncées par les auteurs de la « Confession » et par la déclaration des moines du Mont Athos. En revanche, historiquement si les conciles œcuméniques constituent la jurisprudence canonique qui doit s’appliquer dans l’Église Orthodoxe, il est non moins indéniable que le courant monastique dans sa majorité s’est toujours opposé à cette vue des choses. N’oublions pas, dans un autre contexte,  que plus tard saint Photios le Grand avait, comme son oncle saint  Tarasios pour adversaire durant toute son existence les moines du Studion qui derrière leur Higoumène saint Nicolas rompirent la communion avec lui jusqu’à sa mort. Avant cette rupture de communion de la part des moines du Studion il y avait eu toujours, sur fond du refus de l’économie, celle de saint Joseph frère de saint Théodoros déposé par le patriarche saint Nicéphorios, et plus tard   celle de Naucratios de Studion, disciple et successeur de saint  Théodoros, excommunié par le patriarche saint Méthodios.  Celui-ci excommunia également pour un temps l’ensemble des moines du Studion.
Que les moines d’aujourd’hui comme ceux d’hier s’opposent à l’économie, c’est une constante malheureuse dans l’histoire de l’Église Orthodoxe. Il y eut des saints dans chacun des camps. Mais les conciles œcuméniques ont toujours tranché en faveur de l’économie et l’ensemble des croyants orthodoxes, y compris les moines du Mont Athos sont soumis à leurs décisions.

Quelle méthode l’Église Orthodoxe a-t-elle préconisé pour discuter avec la partie hétérodoxe séparée d’elle qui souhaiterait revenir ?


Souvenons-nous également que lors de tous les projets ultérieurs à 1054 d’union avec l’Église de Rome, les patriarches Orthodoxes se mirent à chaque fois d’accord pour que les discussions aient lieu dans un concile tenu non en Occident mais dans l’empire. Nous ne parlons donc pas ici des fausses unions de Lyon et de Florence-Ferrare, mais, par exemple, de la proposition de l’ex-empereur Jean Cantacuzène devenu le moine Josaphat qui en juin 1367 préconisait comme unique méthode pour examiner les points litigieux de réunir un concile dans lequel siégeraient tous les patriarches orthodoxes, les primats des Églises autocéphales Georgienne, Serbe et Bulgare et le pape lui-même. Le patriarche Philothéos acquis à cette idée envoya la même année des convocations aux autres primats (5)  et les patriarches d’Alexandrie et de Jérusalem donnèrent leur accord. (6)  Sans rentrer dans les détails, ce fut l’Église de Rome et non la partie Orthodoxe qui fit avorter le projet.(7)  Mais la méthode préconisée était, nous le constatons,  très éloignée de celle préconisée aujourd’hui par la « Confession de foi » et les moines du Mont Athos : « convertissez-vous d’abord et ensuite nous pourrons discuter ».

Saint Photios neveu et héritier spirituel de saint Tarasios reconnaissait-il la validité des sacrements des « Latins » ?


Saint Photios est abondamment cité par les adversaires les plus acharnés de l’œcuménisme. Ses écrits sont le plus souvent cités pour trouver argument contre l’idée même d’un dialogue, et celle d’une validité niée des sacrements dans les églises latines. En effet  il n’y en avait pas à cette époque, comme on le croit souvent, une seule Église,  mais deux Églises distinctes qui avaient chacune leur théologie et leur ecclésiologie différentes voir antinomiques.
La première : l’Église de Rome qui  confesse avec l’Église Byzantine le symbole de la foi orthodoxe sans le «Filioque procedit » et qui adhère au Septième Concile Œcuménique  avec la vénération des Icônes. En revanche cette Église a une ecclésiologie antinomique de celle de l’Église Byzantine en revendiquant pour le pape une véritable suprématie sur les autres évêques avec la fonction de juge suprême de l’ensemble de l’épiscopat, au-dessus même de l’autorité des conciles,   au nom du privilège pétrinien.
La seconde : l’’Église Carolingienne  qui a une ecclésiologie très  proche de celle de l’Église Byzantine, mais depuis Charlemagne elle professe le « Filioque procedit », et elle a adopté l’iconoclasme moyen. Elle rejette le Septième Concile Œcuménique.
Tout cela est bien connu de saint Photios et de l’épiscopat de l’Église d’Orient. Rappelons pour les orthodoxes qui l’ignoreraient que saint Léon III pape de Rome qui couronna empereur Charlemagne, refusa énergiquement l’injonction impériale d’introduire, comme il existait déjà dans la liturgie carolingienne, le « Filioque procedit » dans le Symbole de la Foi, et qu’il demanda, sans succès il est vrai, à Charlemagne et au clergé carolingien de ne plus réciter le Credo avec l’ajout hétérodoxe. Le pape invoquait dans son argumentation les deux conciles Nicée I et Constantinople I qui avaient défini sans cet ajout  le symbole  de la foi et le Concile Œcuménique d’Éphèse  qui dans son Septième canon interdit d’ajouter ou de retrancher le moindre mot au symbole. Léon III fit faire immédiatement après cet incident, deux boucliers en argent massif avec le Symbole de la foi orthodoxe, en grec d’un côté, en latin de l’autre, placés de chaque côté du tombeau de saint Pierre. C’est pourquoi ce grand pape est compté aujourd’hui parmi les saints de l’Église Orthodoxe.

L’Encyclique du patriarche saint Photios est-elle la preuve absolue d’une rupture de communion avec les « Latins » ?


L’écrit le plus souvent cité du patriarche saint Photios de Constantinople  par les  opposants à l’œcuménisme est celui de « l’Encyclique aux sièges Episcopaux d’Alexandrie et de tout l’Orient contenant l’exposé de vérités capitales et que nous devons confesser que l’Esprit Saint procède du Père seul, et non du Père et du Fils. » Il est écrit dans un contexte très précis celui de la véritable concurrence missionnaire sur les territoires slaves, particulièrement en Moravie et en Pannonie, mais avec en perspective la conversion des tribus bulgares, avec d’une part des évêques Carolingiens présents dans la région depuis soixante-dix ans à partir du diocèse de Salzbourg, du clergé Romain travaillant pour les seuls intérêts du pape et enfin de Saint Cyrille et Méthode avec un groupe important de moines et de prêtres, envoyé par le patriarche Photios principalement  pour répondre aux demandes répétées du Prince Boris-Michel qui sera baptisé à Constantinople avec pour parrain l’empereur Michel III.  C’est dire que les enjeux n’étaient pas uniquement religieux mais géopolitiques, car l’Empire Romain d’Orient était en guerre presque permanente avec les Bulgares depuis plus d’un siècle, et le facteur religieux avec ses transversalités de culture et de civilisation permettrait des traités de paix respectés et surtout de se comprendre. C’était une priorité pour l’empereur Michel comme pour le patriarche saint Photios. Cela le sera également pour le successeur et assassin de l’empereur, Basile le Macédonien. Cela l’était également pour le pape Nicolas Ier qui exigeait contre sa reconnaissance de la légitimité de l’accession au trône patriarcal de Photios, après l’éviction par l’empereur Michel  et du césar Bardas, de son prédécesseur le patriarche saint Ignacios, le renoncement de Photios à la mission bulgare. C’est dans ce contexte que l’encyclique sera écrite en 866. Il s’agit d’abord de démontrer au prince Boris que seul le christianisme impérial  est fidèle à la parfaite orthodoxie, et que le christianisme transmis par les Latins est pollué. Attention, si c’est une réelle conviction du patriarche Photios, elle n’entrainera jamais pour lui la rupture de communion avec l’Église de Rome en tant que telle, ni, nous le verrons plus loin, avec la puissante Église Carolingienne, la seule à l’époque à avoir non seulement adopté l’hérésie du « Filioque procedit » mais également celle de l’iconoclasme moyen. En effet l’anathémisation solennelle lors du Concile de Constantinople de 867 du pape Nicolas Ier est faite « ad personam », et l’on se garda bien de rompre la communion avec le siège de Rome : c’est uniquement son titulaire qui est condamné.  Si on peut donc lire dans l’Encyclique à l’intention  du prince Boris Michel véritable destinataire du texte : « On le voit, ils n’ont aucune raison  de se faire appeler chrétiens -sinon, bien sûr, pour prendre plus facilement leur gibier au piège. L’Esprit Saint procède du Père et du Fils : d’où provient cette sentence ? Chez quel évangéliste trouve-t-on cette phrase ? Quel concile nous a transmis cette phrase blasphématoire ? » et bien d’autres points soulevés tels que le fait «  de priver un homme consacré, c’est à dire un prêtre, un diacre ou un sous-diacre, du commerce et de la société de sa femme légitime », «  de rompre le jeûne de la première semaine de carême, de re-chrismer ceux qui sont déjà baptisés et chrismés… ». Bien entendu lorsque plus tard on scellera  lors du Concile de Constantinople de 879-880 la réconciliation des deux  Églises en présence des légats du pape Jean VIII, et même des trois si l’on distingue la puissante Église carolingienne, le seul point dogmatique qui sera soulevé et adopté par le nouveau concile concernera la théologie Trinitaire avec le rejet du « Filioque procedit »,  et l’on entérinera également les canons du Septième Concile Œcuménique concernant le culte des Icônes. Mais silence total sur tous  les autres points soulevés dans l’Encyclique.
Le plus curieux c’est que lors du concile de 867, saint Photios n’avait pas hésité à convier au Concile des évêques Carolingiens pour qu’ils condamnent avec lui le pape Nicolas Ier sur la question de la primauté, en laissant de côté les autres questions dogmatiques pourtant soulevées dans l’Encyclique. Cette invitation montrait deux choses : La première, c’est qu’il ne rompait pas immédiatement la communion avec l’épiscopat Carolingien sur leurs deux doctrines hétérodoxes du « Filioque procedit » et de l’iconoclasme moyen. Il savait parfaitement que le pape ne professait pas lui-même  ces deux hérésies. La seconde est qu’il anathémisait le pape Nicolas Ier, et non l’Église de Rome en tant que telle, sur le sujet à ces yeux le plus important, qui était celui de  la conception de la suprématie pétrinienne que le pape Nicolas Ier tentait d’imposer, tant auprès de l’Église Carolingienne qui résistait énergiquement avec à sa tête dans ce combat le grand Hincmar de Reims, qu’auprès de l’Église Byzantine.

Les antinomies ecclésiologiques dans la conception de la primauté des sièges entre Rome et Constantinople.

C’est bien principalement le papisme qui sera condamné lors du concile de 867. Saint Photios affirmait maintenir sa communion avec des évêques Carolingiens, sans pour autant renoncer à discuter lors du concile des points doctrinaux litigieux, considérant que l’hérésie la plus dangereuse pour l’Église était le concept d’un évêque  au-dessus des autres évêques, juge suprême de l’Église, contre laquelle il fallait rassembler toutes les forces possibles.(8) 
La doctrine ecclésiologique de Nicolas  annonçait les fameuses « Didactus Papae »(9)  du pape Grégoire VII s’appuiera donc désormais sur les fameuses « Fausses décrétales » du « Pseudo-Isidore » qu’avait apportées à Rome, dans un procès canonique qui l’opposait au métropolite de Reims Hincmar, Rothade de Soissons. Rappelons cette doctrine :  ne méritent le nom de Conciles, œcuméniques ou généraux, que ceux qui ont été approuvés par le pape. Donc pas de concile valable s’il n’a été réuni sous l’autorité du Siège de Rome.  Il ajoute qu’aucun concile général n’est valide s’il n’a pas été convoqué par le pape. Concernant les appels des évêques sanctionnés par leur métropolitain dans un concile local, il refuse que son tribunal soit, comme le précise pourtant  clairement le Concile de Sardique dans ses canons 3 et 4 (10) , une simple instance d’appel.  Il affirme, au contraire, qu’il est, à la fois,  la première instance, et l’instance définitive, et que ses décisions sont sans appel. L’autorité des métropolites- et donc celle de tous les évêques- ne vient pas directement du Christ, mais du successeur de Pierre,  qui seul a reçu les clefs, et il peut donc la retirer puisque c’est lui qui la confère. Il a également le pouvoir de promouvoir des canons qui l’emportent sur les canons des conciles œcuméniques et généraux. Le pape est supérieur au concile, ce que nous retrouverons plus tard dans les « Didactus papae » (11) .
La notion de primauté d’un siège  était également comprise antinomiquement par les trois Églises : pour l’Église byzantine, c’est-à-dire tous les patriarches de l’Église d’Orient, Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, la primauté d’un siège venait de l’importance  et du rang de la ville épiscopale dans l’Empire. C’est au nom de ce principe que le patriarcat de Constantinople ville devenue capitale impériale, la seconde Rome, prendra la seconde place  lors du deuxième concile œcuménique Constantinople I en 381, (canon 3) dans l’ordre hiérarchique des sièges, malgré les protestations que l’on devine du pape Damase. Cette place ne devait rien à l’Apôtre André tenu pour le fondateur de la petite cité de Byzance avant qu’elle ne devienne la capitale impériale de Constantinople. L’Église Carolingienne soumise à l’empereur d’Occident avait la même conception. En revanche, quelle que fut dans le passé l’orthodoxie confessée par le pape de Rome, la conception de sa primauté qu’il ne parvenait d’ailleurs pas à imposer aux autres Églises était celle de la fondation apostolique d’une ville par un apôtre et pour Rome par le premier d’entre eux saint Pierre, d’où l‘expression « primauté pétrinienne ». En réalité le malentendu de la question de la primauté avait toujours existé bien avant la condamnation de Nicolas Ier dans un concile tenu à Constantinople. Mais redisons-le, les papes n’avaient jamais eu les moyens d’imposer leur doctrine aux autres sièges, malgré des courriers récurrents  sur la question tout au long des siècles. Ce qui avait changé c’était des questions d’intérêts territoriaux et géopolitiques, et la question centrale de l’indépendance de l’Église Byzantine chère à tous les évêques orthodoxes, même à ceux favorables à certains compromis avec le pape Nicolas sous le  second pontificat d’Ignacios lorsque avec la complicité de ses légats, on condamna saint Photios dans le concile de Constantinople de 869-870.
C’est cette doctrine qui est formellement rejetée comme hétérodoxe tant par l’épiscopat Carolingien qui voit là une manière pour le pape d’intervenir dans les affaires intérieures de leur Église, que par l’Église de Constantinople avec l’ensemble des autres sièges patriarcaux qui font le même constat.

Saint Cyrillios et saint Méthodios Apôtres des slaves communient avec l’évêque de Rome.


Que penser également de Saint Cyrillios et saint Méthodios, les grands apôtres des Slaves, qui face aux difficultés insurmontables qu’ils rencontrèrent de la part du clergé Carolingien en Grande Moravie décidèrent de s’adresser au pape Nicolas Ier qu’ils savaient pourtant en conflit dogmatique sur la question de la primauté Romaine avec leur patriarche Photios, et  des condamnations que le pape avaient déjà prononcées contre leur patriarche et ami ? Certes, arrivés à Rome (868) ils apprennent que Nicolas Ier venait de trépasser, mais son successeur Hadrien Ier, de surcroit pour leur propre tradition un pape ouvertement marié, qui reconnaissait lui aussi la condamnation de Photios et partageait la doctrine hétérodoxe de  la primauté Romaine. Cela n’empêcha pourtant pas Méthodios de recevoir l’épiscopat dans la succession apostolique Romaine et de concélébrer avec le pape, et même de devenir un archevêque dans la juridiction du pape pourla Grande Moravie.  Saint Cyrillios devint moine à Rome et y décéda peu de temps après son arrivée. Nous sommes très loin dans cet exemple des affirmations de la « Confession de foi» qui ne reconnaît aucune grâce aux hétérodoxes,  et surtout que cette conviction aurait été partagée par tous nos Saints Pères.

L’appui sollicité par saint Photios auprès des cours carolingiennes hétérodoxes en vue de la condamnation du pape Nicolas Ier.


Saint Photios avait, en excellent politicien qu’il était, établi une stratégie remarquable, en prenant des garanties, avant la réunion du « Concile Œcuménique » que ses décisions portées contre Nicolas seraient exécutées par les trois monarques Carolingiens. Nous connaissons la lettre qu’il avait adressée à l’empereur Franc Louis II le Germanique et son épouse l’impératrice Ingelberg, leur promettant à tous deux, s’ils l‘aidaient dans l’application de la condamnation de Nicolas qui serait prononcé  par « le concile  œcuménique »,  de leur faire reconnaître par l’empereur de Constantinople, le titre de « basileus »  et « Basilisis » car pour la cour Byzantine ils n’étaient que roi. Soulignons l’importance d’une telle proposition pour des monarques Francs qui depuis les mérovingiens cherchèrent à obtenir de l’empereur un titre impérial. Clovis par exemple avait obtenu de l’empereur Anastase (491-518) le titre de Consul. La lettre fut portée par une ambassade, en amont du concile au début de l’année 867 (12) . Il ne fait aucun doute que l’ambassade avait apporté aux deux autres souverains une missive semblable et que toutes avaient reçu des réponses favorables, car ni l’empereur Michel, ni le patriarche Photios, ne voulaient créer des incidents diplomatiques avec les autres cours européennes en prononçant unilatéralement une condamnation contre le titulaire du premier siège de l’Occident. La réunion de ce concile est bien un acte hautement politique, et, sans l’appui des souverains Carolingiens, il aurait été dépourvu de sens et d’efficacité. Les trois souverains y auraient répondu avec empressement. Une fois le Concile achevé et la condamnation de Nicolas acquise, Photios enverra  donc une seconde ambassade aux trois monarques  Carolingiens, Louis II le Germanique (840-876) (13) , Charles le Chauve (840-877), fils de Louis le Pieux (814-840) et leur neveu Louis II roi d’Italie (855-875) fils de l’empereur Lothaire (840-855),  pour qu’ils se chargent de l’application des décisions du « Concile œcuménique » (terminologie qu’utilise Photios dans ses lettres) à l’encontre de Nicolas. On connaît le contenu de la lettre du patriarche à l’empereur Louis II le Germanique et celle  adressée à l’impératrice Ingelgerg, dans laquelle Photios la compare à l’impératrice Byzantine Pulchérie (14)  portée, après le concile, par une prestigieuse ambassade, le métropolite Zacharie de Chalcédoine et le métropolite Théodore de Laocidé. Les actes du concile sont transmis aux  trois cours. Les monarques avaient été acclamés à Constantinople par plus de mille participants au « Concile œcuménique » de 867 (15)  en présence de l’empereur Michel et du patriarche Photios en tant qu’empereur orthodoxe et impératrice orthodoxe, (c’était la terminologie officielle utilisée en pareille circonstance) chargés par le concile d’exécuter la sentence du concile contre le pape. On sait que l’assassinat quelques jours plus tard de l’empereur par son favori Basile le Macédonien qui donnera des ordres pour intercepter le navire transportant la lettre synodale et l’ambassade qui la portait annuleront la portée de cette décision.
Saint Photios n’avait pas hésité à faire reconnaître comme empereur et impératrice « Orthodoxe » des monarques dont  par ailleurs il considérait la doctrine comme hétérodoxe, preuve, s’il en faut, que la communion n’était pas rompue pour les motifs dogmatiques concernés. Il est vrai qu’il avait fait condamner les doctrines du « Filioque procedit » et certains usages Latin ou Carolingien par le concile, mais en sachant parfaitement que ni les souverains ni l’épiscopat Carolingiens n’y avait souscrit. La question principale étant la condamnation du pape Nicolas Ier et de sa doctrine ecclésiologique. En invitant les évêques Carolingiens à participer au concile il reconnaissait la validité de la grâce dans l’Église Carolingienne pourtant hétérodoxe à ses yeux. Certes il espérait les convertir dans le concile à renoncer à leurs erreurs, mais ce n’était pas là un préalable à la reconnaissance des sacrements distribués dans cette Église ni de là à celle de la validité de son épiscopat. La question de savoir comme le soulève la « Confession de foi » si l’on s’en tenait aux canons apostoliques qui interdisent de prier avec des hérétiques ne se posait tout simplement pas, puisqu’il n’y eut jamais, à cette époque,  de rupture de communion avec ceux que l’on considérait comme hétérodoxes.
Bien plus lors du Concile de Chalcédoine les évêques qui dans un premier temps avaient des convictions monophysites, tel saint Juvénal, avaient fait les prières rituelles qui se prononcent avant le concile. Évêques orthodoxes et évêques hétérodoxes avaient donc prié ensemble. Ce fait se reproduisit lors des conciles Photiens, car avant que la bonne doctrine sur la Trinité et sur l’ecclésiologie ne soit proclamée -Concile de Constantinople de 879-880 avec les représentants  du Pape Jean VIII-, les légats du pape présents lors de tous ces conciles précédents n’étaient pas du point de vue de la pure orthodoxie autre chose que des hétérodoxes. L’Église Orthodoxe s’était avec le patriarche saint Ignacios arrangée avec eux pour condamner saint Photios, mais sans compromis dogmatique de fond, ni sur la question de la primauté, ni sur celle de la théologie du Saint-Esprit - Concile de Constantinople de 867- Le même fait s’était produit pour la condamnation de saint Ignacios dans le concile Constantinople de 861 présidé par saint Photios avec la participation des légats  tous acquis à la conception romaine de la primauté considérée comme hétérodoxe par l’épiscopat Byzantin-.

Après 1054 comment recevait-on dans l’Église Orthodoxe les « Latins » ?


Le schisme de 1054 semble aujourd’hui pour les théologiens orthodoxes tracer une frontière, une sorte d’avant et après infranchissable. Avant le schisme tous les sacrements des deux églises Latines et Byzantines sont reconnus et après lui c’est un véritable rideau de fer totalement hermétique qui sépare les deux entités ecclésiales.
En réalité, les choses  sont loin d’être aussi  démarquées ou tranchées.  Si les autres patriarcats observaient une méfiance vis-à-vis de l’Église de Rome, pour autant ils n’emboitèrent pas le pas au patriarcat de Constantinople dans la rupture de communion avec Rome. C’est lors de la première croisade que les véritables fissures apparurent. On est surpris d’apprendre que loin d’en être inquiétés, les patriarches orthodoxes, s’ils déchantèrent plus tard, accueillirent la première  croisade avec l’espoir qu’elle chasserait le monde musulman d’Asie Mineure. Le patriarche orthodoxe de Jérusalem Syméon réfugié à  Chypre à la suite de la prise de Jérusalem par les Arabes envoie une Encyclique en 1097 en tant que chef tant du clergé grec que du clergé latin pour soutenir la croisade.(16)   En 1098 c’est le patriarche d’Antioche Jean IV  qui procède à l’intronisation sur son territoire canonique qui ne lui est pas contesté dans ces premières années par les croisés et le clergé latin de l’évêque latin qui vient d’être consacré pour une ville Al Bara conquise aux arabes qui n’était jusqu’alors pas un évêché(17)  . Il en sera ainsi pour d’autres cités.  On se garda bien de donner à cette époque des évêques latins dans les villes pourvues d’un prélat grec. Bien plus, redisons-le, les patriarches d’Antioche et de Jérusalem considèrent le clergé et les fidèles latins comme faisant intégralement partie de leur troupeau, avec certes un autre rite, mais les questions dogmatiques n’étaient tout simplement  pas abordées. Il faudra attendre que le « Prince » autoproclamé d’Antioche Bohémond chasse pour un motif injuste et strictement politique le patriarche grec Jean IV soupçonné de collusion avec les Arabes, et le remplace par un patriarche latin, pour que la rupture soit consommée entre l’Église Orthodoxe et l’Église Latine. Nous sommes au mois d’août 1100. C’est cette date que retient le grand historien byzantinologue Steven Runciman comme étant celle de la rupture définitive des Églises orthodoxes avec le monde Latin : « Ainsi du fait de Bohémond, deux lignées rivales de patriarches, grecs et latins, se disputaient désormais le siège d’Antioche ; aucune des deux ne voulait céder le pas à l’autre. Le schisme était consommé entre les deux Églises. »(18)   Jusque-là seul le patriarcat de Constantinople, bien que les différents empereurs conservaient avec le pape une correspondance courtoise, avait  observé la rupture de 1054 ; les autres Églises autocéphales ne s’étant pas engagées dans la confirmation du schisme.
Plus tard dans l’Empire de  très nombreux mariages se feront entre la noblesse catholique et des membres des familles impériales après 1054 et jusqu’à la chute de Constantinople (1453). Anne de Savoie (Giovanna) fille du comte Amédée V de Savoie épouse l’empereur Andronic III et se convertit à l’Orthodoxie. L’idée même d’un re-baptême n’effleure pas  les membres de la cour et du patriarcat de Constantinople. On verra même Jean Cantacuzène se scandaliser que le roi de Hongrie ait fait rebaptiser de force ses sujets bulgares, non pas uniquement parce que d’après lui ils étaient orthodoxes ; c’était le concept même entre les deux Églises d’un re-baptême que rejetait l’ex-empereur théologien. Il est à noter qu’à cette époque les Latins n’immergeaient plus pour le baptême mais procédaient à un simple ondoiement.
On appliquait, c’est  très important de le souligner aujourd’hui, toujours   à la même génération les recommandations que mentionnera plus tard, pourtant  dans une période de guerre ouverte entre l’Église Orthodoxe et  les Latins, saint Marc Eugénikos lui-même  : «  Pourquoi chrismons-nous les Latins qui reviennent à l’Orthodoxie ? A l’évidence parce qu’ils sont hérétiques. (…)Nous les recevons à condition  qu’ils donnent un texte écrit, condamnant à l’anathème toute hérésie non conforme au dogme de la sainte Église de Dieu Catholique et Apostolique(19)  , et qu’ils reçoivent pour être admis, le sceau ou chrismation, que nous faisons  avec le Saint Chrême sur le front, les yeux, les narines, la bouche et les oreilles, en disant « Le sceau du don du Saint-Esprit » Tu vois dans quel groupe nous classons les Latins»(20)  . On le voit à cette époque, contrairement aux affirmations de la confession de foi les catholiques retournant à l’Église Orthodoxe n’étaient pas rebaptisés mais bel et bien reçu par le sacrement de l’onction !  Saint Marc Eugénikos n’avait pas rejeté l’idée de discussions préalables à laquelle se refusent aujourd’hui tant les moines du Mont Athos que les signataires de la « Confession de foi » avec les représentants  de l’Église Catholique, avant leur possible (ou impossible) conversion à l’Orthodoxie,  aux Conciles de Florence (1437) et Ferrare (1439) auxquels le métropolite d’Éphèse  participa. C’est uniquement lorsque saint Marc constata que la réfutation, pourtant fondée sur des écrits incontestables, de l’hérésie du « Filioque procedit » non seulement n’était  pas  admise par les Latins, mais que la partie auparavant orthodoxe pressée de signer l’union par l’empereur Jean VIII Paléologue (1425-1448)  qui cherchait un appui militaire contre les Turcs en contrepartie de ses compromis,  s’apprêtait à apostasier tant sur la question du Saint-Esprit que sur la suprématie du pape, qu’il quitta le concile.
C’est sans doute dans cette histoire qu’il faut chercher le refus de la partie zélote de l’Orthodoxie d’aujourd’hui de tout dialogue avec l’Église de Rome. Mais le concile de Florence Ferrare n’était pas  un concile orthodoxe dans lequel on avait invité à débattre la partie catholique. C’était un concile conçu et organisé par la papauté romaine. Et ce n’est donc absolument pas à un tel état des choses, si un jour un conciliabule se réunissait pour débattre avec l’Église de Rome, qu’envisage le patriarcat de Constantinople, ni même aucun des patriarcats orthodoxes d’aujourd’hui. Un théologien faisait remarquer  que ce concile  de Ferrare Florence n’avait jamais eu  dans sa forme comme dans son fond les caractéristiques d’un concile canonique et orthodoxe : Il était co-présidé par le pape sur un siège surélevé et l’empereur sur un siège plus bas, mais surtout en l’absence du Saint Évangile sur le trône principal de la salle du Concile qui représentant le Christ est le président de tout  Concile véritablement orthodoxe. Aucun concile Orthodoxe n’aurait pu se réunir dans ces conditions.

Le pouvoir temporel du pape.

Un autre point qui fait débat aujourd’hui dans l’Église Orthodoxe, le plus complexe selon certains à résoudre avec celui de la primauté pontificale romaine, est celui de l’état du Vatican. Depuis la victoire par Charlemagne sur les Lombards en Italie, le Duxé (duché) de Rome est gouverné par le pape vassal de l’empereur. Les empereurs carolingiens tenaient à maintenir ce lien de vassalité avec le pape, car il leur donnait un véritable pouvoir sur celui-ci. De nombreux papes seront purement et simplement nommés par le monarque Carolingien ( Étienne IV (816-818) Valentin (827) Serge II (844-847, Benoit III (855-858) ou déposés (Serge II) sans autre forme de procès par lui, puis de nouveau intronisés. Les différents empereurs Carolingiens tenaient à ce lien de vassalité qui leur donnait, jusqu’à Nicolas Ier, et ensuite après la mort de celui-ci, un pouvoir civil et religieux  important sur la papauté. Cela leur permettait de placer à partir de Louis le Pieux (roi d’Aquitaine : 781-814 et empereur d’Occident : 814-840) auprès de la Chancellerie Pontificale des contrôleurs civils chargés de veiller à la régularité des règles canoniques édictées par le pape,  car à cette époque en Orient comme en Occident il n’y a qu’un seul code qui est à la fois civil et religieux. Il y eut des périodes où il exista un prince de Rome civil (la dynastie des Théophilactes), mais la tradition d’un pape chef temporel de Rome et du Duxé (duché) de Rome existait bien avant le schisme, lorsque le pape était orthodoxe, et cette question de son pouvoir temporel n’a jamais été soulevée par nos saints Pères comme un casus belli de leur communion avec l’évêque de Rome. Là encore, un peu de connaissance historique aurait évité aujourd’hui un tel débat.

                                               Conclusion :
        Un dialogue dans la vérité et l’amour, ni sansla Vérité ni sans l’amour.


Deux sortes d’erreurs peuvent se produire dans l’Église en ce qui concerne les « confession  de foi ». La première est de ne pas connaître comment ont été discutées et gérées des situations semblables dans le passé et d’affirmer des « vérités » en se fondant uniquement sur des écrits de certains Pères, sans la concorde de tous les Pères, et surtout dans le fait de séparer les actes  des paroles que ces Pères ont eues dans des circonstances semblables. Les actes des Pères de l’Église constituent une autre forme de leurs enseignements qui complètent leurs écrits.
La seconde plus fréquente qu’on ne le pense, c’est de s’appuyer pour faire des affirmations sur l’ignorance quasi générale du peuple orthodoxe non pas des beautés de sa foi qu’il aime et connaît, mais de son histoire et plus précisemment de la jurisprudence des Conciles Œcuméniques qui est supérieure en la matière à celle des conciles généraux.
Nous oublions facilement que l’intransigeance que nous exigeons quant à la reconnaissance des sacrements, de la présence de la grâce ou de son absence supposée dans une Église schismatique pour être réelle doit être sans exception. Cet article a montré combien dans l’histoire de notre Église de telles exceptions existent. Et nous aurions pu donner une centaine d’autres exemples. En voici un qui étonnera de nombreux croyants : saint Isaac le Syrien dont saint Jérôme d’Égine disait « Vends tout ce que tu as pour acheter les œuvres spirituelles de saint Isaac le Syrien » est un évêque Nestorien, le nestorianisme est une hérésie majeure. Pourrions-nous pour autant  affirmer qu’il n’était pas baptisé,  qu’il n’était donc pas chrétien, qu’il n’était pas évêque et que ces écrits n’ont pas été inspirés par l’Esprit Saint, et qu’il vivait en dehors de la grâce incréée ? Saint Silouane du Mont Athos s’adressant à un prêtre, qui vivait dans une nation Catholique, très fanatique vis-à-vis  de « ces hérétiques » qui se vantait de s’adresser à eux ainsi : «  je leur dis : votre foi est de la fornication. Chez vous tout est déformé, tout est faux, et vous ne serez pas sauvés si vous ne vous repentez pas (c’est-à-dire si vous ne devenez pas orthodoxes.) . Le grand Starets répondit : « Et dites-moi, Père Archimandrite, croient-ils en Jésus Christ ? Croient-ils qu’il est le vrai Dieu ?

- Oui, cela ils le croient.
- Vénèrent-ils la Mère de Dieu ?
- Oui, ils la vénèrent ; mais leur doctrine à son sujet est fausse ?
- Vénèrent-ils les saints ?
-Oui, ils les vénèrent, mais quels saints  peut-il donc y avoir chez eux depuis qu’ils se sont séparés de l’Église ?
-    Ont-ils des offices dans leurs églises, lisent-ils la parole divine ?
-    Oui, ils ont des offices et des églises, mais si vous pouviez voir ces offices, en comparaison des nôtres quel froid, quelle absence de vie.

Et le saint de conclure : « Leur âme sait qu’ils font bien de croire en Jésus Christ, de vénérer la Mère de Dieu et les  saints, de les invoquer dans leurs prières ; et si vous leur dites que leur foi est de la fornication, ils ne vous écouteront pas… mais dites au contraire qu’ils font bien de croire en Dieu ; de vénérer la Mère de Dieu et les saints(…) d’aller à l’église pour les offices(…) mais que sur tel ou tel point ils sont dans l’erreur qu’il faut corriger et qu’alors tout sera bien. Dieu est amour et la prédication doit, elle aussi, procédée de l’amour et alors elle sera salutaire pour celui qui prêche et pour celui qui l’écoute. Mais si vous condamnez l’âme du peuple, celui-ci ne vous écoutera pas. » (21) 
C’est cette voie que suivent, à notre avis les Églises Orthodoxes locales qui se sont engagées dans le dialogue difficile avec l’Église Catholique Romaine. C’est cette voie, celle du dialogue dans la Vérité et dans l’amour, la seule valable, que suit Sa Toute Sainteté le Patriarche Bartholomée, loin de tout fanatisme aveugle. Nous pensons que les mots « hérétique et schismatique », ne doivent pas être brandis comme des armes menaçantes et qu’ils sont tout simplement nuisibles à ce dialogue. Nous ne disons pas ici, que le « Filioque procedit », la théologie Romaine  de la suprématie  du pape,  et bien d’autres points comme la non reconnaissance par les Catholiques de la théologie palamite de la grâce  et des énergies incréées qui n’est pas abordée regrettablement dans le « Confession », ne sont pas des hérésies. Nous n’avons dans l’Église Orthodoxe utilisé ce qualificatif envers des personnes qu’après avoir épuisé avec elles toute discussion. Nestorios n’était pas qualifié d’hérétique par saint Cyrillios dans les courriers que celui-ci lui envoyait. C’est uniquement après, lorsqu’il fut évident que le patriarche de Constantinople refusait toute forme de dialogue, était fermé à toute discussion que la sentence du Concile Œcuménique de Chalcédoine tomba et qu’il fut proclamé hérétique. Le dernier Concile à valeur œcuménique sur les deux questions principales qui inquiètent tant les moines du Mont Athos, que les signataires de la «Confession», est celui de Constantinople de 879 dans lequel le pape Jean VIII représenté par ses légats renonce aux prétentions du pouvoir du pape au dessus ces Conciles et des autres évêques de ses deux prédécesseurs Nicolas Ier et Hadrien Ier, et condamne sans équivoque le « Filioque procedit ». Ce fait ne devrait-il pas  constituer  un point de départ positif dans notre dialogue avec l’Église Romaine ?
Depuis, il n’y a jamais eu de concile à valeur œcuménique sur ces deux questions, et les pseudo conciles de Lyon et Ferrare Florence n’avaient pas ni dans leur organisation ni dans leur forme, les fondements de conciles véritablement orthodoxes.   La partie Catholique s’est toujours montrée ouverte à une certaine remise en cause sur les points dogmatiques abordés. Il n’y a jamais eu de rupture des discussions avec des préalables de sa part  qui auraient été insoutenables pour la partie Orthodoxe, même si les discussions sont difficiles - et comment ne le seraient-elles pas après un divorce de près de 1000 ans ? -. Le patriarche Bartholomée avec l’ensemble des délégations Orthodoxes s’honore en disant « Frères » aux membres de la délégation Catholique. C’est ainsi que dans notre Église par le passé toutes les discussions ont commencé, dans l’amour et la vérité.

                                                                        Réunissons un concile général


Mais le véritable problème, c’est que nous avons depuis cinquante ans placé la charrue avant les bœufs en avançant dans le dialogue œcuménique, ce qui est louable, mais sans avancées réelles vers la réunion d’un concile général de l’ensemble de l’Église Orthodoxe. Ce qui constitue plus qu’une erreur : un péché contre l’Église.  La crise que nous connaissons n’a pas d’autres racines. Les conflits entre certaines Églises autocéphales aboutissent au fait regrettable  que nous arrivons parfois divisés dans notre dialogue avec les Catholiques, comme dernièrement à Ravenne. Les intégrismes que nous laissons s’installer n’ont pas d’autres causes que la non réunion d’un concile général. Beaucoup en conviennent. Le patriarche Bartholomée s’honorerait de prendre véritablement en main cette question urgente de la convocation d’un concile général. Il ne faut plus le préparer, quand nous savons que les premiers membres des commissions préparatoires de Rhodes (22)  sont trépassés depuis longtemps. Il faut réunir ce concile en fixant une date, même dans dix ans, mais sortir de l’abstraction de réunions préparatoires auxquelles plus personne ne croit et qui discréditent notre Église en laissant le champs libre à tous les intégrismes qui se placent alors comme les seuls autorités universelles de l’Église que l’on doit écouter parce qu’en vérité  une telle autorité chez nous existe et elle n’est pas un évêque au dessus des évêques mais le concile.
Des communiqués tels que celui-ci des moines athonites (23)   daté du 8 octobre 2009 n’aurait plus leur raison d’être si un concile à vocation œcuménique se réunissait avec le plérum de l’Église, l’ensemble de l’épiscopat qui serait alors le seul à avoir le charisme de s’exprimer dans le concile sur toutes ces questions.
C’est l’absence de concile qui donne à ces nobles voix le poids qu’elles ont aujourd’hui au sein de l’Église Orthodoxe, même si parfois certaines de leurs affirmations,  comme celles que nous avons citées dans notre article, ne sont pas recoupées par de véritables preuves historiques ni théologiques.
Recouvrons la parole étouffée depuis plus de mille ans des conciles œcuméniques afin « d’entendre ce que l’Esprit dit aux Église ». (24) 

+Métropolite Michel Laroche

(1) Mot de la théologie orthodoxe signifiant l’application miséricordieuse d’une règle canonique. A l’opposé l’acribie consiste en l’application rigoureuse du même canon. Mais l’économie comme l’acribie sont également un état d’esprit concernant l’interprétation des commandements évangéliques  dans la vie de l’Église : « Le sabbat est fait pour l’homme( économie) et non l’homme pour le sabbat ( acribie) ».

(2)Sa fête est célébrée dans le calendrier Byzantin le  2 juillet.
(3) Jean Meyendorff in « Unité de  l’Empire et divisions des chrétiens ». P 189   Éd. Du Cerf  Paris 1993
(4) Lc XV, 11-30

(5) L’empereur Jean V Paléologue ( 1341-1376 et 1379-1391) s’étant converti personnellement au catholicisme ne pouvait plus ni convoquer le concile ni le présider. Cette conversion n’avait eu aucune influence sur l’Église ou sur le peuple. Elle était considérée comme une affaire de conscience personnelle du souverain.
(6) In « Les derniers siècles de Byzance – 1261-1453 par Donald M. Nicol. P. 291 Texto ED. Tallendier Paris 2008
(7) Ibidem P. 292

(8) Aucun évêque Occidental ne se rendit au concile, ce dont se plaint saint Photios dans une lettre adressée au patriarche d’Aquillé.
(9) Rédigées sous la forme de 27 articles en 1075,  dont l’un énonce que le pape est supérieur aux conciles.
(10) « Sardique » l’actuelle « Sophia », capitale de la Bulgarie.  Ce concile se réunit sous la présidence d’Hosius de Cordoue Le 22 mai 347 pour examiner les appels auprès du pape Jules de Rome de saint Athanasios d’Alexandrie de Marcel d’Ancyre et d’Asclépas de Gaza tous trois déposés de leur siège au profit d’évêques ariens.

(11) In « Histoire de l’Église P 364, T 6 L’époque carolingienne » par Émile Amann. Éd. Bloud et Gay, Paris 1947 et  In « Ecclésiologie du Haut Moyen-Age » par Yves Congar P 212-216 Éd. du Cerf 1968.

(12) « Les Regestres des actes du patriarcat de Constantinople » Vol. 1 Fasc. 1 et 2 N°495 P 119 Éd. Par Venance Grumel. Institut d’Études Byzantine Paris 1989.
(13) « Les Regestres des actes du patriarcat de Constantinople » Vol. 1 Fasc. 1 et 2 N°499 P 121 Éd. Par Venance Grumel. Institut d’Études Byzantine Paris 1989.
(14) Ibidem N° 500 P 122.
(15) « Les Regestres des actes du patriarcat de Constantinople » Vol. 1 Fasc. 1 et 2 N°495 P 119 Éd. Par Venance Grumel. Institut d’Études Byzantine Paris 1989.
(16)  In «  Histoire des croisades » par Steven Runciman P. 196-197 Ed Tallandier. Paris 2006
(17) Ibidem P.224-225

(18) Ibidem P. 277.
(19) La terminologie « Catholique » n’appartient pas à l’Église latine mais à l’Église Orthodoxe qui est Catholique c’est à dire universelle. Dans le symbole la foi récité chaque dimanche nous proclamons que « l’Eglise est une sainte Catholique et Apostolique ».
(20) Encyclique de saint Marc d’Éphèse à tous les chrétiens orthodoxes de la terre et des iles. In « la lumière du Thabor P.  23 N° 10 2ème trimestre 1986
(21)  Archimandrite Sophrony «  Le starets Silouane » P.62-63 Ed. Présence  Paris.1996
(22) Ière Conférence pan-orthodoxe de Rhodes : 24 septembre Ier octobre 1961. Et ensuite : Rhodes : 1963 ; Rhodes : 1964 ; Chambésy : 1968 ;  Chambésy : 1971 ;  Chambésy : 1976 ;  Chambésy : 1982 ;  Chambésy deux fois en  : 1986 ; Chambésy : 1990 ;   Chambésy : 1993 ;  Chambésy : 1995 ;  Chambésy : 2009.  
(23)  « Décision officielle de la Sainte Communauté du Mont Athos au sujet de la réunion de la communion mixte du dialogue entre l’Église Orthodoxe et les Catholiques Romains. La sainte communauté a pris la décision suivante : A travers les siècles la Sainte Montagne reste, par la grâce du Christ la fidèle gardienne de la sainte foi orthodoxe, que les apôtres prédicateurs  de Dieu ont transmis à l’Église et que nos Pères Théophores avec les saints conciles œcuméniques ont préservé intacte. Cette tradition a été fidèlement (conservée) par les Pères athonites qui nous ont précédés.  » Ensuite vient le texte dont nous avons cité une petite partie concernant le préalable à exiger des catholiques Romains.
(24) Apoc. II, 7


07/07/2016
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Position officielle de l’Eparchie Orthodoxe  

de Paris et de toute la France

sur les derniers événements de Chambesy

se rapportant à notre Saint patriarcat de Kiev.

 

 Au nom de son Eminence le Métropolite Michel de Paris et de toute la France:
Archimandrite Amphilokios Besson, Higoumène du Monastère de l’Archistratège Michel de Marseille. 

 

 

 


 

Afin de pouvoir tenir au courant nos lecteurs et lectrices de l'actualité des positions du Patriarcat de Kiev,  (qui n'est hélas que trop peu relayée pour l'instant en France par les sites orthodoxes et religieux),  nous les renverrons, à la fin de ce billet, vers plusieurs sites Officiels  auprès desquels ils pourront vérifier chacun de nos propos, se renseigner régulièrement et élargir leurs sources d'informations. 

N'étant pas des traducteurs chevronnés, nous ne pouvons de traduire ces articles, et le contenu des sites, fort nombreux. Aussi, nous invitons nos lecteurs, lorsqu'ils les consulteront, à bien vouloir utiliser la traduction automatique par le biais du clic droit de leur souris, via la fonction "traduire en français".

 
 
Les polémiques et le mépris inter-orthodoxes sont un contre-témoignage pour ce monde sans Dieu et en plein désarroi:

Commençons par dire que notre Eparchie a une aversion viscérale pour les conflits inter-orthodoxes qui, nous semble-t-il, souillent  le visage de l'Eglise du Christ  déshonorent la charité, troublent les consciences, et atteignent souvent la dignité et la crédibilité des personnes attaquées. 


Pour ces raisons, notre modeste Eparchie à son très humble  niveau, a toujours préféré porter dans la prière quotidienne des Offices, et la souffrance silencieuse, le martyre ecclésiologique que traverse actuellement notre Eglise: martyre du déni des faits historiques et canoniques, déni de reconnaissance religieuse et fraternelle, martyre de la mise à l'écart spirituelle et humaine, martyre des accusations mensongères et dégradantes portées contre Elle, contre ses millions de fidèles et ses nombreuses institutions en Ukraine ou à l'étranger. Nous sommes chrétiens et notre Maître nous a prévenu qu'être Ses disciples impliquait de Le suivre dans les mauvais traitements, les mauvais jugements, dans les dérisions, le mépris et la crucifixion avant de vivre en Lui la résurrection.


Au début de ce billet, et en préambule, affirmons que les bases et les faits canoniques et historiques en faveur de l'autocéphalie de notre Eglise sont des plus solides. Ils relèvent, lorsqu'on en a pris connaissance,  de la Vérité, de la logique et du bon sens.

L'oubli ou l'ignorance de l'histoire de l'Eglise et des bases ecclésiologiques sont une source de préjugés graves :

Fort malheureusement, nous nous sommes aperçus qu'une part infinitésimale de clercs et de chrétiens orthodoxes avaient connaissance de ces éléments, se contentant souvent d'affirmer ce qui se dit dans certains milieux mondains et dans nombre d'articles de désinformation aussi brutaux que dégradants. Que ces personnes tiennent ces éléments pour des vérités de Foi sans en vérifier la véracité: il n'y a rien de plus facile, mais il n'y a rien  de plus nocif pour la conscience que l'idéologie. Heureusement, il existe également un certain nombre d'Orthodoxe (clercs comme laïcs) qui sont parfaitement conscient des vrais enjeux se cachant derrière les positions officielles du patriarcat de Moscou...


En outre, appartenant eux-même à des Eglise orthodoxes nationales, beaucoup de clercs et de fidèles ignorent/oublient que leurs propres Eglises autocéphales (de manière exactement similaire à la nôtre aujourd'hui!) ont alors été, dans leur histoire, rejetées et vilipendées par toutes les autres "officielle", et mises au ban de la communions des Eglises-Soeurs....Ceci, avant que leur cause, bien des années après (parfois près de 100 ans), soit reconnue comme tout à fait juste et légitime dans l'affirmation de leur autocéphalie.


Prendre connaissance des faits pour mieux comprendre: c'est possible!


Nous invitons nos lecteurs et tous ceux qui veulent vraiment comprendre  ce qui se passe en Ukraine sur le plan ecclésial, à se documenter; à refuser de se prononcer avant de s'être solidement instruit. La mode du monde actuel, en soif de sensations et de vérités toutes faites se range trop souvent au jugement péremptoire et au préjugé. L'avis mal éclairé et conditionné dans ces conditions devient alors une certitude tranchée voire arrogante, qui fait injure à tout sens élémentaire de la justice et de la Charité. La religion de l'opinion est une véritable dictature et un ennemi de la vérité.


Pour avoir une approche solide de ce qui se joue en Ukraine sur le plan ecclésial, nous renvoyons aux textes et articles  de notre Métropolite  écrits en langue française.  


Le très grand intérêt de ces textes est qu'ils sont accessibles à un public qui n'est pas forcément initié aux subtilités de l'ecclésiologie orthodoxe.  Ces documents posent clairement et simplement des faits incontestables; ils sont illustrés par de très nombreux exemples et cas de jurisprudences  canoniques.  Il existe également des communiqués, des articles divers en langue ukrainienne, russe et anglaise qui parle de l'actualité de notre Eglise. Il nous revient sans doute de les faire connaître davantage au grand public.

 

A propos des faits évoqués pendant la Synaxe par le Patriarche Kirill de Moscou:

Depuis quelques temps, et de manière plus intense au fur et à mesure que la Synaxe préparatoire au futur Concile approchaient, un certain nombre d'articles (en russe, en français...) paraissaient (et continuent à paraître) à intervalle régulier, pour nier  la légitimité de l'autocéphalie de notre Eglise. L'afflux de contre vérités, de mise en exergue d'informations tronquées, font que nous en sommes arrivés à la conclusion personnelle qu'un véritable travail de sape en communication était à l'oeuvre pour flétrir et discréditer l'existence même de l'Eglise Orthodoxe Ukrainienne du Patriarcat de Kiev. 

Par le bais de ces articles donc, nous avons douloureusement pris connaissance il y a quelques jours,  des accusations publiques prononcées par le Patriarche de Moscou. Il les a gravement portées en pleine Synaxe à Chambésy contre notre Eglise. Ces accusations concernaient des actes de violence attribués faussement aux chrétiens orthodoxes d'Ukraine du patriarcat de Kiev contre les paroisses du patriarcat de Moscou. 

Notre Eglise dément formellement et catégoriquement cette version erronée des faits.

Il faut préciser que les représentants de notre Eglise n'étant pas présent à cette synaxe préparatoire au futur concile, aucune défense n'était possible...Peut-on accuser quelqu'un sans lui donner la possibilité de se défendre et d'exposer à son tour les faits? C'est en tous les cas un usage absolument contraire à la Tradition Orthodoxe, aux Usages ecclésiaux et à leur esprit.

Aussi, notre Eglise, par la voix de ses représentants légitimes à Kiev, a prié Sa Sainteté Bartolomé, Patriarche de Constantinople qui présidait la Synaxe, d'organiser une commission d'enquête officielle en Ukraine; celle-ci  ayant pour mission de vérifier concrètement sur le terrain, la réalité et la véracité de ces accusations. 

Les sources de la polémique et quelques rappels de faits:
 
Ces accusations portée par le patriarche Kirill de Moscou à la Synaxe de Chambesy sont la suite ou l'un des aboutissement de campagnes de désinformation présentant régulièrement au public ecclésiastique et laïc un certain nombre d'éléments et de faits tronqués/orientés. Ces éléments sont jetés en pâture dans le triste but évident de conditionner l'indignation et de jeter le discrédit sur la cause légitime du Patriarcat de Kiev. 

Elles rapportent que des paroisses dépendant du Patriarcat de Moscou en terre ukrainienne seraient l'objet d'attaques particulièrement violentes, menées par des ukrainiens (dépeints pour l'occasion comme des "nazis", "fascistes" à la solde du Patriarche Philarète" etc, etc...) . Ces groupes de sauvages placeraient de force et par voie de violence et de terreur, les paroisses sous l'omophore du Patriarcat de Kiev. 
 
Face à ces tableaux peints pour la circonstance, commençons pas rappeler ici un fait d'importance que ces campagnes hostiles à l'existence même de notre Eglise taisent soigneusement:
 
Notre Patriarche Philarète a toujours condamné publiquement, sans équivoque et de manière très ferme TOUTE violence faite contre les biens ecclésiastiques du Patriarcat de Moscou en Ukraine.
 
La Vérité des faits  (vérifiables à la lumière du site officiel du patriarcat et de divers sites étrangers), est que notre Patriarche avec le concours du clergé et des fidèles travaillent à l'UNITÉ et à la réconciliation spirituelle et citoyenne du pays. 
 
Preuves publiques en sont les solides liens fraternels qui ont été tissés depuis de nombreuses années avec les représentants de toutes les confessions religieuses (chrétiennes et non chrétiennes) en Ukraine. Des liens positifs et prometteurs avaient d'ailleurs été tissés avec le précédent Métropolite de Kiev dépendant du Patriarcat de Moscou, Sa Béatitude Vladimir (Sabodan).

L'Eglise Orthodoxe Ukrainienne du Patriarcat de Kiev n'est pas isolée:
 
 
 
 
Rencontres fraternelles entre Sa Sainteté le Patriarche Philarète de Kiev et
feu sa Béatitude Vladimir, Métropolite de Kiev (Patriarcat de Moscou). 
Rappelons que le Métropolite Onufre est l'actuel représentant du Patriarcat de Moscou à Kiev.
 
Le Patriarche Philarète avec feu le Métropolite Mefodiy Kudriakov
 
 
 
Le Patriarche Philarète avec le patriarche greco-catholique Sviatoslav Shevchuk
 
 
Le Patriarche Philarète accueillant feu le pape Jean-Paul II de Rome
 
Le Patriarche Philarète faisant une déclaration commune
avec le cardinal Christoph Schönborn, lors d'une rencontre
 
Le Patriarche Philarète avec divers représentants religieux
 
 
Des accusations qui défient la vérité et le bon sens:

En outre, et si l'on y réfléchi quelque peu, quel serait l'intérêt à court, moyen ou long terme pour le Patriarche Philarète d’orchestrer dans son propre territoire canonique un chaos ecclésial et de se susciter la haine d'orthodoxe spoliés de leurs églises, alors que précisément, son but est de rassembler tous les chrétiens orthodoxes au sein d'une même Eglise locale en Ukraine ?! 

L'accuser de semer la dissension, c'est affirmer qu'il travaille d'arrache-pied pour et contre les propres intérêts du Patriarcat de Kiev, contre ses propres intérêts de Chef d'Eglise...qu'il oeuvre à une Eglise locale divisée...cela n'a aucun sens!

Le remède: un peu de bon sens et d'esprit critique:
 
De la même manière, la façon de présenter dans les médias orthodoxe mainstream les situations de tensions tout en bichromie (comprenez les "voyous ukrainiens fanatisés du patriarcat de Kiev" contre "les frêles victimes du patriarcat de Moscou"), devrait susciter chez n'importe quel lecteur, des sentiments interrogatifs et mitigés.

Quant à nous, nous ne trouvons pas très sain la manipulation de l'émotion dans le rapport tronqué des faits pour faire adhérer les personnes à des scénari, car on se situe très loin de l'esprit de l’Évangile.
 
La Réalité sur le terrain: Le départ des paroisses et des fidèles vers le  Patriarcat de Kiev
 
Rappelons que l'Eglise Orthodoxe Ukrainienne du Patriarcat de Kiev, depuis deux ans environ, a accueilli sous son omophore, à la demande de celles-ci, près de 70 paroisses en provenance du Patriarcat de MoscouLe dernier transfert en date dont nous avons connaissance est celui de la paroisse de Saint Nicolas.

Des convictions profondes autant que des incidents pastoraux récurrents peuvent expliquer ce mouvement général.
 
D'une part, une prise de conscience ecclésiale grandissant en Ukraine , les chrétiens orthodoxes du Patriarcat de Moscou souhaitent une Eglise locale unifiée (leur Eglise historique) soutenant un pays qui souffre de la guerre, de la crise économique, de la pauvreté... 

Les Ukrainiens savent qu'historiquement, c'est l'Eglise de Kiev qui est la Mère de l'Eglise de Moscou et non l'inverse. Ils savent qu'une Eglise Mère ne peut jamais être soumise à son Eglise Fille (ce que tente de faire croire avec force agitation le patriarcat de Moscou). 

Ils savent également, qu'ecclésialement,  un transfert de capitale politique (de Kiev à Moscou)  n'entraîne jamais le transfert ou n’atteint jamais l'existence, le rang ou l'autorité d'une Eglise Mère. Une Eglise-Fille apparaît alors, mais l'Eglise-Mère demeure libre. C'est le cas du transfert de la capitale de Kiev à Moscou. La capitale "déménage", mais l'Eglise, elle subsiste ( qu'on regarde le transfert de la capitale de l'Empire romain de Rome a Constantinople qui n'a pas supprimé ou subordonné l'Eglise de Rome à Constantinople ).
 
D'autre part, les fidèles ukrainiens sont souvent en butte à de nombreuses souffrances  qui trouvent leurs sources dans de véritables atteintes à l'esprit évangélique.

Par exemple: refus de baptiser des enfants ukrainiens dont les familles résidant dans les zones actuellement sensibles souhaitent qu'ils gardent la nationalité ukrainienne, refus d'enterrer religieusement des soldats ukrainiens mort au front pour l'Ukraine, refus de tout hommage public en mémoire des jeunes gens gens tombés pour leur pays...

Comment ces parents stigmatisés ou frappés dans leur chair réagissent-t-ils face à l’attitude anti-pastorale et anti-évangélique de l'Eglise dépendant du Patriarcat de Moscou en Ukraine? Ils vont trouver refuge dans leur Eglise locale légitime: l'Eglise orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Kiev.
 
Un fait qui a beaucoup marqué les ukrainiens: Lors d'une allocution officielle où était fait officiellement mémoire des soldats ukrainiens tombés au front, tout le public et tous les représentants religieux chrétiens et non chrétiens se lèvent pour applaudir et rendre hommage. Seuls les représentants officiel de l'Eglise en Ukraine dépendant du Patriarcat de Moscou restent ostensiblement assis (le métropolite Onufre tenant une canne accompagné d'un métropolite et d'un autre ecclésiastique) . C'est devant ce type d'outrage public que les orthodoxes ukrainiens rejoignent en masse leur Eglise locale légitime et naturelle, celle du Patriarcat de Kiev. 
 
 
Comme le rapporte le site RISU (site général d'informations religieuses en Ukraine) dans un de ces articles récents, le Patriarcat de Kiev souligne que les dirigeants de l'Eglise du Patriarcat de Moscou en Ukraine, à la fois dans leurs centres de décisions et sur le terrain, rejettent catégoriquement toutes les propositions de dialogue avec le Patriarcat de Kiev et ses fidèles, ne parlant que la langue de l'ultimatum et ignorant la volonté réelle de leurs propres paroissiens de quitter la juridiction du Patriarcat de Moscou.

Des réactions de plus en plus crispées de la part du Patriarcat de Moscou:
 
Face à l'hémorragie de ses paroisses et de ses fidèles en Ukraine, le Patriarcat de Moscou, à défaut de pouvoir l'arrêter, durcit le ton, exerce des pressions, s'allie et capte la parole de chefs d'Eglises (Serbie, Antioche...) pour tenter d'isoler totalement notre Eglise et d'empêcher par tous les moyens en sa possession l'inéluctable : la reconnaissance par les autres Eglise locales de l'autocéphalie de l'Eglise du Patriarcat de Kiev et sa communions avec toutes les Eglises-Soeurs. 


"Perdre" l'Ukraine pour le Patriarche Kyrill de Moscou et pour l'Eglise russe, c'est perdre des millions de fidèles, des moyens matériel conséquents...; c'est donc perdre mécaniquement de l'aura et du leadership dans le concert des Eglises orthodoxes; c'est revenir à sa place naturelle (historique et canonique). On comprends mieux alors ce déchaînement du patriarcat de Moscou et l'agitation des services de presse affidés, qui sont proportionnels à mesure que croît la taille et la vitalité de l'Eglise Ukrainienne du Patriarcat de Kiev. 


Notons également que le Patriarche de Moscou reproche amèrement au Patriarcat de Constantinople d'entretenir le moindre contact avec notre Eglise et de dépêcher des évêques en Ukraine pour entendre ce que notre Eglise a à dire et ce qu'elle a à proposer en vue d'une Réconciliation et d'une Eglise Orthodoxe Ukrainienne unifiée. Ce n'est pas la première fois que Moscou menace de rupture de communion si le Patriarcat de Constantinople venait à reconnaître l'Eglise Orthodoxe Ukrainienne du Patriarcat de Kiev. Il nous semble que l'agressivité et le chantage pour de sombre questions de leadership n'apporteront rien de constructif et de positif pour l'Eglise Orthodoxe du Christ. Ce qui nous demandons, c'est le respect des principes de l'ecclésiologie orthodoxe, des canons et de l'Histoire.
 
Rappelons-le encore et encore s'il en était besoin: Historiquement et de manière irréfutable l'Eglise du Patriarcat de Moscou est la fille de l'Eglise du Patriarcat de Kiev. Comment se fait-il qu'une Fille traite aussi mal sa Mère? La loi du plus fort écrasant le plus fragile n'a pas sa place dans la Tradition orthodoxe. Dieu vois tout. Cela est notre plus grande consolation consolation.


te la RSynaxe des métropolites et des évêques autour de Sa Sainteté Philarète,
Patriarche de Kiev et de touus' Ukraine.

Carte et état des lieux de l'Eglise orthodoxe Ukrainienne du patriarcat de Kiev:


Aujourd'hui l'Eglise Orthodoxe Ukrainienne du patriarcat de Kiev sert le peuple Royal en Ukraine. 

Elle compte des croyants de toutes nationalité.Notre Eglise est en effet implanté dans plusieurs pays: Etats-Unis, Canada, Allemagne, France, Italie, Grèce... 

Le Patriarcat compte plus de 10 millions de fidèles en Ukraine. En comparaison Le Patriarcat de Moscou en Ukraine compte environ 5 millions.

Elle compte une quarantaine d'évêques, un conseil ecclésiastique supérieur, plusieurs institutions synodales, une trentaine de diocèses (en Ukraine + communautés à l'étranger), environ 4000 paroisses réparties sur tout le territoire ukrainien. Ce chiffre est constante augmentation au vue du passage des communautés de croyants sous l'omophore du Patriarcat de Kiev.


Elle compte une dizaine de monastères et plusieurs centres de formation:
Les académies de théologie (Séminaire) de Kiev, de Lviv de Volyn, de Rivne
Un département de théologie au sein de l'Université nationale de Tchernivtsi
Un Institut de Théologie ( à Ivano-Frankivsk)


A kiev en 2006, à la suite d'un grand sondage dans la ville de Kiev 52% des personnes interrogées se réclamaient au Patriarcat de Kiev contre 8% se réclamant du patriarcat de Moscou.
 
Un certains nombre d'Eglises locales vivent actuellement la même situation que l'Eglise d'Ukraine (Macédoine, Monténégro...) d'autres ne sont reconnues que partiellement (par certaines Eglises et pas par d'autres). Beaucoup en occident s'en questionnent parcequ'on ignore tout de l'ecclésiologie orthodoxe, du processus de reconnaissance et de la distinction à tenir entre canonicité charismatique et canonicité administrative.
 
Notre attitude:

Elle est de prier pour notre Patriarche qui avec beaucoup de dignité mène un combat courageux. Elle est aussi de prier pour ceux qui se font nos ennemis, qui nous mal jugent , nous méprisent alors que leur propres Eglise sont passées par le même martyre. Il semble que cette phase douloureuse soit consubstantielle à la reconnaissance de l'autocéphalie d'une Eglise par les autres.


Quotidiennement et avec instance, au cours de prières spécifiques, nous demandons au Seigneur qu'Il accorde à Ses Eglises, le grand don de l'Unité et la Paix et d'un profonde Amour réciproque, signe que nous sommes les disciples du Christ. 


Sur la terre de France ou sont implantées plusieurs juridictions, notre attitude de moines ne variera pas: Nous conduire comme des Frères avec tous, prier pour l'Unité, pour la Charité. Chaque Frère orthodoxe, clerc ou laïc sait qu'il sera accueilli avec amitié et chaleur dans le Seigneur: nos bras resteront ouverts, et nos mains levées vers le Ciel pour qu'un jour toutes ces juridictions finissent, selon l'Esprit de l'Eglise, par former une Eglise locale qui rassemblera Ses Enfants.


Le monde a tant besoin pour son Salut d'Unité et de Paix, car il a faim et soif du Christ. Si nous orthodoxes, qui sommes l'Eglise du Christ, nous ne manifestons pas l'Unité catholique, qui la manifestera? Moins de discours, davantage d'actes posés.




LIENS
 
D'autres sites et d'autres articles seront donnés au fur et à mesure du temps
 
Nous donnons ici quelques liens qui en renverront à d'autres:

Site de notre Patriarcat:
 
RISU: Site officiel d'informations religieuses
 
 
Articles de fonds:

Blog du Métropolite Laroche:
http://leblogdumetropolitemichellaroche.blogspirit.com/


Article de base (accessible et passionnant) pour comprendre la situation ecclésiologique:" Kiev, la Mère de toutes les Eglises Rous’ : l’expression d’un principe ecclésiologique ancien."
http://leblogdumetropolitemichellaroche.blogspirit.com/archive/2014/09/14/kiev-la-mere-de-toutes-les-eglises-rous-l-expression-d-un-pr-3016148.html

Dernier article paru sur les "évènements" de la Synaxe  intitulé: "Comment Daesh empoisonne les relations inter-orthodoxes"
http://eparchie-orthodoxe-de-paris-france-ukraine.blog4ever.com/articles/comment-daech-empoisonne-les-relations-inter-orthodoxes

 


31/01/2016


Une première autocéphalie Ukrainienne

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Une première autocéphalie Ukrainienne 

 

L’histoire géopolitique et ecclésiologique de l’autocéphalie de l’Église  Orthodoxe de Pologne. (1918-1944)

 

Ouvrage écrit en l’honneur de l’anniversaire des vingt années de Patriarcat sur le vénérable Siège de Kiev et de toute la Russ’Ukraine de Sa Sainteté notre Patriarche Filaret de Kiev et de toute la Russ’Ukraine.

 

Introduction.

                                                                

Le 13 novembre 1924, un Tomos d’autocéphalie était promulgué par Sa Sainteté le Patriarche Œcuménique de Constantinople Grégoire VII en faveur de la Métropole Orthodoxe de Pologne.

Cet acte recouvrait en réalité une longue histoire géopolitique et religieuse qui reliait à l’Ukraine, une Pologne ressuscitée dans une partie seulement de ses anciennes frontières qui comprenaient notamment de vastes territoire situés dans l’ancienne Ukraine et surtout un population Orthodoxe en majorité ukrainienne d’environ cinq millions de croyants.

Le Tomos d'autocéphalie avait été émis par le Patriarche Œcuménique, Grégorios (Grégoire) VII en faveur de l'Église Orthodoxe de Pologne qui était dirigée par le Métropolite Denys (Valedynsky)[1]. En raison des circonstances politiques et des partitions territoriales après la Guerre mondiale de 1914-1918, une partie importante  de l'ancienne Métropole de Kiev était située en Pologne. Dans ce Tomos, le transfert précédent de l'Église de Kiev dans la juridiction de Moscou (1685) a été déclaré anti-canonique  par le Patriarcat de Constantinople et l'indépendance de la Métropole de Kiev était entièrement restaurée en autocéphalie sur le territoire national du nouvel État Polonais.

C’est  une partie cette histoire que nous allons nous efforcer de restituer dans cet ouvrage, avec, nous le disions au commencement de cette introduction, tout l’environnement historique et géopolitique qui fut le terrain sur lequel fut édifiée cette autocéphalie. Il est impossible en ecclésiologie d’examiner les faits  concernant la vie d’une Église  Orthodoxe nationale en nous en tenant uniquement aux règles canoniques et aux événements strictement ecclésiastiques, sans prendre en compte son environnement historique global qui s’ajoute à l’histoire particulière de la nation dans laquelle cette Eglise locale a vu naître son existence.

 

                        [1] De son nom civil Constantin Nicolaevitch Valedynsky, né en Russie à Murom le 16 mai 1879. Son père Nicolas était archiprêtre dans l’une des églises de la ville.

 

Le processus qui aboutissait à ce Tomos que nous allons publier dans son entier[2] manifestait des enjeux complexes, tant géopolitiques qu’ecclésiologiques, avec un conflit entre d’un côté l’Église Orthodoxe de Pologne et l’État Polonais, et de l’autre, le Patriarcat de Moscou soutenu par l’État Bolchévique Russe. La situation qui a prévalue à cette époque n’est pas sans rappeler celle qui aujourd’hui concernent aussi bien  l’autocéphalie de l’Église Orthodoxe Ukrainienne-Patriarcat de Kiev que l’État Ukrainien, l’une, le Patriarcat de Kiev, faisant face au même Patriarcat de Moscou et l’autre, l’État Ukrainien, menacé de guerre de la part du même État Russe.

 

C’est cette histoire complexe que nous allons nous efforcer de raconter.

 

+Métropolite Michel Laroche, membre de l’épiscopat de l’Église Orthodoxe d’Ukraine-Patriarcat de Kiev.

 

[1]
                        [1] Le Tomos est publié dans le chapitre 10 : « Les grandes manœuvres de l’État Polonais en faveur de l’autocéphalie : après le bâton, les carottes. » 

 

Chapitre 1 : A l’ombre du Maréchal Pilsudski : La situation de la Pologne en relation avec l’Ukraine : 1919-1924

Le 28 juin 1919 lors de la Conférence de la Paix qui aboutit au Traité de Versailles, la Pologne recouvrait une partie seulement de son territoire et de sa souveraineté qui lui avait été confisqué les siècles précédents. Le Traité de Versailles restituait à la Pologne la Posnanie, la Poméranie, (ex, Prusse occidentale) le long de la Vistule qui lui donnait un accès à la Baltique, le Port de Gdansk (ex Danzig) port essentiel pour la vie économique de la Pologne (mais à l’époque, la majorité de la population était germanique) ; la Haute Silésie et le Sud de la Prusse étaient soumises à un référendum  qui déterminerait leur appartenance ou non à la Pologne. Dans le Sud-Est, la Pologne démembrait la République d’Ukraine occidentale et réoccupait comme deux siècles auparavant la Galicie Orientale.

Notre propos n’est pas de retracer l’histoire de la Pologne et sa relation avec l’Ukraine dans les siècles passés[3] mais de donner à comprendre que les « Orthodoxes Polonais » dont nous allons parler sont en immense majorité les croyants de la vénérable Métropole Orthodoxe de Kiev et de toute la Russ’Ukraine ; qu’ils ne sont polonais que par leur citoyenneté, mais que leur identité profonde est ukrainienne. Une partie cependant de cette Église sera russifiée, comme le sera la société polonaise, et unie étroitement à l’Église synodale russe à partir du Congrès de Vienne (1814-1815), puis après la révolution Bolchévique au patriarcat de Moscou. Le Congrès de Vienne accordait au Tsar Alexandre Ier le Grand-Duché de Pologne (rétabli par Napoléon Ier,) mais refusait de lui donner la province polonaise de Poznan et la Galicie ukrainienne qui étaient concédées à la Prusse et à l’Autriche. Le tsar Nicolas Ier se fera même couronné Roi de Pologne en 1829 et ce souvenir intolérable pour les Polonais ne sera effacé que par la destruction de la cathédrale russe de Varsovie en 1918 où le sacre s’était déroulé. Avec l’effondrement de l’Empire tsariste le 15 mars 1917 alors que la Seconde guerre mondiale n’est pas achevée, une Rada est constituée dont les membres sont issus de la célèbre Société des Ukrainiens Progressistes dont nous savons que depuis 1908 qu’elle s’efforçait d’obtenir par la voie démocratique la reconnaissance auprès du souverain russe, d’un statut d’autonomie pour l’Ukraine. La Rada proclame en novembre 1917 une République Démocratique d’Ukraine avec la composition d’un gouvernement dont le célèbre héros Ukrainien social-démocrate, Symon Pletlioura qui deviendra ministre de la guerre. Jusqu’en 1921, les frontières entre la Russie bolchévique et la Pologne sont mouvantes et peu précises. Dès le commencement de la guerre de 14-18 les Polonais sous la direction du général Joseph Pilsudski avaient constitué un groupe armé intitulé « Légion » qui allait s’illustrer par des batailles victorieuses contre les armées allemandes comme contre les russes ; et faire connaître son chef comme un héros national dès 1918.

Une tentative d’étendre son territoire sur la Galicie orientale occupée par les bolchéviques fait reconnaître par la Pologne l’éphémère République Ukrainienne de Symon Petluria et former avec lui une alliance militaire. Ce sera le Traité de Varsovie signé le 22 avril 1920 que le maréchal (alors général) Joseph Pilstudsky et Symon Petlioura. Ceux-ci conclurent un accord reconnaissant l'indépendance de l'Ukraine et fixant les frontières des États Ukrainien et Polonais. Ce traité cédait à la Pologne les régions ukrainiennes situées à l'Ouest de la rivière Zbroutch (Galicie Occidentale). Par ailleurs, l'accord prévoyait de préserver les possessions des propriétaires terriens polonais en Ukraine, tandis que celles de leurs homologues russes devaient être distribuées parmi les paysans. Le traité fut ensuite complété par un accord militaire signé le 24 avril, plaçant les troupes de Petlioura sous commandement de l'armée Polonaise en vue de la prochaine Offensive de Kiev contre les bolchéviques. Ce sera l’offensive du 25 avril 1920. Le 7 mai les troupes polonaises apparemment victorieuses font leur entrée à Kiev, mais le soutien populaire espéré leur fera défaut. L’Armée Rouge contrattaque et remporte la victoire finale.

Nous évoquons ce passage d’une histoire mouvementée des relations entre l’Ukraine et la Pologne et des liens d’estime entre le maréchal Polonais (alors général) et Symon Pelturia pour expliquer que Joseph Pilstudsky avait une parfaite connaissance de la spécificité ukrainienne et que, d’abord dans l’ombre, et ensuite en pleine lumière lorsqu’il prendra le pouvoir, il influencera le Gouvernement polonais dans le choix d’une Eglise Orthodoxe Polonaise autocéphale dont il connaissait, mieux que personne, les racines ukrainiennes.

Lénine décide de s’emparer de Varsovie. Ce sera le brillant général, Joseph  Pilsusky déjà connu pour d’autres succès militaires qui va laisser son empreinte dans l’histoire de la Pologne, qui, dans une audacieuse contre-offensive menée du 16 au 18 août 1920 – à laquelle le général français Weygand contribua comme conseiller - bien que ses conseils ne furent  pas toujours écoutés, contre les lignes russes situées sur un long front à l’Est de Varsovie. Dans la dernière charge de cavalerie du XXème siècle, l’armée du général russe Budemy est écrasée près de la ville de Zanosc. C’est dans le prolongement de cette victoire que Joseph Pilstudsky est élevé à la dignité de Maréchal et devient un héros national incontournable. Le conflit Polono-Russo-Soviétique  prenait fin : ce sera le traité de paix de Riga signé le 18 mars 1921 qui reconnaissait de la part de la Pologne la RSS d’Ukraine et qui cédait à la Pologne des territoires en Ukraine Occidentale. Mais ce ne sera pas la fin de toutes les batailles avec le puissant voisin russe. Ajoutons, en effet, que lorsque nous parlerons de Vilnius aujourd’hui capitale de la Lituanie, le brillant Maréchal Pilstudsky y fait une entrée triomphale en 1919, mais un an plus tard l’Armée rouge en chasse les Polonais. Cependant Pilstudsky ne renonce pas et y envoie une armée conduite par le général Zeligowsky qui remportera une victoire cette fois-ci décisive contre les russes. Le 9 octobre 1921 Vilnius est annexée à la Pologne et dès Janvier 1922, les alliés reconnaissent cette annexion.

Mais un sentiment de méfiance envers le puissant voisin russe qui avait occupé une partie de son territoire national et qui revêtait après les habits du tsarisme, les vêtements du bolchévisme, allait  continuer de dominer la politique polonaise.  C’est ce sentiment antirusse partagé puissamment par le Maréchal Joseph Pilsudski  qui allait avoir un rôle déterminant dans la fondation d’une Orthodoxie Polonaise indépendante de son voisin russe. En réalité le nouvel État Polonais recouvrait les beaux restes de l’ancienne Métropole Orthodoxe de Kiev qu’il avait dominé dans les siècles passés, par ses conquêtes avec le Grand-Duché de Lituanie.

 

Chapitre 2 : Statut précaire et persécutions et de l’Église Orthodoxe dans la nouvelle République de Pologne

 

Pour tracer la situation géopolitique des Orthodoxes en Pologne à partir de 1918 il faut prendre en compte des éléments de sa géographie. Une forte minorité ukrainienne de près de quatre millions d’individus (mais considéré par les Polonais comme des russes), se trouvait en Galicie. Elle forme la partie la plus importante de l’Église Orthodoxe Polonaise et se considèrent tous comme des Orthodoxes Ukrainiens, attachés à l’ancienne Métropole de Kiev.

Des orthodoxes ukrainiens et biélorusses se répartissent sur l’ensemble du territoire du nouvel État Polonais présents chacun en majorité dans l’environnement des frontières des deux nations ou provinces Ukrainienne et Biélorusse. La population orthodoxe dans son ensemble est estimée à environ quatre  millions cinq cent mille croyants, mais chacun reconnaît que les Ukrainiens forment la colonne vertébrale de l’Eglise de Pologne dont la référence est et sera toujours la métropole de Kiev. Le clergé est indifféremment ukrainien ou biélorusse mais sa formation se fera toujours dans les académies russes jusqu’à ce que cela ne soit plus possible après l’autocéphalie. Une partie importante, mais non majoritaire, de ce clergé partage le sentiment national d’appartenir à l’Empire Russe et à l’Eglise Russe. La population ukrainienne et le clergé ukrainien dans son immense majorité - héritage de son histoire- espèrent que l’antique et vénérable Métropole de Kiev ressuscitera à la fois dans un État Ukrainien indépendant et dans une Eglise Ukrainienne elle-même indépendante. Des manifestations populaires de ce désir d’indépendance nationale et ecclésiastique purement ukrainienne sont apparues à cette époque : après l’effondrement du pouvoir du tsar autocrate, un premier concile pan-ukrainien était rassemblé à Kiev en 1918, mais la demande d’introduire l’ukrainien dans la liturgie était refusée. La révolution bolchévique allait disperser tous les évêques participants qui relevaient tous canoniquement de l’Église Russe. Les bolchéviques allaient prendre le pouvoir une première fois en décembre 1917. La toute relative indépendance de l’Ukraine incita ses dirigeants à proclamer le 2 janvier 1919 l’autocéphalie de l’Eglise Ukrainienne, mais aucun acte ecclésial légal canoniquement  ne s’en sortira. Il s’en suivra des allers-retours avec une succession de victoires et de défaites, qui voient tour à tour le territoire ukrainien délivré des Russes en avril 1918, car lorsque nous disons bolchévique il s’agit bien évidemment de soldats russes. Les forces bolchéviques s’emparent à nouveau de Kiev en février 1919 et d’une grande partie de l’Ukraine dès septembre de ma même année. Le IIIème congrès pan-ukrainien des Soviets rassemblé du 6 au 10 mars 1919 à Kiev proclame la RSS d’Ukraine en tant qu’état indépendant et souverain.  Le 28 décembre 1920 sera signé un accord de coopération militaire et économique entre le nouvel état Ukrainien, la RSS d’Ukraine et la Russie bolchévique, la RSFSR. Suivra le 18 mars 1921 le traité de Riga entre la Pologne, la RSFSR et la RSS d’Ukraine qui fixait enfin les frontières des trois états. En automne 1921 commençait la famine en Ukraine « Holodomor » qui ne s’achèvera qu’au printemps 1924.

Un nouveau Concile pan-ukrainien, qui allait demeurer dans toutes les mémoires se rassembla dans ce nouveau contexte du 14 octobre 1921 jusqu’en janvier 1922 à Kiev ; mais avec une lacune de taille : l’absence d’évêques dont seul la présence pouvait conférer un caractère légal ecclésiologique et canonique à l’assemblée. Une décision désastreuse pour la cause de l’autocéphalie ukrainienne fut prise : les 30 prêtres présents et la foule rassemblée du « Concile » imposèrent les mains au candidat à l’épiscopat qui venait d’être élu, l’archiprêtre Basile (Vassili)  Lipkisvky. Cette « église »  qui connue un développement aux USA, compta bientôt en Ukraine en 1923, 25 « évêques »  et plus de 300 paroisses.

 

Il faut donc avoir à l’esprit que lorsque l’on parlera d’autocéphalie à un peuple orthodoxe ukrainien dans le nouvel État Polonais, chacun avait en mémoire ce formidable élan populaire vers une Eglise purement Ukrainienne détachée de l’Eglise russe. Et bien que l’épiscopat ukrainien et russe en Pologne n’éprouvait pas de sympathie pour ce mouvement qui ressemblait  celui de l’Eglise vivante en Russie, il n’en n’était pas moins perméable à cet élan de la ferveur populaire qui réclamait depuis des siècles une métropole de Kiev et de toute l’Ukraine autocéphale.

La formation des élites orthodoxes tant dans la noblesse, la grande bourgeoisie et la haute hiérarchie du clergé étaient russophones et relevaient d’académies russes et ancrées dans la certitude que la protection du Tsar était préférable à celle de la noblesse locale polonaise très anti-orthodoxe et soutenue dans ce sentiment par la hiérarchie de l’Église Catholique Romaine Polonaise hostile aussi bien aux Orthodoxes qu’à ses confrères méprisés, les uniates Gréco-Catholiques de rite byzantin. Mais une résistance Orthodoxe Ukrainienne existait surtout dans le clergé paroissial et comme nous le verrons parmi quelques membres de l’épiscopat. La conscience profonde que les ukrainiens de nationalité polonaise avaient d’être unis à leur Église Orthodoxe locale, la Métropole de Kiev, au-delà des frontières qui, aux cours des derniers siècles avaient été situées arbitrairement tantôt du côté de l’Empire Russe tantôt du côté des états germaniques ou du côté polonais et lituanien, était le ciment qui les unissait à leur patrie.

Dès 1919 l’État Polonais et l’Église Catholique s’efforceraient désormais d’effacer dans toute la Pologne les souvenirs les plus symboliques de l’occupation russe. Le futur ambassadeur de France en Pologne, Jules Laroche, qui, avant de se rendre officiellement à son poste, allait rendre une visite discrète au printemps 1926 à son prédécesseur Monsieur de Panafieu, visitant pour la première fois Varsovie raconte : « De l’autre côté, la place de Saxe qui allait devenir la place Joseph Pilsudski, était un chantier de décombre. On avait entrepris la démolition de la grande église orthodoxe édifiée au temps de la domination russe. Des étrangers s’en étonnaient, mais pour les polonais ce monument était le symbole de la servitude du passé.(…). La domination russe s’était appliquée à effacer l’ancienne grandeur polonaise. »[4]

Dernière la destruction de ce monument, une politique intitulée « revandikatsiaa »  ordonnée par le Gouvernement polonais des 1919 et qui continua après l’autocéphalie de l’Église de Pologne (1924)  jusqu’en 1930, consistait à prétendre que les églises orthodoxes avaient été volées durant la période russe à l’Église Catholique et à en expulser les Orthodoxes pour les restituer  à l’Église Romaine. Plus de 500 églises qui toutes avait été construites par les Orthodoxes dans le pur style slavo-byzantin qui ne se prêtait pas aux liturgies catholiques, furent ainsi saisies, parfois données à l’Église Greco-Catholique, et souvent purement et simplement détruites ou incendiées. En 1929 dans son message pour la Nativité  du Christ, le métropolite Denys devenu le premier primat de l’Église Orthodoxe Autocéphale de Pologne, écrivait dans sa lettre pastorale : « Notre Église Orthodoxe sacrée de Pologne a été touchée l'année passée par un désastre égal au massacre des bébés de Bethléem, car le clergé romain veut nous enlever la moitié de nos temples sacrés et par là priver plus de deux millions de nos bébés croyants de toute tutelle spirituelle et de vie ecclésiastique ». Les procès en expulsion empoisonnaient la vie polonaise, et pas uniquement celle des croyants orthodoxes, car la presse tant polonaise que des nations voisines en donnait un large écho qui ternissait l’image que voulait de donner de lui le Gouvernement polonais. Si dans son ensemble le clergé catholique fut largement complice de cette persécution, il y eu quelques notables exceptions comme celle du vice-ministre des Cultes et de l'instruction publique, un  prêtre catholique, le Père Jongolovitch qui déclarait devant la Commission de la Diète dans laquelle siégeaient des députés orthodoxes, lors de la présentation du budget du Ministère des Cultes, le 14 janvier 1931 : « En temps et lieu j'exprimerais mon opinion relative à la revandikatsia des églises, dans ce sens ce ne peut être une affaire de tribunaux, mais une affaire d'amour chrétien et d'accord pacifique ». L’Église Greco-Catholique, elle aussi Ukrainienne, se tient prudemment à l’écart de ces spoliations qu’elle désapprouva par la voix de son primat le métropolite  Andreï Chtcheptisky : «En considération de diverses circonstances, je ne pourrais pas déclarer mon adhésion aux actions... Je crois qu'il n'est même pas besoin de faire sentir au peuple qu'une nouvelle violence s'accomplit à son encontre... Car, en effet, selon le droit oriental, ces églises rurales appartiennent notablement à ce même peuple. Ils s'y signaient et y enterraient leurs morts. Dans ces murs se sont concentré la force de la foi du peuple et c’est souvent plus salutaire qu’une propagande débridée, y demeure " la foi des pères ". Le jugement sain du peuple, la foi des pères, la patience de l'Église... mettront sur de meilleures voies que toutes les actions judiciaires dans lesquelles il ne verra que des initiatives hostiles. Je comprends déjà qu'il est prêt à y réagir hostilement. Les cercles gréco-catholiques spirituels n'accepteront aucune participation dans ces « revandikatsia. » Je suis fort aise de pouvoir m’exprimer ainsi ». Mais ces voix furent rares.

Les acteurs politiques de l’État Polonais que nous allons rencontrer n’ont pu agir sans que le futur maître de la Pologne en soit soigneusement informé, car bien qu’au moment même de l’octroi de l’autocéphalie il n’était plus officiellement  au pouvoir depuis trois ans, il suivait de près la situation politique du pays, préparant en secret le coup d’état qui allait le placer au pouvoir,  et ses partisans ne faisaient rien sans avoir son approbation.

Mon grand-père Jules Laroche qui venait d’être nommé ambassadeur de France écrivait : « Le 12 mai 1925, le Maréchal Joseph Pilsudsky déclencha le coup de force qui allait le remettre au pouvoir, cette fois en maître incontesté jusqu’à sa mort qui eut lieu neuf ans après jour pour jour, le 12 mai 1935. Par une heureuse coïncidence, ma mission à Varsovie se trouva encadrée, en quelque sorte, par le « règne »de celui qu’on appelait couramment « le Maréchal ». Ayant remis mes lettres de créances le 26 avril 1926, je ne quittais en effet la Pologne que le 29 mai 1935, après avoir assisté aux obsèques de l’Homme qui pendant cette période, la domina de sa personnalité singulière »[5]

C’est ce contexte géopolitique d’une Pologne qui venait de recouvrer  son indépendance et qui aspirait à couper les liens du passé avec l’Allemagne et l’Empire Austro-Hongrois vaincus, et la Russie tsariste remplacée par un empire russe bolchévique tout aussi dangereux, qui va inspirer le Gouvernement polonais à soutenir, voir cautionner et aider à l’autocéphalie de l’ancienne Métropole ukrainienne, qui avait dans l’Église Russe une autonomie toute relative accordée en 1922, comme nous le découvrirons dans quelques pages, au nouveau Métropolite de Varsovie Georges Yarochevsky.

 

La Pologne tout entière était, durant ces années-là de 1921-1922 cruciales pour son avenir, dans l’effervescence de l’organisation des lois fondamentales du nouvel Etat. Son Assemblée Nationale s’inspirant du modèle de la troisième République Française, votait enfin un régime parlementaire bicamériste avec un sénat et un président de la république élu pour sept ans. Le Président polonais disposait à quelques nuances près des mêmes pouvoirs que son homologue français. Pour autant le maréchal Joseph  Pilsudsky trouvant les pouvoirs accordés au président de la Pologne trop limités, déclinait avec superbe l’offre qui lui était faite de devenir le nouveau président dans cette nouvelle constitution. L’assemblée Nationale porta à la présidence le 20 décembre 1922 Stanislas Woiciechowski qui avait le soutien du Maréchal. C’est dans ce contexte précis, il faut l’avoir à l’esprit, que la situation d’une Eglise Orthodoxe sur le territoire de la Pologne sera examinée par les nouvelles autorités de l’État. Le contexte d’une remise à plat générale de toutes ses institutions et de la reconstruction d’une nation à nouveau  souveraine, qui avait été vassalisée durant un siècle et demi. Le contexte de repartir sur des nouvelles règles, éloignées le plus possible dans tous les domaines, de celles d’un passé récent d’occupation russe ou germanique, honnie par les polonais. C’est également  dans le contexte de persécutions anti-Orthodoxes que la première pierre de l’autocéphalie polonaise fut posée à l’initiative de l’Etat. La genèse de cette rencontre qui détermina l’avenir d’une Église Orthodoxe de Pologne souveraine se situe dans le projet pour le mois d’août 1921 de la réunion d’un Concile rassemblant à Varsovie des représentants de toutes les paroisses et de toutes les éparchies de Pologne.

Deux personnalités hors du commun allaient apparaître : ce seront  l’archevêque Georges Yarochevsky, alors absent de Pologne et qui deviendra  métropolite de Varsovie et le nouvel archevêque de Kremenets et de la Volhynie, Monseigneur Denys Valedinsky[6] qui succédera après la fin dramatique du précédent, comme métropolite de Varsovie. Ces deux hiérarques sont tournés plus vers l’avenir que vers le passé et ont une vision géopolitique réaliste de la nouvelle situation que connaît leur Église dans le nouvel État polonais. Les autres hiérarques malgré leur indiscutable piété et sincérité furent « des aveugles guidant d’autres aveugles »[7].

 

On l’imagine, un tel rassemblement ne pouvait pas se faire sans l’assentiment des autorités de l’État polonais, et celles-ci donnèrent l’autorisation à ce concile de se réunir. Soulignons que la presse polonaise comme celle des pays limitrophes rapportaient régulièrement les spoliations et les destructions des édifices religieux orthodoxes en Pologne. Allait-on parler des persécutions ou les taire pour ne pas indisposer le pouvoir ? Une autre question se posait, c’était celle du caractère avant tout juridique de la vie de l’Église et de ses relations avec l’Etat. Un évêque, le futur métropolite de Pologne Denys Valedinsky s’y opposa publiquement en écrivant dans le journal de Varsovie[8] : « Dans le programme du Congrès, je trouve des questions sur la position juridique de l'Église Orthodoxe de Pologne, sur l'organisation des organismes ecclésiastico-publics, sur l'organisation des paroisses, sur les moyens de l'Église Orthodoxe et sur leur répartition. Évidemment, ces questions ne sont mises que pour la forme. Selon les organisateurs du congrès  il y aura des jugements et des décisions et ces dernières, le saint Synode voudra les présenter à qui de droit (les représentants de l’Etat) en tant que voix de toute l'Église Orthodoxe de Pologne. Que le Consistoire de Varsovie me pardonne! Mais je ne peux comprendre, qu’on lui ait donné le droit à l'organisation de l'Église pour toute l'Église Orthodoxe en Pologne; comme je ne peux admettre que la voix de ce Concile non canonique  soit considérée comme la voix originale de l'Église Orthodoxe en Pologne. » Et l’évêque Denys fit connaître publiquement qu’il interdisait à son clergé et aux représentants laïcs des différends conseils de son éparchie  de se rendre au congrès. La presse polonaise s’empara de cette position ce qui fit abandonner aux organisateurs leur projet de concile. Mais le Gouvernement s’inquiéta de ce trublion et le ministre des Cultes Rataj le convoqua pour le sonder et connaître la pensée profonde de l’évêque Denys. La conclusion de la conversation fut que l’évêque Denys se vit proposer  de réaliser un projet d’organisation de la gestion supérieure de l’Église, cette fois-ci conforme au droit canon de l’Église Orthodoxe, ce que le pontife accepta. C’était la mise en orbite de l’évêque  de la Volhynie  dans la sphère des rares hiérarques orthodoxes polonais qui dans les années avenir bénéficieraient, non pas de la confiance qui n’exista jamais, mais d’une certaine estime et d’une collaboration basée de part et d’autre sur le pragmatisme d’équipages provenant de navires différends, aujourd’hui  contraints par le vent de l’histoire de naviguer ensemble sur le même bateau.

Le Gouvernement polonais se mobilisa pour trouver des interlocuteurs parmi l’épiscopat polonais qui seraient  selon ses propres critères, indépendants du patriarcat de Moscou. Il faut insister qu’à partir de cette première réunion avec l’évêque Denys, c’est l’État polonais et non plus l’épiscopat orthodoxe en Pologne qui a l’initiative des rencontres comme celle des différends ordres du jour de celles-ci et surtout du choix des interlocuteurs membres de l’épiscopat Orthodoxe polonais. Dans cette perspective le Gouvernement polonais invite l’archevêque Georges Yarochevsky qui résidait en exil jusque-là en Italie à se rendre à Varsovie. Le Gouvernement polonais, dès après l'arrivée en Pologne de l'Archevêque Georges et de l'évêque Pantéleïmon Rojnovsky récemment nommé par le Patriarche de Moscou Tykhon comme titulaire de l’éparchie de Pinsk, nouvellement créée, décida de négocier, de la nouvelle organisation de l'Église Orthodoxe, non pas avec l’ensemble des hiérarques polonais ou, ce qui aurait été normal, d’évêques désignés par le saint Synode de l’Église Orthodoxe de Pologne pour cette mission, mais seulement avec l'Archevêque Georges et les évêques Denys et Pantéleïmon. Notons que d'autres hiérarques orthodoxes se trouvaient en Pologne dans leur ville épiscopale en 1921-1922 : l'archevêque Eleuthère de Vilnus et l'évêque Vladimir de Grodno, ainsi que de l'évêque Sergeï Volsky récemment intronisé à Vilnius qui, n’étant pas reconnu comme évêque  par le Gouvernement polonais, vivait dans le monastère Yablotchinsky dans le diocèse de Varchavsko-Kholmsky (Varsovie-Chelm) en tant qu’archimandrite-doyen de ce monastère, bien qu'il ait reçu du Patriarcat de Moscou la responsabilité de la gestion du diocèse Kholmsky (Chelm).

A leur grande surprise car rien n’avait filtré sur les intentions du Gouvernement polonais, leur principal interlocuteur, le ministre des Cultes Rataj, leur exprime impérativement que le Gouvernement polonais que l’Église de Pologne devienne autocéphale et que tout autre organisation de l’Église Orthodoxe de Pologne dont l’actuelle, une simple autonomie ne convenait pas. A cette époque le Chef de l’État était le Général Joseph Piltsudski dont nous connaissons la méfiance vis-à-vis de la Russie. Avant de prendre connaissance de la réponse plus que prudente que firent les trois hiérarques, il faut se souvenir que les polonais avaient en mémoire les longs conflits avec l’État russe et l’Église Russe qui avaient à la fois jalonnés l’histoire de la Pologne et celle de la Métropole Orthodoxe de Kiev. Avec la montée du bolchevisme, le Gouvernement polonais réaliste doutait de l’indépendance du Patriarcat de Moscou vis-à-vis de ses nouveaux maîtres, et connaissant la fidélité multiséculaire de l’Église russe aux intérêts de l’État russe, une constance dans son histoire. Les dirigeants de la Pologne ne voulaient pas d’un cheval de Troie russe dans les frontières du nouvel Etat souverain polonais. Les trois hiérarques comprirent la situation et répondirent qu’ils donnaient leur accord de principe sur le projet de l’autocéphalie de la Métropole de Pologne ; mais qu’il serait nécessaire d’obtenir l’accord et la bénédiction du Patriarche de Moscou Tykhon. La brèche de l’autocéphalie était ouverte par l’État polonais jusque-là persécuteur de la Métropole Orthodoxe de Pologne, et le concept allait se rependre dans toutes les consciences d’une Orthodoxie locale ukrainienne, aujourd’hui polonaise. Mais cela ouvrait également le champ à une guerre interne qui allait diviser le clergé et les hiérarques qui y seraient favorables, de ceux qui se sentaient russes, séparés de la « Mère Patrie » par des frontières qu’ils considéraient comme injustes, et pour qui le lien d’appartenance à la Sainte Russie (devenue bolchévique) était le Patriarcat de Moscou. Le géopoliticien d’aujourd’hui est frappé par la similitude de la situation de cette époque et ses enjeux géopolitiques et ecclésiologiques, avec celle qui divisent aujourd’hui sur le territoire du territoire national ukrainien sur une orthodoxie locale, purement ukrainienne, qui est au côté du peuple et de l’armée, et une orthodoxie russe en Ukraine qui donne sa fidélité à un patriarche, celui de Moscou, qui bénit les armées russes qui menacent d’envahir une partie de l’Ukraine.

L’évêque Denys et l’archevêque Georges comprirent immédiatement la situation. Seule une autocéphalie pouvait persuader l’État polonais de leur fidélité patriotique et répondre également à la partie ukrainienne du peuple et du clergé qui avaient vécus dans les siècles passés sous l’autorité des rois de Pologne dans une Métropole de Kiev totalement indépendante de Moscou, et qui ne commémorait pas le chef de l’Église russe. Ils écrivirent une lettre demandant l’autocéphalie au Patriarche Tykhon qui rappelons-le était précédemment l’évêque d’une ville située dans les nouvelles frontières de la Pologne arrachées à l’Empire Russe[9]. Cette lettre fut confiée, ce qui en renforçait la signification hautement géopolitique, non pas à un membre du clergé polonais, mais au représentant de l’État polonais auprès des autorités bolchéviques, le ministre plénipotentiaire Monsieur Philippovitch qui la transmis au patriarche de Moscou. Comme on pouvait s’y attendre le Patriarche Tykhon n’accepta pas le principe de l’autocéphalie arguant que le nombre minoritaire d’orthodoxes en Pologne, dans une population majoritairement catholique, ne justifiait pas ecclésiologiquement et canoniquement l’octroi de l’autocéphalie. Le patriarche de Moscou ne semblait pas mesurer que l’épiscopat polonais qui subissait jusque-là une persécution  notoirement antirusse, n’avait aucun autre choix, s’il voulait voir s’établir des relations de confiance indispensables à sa survie avec l’État polonais en lui prouvant sa loyauté patriotique, que de se diriger vers l’autocéphalie. La question ecclésiologique existait évidemment dans la conscience de chaque évêque. Et ne doutons pas de la sincérité des hiérarques des deux camps. Pour les uns, pro-ukrainiens, dans la conscience que c’était la vénérable Église ukrainienne kiévienne qui allait enfin recevoir après tant de siècles son autocéphalie, et pour les autres la fidélité au Patriarcat de Moscou, enfermés dans une conception que l’Empire Russe qui selon eux, continuait d’exister à travers son Église en Pologne. Nous observons que c’est cette dernière conception des choses qui se reproduit aujourd’hui même en Ukraine de la part de la Métropole Autonome en Ukraine du Patriarcat de Moscou.

 

Le Patriarche Thykon comprenant que, tout en ne cédant pas sur la question de l’autocéphalie, il devait faire un geste en direction de l’État polonais et de la métropole de Pologne, pris deux décisions. La première : d’élever comme métropolite de Pologne l’Archevêque Georges, mais avec des nuances que nous examinerons dans le prochain chapitre, qui limitaient théoriquement le pouvoir du Métropolite de Pologne, et la seconde : d’accorder à la Métropole de Pologne un statut  de plus large autonomie, mais plus restreint en réalité que celui aujourd’hui de la Métropole Russe du patriarcat de Moscou en Ukraine. Mais cette décision, dans son esprit d’apaisement, ne convenait pas au Gouvernement polonais qui voyait toujours en Pologne une métropole russe qui commémorait un patriarche russe, nous l’avons déjà souligné, comme le cheval de Troie de l’Empire Russe en Pologne. Ces mêmes réserves étaient partagées seulement par la moitié de l’épiscopat de l’Église de Pologne qui comprenait que cette situation ne serait jamais acceptée par l’État polonais, mais également qui aspirait à recouvrer l’ancienne quasi-autocéphalie de la métropole de Kiev sous l’autorité du glorieux métropolite Pétros Moghyla, du Royaume de Pologne qui ne commémorait alors comme patriarche que celui de Constantinople. Malheureusement comme nous le verrons dans le prochain chapitre des évêques réfractaires à ces idées se considérant avant tout membres de l’Église Russe voulaient maintenir en Pologne le Patriarcat de Moscou.

 

 

Chapitre 3 : La genèse d’une fracture et les premiers pas vers la renaissance de l’Église Orthodoxe d’Ukraine

 

A la suite de la discussion avec le ministre des Cultes monsieur Rataj, l’évêque Pantéléïmon était désigné par le Gouvernement polonais sur le siège épiscopal de Pinsk-Novogroud et l’évêque Denys pour celui de la ville de Kremenets avec comme territoire canonique toute la province de Volhynie. Enfin l’Archevêque Georges était désigné pour le siège primatial de Varsovie. Autoritairement le Gouvernement polonais avait procédé à des nominations d’évêques sur des sièges importants. et L'Archevêque Georges en tant que le hiérarque plus âgé, reçut la position de facto de primat : Il était reconnu comme le candidat le plus apte pour la fonction de chef de l'Église Orthodoxe en Pologne. Il demeurait donc à Varsovie comme Locum Tenens du siège vacant (son titulaire l’archevêque Séraphim, bien que non démissionnaire, ne pouvant pas y résider). Le Gouvernement polonais en procédant lui-même à ces désignations qui devaient être ratifiées par un pouvoir canonique supérieur qui, à cette époque pouvait être encore celui du Patriarcat de Moscou, ou à défaut, celui d’un concile local, démontrait à la fois son intérêt majeur sur la gestion de l’Église de Pologne, le fait irrévocable que désormais aucune nomination épiscopale ne pourrait se réaliser sans son assentiment, et sur sa position concernant la loyauté de l’Église Orthodoxe de Pologne vis-à-vis de l’État polonais. Le Gouvernement polonais ne voulait plus entendre parler de la Russie, ni comme autorité canonique supérieure de l’Église de Pologne (Église Mère) ni comme État, dans l’administration intérieure de l’Église de Pologne. Toute relation de subordination de la Métropole Orthodoxe de Pologne avec l’Église Russe, constituait pour les autorités civiles polonaises une ingérence insupportable de la Russie sur le territoire national de la Pologne. C’est ce que le patriarche Tykhon et ses successeurs ne comprirent jamais.

Le prédécesseur sur le siège de Varsovie l’Archevêque Séraphim Lade, n’étant plus en capacité d’exercer sa charge, ni face aux autorités polonaises, ni face aux autres hiérarques, le patriarcat de Moscou allait confirmer le choix du Gouvernement polonais en nommant l’archevêque Georges Yarochevsky. C’était là l’occasion, pour le diplomate chevronné qu’était le Patriarche Thykon, de fixer les limites étroites qu’il comptait accorder dans sa nouvelle situation, à cette Église de Pologne jusque-là russe à ses yeux, et aujourd’hui détachée de l’Empire Russe. Des changements de sièges venaient de se produire sans son assentiment.

 

Le Gouvernement polonais continuait de prendre des initiatives pour parvenir à une véritable séparation de la nouvelle Église polonaise, d’avec le patriarcat de Moscou. Son représentant à Moscou, Monsieur Filippovitch, demanda de nouveau une audience avec à Sa Sainteté le Patriarche de Moscou Tykhon. L’ordre du jour était l'organisation de la gestion de l'Église Orthodoxe dans le nouvel État polonais. De son côté l'Archevêque Georges nous le savons, choisi comme candidat par le Gouvernement polonais sur le siège de Varsovie, tenta, au départ, d'obtenir le soutien d'autres hiérarques orthodoxes de la Pologne. L'archevêque Georges fixa au 1er octobre 1921, au Monastère Potchaev, la date d’un concile qui devait rassembler tous les hiérarques orthodoxes en Pologne. L’absence annoncée des deux évêques pro-russes contribua à son annulation. À la veille de son départ de Potchaev vers Varsovie l'Archevêque Georges reçut le décret du Saint Synode du patriarcat de Moscou daté du 15-28 septembre 1921 n° 1424 : « A l'Évêque Georges, Archevêque ex-hiérarque de Minsk et de Tourovsk, selon la bénédiction de Sa Sainteté du Patriarche, du saint Synode est donné un jugement relatif sur la gestion de l'Église orthodoxe dans la limite de l'État polonais. Est décidé, au vu de l'impossibilité révélée par l'Évêque Séraphin en charge la gestion du diocèse de Varsovie, nous confions la gestion temporaire de ce diocèse à votre Éminence en vous nommant comme Exarque du patriarcat de l'Église Orthodoxe Russe dans l'État polonais avec l'octroi, en ce qui concerne cette Église, les droits du métropolite régional selon les règles d'église. Information fournie à votre Éminence et également communiquée, de la part de Sa Sainteté le Patriarche, au Gouvernement polonais » [10]. Cette première concession accordée tout autant à l’Église de Pologne qu’à l’État polonais qui en reconnaissant au nouveau métropolite Georges, sa responsabilité de « métropolite régional » faisant référence au 34ème canon apostolique[11] ce qui constituait, bien que cela ne fut jamais dans les intentions du patriarche Tykhon, un premier pas vers l’autocéphalie. Mais cet oukase était nuancé par la nomination conjointe comme nous le lisons dans l’oukase, du même nouveau métropolite Georges comme exarque du patriarche de Moscou, ce qui en faisait le représentant du pouvoir d’une Église russe dont ne voulait absolument pas l’État polonais. Le nouveau métropolite le comprenait fort bien et se montra discret sur ce document qu’il ne publia pas. [12] Mais sa nomination était connue et surtout elle avait l’appui du Gouvernement polonais dans son interprétation exclusivement polonaise. Le patriarche Tykhon fit transmettre au Gouvernement polonais son projet de Constitution pour l’Église de Pologne ainsi qu’au métropolite Georges. De ce document serait ensuite rédigé un concordat entre la nouvelle Église de Pologne et l’État polonais. Le métropolite Georges retira soigneusement du document reçu tous les points qui concernaient l’autorité canonique supérieure du Patriarcat de Moscou en ne conservant que ceux qui soulignaient l’autonomie et la direction synodale de la Métropole de Pologne. Il savait que le Gouvernement polonais s’opposerait à la moindre subordination à l’Église russe et lui-même était convaincu que seule l’autocéphalie exigée par l’État polonais était la solution juste pour son Église locale.

Le premier conflit qui s’amplifiera entre le nouveau métropolite Georges et les évêques pro-russes, Eleuthère de Lituanie-Vilnius (ce dernier territoire n’était pas encore définitivement rattaché à la nouvelle Pologne) et l’évêque Vladimir (Grodnensky) de Grodno, venait dans l’interprétation de l’oukase. Pour le métropolite Georges : un pouvoir clairement établi selon le Canon 34 des Apôtres, et le caractère régional de la Pologne enfin reconnu comme territoire canonique indépendant; et pour les deux évêques précités, un pouvoir temporaire et extrêmement limité ; puisque son titulaire était l’exarque du patriarche de Moscou, et que sa nomination sur le siège de Varsovie n’était nullement définitive, l’Archevêque Séraphim Chichagov[13] n’ayant toujours pas démissionné. Le nouveau métropolite bien que revêtu d’une dignité supérieure à celle de l’Archevêque Séraphim de Varsovie, n’était à leurs yeux qu’une sorte d’évêque auxiliaire, puisque les canons œcuméniques ne permettent pas à une éparchie d’avoir deux évêques : Canon Apostolique 14[14] IIème concile œcuménique de Constantinople I ; Canon 2,[15] IIIème Concile Œcuménique d’Ephèse Canon 8 [16], VIème Concile Œcuménique In Trullo Canon 20[17]. Cet oukase contredisait en le limitant, les pouvoirs d’un véritable métropolite régional (même à titre temporaire), et il ne pouvait que renforcer l’hostilité du gouvernement polonais envers tous les évêques de Pologne qui le prendraient en considération. Fort opportunément l’Archevêque Séraphim ne tarda pas à donner sa démission, ce qui conférait à l’oukase une autre interprétation plus proche de celle que lui en avait donné le métropolite Georges qui savait qu’il avait l’appui inconditionnel de l’évêque Denys et surtout celui  du Gouvernement polonais.

Le patriarche Tykhon envoya au métropolite Georges, l’oukase daté du 17-30 janvier 1922 n° 58, qui annonçait la démission de l'archevêque Séraphin de la gestion du diocèse de Varsovie, et d’une manière générale de la Pologne et le nouveau métropolite de Varsovie recevait la bénédiction du port du klobouk blanc avec la croix, avec mission temporaire de gestion du diocèse de Chelm. Un autre oukase parvenait presque simultanément au métropolite Georges : Oukase n° 84, « La bénédiction jointe du Saint Patriarche, du Saint Synode et du Concile Supérieur, jugement sur la production de la position de la gestion de l'Église Orthodoxe en Pologne et qui décidait : 1) d'approuver le projet joint de la position sur la gestion de l'Église Orthodoxe dans l'État polonais et 2) d’expédier ce projet au Gouvernement polonais afin de recevoir son accord pour l'introduction de celui-ci « les Positions ‘à la vie’ ». Le « projet » que paraissait approuver le patriarche Tykhon était en réalité très éloigné des propositions que monsieur Filipovitch, représentant l’Etat polonais à Moscou, lui transmettait régulièrement et qui ne parlaient que d’« autocéphalie », mot et concept bannis à propos de l’Église de Pologne, au patriarcat de Moscou. L’interprétation de la nouvelle autonomie de l’Église de Pologne et des nouveaux pouvoirs de son primat, qu’en donnait le métropolite Georges provoquèrent des discussions aigres entre celui-ci et les deux évêques pro-russes et donc anti-autocéphalie, l’archevêque Eleuthère de Vilnius et de la Lituanie  et l’évêque Vladimir de Grodno  (qui se savaient soutenus par le patriarche Thykon et le Saint Synode permanent du patriarcat de Moscou).

Ce fut après le trépas du métropolite Georges que nous évoquerons dans un prochain chapitre que le patriarche Tykhon précisa sa position canonique et ecclésiologique. Mais cela n’avait alors plus aucune influence dans la nouvelle situation de la Métropole de Pologne devenue depuis 1924, entièrement acquise au projet d’autocéphalie : « Nous, par la grâce de Dieu, Patriarche de Moscou et de toute la Russie, Tykhon. À l'information générale des hiérarchies bienheureuses, des évêques, des pasteurs et des enfants fidèles à notre domaine de la Patriarchie dans les limites de la juridiction canonique du Métropolite décédé de Varsovie Georges est annoncé suivant : 1) le Métropolite de bienheureuse mémoire ( défunt) Georges nommé par nous sur le siège éparchial de Varsovie en janvier de 1922, était seulement l'évêque diocésain de l’éparchie de Varsovie avec le titre honorifique de "Métropolite", ce titre lui a été accordé par nous selon le souhait du Gouvernement polonais, exprimé par les représentants de l'Ambassadeur de Pologne. 2) le Métropolite défunt  Georges n'était donc pas "le métropolite de toute la Pologne", c'est-à-dire, le défunt n'avait pas la juridiction canonique sur la Pologne de métropolite local, puisque "la Position sur la gestion supérieure de l'Église dans l'État Polonais", élaborée dans la Patriarchie de Moscou et en temps voulu envoyé par nous à la demande du Gouvernement polonais, au vu que ce dernier n'a pas encore répondu  jusqu'ici sur le contenu qu’il veut donner  sur "la Position", pour cette raison "la Position" mentionnée pour la gestion Supérieure de l'Église dans l'État polonais n’a pas reçu notre acceptation définitive et ne fait donc pas encore force de loi. Cela est donné à la ville pieuse de Moscou la 1925ème année de la Nativité du Christ, Notre Patriarcat, le 24ème jour du mois de mars; sceau et signature — Tykhon, Patriarche de Moscou.»[18]   Cette déclaration d’arrière-garde, alors que l’autocéphalie de l’Église de Pologne était proclamée depuis 1924, était plus qu’une simple posture, sans aucune valeur ecclésiologique. Elle démontrait la difficulté psychologiquement insurmontable pour l’Église Russe, enfermée dans son impérialisme, de renoncer aux conquêtes du passé de l’Empire Russe qui lui avait octroyé une souveraineté canonique (injuste) sur la vénérable Église d’Ukraine. Nous observons que cette problématique existe encore aujourd’hui en ce qui concerne l’Ukraine.

 

 

Chapitre 4 : Les trois conciles Orthodoxes polonais de 1922

 

Chacun des acteurs de l’épiscopat polonais avait en mémoire les déclarations fracassantes qui ne laissaient que peu de marge au moindre des compromis qu’avait faits publiquement le patriarche Tykhon avant son incarcération, et qui avaient été communiqués tant au Gouvernement polonais qu’au métropolite Georges ainsi qu’à l’ensemble des évêques.

Sa Sainteté le Patriarche de Moscou Tykhon s’était exprimée deux fois officiellement sur la question  l'autocéphalie.

La première fois le patriarche Tykhon répondait en automne de 1921, à l'ambassadeur polonais (plénipotentiaire) à Moscou, Monsieur Philippovich, sur l’octroi de l'autocéphalie que lui demandaient l'Archevêque Grégoire et l'Évêque Denys vicaire de Kremenets : « Les Saints Canons de notre Église prévoient l'autocéphalie pour les peuples indépendants séparés. Si le peuple polonais qui a reçu récemment sa souveraineté était orthodoxe et demandait l'autocéphalie pour lui-même, nous ne lui refuserions pas cela, mais donner l'autocéphalie pour les orthodoxes de différentes races vivant dans les limites de l'État polonais sur la position des minorités nationales et religieuses, ne nous permettent pas, ni une raison raisonnable ni les canons sacrés. Ce qui est possible, une large autonomie d’une église locale,  nous l’avons donné déjà aux Orthodoxes en Pologne, ». Le ministre l’année suivante se trouvait à nouveau chez le patriarche et reposa la même question comme il en avait reçu de la part du Gouvernement polonais les instructions de le faire. Cette fois-ci en colère le patriarche répondit : « « S'ils osent personnellement annoncer l'autocéphalie, une fois chez eux, comme chez des fils du mal, je leur retirerai l'autonomie ».

Ces réponses au fond pesaient dans les consciences des évêques qui les recevaient, le même poids : pour les évêques pro-russes elles attisaient leur fidélité au patriarche de Moscou, et pour les évêques à la conscience ukrainienne, elles les déterminaient à ne plus rien espérer du côté russe et à s’adresser au patriarcat de Constantinople.

 

Le Métropolite Georges convaincu que seule l’autocéphalie exigée par le Gouvernement polonais et souhaitée par les ukrainiens membres de l’Église de Pologne pouvait se justifier ecclésiologiquement pour l’avenir de cette Église, il n’existait pas d’autre voie que celle de la réunion d’un concile qui en déciderait. Il convoqua un premier concile en 1922 à Varsovie pour la date du 24 janvier. L’ordre du jour ne recouvrait un seul article : l’examen du texte proposé par l’État polonais d’un concordat avec l’Église de Pologne. Seuls quatre hiérarques y étaient effectivement convoqués : le nouveau métropolite qui le présidait, l’évêque Denys et l’évêque Pantéléïmon. L’Archevêque Eleuthère de Lituanie et de Vilnius convié au Concile ne pouvait pas selon les autorités polonaises, y participer. Bien que Vilnius soit devenue polonaise, Le ministère des Cultes considérait arbitrairement que son territoire canonique n’était pas encore entièrement rattaché à la Pologne. Cette réserve tombera lors des prochaines convocations à de nouveaux conciles. Quant à l’Évêque Vladimir de Grodno, celui-ci étant souffrant, ne parviendra qu’à la troisième cession du concile. Un autre absent de l’épiscopat polonais, lui-même hostile à l’autocéphalie, était l'évêque Serges Volsky qui avait reçu du Patriarcat de Moscou la responsabilité de la gestion du diocèse Kholmsky (Chelm). Il avait été intronisé à Vilnius en Lituanie. Il vivait dans le monastère de Yablotchinsky en qualité d’archimandrite higoumène mais ne pouvait officiellement diriger son éparchie de Varchavsko-Kholmsky (Varsovie-Chelm) car le Gouvernement polonais s’y opposait pour la raison que cette nomination faite par le Patriarcat de Moscou, s’était réalisée contrairement aux lois polonaises, sans concertation, ni avec le Locum tenens, le Métropolite Georges, ni avec le Gouvernement polonais qui devait entériner toutes les nominations épiscopales orthodoxes, quand il ne les faisait pas lui-même.

Dès l’ouverture du concile, le métropolite Georges précisa que le concile devait régler ses relations légales avec l’État  polonais et que les deux versions du Concordat, l’une rédigée l’Église Orthodoxe de Pologne et l’autre par le Ministère des Cultes polonais en étaient l’objet principal. Il fallait donc accorder ces deux versions et en rédiger une seule qui convint aussi bien au Gouvernement polonais qu’aux hiérarques présents qui devraient ensuite la voter. Des représentants du Gouvernement polonais participaient au concile. Ne soyons, encore une fois, pas étonnés de ce fait et rappelons-nous que tous les conciles œcuméniques avaient vu la participation de représentants du pouvoir impérial siéger et intervenir dans les débats. Dans un esprit d’apaisement  le ministre des Cultes, monsieur   Pekarsky, proposa aux évêques qui le souhaitaient de remanier la version gouvernementale du Concordat. Il précisa  cependant que « Les articles principaux » se distinguaient par un caractère bienveillant pour l'Église Orthodoxe, comme dans d’autres pays, et, qu'en conséquence de cela, le Gouvernement n'admettrait pas l'idée que ces souhaits puissent rencontrer du côté des évêques une attitude négative. » D'autre part, le ministre des Cultes Monsieur  Pekarsky menaça clairement : « qu’une attitude négative des évêques polonais au Concordat serait fâcheuse pour le Gouvernement polonais et pourrait se refléter dans une situation des plus déplorables quant au destin de l'Église Orthodoxe en Pologne ». Nous ne nous attarderons pas sur le texte du concordat car son contenu était largement dicté par le Gouvernement polonais et se résumait au point de non-retour d’une gestion de l’Église de Pologne surveillée et soumise à la puissante Église russe. L’argumentation principale avancée par le Métropolite Georges était que l’emprisonnement du patriarche Tykhon entachait toute référence à l’autorité canonique supérieure du patriarcat de Moscou contrôlé par un pouvoir athée. Il est évident que les détails de la vie interne de la future Métropole de Pologne étaient conformes aux règlements des saints Canons qui régissent toutes les Églises Orthodoxes et toutes les éparchies, mais la seule et unique véritable question était celle de l’indépendance de l’Église Orthodoxe de Pologne vis-à-vis du patriarcat de Moscou. Toutes les oppositions de l’épiscopat pro-russe à tel ou tel article du concordat n’était que prétexte pour faire échouer le projet. Cependant en examinant le texte du Concordat, les évêques Vladimir et Pantéleïmon y apportèrent beaucoup de corrections qui furent acceptées tant par les autres évêques que par les représentants du Gouvernement polonais. Et, malgré cela, les deux évêques refusèrent de signer le Concordat. Ce Concordat fut publié dans le Journal officiel par le gouvernement le 30 janvier 1922.

Lors de la dernière séance du concile, le jour même de la publication officielle du Concordat qui consacrait une autonomie de facto de la métropole de Pologne, le Métropolite Georges déclara aux membres du concile qu'il se déchargeait de toute responsabilité en ce qui concernait de possibles actes de rétorsions de la part du Gouvernement à l’encontre de l'Église Orthodoxe et que les évêques Vladimir et Pantéleïmon qui avaient refusé de signer le Concordat verraient leur responsabilité engagée. Le lendemain le 31 janvier 1922, les membres du concile furent invités au ministère des Cultes  pour la signature qui ratifiait le concordat et les évêques Vladimir et Pantéleïmon refusèrent de le signer. La réaction des autorités polonaises ne se fit pas attendre : l'évêque Pantéléïmon, le jour même, sans passer par sa ville épiscopale, fût exilé dans le monastère Meletsky. Cette mesure qui ne frappait que l’un des deux opposants était accompagnée de l’expulsion du territoire national polonais de l’Évêque Serge (Korolev) de Volsk qui était, nous nous en souvenons, relégué lui aussi en exil au monastère de Yablotchinsky dans lequel il avait provoqué des troubles par son discours pro-patriarcat de Moscou et anticoncordataire.

La situation géopolitique en Russie soviétique qui environnait ces événements allait pour en temps laisser le champs libre aux véritables intentions du nouveau métropolite de Pologne qui, nous le savons, était plus que favorable à l’autocéphalie que demandait -ou plutôt qu’exigeait- le Gouvernement polonais.

L’arrestation et l’incarcération injuste, en avril 1922, pour activité antisoviétique - du patriarche Tykhon et son remplacement par un « Comité d’Église » contrôlé par les Soviétiques auquel s’ajoutait  l’affaiblissement du patriarcat de Moscou provoqué par l’Eglise Vivante (dont nous reparlerons plus loin) qui ne suscitait aucune sympathie dans l’épiscopat polonais fidèle à la Tradition. Cette nouvelle situation donnait cependant une incontestable liberté d’action pour que le métropolite de Pologne s’engage plus en avant dans son  chemin vers l’autocéphalie de l’Église Orthodoxe de Pologne.

 

Le Métropolite Georges savait qu’il ne disposait que de peu de temps pour faire avancer son Église en direction de l’autocéphalie et que pour cela il était nécessaire de rassembler un concile qui en fixerait le principe et les modalités, mais avant il fallait prendre acte de l’incarcération du patriarche Tykhon et de ses conséquences canoniques. Il convoqua durant la seconde moitié du mois de mai, un second concile dans la Laure de la Dormition de la Mère de Dieu de Potchaïv, située aujourd’hui en Ukraine, mais à l’époque dans les frontières de la nouvelle Pologne. Le Métropolite Georges après avoir pris ces distances avec la nouvelle direction de l’Église Russe, ce que même ses adversaires ne pouvaient lui contester, il proposa le vote d’un article qui stipulait compte tenu des circonstances, qu’avant le retour (éventuel) à la tête du patriarcat de Sa Sainteté le Patriarche Tykhon   « il faut s’occuper en remplacement de toutes les décisions demandées par les circonstances, et ne pas accepter aucune disposition du Comité d'Église illégalement formé à Moscou ». Ce texte reconnaissait encore comme pouvoir canonique supérieur le patriarcat de Moscou dès lors que le patriarche Tykhon serait revenu aux commandes de l’Église Russe. La réserve était que dans les circonstances actuelles de son incarcération, c’était à son exarque pour la Pologne, le Métropolite Georges de prendre certaines décisions fondamentales pour faire avancer la vie ecclésiologique de l’Église de Pologne et dont chacun savait que ses intentions étaient de conduire son Église avec les encouragements de l’État polonais vers son autocéphalie. Mais l’hostilité déclarée des évêques pro-russes Eleuthère de Vilnius et Vladimir de Grodno, leur faisait accepter l’inacceptable : une autonomie synodale de l’Eglise de Pologne durant l’incarcération du patriarche de Moscou. Ils écrivirent donc de leurs résidences respectives au Métropolite Georges de Varsovie, qu’ils refusaient de signer le document tant sur son fond que sur sa forme. Cependant les mêmes évêques, ce qui rejoignait les intentions secrètes du métropolite Georges, proposèrent qu’en l’absence des pouvoirs du patriarche de Moscou empêché par son incarcération de les exercer, l’on en réfère à un Concile plus élargi pour discuter de la question soulevée par l’incarcération du patriarche Tykhon et ses conséquences dans la vie canonique de l’Église de Pologne, avec la participation des higoumènes de monastères, du clergé et d’un certain nombre de laïcs. D’autres nuances furent ajoutées à ces demandes, dont la principale était : « de prendre toutes les mesures en faveur de la convocation, dans un laps de temps court, du concile ». Toujours par écrit, les deux évêques objectèrent qu’en leur absence et celle l'archevêque Eleuthère de Lituanie et de Vilnius, le concile du 30 janvier (bien que l’Évêque Vladimir y participa à partir du troisième jour) n’avait pas de légitimité et ils contestèrent également la voix prépondérante, en cas de partage des voix dans le concile, du Métropolite Georges, président du concile. Les deux évêques Eleuthère et Vladimir quittèrent la salle où se réunissait le Synode et en leur absence, les trois évêques restant votèrent une résolution selon laquelle désormais sans en référer au patriarcat de Moscou, les affaires de l’Église de Pologne seraient résolues localement et dans cette nouvelle logique d’autonomie.

Pour la première fois de son histoire, sans en référer au Patriarche de Moscou, un concile local de l’Église Orthodoxe de Pologne procéda à l’élection d’un nouvel évêque. Ce sera l’archimandrite Alexandre Inozemtsew qui recevra la chirotonie épiscopale. Une nouvelle page venait de s’ouvrir.

Les deux évêques pro-russes écrivirent la lettre suivante au Métropolite Georges pour, selon eux, fixer les limites dans lesquelles devaient se restreindre le concile qui allait se réunir : « Ayant écouté la déclaration gouvernementale, nous trouvons de notre devoir de faire la déclaration suivante sur son contenu : la situation créée à Moscou, à en croire certaines informations privées, les arrestations dont celle de Sa Sainteté le Patriarche, l'élimination de la Gestion Supérieure d’Église et la création d’un Comité arbitraire d’Église, nous nous trouvons dans une sorte de phénomène temporaire, ne donnant pas de droits d'examiner de telles mesures extraordinaires, comme l'application de l'autocéphalie et ce, à quelque niveau que ce soit. Quant aux mesures temporaires sur la gestion des affaires locales d'église, sur cette question nous gardons la même opinion que nous avions déjà exprimée dans la formulation proposée au cours du Concile des évêques dans le Monastère de Potchaev, à savoir: 1. Avant le renouvellement de l'activité de la Gestion Supérieure d’Église, avec à sa tête le Patriarche, pour toute affaire exigée par les circonstances, on décide sur place grâce aux moyens ou institutions tel que l'indiquera le concile local de l'Église aux évêques, représentants du clergé et laïcs. Et jusqu'à nouvel ordre, les questions concernant l'Église locale qui se rapporte normalement à la compétence de Sa Sainteté le Patriarche et du Saint Synode, seront prises par le concile des évêques après décision unanime de ce dernier. Pendant ce laps de temps, aucunes dispositions du Comité d’Église illégalement formé à Moscou ne seront acceptées; 2. Rester dans la soumission de sa Béatitude le Patriarche et à son retour à la gestion au Patriarcat de toute la Russie et tout le volume du droit excédant de l'Église orthodoxe autonome dans l'État Polonais qui aura été promulgué nécessitera la sollicitation de son approbation. » La demande elle-même de la convocation d’un nouveau concile convenait parfaitement au métropolite Georges qui comprenait mieux que ses adversaires tout l’intérêt qu’il y avait, pour une conception juste de l’ecclésiologie, d’appliquer le canon 34 apostolique autour de lui comme primat de facto et que loin de renforcer ou de souligner le pouvoir du patriarche Tykhon dans l’avenir (très théorique à ce moment précis de l’histoire), auquel se référait les deux évêques pro-russes pour demander la réunion du concile, les conciles locaux successifs enracineraient de plus en plus la conscience de l’Église Orthodoxe de Pologne sur la nécessité de son autocéphalie. Le canon 34 apostolique est la pierre angulaire de l’autocéphalie. Il en est l’application parfaite. Nulle intervention extérieure n’est prévue dans l’interprétation du Canon 34. Bien au contraire toute intervention extérieure du Canon 34 apostolique (tels que les pouvoirs d’une Église Mère) comporte en elle une restriction inadmissible de la vie plénière accordée et reconnue par le Canon 34 apostolique. C’était la conviction conjointe du Métropolite Georges  qui allait incarner une Église autocéphale de Pologne, qui malgré les incontestables persécutions dont elle était l’objet, serait loyale envers l’État polonais.

Le troisième concile fut réuni par le Métropolite Georges à Varsovie en juin  1922. Quelques jours avant sa réunion le Gouvernement polonais faisait savoir officiellement, tant par des déclarations auprès des médias que par un courrier adressé au Métropolite Georges et aux autres évêques, son intention claire d’exiger le statut d’autocéphalie pour son Église Orthodoxe nationale polonaise. Son principal argument, cette fois-ci étalé au grand jour dans toute la presse du pays, qu’il était impossible pour l’État polonais d’accepter qu’une direction russe provenant d’un pays avec lequel il avait été depuis toujours, et encore récemment, en guerre, et qui de surcroît était son ancien occupant haï, exerce la moindre autorité canonique sur son Église nationale Orthodoxe de Pologne.

Le choix de la capital s’imposait car la coopération étroite de l’Église Orthodoxe de Pologne représentée par son primat avec le Gouvernement polonais était non seulement obligatoire, mais nécessaire à l’accession de celle-ci à l’autocéphalie. On avait vu que dans un autre lieu les oppositions au projet avaient pu, malgré la présence de représentants de l’Etat polonais,  faire reculer des points importants concernant le gouvernement intérieur de l’Église. Cependant en raison des circonstances de l’emprisonnement du patriarche Thykon les deux évêques opposants à l’autocéphalie se rallièrent à la direction conciliaire de l’Église de Pologne dirigée par le Métropolite Georges en attendant la libération éventuelle du patriarche de Moscou. Une large autonomie était enfin reconnue par les deux évêques pour l’administration locale de l’Église de Pologne, mais la question de l’autocéphalie devrait attendre le retour sur son trône du Patriarche Tykhon.

Le paradoxe de la situation décrite échappe au lecteur qui ne connaîtrait pas le droit canonique russe qui donnait à l’exarque, représentant du Patriarche de Moscou, un pouvoir  comparable à celui du primat d’une Eglise autonome, sur l’ensemble des autres évêques de la Pologne. Le Métropolite Georges était à la fois le Métropolite de Pologne dont les pouvoirs provisoires d’autonomie sur l’ensemble de la Pologne lui avaient été conférés par le Patriarche de Moscou, et comme Exarque il représentait le pouvoir patriarcal. Ce qui horrifiait les évêques pro-russes était que précisément le Métropolite Georges se servait de ses deux pouvoirs qui lui venaient du Patriarcat Russe, pour s’en éloigner. Tant que le Métropolite Georges de Varsovie était détenteur de ces deux charges et dignités ils lui devaient une obéissance absolue.

Il est incontestable que le Métropolite Georges souhaitait écarter du concile toutes les voix discordantes dans l’épiscopat polonais (en réalité composé de russes, lituaniens,  biélorusses et ukrainiens). Il mesurait mieux que ses opposants qu’en cas de refus d’examiner d’une manière positive l’autocéphalie et surtout d’y parvenir, les persécutions qui ne s’étaient pas interrompues durant le processus, les expropriations des biens et édifices de l’Eglise de Pologne s’intensifieraient et se serait la mort lente de l’Eglise Orthodoxe en Pologne. Il commença par écarter l’évêque Serge de Belsk au motif qu’il n’était qu’un simple évêque-vicaire et ne pouvait de ce fait représenter son éparchie, et qu’il lui était dans l’impossibilité de le faire siéger au concile, car le Gouvernement polonais s’y était opposé. Un autre exemple de cette fermeté, est celui concernant l’Archevêque de Vilnius Monseigneur Eleuthère  pourtant éloigné des précédents conciles par une décision gouvernementale, qui obtint cependant du Ministère des Cultes polonais de pouvoir siéger au nouveau concile. Il est vrai, bien que son siège soit situé dans un autre pays, qu’une partie de son territoire diocésain était désormais situé en Pologne. La position anti-autocéphalie de ce dernier  étant bien connue, le Métropolite Georges déclara lors de la séance suivante du concile devant le ministre des Cultes Monsieur Pekarsky sa décision de l’exclure du concile. Dans le même temps le Métropolite Georges s’indignait du soutien apporté par l’évêque Pantéléïmon qui siégeait toujours au concile, à l’Évêque Eleuthère. Enfin pour amener à faire signer le Concordat  l’Évêque Pantéléïmon fut invité dans les appartements privés du Métropolite Georges à une discussion avec l’Évêque Denys qui on le sait était l’ombre du nouveau primat de l’Eglise de Pologne et partageait la même vision ecclésiologique. Enfin après un vote qui voyait la majorité acquise de justesse sur les quatre hiérarques votants qui se divisait en deux camps à égalité de voix, par le seul ajout de la voix prépondérante du primat. Le texte historique adopté fut apporté au ministre des Cultes alors Monsieur Ponikovsky, par l'archevêque Denys et de l'évêque Alexandre nouvellement consacré évêque de Pinsk et Novgorod, le 14 juin 1922 : « Le Concile des évêques orthodoxes, en conséquence de la révolte de l'Église et des désastres en Russie, n'a rien contre l'autocéphalie de l'Eglise Orthodoxe de Pologne et il est prêt à travailler en Pologne aux principes de l'autocéphalie et à assurer une bonne coopération avec le Gouvernement polonais sur les bases de la constitution. Le Gouvernement polonais recevra, alors, pour cette autocéphalie, la bénédiction de Constantinople, des autres patriarches et également des chefs des Églises autocéphales grecque, bulgare et roumaine, ainsi que celle du Patriarche de Moscou, si ce dernier revient. » Ce texte était le premier qui parlait enfin clairement de l’autocéphalie telle que le demandait depuis plusieurs mois le Gouvernement polonais. Mais à l’examiner de plus près, c’était la première fois depuis que la Métropole de Kiev la mère de toutes les Église Russ’ avait été absorbée par sa fille l’Église Russe  de Moscou, qu’était replacée ecclésiologiquement la prépondérance du Patriarcat de Constantinople comme l‘Église mère du siège primatial de Kiev : « Le Gouvernement polonais recevra, alors, pour cette autocéphalie, la bénédiction de Constantinople ».  Sont ensuite évoqués dans le texte les autres patriarcats canoniques de l’Eglise Orthodoxe : « des autres patriarches » qui ne peuvent être qu’Alexandrie, Antioche et Jérusalem, car ensuite il est fait mention explicitement des autres Églises autocéphales : « grecque, bulgare et roumaine ». Et enfin la dernière roue du carrosse : « ainsi que celle du Patriarche de Moscou, si ce dernier revient. »

Cet oukase du concile de juin 1922  était en lui-même le programme de l’autocéphalie annoncée telle qu’elle devait et allait se dérouler. Si Moscou la dernière Église nommée dans l’oukase était dans l’impossibilité d’accorder l’autocéphalie  ou se refusait de l’envisager, on s’adresserait pour cela à la véritable mère de l’Eglise kiévienne : le Patriarcat de Constantinople !

Durant la période qui suivit la publication de l’oukase, les deux évêques pro- russes furent éloignés de leur siège. Monseigneur Pantéléïmon fut exilé dans le monastère de Meletsky et interdit de célébration liturgique. Un archimandrite connu pour son soutien aux deux évêques, le Père Latychenkov fut lui aussi interdit de célébration. La résidence à Vilnius de l’archevêque Eleuthère le protégea un petit moment de toute sanction, comme évêque étranger. Un fonctionnaire se présenta à Vilnius à la porte du palais épiscopal pour lui signifier qu’il était attendu au ministère des Cultes. Dans le train on lui apprit que le Saint Synode nouvellement constitué de la Métropole de Pologne l’avait déposé et il était conduit dans un monastère catholique à Cracovie pour y être en résidence surveillée. Des protestations survinrent d’une manière inespérée de la part de députés polonais indignés du sort réservé à ce prélat. L’archevêque Eleuthère reçu alors l’ordre de la part des autorités polonaises de franchir la frontière et se retira à Berlin[19]. L’évêque Vladimir de Grodno fut déposé de son siège et exilé au monastère de Dermansky. Le Gouvernement polonais confirma la nomination faite par le Métropolite Georges de Varsovie, en remplacement  de l'évêque Vladimir de Grodno,  du nouvel évêque Alexis Gromadsky, jusque-là évêque-vicaire au côté de l’archevêque Denys de l’éparchie de Volhynie. Dans le décret sur la révocation de l'évêque Vladimir, le nouveau ministre polonais des Cultes  Monsieur Ponikovsky écrivit : «  le Gouvernement polonais confie la place de responsable du diocèse de Grodno à l'évêque Alexis ». Apparemment une route était enfin ouverte sans opposition pour l’autocéphalie en direction de Constantinople.

 

 

Chapitre 5 : Un aperçu de la situation géopolitique du Patriarcat de Constantinople.  1) De 1453 à 1918

 

 

Nous laisserons ci pour un moment notre incursion dans l’histoire de la Pologne, car vouloir écrire une page importante de ce qui constitue l’octroi l’autocéphalie polonaise, sans connaître dans quelle situation était depuis des siècles le premier acteur principal de cette autocéphalie, le patriarcat de Constantinople, ne permet pas de comprendre  cette histoire.

Il est de ce fait impossible de parler du patriarcat de Constantinople entre 1918 et 1924 sans évoquer la situation dans laquelle il existait depuis la conquête ottomane.

Nous allons examiner maintenant les principaux évènements ecclésiologiques saillant du patriarcat de Constantinople depuis l’avènement de l’Empire Ottoman en 1453 jusqu'au commencement du XXème Siècle.

 

Le Patriarcat Œcuménique exerçait depuis de nombreux siècles son autorité canonique directe et absolue sur les nations européennes vaincues[20], à savoir, la Bulgarie, qui ne se distinguait pas à l’époque de la République de Macédoine moderne, la Serbie, le Monténégro, la Grèce et ses nombreuses îles, Chypre, la Roumanie, dont une autre partie de son territoire était sous la domination de l’Empire Austro-Hongrois, l’Albanie et le territoire de la Grèce moderne, reste de l’ancien Empire byzantin. L’équation géopolitique et ecclésiologique était la suivante : lorsque l’Empire Ottoman était au fait de sa puissance, il était avantageux pour celui-ci de soumettre ces très anciennes Églises nationales à une seule et même autorité Orthodoxe dont le chef, le patriarche de Constantinople, était un membre fidèle de ses dignitaires impériaux qui avait le rang élevé de « pacha à trois queux ». La raison en était simple et elle existe encore de nos jours : l’Église locale Orthodoxe d’une nation est le vecteur le plus puissant de son sentiment national et constitue, même silencieusement, liturgie après liturgie un  foyer ardent inextinguible de sa résistance de sa conscience patriotique. Il était donc de ce fait purement politique et essentiel pour le nouveau pouvoir impérial musulman de soumettre, en les faisant disparaitre, ces anciennes Églises autocéphales à l’autorité du patriarcat de Constantinople. Celui-ci constituait sa courroie de transmission malsaine et indispensable pour ses sujets chrétiens orthodoxes d’autres nations que grecque. Tout cela s’accompagnait d’hellénisation forcée, disparition presque totale de l’épiscopat non grec, des livres liturgiques en langue slave, tant dans l’ancienne Bulgarie que dans l’ancienne Serbie, qu’en Roumanie, par des actes d’une violence inouïe de la part des métropolites grecs sur les populations slaves. En Roumanie cependant l’épiscopat dans sa majorité demeura roumain et la présence de Boyards orthodoxes roumains ayant fait allégeance au Sultan, protégeait les métropoles roumaines. Écoutons ici l’analyse de cette tragédie qu’en donne le professeur prêtre Alexandre Schmemann : « Le Patriarcat de Trnovo fut éliminé presque immédiatement après la conquête de la Bulgarie par les Turcs. Dès 1394, un métropolite grec y fut envoyé de Constantinople, et le Patriarcat Bulgare fut transformé en un diocèse du patriarcat de Constantinople. L’autre autocéphalie bulgare, celle d’Ohrid, établie en 1018 lors de la destruction du premier royaume bulgare, subsista jusqu’en 1776, lorsque le fameux patriarche de Constantinople Samuel Ier acheva cette « unification » de l’Église Orthodoxe. L’année précédente, il avait réussi à éliminer le Patriarcat Serbe de Pec en payant ses dettes au Trésor turc. Partout, les évêques d’origine bulgare ou serbe étaient déposés et remplacés par des grecs. L’arbitraire canonique s’accompagnait d’une « hellénisation » forcée, particulièrement forte en Bulgarie, où elle sera plus tard à l’origine de ce qu’on appelle la « question bulgare ». La même situation prévalait aussi en Orient, dans les patriarcats de Jérusalem, d’Antioche et d’Alexandrie, où les Arabes orthodoxes furent les victimes de cette unification forcée. Toutes ces rancunes accumulées et dissimulées, tous ces calculs et toutes ces intrigues seront déterminants lorsque le joug turc sera moins pesant et que sonnera l’heure de la renaissance des peuples slaves.»[21]

 

Au sein de l’Empire turc, les nominations des patriarches étaient, elles-mêmes, toujours l’objet de tractations qui avaient lieu avant l’élection officielle. Cette dernière ne faisait que confirmer le choix préalable du Sultan. Dès la prise de Constantinople, Méhemed II (1432-1481) désigne comme futur patriarche Georges Scholarios, le célèbre disciple de Saint Marc Eugnénikios (adversaire de l’union avec Rome au concile de Ferrare-Florence), auquel il donna lui-même d’après l’ancienne coutume impériale qu’il souhaitait continuer, le klobouk avec le voile, le vêtement de cérémonie, le déxanixi ou patériza, c’est-à-dire la crosse d’argent dorée, un bon cheval et une quantité de pièces d’or. Et comme pour toutes les grandes nominations à des postes élevés durant toute la période l’Empire Turc, il fit accompagner par sa garde personnelle, à cheval jusqu’à sa résidence, le nouvel intronisé. Par cette cérémonie, le Sultan s’affirmait bien comme le continuateur des empereurs byzantins, aussi bien dans la désignation du candidat à l’élection sur le Trône patriarcal, que dans la synergie qu’il exigeait du nouveau titulaire du siège patriarcal qui devenait, comme dans l’Empire précédent, un haut fonctionnaire impérial. Un autre aspect qui va miner cette présentation apparemment idyllique de la nomination du premier patriarche sous domination ottomane. Durant cette période le siège du patriarcat et les principaux sièges étaient littéralement à vendre. Car les dépositions d’évêques et du patriarche lui-même, se faisait au grès du grand Vizir ou du Sultan et leurs remplacements par un autre titulaire était à chaque fois mis aux enchères, à moins qu’une famille grec-orthodoxe ambitieuse ne demande à l’un de ses membres de se convertir à l’islam et que celui-ci ne fasse une carrière brillante qui pouvait le conduire jusqu’au rang de grand Vizir. Dans ce dernier cas la carrière d’un autre membre de la même famille dans les rangs du haut clergé phanariote[22] était assurée. Deux histoires parmi beaucoup d’autres illustrent ces deux règles non écrites. Le revers de cette désignation était que par la suite, les différents partis ne se privaient pas de faire pression sur le Sultan pour voir élire leur prétendant à ce poste, l’un des plus importants de l’Empire. Par exemple en 1466 les gens de Trézibonde offrirent au Sultan Mehemed II mille pièces d’or pour qu’il dépose de son siège le patriarche Marc Xylocaravès. Celui-ci obtint cependant du Sultan de se retirer sur le siège d’Ohrida. Ainsi s’introduisit l’usage qui fut observé jusqu’à la chute du sultanat à la tête de l’Empire turc : les cinq cents ducats que devait désormais verser tout nouveau patriarche au Sultan. Cette somme fut, progressivement, considérablement augmentée, de telle manière que tout nouveau patriarche devait à son tour pressurer les autres évêques au moment de leur intronisation pour se rembourser, et avoir les moyens financiers de subvenir aux frais de fonctionnement du patriarcat. Cela favorisait les transferts d’un siège à un autre de candidats multiples qui à chaque fois devaient payer à nouveau un tribut au patriarche de Constantinople. Les sommes occultes ou officielles, versées au Sultan, par tel ou tel parti, pour faire élire le candidat de son choix, étaient elles aussi, un facteur décisif des changements de titulaire au Trône patriarcal. Bien des assassinats de patriarches furent d’abord des assassinats politiques et non des persécutions religieuses. Il était préférable de se retirer volontairement, lorsque l’on était averti à temps, que de s’agripper au droit canon et à son trône. Cela explique que de très nombreux patriarches de Constantinople connurent, parfois jusqu’à trois passages, sur le trône de Constantinople. Grégoire V, qui gouverna à trois reprises le Patriarcat (1797-1798, 1806-1808 et 1818-1821) mourut parce qu’il fut convaincu de complicité dans la révolte grecque de 1821. Cette exécution capitale, bien qu’elle contribuât à la canonisation de saint Grégoire V comme hiéromartyr, nous le constaterons est un assassinat politique et non religieux.

Pour bien comprendre le mécanisme de « l’élection » d’un patriarche de Constantinople, et les liens qui l’unissaient ainsi au chef de l’Empire, regardons cet autre exemple. En 1467, deux candidats se disputaient le trône patriarcal. La veuve de Mourad II, la Tzaritza Mara comme elle se faisait appeler, offre à son fils le Sultan Mehemet II deux mille ducats pour qu’il nomme comme patriarche de Constantinople Denis le Moréote, jusque-là métropolite de Philippolis. Voici le dialogue que nous rapporte une chronique « Je te prie de nommer patriarche un moine à moi: entre deux qui se querellent, que le troisième gagne - Merci, fais, Mère, ce que tu veux ». Sans parler ici de la morale de l’histoire constatons que les patriarches ne sont pas réellement élus, mais d’abord nommés par le Sultan, et seulement ensuite élus pour respecter les formes canoniques. Exactement comme dans l‘Empire chrétien précédent.

Deux patriarcats seront cependant restaurés brièvement durant cette période, bien entendu avec l’accord « forcé » du patriarcat de Constantinople, dans des circonstances symptomatiques des usages qui prévalaient à cette époque, dans les grandes familles phanariotes qui constituaient le vivier dans lequel le Sultan puisait pour nommer des collaborateurs, fidèles exécutants de sa politique. Une première tentative de restauration du Patriarcat de Pec échoua une vingtaine d’années auparavant. En 1528 l’évêque Paul de Smederico, qui était une sorte de « Locum Tenens » du trône de l’Archevêché d’Ohrida, considéré comme un patriarcat, se rendit naturellement auprès de son cousin, né comme lui, dans l’Orthodoxie. Celui-ci, fort opportunément converti à l’Islam, était devenu le personnage le plus puissant de l’Empire après le Sultan Soliman : Le Grand Vizir Ibrahim Pacha était l’ami, le confident, et le favori du Sultan, et sa famille orthodoxe grecque vivait donc dans l’ombre bienfaisante de cette puissance. Il ne faut pas s’étonner de cette « conversion » d’un membre d’une famille éminente du Phanar, attachée à la fois à l’orthodoxie et au Trône œcuménique. Les grandes familles phanariotes, pourtant grecques-orthodoxes, ont toujours favorisé durant toute l’histoire de la cohabitation du Patriarcat de Constantinople avec l’Empire Turc, de telles conversions de certains de leurs membres à l’Islam, qui leur assuraient ainsi des appuis puissants auprès du Sultan. Et, quand elles ne les favorisaient pas ouvertement, elles ne manquaient jamais, une fois le choix fait par l’un de ses membres de passer à l’Islam, de s’appuyer sur celui-ci lorsqu’il avait atteint les cimes du pouvoir. Au-delà de la forme, qui est toujours respectée, aucun canon de l’Église, aucune règle écrite, aucune doctrine ecclésiologique ne peut résister à cette sombre réalité.

 

L’évêque Paul de Smederico obtint donc de son cousin le Grand Vizir Ibrahim Pacha, la restauration du Patriarcat Serbe de Pec dont il devint le premier titulaire. Soulignons que pour le pouvoir turc, cela ne changeait pas le fond des choses. Le nouveau patriarche était phanariote, fidèle au sultan, et le haut clergé demeurait grec, les livres liturgiques étaient en langue grecque. Seule la structure ecclésiologique changeait, et passait d’une Église directement soumise à Constantinople, à une église hellénique, certes autocéphale, mais sans le nationalisme slavophile. C’était également un schisme qui distinguait deux Églises locales différentes, l’Archevêché d’Ohrida qui recouvrait la nation bulgare et le Patriarcat de Pec qui recouvrait la nation serbe. L’archevêque Procore d’Ohrida qui s’était absenté pour un pèlerinage à Jérusalem porta l’affaire devant le Patriarcat Œcuménique. Le Patriarche Jérémie Ier réunit son Synode et déposa et excommunia le Patriarche Paul et tous ses successeurs ce qui était courageux, car il s’opposait au puissant Grand Vizir. Notons au passage que l’excommunication et la déposition du chef d’une Église autocéphale qui légitimement retrouve son autocéphalie supprimée arbitrairement est toujours la méthode répressive utilisée par les patriarcats impérialistes. Le Patriarcat de Pec survécut jusqu’en 1534, date de la mort violente du grand Vizir Ibrahim Pacha. Après une interruption de vingt-trois ans, le même phénomène se reproduit, seuls les acteurs sont différents, mais le texte de la tragédie est le même. En 1557 le grand Vizir Mehmed Pacha, lui aussi orthodoxe de naissance, passé à l’Islam, souhaite que cesse au sein de l’Empire un schisme qui constitue à ses yeux une menace de fracture dans l’Empire et le ferment de la naissance d’un nationalisme panslave qui a terme risquerait de jeter dans la révolte les peuples bulgares et serbes. Il obtient donc en faveur de son frère prélat orthodoxe, le métropolite Macaire Sokovitch, mais cette fois-ci avec l’accord du Patriarche œcuménique Séraphim III, la restauration du patriarcat de Pec. Mais la résurrection de ce patriarcat accordé du bout des lèvres par Constantinople le gênait dans son désir d’hégémonie papiste sur des territoires dépendant partiellement de l’Empire turc. Le sultan Soliman après avoir comme à son habitude (depuis des années) invité grand Vizir à souper et à dormir dans son palais et sans autre forme de procès le fit étrangler dans son sommeil, craignant sur de fausses rumeurs qu’il ne décide de partager le sultanat avec lui. Aussi la Grande Église, en 1766 et en 1767 obtient de la Sublime Porte, contre évidemment l’avis de la majorité des hiérarques et du peuple orthodoxe de ces Églises locales qui ont une conscience nationale trop forte aux yeux du Sultan, la suppression du Patriarcat d’Ohrida  et du Patriarcat de Pec. Ceci effaçait l’humiliation de la première autocéphalie arrachée de force au Patriarcat de Constantinople en 1346 par le Tzar Étienne Dusan qui avait fait introniser comme Patriarche de Pec le Métropolite Serbe Joanne par le patriarche bulgare de Tirvno et l’Archevêque d’Ohrida. Après les excommunications et les dépositions classiques d’usage, non seulement des Églises et les hiérarques incriminés, mais encore de la nation tout entière et du Tzar (qui ne s’en préoccupait pas), le Patriarcat de Constantinople reconnut l’autocéphalie et le nouveau patriarcat en 1375. Ce schisme avait duré 29 ans. Avec le Patriarcat, ce sont vingt-cinq éparchies qui entrent ainsi sous la juridiction directe de Constantinople. Les deux acteurs qui agissent de concert sont, une fois encore, le patriarche, Samuel Kantzeris et le Sultan, Mustapha III. C’est un fait constant dans l’histoire du patriarcat après la chute de Constantinople, de soutenir une politique expansionniste soit par rattachement direct de territoires ecclésiastiques par la force, soit par le contrôle à travers la nomination d’évêques grecs sur des sièges d’Églises locales par ailleurs contrôlées par lui, en s’appuyant toujours sur la force de l’Empire Turc.

Cette situation endémique  de l’instabilité du titulaire du trône patriarcal de Constantinople est comparable à celle de la papauté romaine durant le période de la domination de la dynastie de Théophylacte sur la ville de Rome. Elle n’empêchait pas le Synode permanent et l’administration patriarcale de faire efficacement son travail avec l’appui des autorités ottomanes de traiter tous les dossiers de prendre des décisions souvent rédigées sous la responsabilité d’une des patriarches précédents et assumés par le nouveau titulaire : les hommes changent, mais l’idéologie, elle, ne change pas !

Cela explique que le même titulaire peut être déposé, faire l’objet d’anathème par le Synode permanent, et revenir tranquillement sur son siège lorsque le Sultan y voit un avantage pour sa politique. De telles dépositions et excommunications ont jalonné toute la tortueuse histoire du patriarcat de Constantinople sous le joug ottoman, sans que les intéressés n’y voient autre chose que des sanctions purement  cyniques et politiques. Le Patriarcat Œcuménique appliqua rigoureusement la même méthode lorsqu’il fut question des re-proclamations des autocéphalies des églises slaves dont nous venons de parler, qu’il avait autoritairement supprimées.

Examinons maintenant quelques exemples dans l’histoire du patriarcat de Constantinople qui illustrent ce que nous venons d’énoncer.

Aujourd’hui, bien des chrétiens orthodoxes ignorent que l’histoire de l’Église est parsemée de telles excommunications et dépositions, et qu’il est nécessaire de les replacer dans leur contexte géopolitique. Surtout en ce qui concerne l’Église Orthodoxe, il est impensable de prendre connaissance des événements d’aujourd’hui dans l’ignorance des événements d’hier, placés, la plupart du temps dans un contexte géopolitique identique. Les réactions répressives d’une Église impérialiste face à une Église locale qui désire recouvrer son autocéphalie se répètent tout au long de l’histoire et sont toujours les mêmes : excommunications, dépositions, anathèmes, etc.

La longue liste des patriarches déposés, remplacés et enfin qui revenaient  sur le siège œcuménique prestigieux constitue une véritable jurisprudence canonique qui s’est illustrée, tout au long des siècles, depuis la prise de Constantinople par les Turcs, par de très nombreux exemples. Nous n’en citons que quelques-uns : Métrophane III occupa deux fois le trône œcuménique ; une première fois de janvier 1565 à mai 1572, date à laquelle non seulement il est déposé, mais s’engage par lettre à renoncer à remonter sur le trône patriarcal. Pourtant, il occupera une seconde fois le Trône de novembre 1579 à août 1580, date de sa mort. Son successeur en 1580, Jérémie II, avait déjà été élu comme son successeur en 1572 et sera, lui aussi, déposé et excommunié en 1579 par un ex-excommunié le même patriarche Métrophane et les membres du saint Synode à la mémoire très courte, au retour de celui-ci. Cela ne l’empêchera nullement d’être à nouveau Patriarche de 1580 à 1584, date à laquelle il sera de nouveau déposé. Malgré cette deuxième déposition, il redeviendra Patriarche, une troisième fois et, cette fois-ci, durant une assez longue période pour l’époque où la moyenne de la durée d’un patriarche sur son siège n’excède pas trois ans : il occupera le siège de Constantinople de 1586 jusqu’à sa mort, en 1595. Au XVIIIème siècle Grégoire V fut patriarche trois fois, la première 1797-1798, la seconde au XIXème siècle 1806-1808, et la troisième 1818-1821.

 

Nous avons choisi ces exemples, parmi une multitude d’autres, parce qu’ils s’enchevêtrent et qu’ils sont, par leurs excès apparents, significatifs du cynisme du Synode de la Grande Église, qui tient pour peu de chose les dépositions et les excommunications prononcées par lui-même, sur lesquelles en principe on ne peut canoniquement pas revenir, sauf s’il est avéré qu’elles ne sont pas fondées. Ce sont les mêmes évêques qui déposent, puis trois ans après, élisent celui qu’ils ont déposé et excommunié, puis le redépose puis l’élisent à nouveau comme leur Patriarche, manifestant par là-même le caractère purement politique de leurs actes répressifs ainsi que le non-fondement canonique et sacramentel de ces dépositions et excommunications. Lorsque l’on sait que ce sont des méthodes de ce genre qui ont été utilisées tout au long de l’histoire de l’Église de Constantinople, comme outils de répression contre ceux qui osaient proclamer une autocéphalie légitime, hier vilipendée et aujourd’hui reconnue, comment peut-on prendre au sérieux de telles excommunications-dépositions ? De telles décisions conciliaires prises en son sein, jettent le discrédit sur l’institution elle-même du Patriarcat de Constantinople durant toute cette période. Une jurisprudence existe donc, maintes fois appliquée dans l’Église Orthodoxe : celle-ci, n’a reconnu dans son histoire, après que les événements qui les avaient justifiés ne soient plus d’actualité, que les dépositions et excommunications à fondement dogmatique, qui concernaient donc des hérésies.

 

L’Église Orthodoxe n’a ainsi jamais pris en considération les dépositions et excommunications pour des motifs ecclésiologiques, comme les autocéphalies modernes. Si elle l’avait fait, pratiquement aucune Église Orthodoxe autocéphale moderne n’aurait la grâce : toutes ces Églises dans leur histoire, ainsi que leurs pontifes, ont été à un moment donné, excommuniées et leurs évêques déposés. L’exemple le plus tragique de ce que nous affirmons, et qui nous donne, encore une fois, un recul sur la valeur qu’il faut aujourd’hui attacher au concept orthodoxe d’excommunication, est celle que prononça le Patriarche Grégoire V de Constantinople contre les Grecs luttant dans l’Empire Turc pour leur souveraineté nationale, lors de l’insurrection de 1821. Nous savons aujourd’hui que le Patriarche Grégoire V soutenait pourtant en secret, notamment par des contributions financières, ceux qu’il avait été contraint, par le pouvoir turc, d’excommunier officiellement. Cette aide valut plus tard au Patriarche, ainsi qu’à plusieurs membres de son clergé, d’être exécutés. Officiellement pourtant le patriarche Grégoire V, avec les membres du Synode de la Grande Église, promulgua les actes canoniques d’excommunication de son peuple. Reposons ici la question : de quelles valeurs sont revêtus de tels actes canoniques et sacramentels, qui ne sont en réalité que des stratagèmes politiques? Aujourd’hui Saint Grégoire V est canonisé, pourtant les excommunications officielles qu’il a prononcées sous la pression du pouvoir turc n’ont pas été levées par lui, pas plus d’ailleurs que beaucoup de celles qui sont prononcées dans l’histoire du Patriarcat Œcuménique, avant lui et après lui, contre toute tentative de dissidence, comme les autocéphalies de la fin du XIXème et du début du XXème siècle. En réalité le Patriarcat Œcuménique n’a jamais lui-même pris au sérieux ces excommunications ou dépositions qui étaient nous le verrons dans la suite de cet ouvrage, des moyens courants de coercition politique. C’est de cette manière qu’il faut regarder l’état de « non-communion » que le Patriarcat de Constantinople ou de Moscou font subir à des Église locales  légitimes telles l’Ukraine, la Macédoine, le Monténégro, l’Estonie, la Moldavie, la Transnistrie, etc.

 

Chapitre 6 : Un aperçu de la situation géopolitique du patriarcat de Constantinople. 2) De 1918 à 1924

 

Nous avons évoqué dans les chapitres précédents le contexte géopolitique dans les années 1918 à 1924, propres à la Pologne et à ses voisins dont la Russie soviétique. Nous y reviendrons. Mais pour appréhender  comment la demande de l’État polonais de l’autocéphalie pour sa communauté polonaise fut accueillie par le Patriarcat de Constantinople, encore (et pour peu de temps), capitale d’un empire en plein effondrement qui venait de perdre des pans entiers de son territoire, il est nécessaire d’examiner cette même période pour la Turquie.

 

La Turquie alliée des deux empires germaniques vaincus, se voit amputée de grandes parties de son territoire. Elle avait au cours des années précédentes la guerre de 14-18 déjà perdu la Bulgarie, la Serbie, l’Albanie, la Roumanie, la Grèce et cela avait entraîné les re-proclamations unilatérales des autocéphalies, souvent anciennes de l’ensemble de ses église nationales avec le concours actif de ses nouveaux Etats souverains qui en concert avec la hiérarchie de leurs églises locales rompaient les liens malsains de subordination hiérarchique au siège du patriarcat de Constantinople. Avec la conséquence des anathèmes et excommunications et accusation d’être schismatique, alors d’usage dans ces circonstances. Ces autocéphalies qui ont été proclamées dans la seconde moitié du XIXème siècle ont ensuite été « promulguées » par Constantinople, mais souvent après plusieurs dizaines d’années de rupture de communion. Voici la liste des dates chaotiques des proclamations des principales autocéphalies des Églises précitées plus haut. Bulgarie : Patriarcat d’Ohrid 927-1020 puis Archevêché d’Ohrid 1018-1776 en dépendance du Patriarcat de Constantinople. Le re-proclamation de l’autocéphalie dans le Patriarcat de Tirnovo 1204-1393 (schisme sur toute la durée de cette re - proclamation) et enfin l’Exarchat Bulgare 12 mars 1870 - avec l’autocéphalie re-proclamée en 1872 et non reconnue par Constantinople (schisme sur toute la durée de cette re-proclamation) et enfin autocéphalie reconnue  par le Patriarcat Œcuménique le 25 février 1945.[23] 

Pour la Serbie même histoire, autocéphalie accordée, cas unique dans l’histoire de l’Église dans la personne (hypostasis) de son évêque saint Sava qui devient nous l’avons déjà mentionné « Archevêque autocéphale » en 1219. L’autocéphalie sera supprimée autoritairement par le Patriarcat de Constantinople avec la conquête ottomane en 1459 après la chute de Constantinople en 1453, elle sera re-proclamée et vécue comme telle dans un long schisme (avec le patriarcat de Constantinople)  de 1557 à 1776, puis supprimée autoritairement avec l’aide du pouvoir ottoman et re-proclamée (avec schisme) en 1832 pour enfin être reconnue par le patriarcat de Constantinople en 1922.

Nous évoquerons dans un autre chapitre un cas unique dans l’histoire de l’ecclésiologie : celui de la séparation en deux d’une Église autocéphale, avec la fondation d’un second Patriarcat Serbe, celui  de Carlovitz.

 

Le principe géopolitique plus qu’ecclésiologique qui en ressort est le suivant : lorsqu’une Église patriarcale attachée à un Empire, qui comme hier Constantinople et Moscou, recevait sur son territoire canonique, de la part du  conquérant hier turc, et hier et aujourd’hui russe, des nations orthodoxes dotées chacune d’une Église locale autocéphale ou autonome,  ferment de leur identité  nationale, ce patriarcat impérialiste avait l’obligation de supprimer cette Église locale, de l’helléniser ou de la russifier, et de la transformer en Église soumise à l’Église autocéphale  de cet empire, hier ottoman et aujourd’hui russe. Cela a été le cas durant quelques siècles de la Métropole de Kiev.

Entre 1918 et 1924 la situation du patriarcat de Constantinople, hier encore d’une puissance inégalée dans son histoire dominant avec l’Empire Ottoman la Bulgarie, la Roumanie, la Serbie l’Albanie et la Grèce, se réduit à une peau de chagrin, avec les traités de Versailles 1919, de Sèvres (10 août 1920), et de Lausanne (30 janvier et 24 juillet 1923). Mais le dépeçage de l’Empire Ottoman commençait avec deux résolutions adoptées par la Conférence de la Paix le 28 avril 1919 (traité de Versailles) L’article 22 précise que les anciennes provinces de l’Empire Ottoman (Roumanie, Bulgarie Serbie, Grèce, deviennent des état souverains. A cette époque Constantinople est encore occupée par les armées alliées ( France Angleterre, USA) et le fantôme du pouvoir déclinant, le grand Vizir Damad Férid Pacha sous la pâle autorité du sultan Méhémed VI ( 1918-1922) n’a pas d’autre choix que d’accepter les immenses amputations de l’ex-empire. Ce sera la fin du sultanat avec l’arrivée au pouvoir d’un général providentiel, Mustapha Kemal, qui allait transformer la défaite turque avec une série de victoires militaires décisives. Il reprend Smyrne aux troupes grecques, notamment avec l’aide d’un autre général Isnet Pacha (1864-1973), et y entre triomphalement le 26 août 1922. 

 

Le 2 novembre 1922, l’Assemblée Nationale turque dominée par le nouvel homme fort Mustapha Kemal proclame une république laïque. Le califat sera officiellement aboli le 3 mars 1923. C’est une véritable révolution culturelle qui gagnait la nouvelle République turque, car désormais l’État turc se proclame un état laïc, débarrassé de son vêtement religieux musulman qui avait contribué par le Sultanat à sa splendeur dans les siècles passés. C’était également, et cela est rarement souligné, la fin des relations particulières, qu’entretenait le Sultanat avec le Patriarcat de Constantinople qui avait fait du patriarche un dignitaire de l’Empire Ottoman, nous disions aujourd’hui un haut fonctionnaire du niveau d’un préfet. Ce lien de subordination n’existant plus, le Patriarcat de Constantinople était regardé avec méfiance par le nouveau pouvoir, avec la guerre qui se déroulait entre les deux nations rivales, grecque et turque. En Turquie comme en Pologne, les conséquences de la guerre de 14-18 entraînent un bouleversement de la société et des structures de l’Etat qui contribuent à des révisions déchirantes de tout  ce que l’on croyait acquis depuis des siècles.

Après avoir été depuis  29 avril 1920 Président de l’Assemblée Nationale et donc Chef d’État par intérim,  Mustafa Kemal est élu Président de la nouvelle République Turque le 29 octobre 1923. Il avait décidé le transfert de l’ancienne capitale impériale à Ankara ce qui allait bousculer la vie du Patriarcat de Constantinople jusque-là liée institutionnellement  au pouvoir suprême de l’Empire Ottoman.

Un nouveau traité sera signé à Lausanne le 24 juillet 1923 sous la direction du général Isnet Pacha (Isnet Inönu) ; mais rien ne changeait pour l’acte signé à Lausanne le 10 janvier 1923 qui prévoyait le transfert massif de populations des deux communautés grecques d’Asie Mineur, et turques d’Europe vers les nouvelles frontières validées ce 24 juillet 1923. L’article de cet accord est le suivant : « Il sera procédé dès le 1er Mai 1923 à l’échange obligatoire des ressortissants turcs de religion grecque orthodoxe établis sur les territoires turcs et des ressortissants grecs de religion musulmane établis sur le territoire grec. » La globalité de cet échange concernait environ 1.500.000 personnes. La Grèce petit pays de seulement 6 millions de citoyens absorbera difficilement cet afflux de population qui ne fut pas toujours bien reçu par les autochtones. L’historien grec A. Vacalopoulos écrit : « C’est le plus grand malheur éprouvé par la Grèce depuis la chute de Constantinople. » On comprend que le patriarcat de Constantinople avait perdu la plus grande partie de son troupeau canonique. Il lui fallait d’urgence recouvrer une nouvelle légitimité ecclésiologique et canonique pour lui assurer sa pérennité menacée de son rôle de Premier siège de l’Église Orthodoxe. La demande conjointe d’autocéphalie de l’Église Orthodoxe de Pologne et de l’État Polonais constituait une occasion inespérée dans une période aussi troublée d’affirmer son autorité de Premier siège patriarcal de l’Eglise Orthodoxe et ses droits historiques d’Église Mère de toutes les terres Russ’.

 

Chapitre 7 : En Pologne en 1922-1924 : Acte I : l’entrée dans l’histoire d’un Caïn russe

 

Il est incontestable que les évêques qui s’opposèrent à l’autocéphalie furent malmenés par les autorités polonaises. Cela ne doit pas nous choquer, nous sommes exactement dans la situation de l’Église impériale byzantine soutenue par l’empereur qui écartait brutalement les évêques qui s’opposaient à la politique religieuse du moment. Un nouveau personnage apparaît.  Il n’aurait pas, en d’autres circonstances, fait particulièrement parler de lui dans l’histoire de l’Église tant son parcours est classique dans l’orthodoxie russe. L’archimandrite  Smaragd Latyshenko avait commencé  ses études en première année d'université à Vilnius en Lituanie au Séminaire théologique. Puis après avoir réussi ses examens, il est envoyé par l’Eglise Russe à l'Académie théologique de Saint-Pétersbourg ou il passe son diplôme. Il y sera nommé comme professeur adjoint mais il déclinera cette offre prestigieuse pour devenir moine. Il sera très rapidement nommé, ce qui était le résultat de ses études brillantes, comme recteur du Séminaire de Chelm avant la guerre de 14-18. Telles étaient les postes qu'il avait occupés avant la Première Guerre mondiale, 1914-1918. Voici ce qu’écrit de lui l’historien russe ASK. Swititch (АSК. Свитич) qui ne cache pas son admiration: « Administrateur exceptionnel, formidable prédicateur, prêtre pieux, expert en histoire de la région et en histoire de l'Eglise universelle et de ses canons, l'Archimandrite Smaragd Latyshenko était connu comme un adversaire ferme des tendances autocéphales et défenseur de l'unité de l'Eglise. Il participa à des réunions d'évêques opposés à l'autocéphalie et avec son autorité, son opinion ne pouvait pas être ignorée. Le Métropolite Georges de Varsovie était, bien sûr, conscient de cela. »[24]

Toujours dans sa politique de fermeté absolue contre les opposants à l’autocéphalie, le Métropolite Georges informé des positions publiques de l'Archimandrite Smaragd Latyshenko qui bafouaient les décisions récentes du Concile et sa propre autorité, décida de le révoquer de son poste de recteur du Séminaire de Chelm (dans l’éparchie de Chelm qui dépendait directement de l’autorité du Métropolite de Varsovie). Le patriarcat de Moscou informé de la situation, alors que le patriarche Tykhon est toujours relégué dans le monastère Donskoï d’où il en sortira qu’en juin 1923, poursuivant la même politique trouvera habile de nommer en septembre 1922 l’archimandrite Smaragd par-dessus l’autorité du Métropolite de Pologne, comme évêque titulaire de Slutsky en tant qu’évêque-vicaire de l’éparchie de Minsk en Russie.

Cette décision montrait clairement que le Patriarcat de Moscou regardait toujours la Métropole de Pologne comme faisant partie de l’Eglise russe. Comme le Père Smaragd ne répondit pas à la lettre de révocation dument adressée à lui par le métropolite de Pologne, car à ses  yeux étant devenu « évêque élu » ce dernier lui interdit de célébrer par un oukase daté du 2 novembre 1922 et naturellement de prêcher. A sa grande amertume l’Archimandrite Smaragd dut s’incliner devant cette décision, car comme les évêques pro-russes opposants, il reconnaissait que tant que le métropolite Georges était l’Exarque du Patriarche de Moscou, et le Métropolite de la Pologne, il lui devait l’obéissance.

Alors qu’une décision conciliaire précisant qu’il ne serait pas tenu compte des décisions ecclésiastiques en provenance du Patriarcat, tant que le patriarche Tykhon serait incarcéré, décision, nous nous en souvenons, qui  avait été acceptée tant par les évêques pro-patriarcat de Moscou que par les évêques en faveur de l’autocéphalie, l’Évêque Vladimir de Grodno intercéda en faveur du candidat à l’épiscopat ce qui ne changea rien à la détermination du Métropolite Georges. Celui-ci afin d’empêcher un acte de désobéissance de la part des évêques pro-russes et que ceux-ci ne procèdent à la chirotonie épiscopale interdite par lui, il télégraphia à l’Évêque Vladimir qui était à ce moment-là dans sa résidence de Gordno et à l’Évêque Serge relégué au monastère de Yablochinskogo afin de leur interdire de se rendre à Vilnius où sous la présidence de l’Archevêque Eleuthère devait se faire la chirotonie épiscopale. Hors, selon le premier canon apostolique  un seul évêque ne peut procéder à une chirotonie[25]. D’autre part, le consentement du métropolite au sacre devait impérativement être obtenu, le candidat étant lors de son élection dans sa juridiction canonique[26]. Le Ier canon du premier Concile œcuménique de Nicée précise clairement que la seule élection ne suffit pas : « La confirmation de ce qui s'est fait revient de droit dans chaque province à l'évêque métropolitain. » Ce qui nous renvoie directement au Canon Apostolique 34 « Les évêques de chaque nation doivent reconnaître leur primat et le considérer comme chef ; ne rien faire sans son avis et que chacun ne s'occupe que de ce qui regarde son diocèse et les campagnes dépendant de son diocèse. Mais lui aussi, qu'il ne fasse rien sans l'avis de tous ; car la concorde règnera ainsi et sera glorifié le Père et le Fils et le saint Esprit. » Le saint entêté métropolite Georges n’interprétait pas autrement ces deux canons et n’entendait pas que l’on puisse passer outre son autorité qui lui venait des saints Canons.

Le manque de discernement des trois évêques pro-russes déjà cités qui devaient initialement procéder au sacre, qui soutinrent  ouvertement la position de l’archimandrite en signant même une pétition adressée au patriarche emprisonné, au lieu de lui prêcher l’obéissance et la patience, contribuèrent au climat délétère qui s’ensuivit : « Nous devons immédiatement permettre à l'archimandrite Smargd de voir lever l'interdiction  illégale et partiale qui lui est imposée et confirmer l'ordre de sa consécration. Considérez que ceci est notre devoir d'avertir depuis longtemps et, évidemment, de l’injustice difficile à avaler  épuisant la patience de l'Archimandrite Smaragad et il en résulterait quelque chose de fatal voire d’irréversible. » Le climat passionnel et violent se focalisa surtout à propos de l’autocéphalie dont ne voulaient pas les trois évêques et l’archimandrite,  donnant lieu à des joutes verbales enflammées. Mais on doit également prendre en compte la déception d’un homme qui jusque-là aux yeux de la seule Église russe était un candidat à l’épiscopat irréprochable et avait fait le parcourt sans faute qui devait, selon lui, le conduire infailliblement à l’épiscopat. Et voilà que, parce qu’il s’était montré loyal envers l’Eglise Russe, il se voyait priver de ce qui lui était promis. L’obstacle était la personne même du métropolite exarque détenteur du pouvoir local de l’Église de Pologne, celui qui voulait s’affranchir par une autocéphalie anti-canonique à ses yeux, du pouvoir de sa véritable Mère, l’Eglise Russe. Telles étaient les pensées exprimées lors de plusieurs conversations orageuses avec le Métropolite Georges qui, avec patience, le reçut de nombreuses fois en audience, ce qu’il aurait pu s’abstenir de faire étant donné la hauteur de son rang hiérarchique.

Le Métropolite Georges cherchait-il à convaincre son interlocuteur en ne se dérobant jamais aux demandes d’audience répétées de celui-ci et au caractère orageux qu’elles prenaient ? C’est probable, car il le savait influent auprès des évêques opposés comme lui à l’autocéphalie, c’est-à-dire à un éloignement du Patriarcat de Moscou. La réputation de bon théologien de l’archimandrite était fondée. Sinon comment expliquer que le métropolite qui en avait le pouvoir, et ne s’était pas privé de le faire pour trois évêques, ne l’ait pas déposé et exilé dans un monastère lointain, et interdit de se présenter devant lui ?

 

Les événements tragiques qui vont suivre sont inscrits dans l’histoire de l’Église ukrainienne comme une répétition du meurtre de Caïn sur le pieux Abel : le 8 février 1923 à 17 heures l’archimandrite Smaragd Latyshenko se présenta à la réception qu’organisait Son Eminence le Métropolite Georges de Varsovie de toute la Pologne. Il entra une fois de plus, celle fois-ci en public, dans une discussion violente contre l’autocéphalie. Puis vers 19 heures, il sortit un révolver qu’il avait acheté le matin même, et tira sur le Métropolite Gorges en criant : « C’est vous le bourreau de l’Orthodoxie ! ». Celui-ci s’écroula mort. Un nouveau martyr de l’Eglise Orthodoxe d’Ukraine recevait une couronne incorruptible, pour s’être montré fidèle à la Parole du Christ : «  De toutes les nations faites des disciples les baptisant au Nom du Père du fils et du Saint Esprit. »[27] et d’avoir voulu organiser l’Église locale ukrainienne présente en Pologne selon le canon 34 Apostolique. « Par les prières de ton saint nouveau martyr Métropolite Grégoire de Varsovie, Seigneur sauve et bénis l’Église Orthodoxe d’Ukraine. »

 

L'Archimandrite Smaragd fut dépouillé de sa prêtrise et de son monachisme par les autorités ecclésiastiques et ce fut en tant que laïc : Pavel Antonovich Latyshenko qu'il fut jugé par un tribunal extraordinaire. L’ancien archimandrite Smaragd fut inculpé de l’assassinat du métropolite, et celui-ci ayant été élevé au statut de fonctionnaire par l’État  polonais, le tribunal pouvait le condamner à être fusillé. Cependant, grâce à l’intervention de son avocat, l'affaire fut transférée à la Cour du district de Varsovie, qui condamna l'accusé à 12 ans de prison, ce fut aussi à Varsovie, qu'il purgea sa peine à la prison de Mokotovskoy. De là il tomba dans les oubliettes de l’histoire.

Cet assassinat s’il fut unanimement condamné tant par les tenants de l’autocéphalie que par les partisans du patriarcat de Moscou. Mais au-delà de la démonstration qu’il donnait du caractère passionnel et hautement politique des enjeux de l’autocéphalie, cet assassinat donnait un coup fatal à ceux qui osaient encore s’opposer à la ligne ecclésiologique et politique défendue jusque-là avec tant d’ardeur par le Métropolite Georges. Sans le vouloir l’archimandrite russe Smaragd avait fait disparaître toute opposition dans l’épiscopat et le clergé de la Métropole de Pologne à l’autocéphalie. Qui s’aventurerait désormais à se ranger dans le camp d’un assassin ?

 

 

Chapitre 8 : En Pologne en 1923-1924 : Acte II : La naissance d’un nouveau prophète, le Métropolite Denys de Varsovie et de toute la Pologne

 

Le synode des évêques de Pologne se réunit quelque jours seulement après la tragédie, le 27 février 1923 et prit deux décisions capitales à l’unanimité, unanimité qui jusque-là avait manqué au défunt Métropolite Georges : la nomination comme évêque-vicaire de Varsovie-Chelm du nouvel évêque Anthony Martsenko, et l’élection comme Métropolite de Varsovie et de toute la Pologne de l’Archevêque Denys précédemment archevêque de Kremenets et de toute la Volhynie. Chacun savait que le nouveau métropolite conduirait jusqu’à l’autocéphalie l’Église Orthodoxe de Pologne et le Gouvernement avait déjà fait connaître qu’il était le candidat de son choix et le seul qui serait accepté. Le Métropolite Denys continuerait à exercer la charge épiscopale d’archevêque de la Volhynie qui était à cette époque l’éparchie la plus peuplée de croyants orthodoxes. Ne pouvant officiellement s’adresser au patriarche Tykhon incarcéré, mais également parce que le Gouvernement polonais ne l’autorisait plus, le scandale de l’assassinat renforçant le sentiment violent antirusse, le Concile des évêques s’adressa avec le Métropolite Denys à Sa Sainteté le Patriarche Œcuménique pour recevoir de lui la confirmation de l’élection sur le Trône de Varsovie du nouveau Métropolite de la Pologne. Le nouveau patriarche Mélétios IV s’empressa de répondre le télégramme suivant daté du 13 mars 1923 : « Au fond de mon cœur choqué par la triste nouvelle de la mort tragique du Métropolite Georges, Nous sommes heureux d'apprendre aujourd'hui le rapport officiel des évêques que vous, Votre Eminence, ayez été élu successeur de la personne décédée. Sur la base de la décision du Synode local, nous, avec notre bénédiction, notre frère en Christ, vous avons alloué les mêmes pouvoirs ainsi que l’avait fait le patriarche Tykhon à votre prédécesseur, au rang de Métropolite de Varsovie et de toute la Pologne. Mélétios IV Archevêque de la Nouvelle Rome, patriarche œcuménique».

 

Le patriarche de Constantinople dans ce télégramme confirme canoniquement l’élection du nouveau primat de Pologne comme le ferait le patriarche d’une Église Mère (ce qu’il a toujours jusqu’à aujourd’hui  revendiqué être pour l’Église d’Ukraine) pour le primat d’une Église fille autonome. Il ne se réfère au Patriarche Tykhon que pour ne mentionner le titre octroyé au prédécesseur du nouveau Métropolite Denys : « Nous avons alloué les mêmes pouvoirs ainsi que l’avait fait le patriarche Tykhon à votre prédécesseur au poste de Métropolite de Varsovie et de toute la Pologne ». En réalité c’était la première fois que cette dignité était conférée à titre définitif par une autorité canonique indiscutable, car nous l’avons vu précédemment, le Métropolite Georges n’avait été nommé qu’à titre temporaire comme Métropolite de Varsovie et qu’il agissait comme Exarque de toute la Pologne du Patriarche de Moscou,  jusque-là emprisonné. Certes, certes, nous savons que le Métropolite Georges ne l’entendait pas ainsi, et se comportait comme le premier Primat de l’Église Ukrainienne Autonome enfin ressuscitée, et que le Gouvernement polonais partageait la même vision des choses. Mais le télégramme de Sa Sainteté le Patriarche Mélétios IV montrait clairement à l’épiscopat et au Gouvernement polonais qu’elles étaient les intentions du Patriarcat de Constantinople et qu’elle devait être pour la nouvelle - et si ancienne - Église Orthodoxe locale, le chemin à suivre. Enfin dans le télégramme de Mélétios IV la référence au Synode local s’inscrivait directement dans le Canon Apostolique 34.

 

Chapitre 9 : Quel est le véritable auteur du Tomos de 1924 ?

 

Un personnage central vient de faire son apparition pour l’accession à l’autocéphalie de l’Église ukraino-polonaise : il se situe dans cette mouvance trouble que nous venons d’examiner, qui aux long des siècles précédents, ont chassé des trônes majeurs de l’épiscopat hellénique, des archevêques et des patriarches de grande valeur.

Le Patriarche Œcuménique qui eut en premier à étudier l’attribution de l’autocéphalie à l’Église de Pologne, au moment de son élection puis de son intronisation en 1921 comme Patriarche de Constantinople, était Mélétios Métaxakis. C’est donc incontestablement lui qui mit au travail la commission patriarcale qu’il présida pour étudier la demande conjointe de l’État polonais et de l’Église de Pologne. Examinons brièvement son parcourt Celui-ci était pourtant, avant son élection puis son intronisation comme patriarche de Constantinople, déposé et excommunié par l’Église Orthodoxe Autocéphale de l’Hellade dont il avait été l’archevêque. Cette mesure canonique légale n’est pas différente de celles qui tout au long des siècles passées frappa des évêques et patriarche tels saint Athanase d’Alexandrie, saint Jean Chrysostome, saint Ignace de Constantinople, saint Photios le Grand et plus près de nous saint Nectaire d’Egine. Si une telle déposition, n’était donc pas sans précédent pour le Patriarche Mélétios IV de Constantinople, comme nous venons de le voir dans l’histoire mouvementée de l’Eglise Byzantine, dans la logique canonique et sacramentelle de l’Église Orthodoxe, elle est supposée pour celui qui en est la victime, de la perte de la grâce épiscopale. Tout au long de son histoire, le Patriarcat de Constantinople n’en tint finalement jamais compte. L’archevêque déchu Mélétios Métaxakis n’aurait normalement pas pu être élu comme Patriarche par ses frères évêques, car il n’avait pas fait appel devant le Trône de Constantinople de sa déposition, et n’avait donc pas été rétabli selon les 3ème et

5 ème canons de Sardique [28]en présence de représentants de l’Église Grecque qui l’avait déposé. Et pourtant, en connaissance de cause, l’épiscopat de la Grande Église l’a élu comme son patriarche ! Nous avons observé dans les chapitres précédents que de telles situations étaient tout simplement banales, et qu’en réalité personne n’en tenait compte lorsque les circonstances géopolitiques de l’Église le commandaient.

 

C’est ce nouveau patriarche qui eut à examiner et à statuer sur la réponse à donner sur  cette autocéphalie, tant à l’épiscopat de la Métropole de Pologne qui la demandait, qu’à l’état polonais qui la soutenait, qu’au patriarcat de Moscou qui n’en voulait pas. Ce n’est évidemment pas son pauvre successeur en 1923, le patriarche Grégoire VII qui signa sur son lit de mort en 1924 l’acte d’autocéphalie, qui en avait soigneusement rédigé les termes  d’une précision ecclésiologique, qui exigeaient des connaissances encyclopédiques de l’histoire et du droit canon, que nous analyserons à la fin de notre ouvrage. Mélétios laissa dans l’histoire de l’Eglise d’autres traces dont celle du changement du calendrier qui suscita  un schisme qui perdure encore. Mélétios Métaxakis  avait effectivement fait adopter dans le concile du 10 mai au 8 juin 1923 des canons, aujourd’hui peu connus, que nous pensons importants de donner [29]  pour l’histoire de l’Église Orthodoxe

 

Depuis les signes annonçant l’effondrement de l’Empire Ottoman, la politique de la Grande Église  avait dû s’adapter à une situation nouvelle sur le plan européen, avec le risque, en ne le faisant pas, de perdre toute crédibilité. Les anciennes nations orthodoxes, principalement bulgare, serbe, roumaine qui se détachaient de l’hégémonie turque exigeaient toutes que leurs anciennes Églises autocéphales nationales recouvrent précisément leurs autocéphalies. Après les périodes d’excommunications et de schismes  habituelles - qui existent, hélas, encore aujourd’hui ! - imposées à l’époque par le Patriarcat de Constantinople, celui-ci devenant enfin réaliste, accordera à chacune de ces Églises, la précieuse autocéphalie, non pas en reconnaissant celles autoproclamées quelques dizaines d’années auparavant, mais pour chacune d’entre elles, comme une nouvelle autocéphalie. Les Églises locales concernées acceptèrent cette façon très particulière de présenter les choses, car elle mettait fin à des schismes nuisibles à l’ensemble de l’Église Orthodoxe. Pour la Grèce rescapée hellénique de l’ancien Empire Byzantin, il s’agissait clairement de la naissance d’une nouvelle nation et donc de l’octroi d’une nouvelle autocéphalie, certes enracinée dans son passé impérial byzantin, mais d’un nouvel État grec qui ne recouvrait qu’une toute petite partie de l’ex-empire, le reste de ses territoires étant sous domination turque. Ainsi le Patriarcat de Constantinople accordait en 1850 l’autocéphalie grecque, avec des ajustements d’augmentation de son territoire canonique : en 1864 pour les Iles Ioniennes, en 1882 et en 1912 pour la Thessalie et l’Epire, en 1928  pour la Grèce du nord dont les évêques officiellement rattachés au patriarcat deviennent membre du saint Synode de l’Église de l’Hellade, enfin en 1945 le Dodécanèse. En 1885 il accordait l’autocéphalie roumaine. En 1922 il accordait l’autocéphalie serbe. La première guerre mondiale avait vu les bulgares combattre les grecs, les roumains et les serbes, cette situation géopolitique ne permettait pas que la Bulgarie soit reconnue comme autocéphale par le patriarcat de Constantinople, la haine anti-bulgare étant prédominante chez tous les grecs. Et il lui faudra attendre 1945 pour que le schisme injuste ecclésiologiquement qui lui était imposé par la Grande Église, cesse et que soit accordée son autocéphalie (ou reconnue selon les points de vue).

 

La première constatation que nous pouvons faire, c’est que durant les années 1922-1924 au cours desquelles sera étudiée par le patriarcat de Constantinople la demande d’autocéphalie polonaise, le climat politique est  plus que favorable à ce qu’une autocéphalie soit accordée. Le patriarcat avait donc dû renoncer à sa juridiction directe sur de très nombreux territoires nationaux qui lui étaient rattachés canoniquement depuis la chute de Constantinople en 1453. L’examen qui lui était soumis en 1923 concernait  un territoire canonique qu’il avait toujours revendiqué comme étant ecclésiologiquement et canoniquement le sien (ce que le Tomos rappellera dans des termes très précis). En spécifiant comme il le fera dans le Tomos de 1924, qu’à aucun moment de son histoire, le territoire de la Pologne-Ukraine avait été reconnu comme dépendant canoniquement de l’Église russe, et que l’Ukraine occupée ou non, n’avait donc jamais cessé en droit canonique de relever de la juridiction du Patriarcat de Constantinople. Cela lui   permettait de s’affirmer face au Patriarcat de Moscou comme l’Église Mère de toutes les Églises Russ’!  Accorder l’autocéphalie à l’Eglise Orthodoxe de Pologne n’amputait donc pas le territoire canonique du Patriarcat de Constantinople, mais tout au contraire, l’augmentait. En effet, ce faisant, la Grande Église affirmait également son autorité canonique, non seulement sur la Pologne, mais sur tout le reste de l’Ukraine qui alors relevait  du Patriarcat de Moscou. Nous voyons bien ici ce qui était en plus de l’autocéphalie elle-même, inadmissible par le Patriarcat de Moscou, hier comme aujourd’hui.

C’est bien ce qui est écrit dans ce passage du Tomos : « …car il est écrit que la première séparation de notre Siège de la Métropole de Kiev et de la Métropole Orthodoxe de Lituanie et de Pologne, en a dépendu, ainsi que leur intégration au sein de l'Église moscovite ont été accomplies contrairement au droit canon, comme aussi tout ce qui a été convenu en ce qui concerne la pleine autonomie de l'Église de la Métropole de Kiev, qui, à l'époque, avait le titre Exarque du Siège œcuménique ». Nous voyons dans cette décision une clairvoyance tout à la fois ecclésiologique et géopolitique d’une rare intelligence. Nous reparlerons à la fin de notre ouvrage de cette question ecclésiologique  dans un chapitré dédié.

 

Le nouveau patriarche Grégoire VII comme son prédécesseur, bien informé  de la situation précaire du patriarche Tykhon en Russie qui faisait face à deux dangers : les soviétiques et l’Église vivante qui eut un moment le soutien du nouveau pouvoir russe, savait qu’il avait les mains libres pour trancher le problème. L’emprisonnement du patriarche Tykhon du mois d’avril 1922 au mois d’août 1923 conjugué à la contestation et à la pseudo-déposition en 1923 du patriarche de la part de l’Église Vivante contribuait d’une manière significative à affaiblir la position de l’Église russe hostile à l’autocéphalie de l’Église Orthodoxe de Pologne. Tous les événements connexes que nous allons étudier dans les prochains chapitres sont placés  à l’ombre menaçante de cette période dans laquelle l’existence même du Patriarcat de Moscou restait incertaine.

 

Chapitre 10 : Les grandes manœuvres de l’État polonais en faveur de l’autocéphalie : après le bâton, les carottes

 

Le Patriarche Tykhon enfin libéré de son emprisonnement et tout à fait informé que Constantinople s’apprêtait à accorder l’autocéphalie à « sa Métropole de Pologne, faisait parvenir au Métropolite Denys de Varsovie, le 23 mai 1924, une importante lettre donnant le point de vue ecclésiologique  du Patriarcat de Moscou sur la question de l'autocéphalie de l'Église Orthodoxe de Pologne : « Nous avons reçu ces jours derniers, seulement », écrivait le Patriarche,—« la lettre de votre Eminence datée du 18 - 5 novembre 1923, dans laquelle vous nous informez, qu'après le décès du Métropolite Georges vous avez reçu la dignité de Métropolite de Varsovie, de Volhynie et tout la Pologne par l'élection des pieux évêques de la Métropole Orthodoxe de Pologne, en accord avec le gouvernement de la république polonaise et avec l’assentiment et la bénédiction de Sa Sainteté Mélétios IV, le Patriarche Œcuménique de Constantinople et vous nous demandez de bénir l'existence indépendante de l'Eglise Orthodoxe dans l'État Polonais protégeant votre Eminence et protégeant les droits d’expression libre et de développement de notre Eglise orthodoxe". Ce mot bref de notre part à votre Eminence nous provoque un certain embarras. En 1922, peu de temps avant notre élimination temporaire du pouvoir, nous avions négocié, avec les représentants du Gouvernement polonais, l'installation de l'Eglise Orthodoxe de Pologne et sa relation au Patriarche de toute la Russie. De ces négociations, s’en est suivi l’élaboration d’un accord entre  le Synode Sacré et nous-mêmes : "le projet de positionnement sur la gestion de l'Eglise Orthodoxe dans l'État polonais". Elle a été envoyée au Métropolite de Varsovie pour réception ainsi qu’un accord projeté de la part du Gouvernement polonais. Les négociations ultérieures furent interrompues en conséquence de notre arrestation et le destin du projet qui fut élaboré par nos soins nous reste inconnu. La lettre de votre Eminence ne donne aucun éclaircissement sur ce sujet. Sans exposition des circonstances de l'affaire, nous sommes mis devant le fait accompli de cette entière indépendance de l'Eglise Orthodoxe de Pologne vis-à-vis du Patriarche de toute la Russie et de son passage sous la juridiction du Patriarche de Constantinople affirmé, comme on le montre la lettre de votre Eminence, par l'acte de l'élection du Métropolite de Varsovie et de toute la Pologne. Nous ne savons pas par quelle obscure raison ni par quelle partie des règles canoniques, une partie de l'Eglise de toute la Russie orthodoxe, sans accord du Concile local et sans bénédiction de son Primat, ait pu devenir indépendante. En s'accordant avec on ne sait quelles règles canoniques, Sa Sainteté Mélétios IV, l’ancien Patriarche de Constantinople, s'est octroyé le droit d'étendre son pouvoir sur une partie du Patriarcat Russe. N’ayant pas, sur ce point, l'exposé officiel de votre Eminence, nous recevons beaucoup de messages privés, qui dépeignent sous une lumière très défavorable, l'histoire du passage de l'Eglise Orthodoxe de Pologne vers l'indépendance et sa position dans l'État polonais. On nous communique des éléments sur des protestations vigoureuses qu’aurait rencontrées l'annonce de l'indépendance de l'Eglise Orthodoxe de Pologne du côté des évêques orthodoxes et des croyants, sur des violences qu'auraient subi les dissidents et sur la privation illégale des chaires de quatre évêques: les évêques Pantaléïmon , Serge, Vladimir et Éleuthére. Quant à la bienveillance du Gouvernement polonais envers l'Eglise orthodoxe dans la limite de l'État polonais et la protection qu’il donne pour la liberté et le développement de l'Orthodoxie, et encore selon ces mêmes rapports et nos informations privées confirmés par la note de notre Gouvernement du 10 mai de cette année, que la République polonaise a présentée au Gouvernement, ne correspondent pas aux messages de votre Eminence. Face à une telle insuffisance et à l'aspect contradictoire des informations reçues par nous sur les événements au sein de la Métropole Polonaise Orthodoxe, Nous ne pouvons bénir l'existence indépendante de l'Eglise orthodoxe dans l'État polonais, jusqu'à ce que toutes les circonstances et les raisons canoniques de son passage vers cet état indépendant ne soient éclaircies devant la Concile de l'Eglise Orthodoxe de toute la Russie, la convocation duquel est objet de nos soins et de nos prières constants. Nous demandons donc à Votre Eminence de nous communiquer un exposé sur la vie et les événements de l'Eglise Orthodoxe de Pologne depuis le mois de mai 1922 ».

La lettre citée ci-dessus de Sa Sainteté le Patriarche ne fut reçue à Varsovie  que seulement à la fin du mois de juillet. 

Le Métropolite Denys jugea utile de réponde à cette lettre et pour cela de convoquer un nouveau Concile, le 16 août 1924 dans la Lavra de Potchaev. Le Concile rassemblé, on y lu la lettre du patriarche Tykhon et surtout on y approuva le texte de la vaste lettre-réponse du Métropolite Denys et de tout l'épiscopat de l'Eglise Orthodoxe polonaise, dans laquelle étaient exposées les circonstances de la vie de l'Église durant les années de l’incarcération du patriarche Thykon.  Il y était souligné (comme nous le mentionnions plus haut) que c’était « la vie elle-même, et non la hiérarchie, qui demandait  l'existence autocéphale de l'Eglise Orthodoxe polonaise ».

Une bonne partie de la lettre était consacrée à la question du « concordat » de l'Eglise Orthodoxe avec le Gouvernement polonais, puis s'étendait aux « Règles Temporaires » de 1922, ainsi qu’à la question de l'existence de l'Église indépendante autocéphale.

Dans la lettre était indiqué que : «  le saint Synode au début de son existence a fait tous les efforts pour conserver en Pologne la beauté et magnificence des  églises, la foi orthodoxe intacte, les fondements fermes de la piété, un bon ordre de la gestion des églises et la haute autorité du clergé ».

Ensuite, dans une lettre, il fut dit que « A notre grand regret, les activités du saint Synode en rapport avec les changements de l'Eglise Orthodoxe de Pologne étaient freinés par les humeurs et les contradictions des évêques Eleuthère et Vladimir. Ces évêques ne pouvaient pas se réconcilier avec l'état de choses actuel dans la vie de l'Eglise Orthodoxe de Pologne et violaient par tous les moyens l'ordre correctement organisé de cette vie. Les évêques Eleuthère, Vladimir et Pantéleïmon ont été déposés et privés de leurs chaires épiscopales en raison de plusieurs délits canoniques, et que la légalité de la privation de leurs éparchies ne peut pas être contestée car, ils conduisaient la vie d'Église vers l'anarchie et l'arbitraire. » C’était une lettre qui affirmait sans ambiguïté que tous les évêques pro-russes avaient été définitivement écartés de l’Église de Pologne à cause même de leur allégeance au patriarcat de Moscou, et sans espoir d’un retour au passé, et qu’aucun retour en arrière n’était à espérer de la part de la Métropole de Pologne, sinon la courtoisie d’une réponse par écrit au patriarche de Moscou qui ne pouvait changer la nature des choses et la route vers l‘autocéphalie sur laquelle l’Église Orthodoxe de Pologne s’était engagée.

Le nouveau Métropolite Denys s’empressa dans le concile qui venait de le désigner comme Métropolite de Varsovie et de toute la Pologne de faire clairement connaître, tant aux évêques et clercs présents qu’au Gouvernement polonais, que la direction engagée par son prédécesseur le métropolite Georges de bienheureuse mémoire, serait poursuivie sans faille : «  Pour exprimer leur consentement à l'exécution de cette décision  ainsi que sur la demande du Gouvernement, considérant l’absence de patriarche à Moscou, réclamant la bénédiction de Sa Sainteté le Patriarche œcuménique afin d'être confirmé  comme « Métropolite  de l’Eglise Orthodoxe Métropolitaine de Pologne » . C’est à cette déclaration qui sera ensuite rédigé en lettre adressée à Sa Sainteté le patriarche Mélétios IV que celui-ci répondit le télégramme déjà cité dans le chapitre précédent : « Au fond de mon cœur choqué par la triste nouvelle de la mort tragique du Métropolite George, Nous sommes heureux d'apprendre aujourd'hui le rapport officiel des évêques que vous, Votre Eminence, ayez été élu successeur de la personne décédée. Sur la base de la décision du Synode local, nous, avec notre bénédiction, notre frère en Christ, vous avons alloué les mêmes pouvoirs ainsi que l’avait fait le patriarche Tykhon à votre prédécesseur, au rang de métropolite de Varsovie et de toute la Pologne. Mélétios IV Archevêque de la Nouvelle Rome, Patriarche Œcuménique.»

 

Il nous faut revenir peu de temps avant l’assassinat tragique du métropolite Georges. Celui-ci avait avancé dans ses démarches en quêtes de l’autocéphalie en demandant au patriarche Mélétios IV d’envoyer une délégation à Varsovie pour étudier la situation sur  place et parler tant avec les évêques et les théologiens, qu’avec les autorités polonaises. La délégation était en réalité constituée de deux membres de la Commission Synodale nommée par le patriarche de Constantinople pour étudier l’affaire. Elle était composée de l'ancien locum tenens du Trône Œcuménique, le métropolite Nicolas de Césarée et un  Secrétaire de la Patriarchie, monsieur  Mandrinosa. Mais devant l’assassinat le voyage fut reporté. Viendra ensuite le télégramme du Patriarche Mélétios IV que nous avons étudié et qui prenait fermement position ecclésiologiquement et canoniquement en confirmant de son autorité de chef de l’Église Mère, l’élection du nouveau Métropolite de Pologne. Mais l’animosité du nouveau chef de la Turquie Mustafa Kemal envers le patriarche Mélétios, à cause de son soutien apporté à ses compatriotes grecs, obligeait se dernier à se retirer de son Siège et à se réfugier au Mont Athos en septembre 1923, d’où il sortira moins d’un an après pour devenir patriarche d’Alexandrie. Ce sera l’élection dans cette période de bouleversements européens du patriarche Grégoire VII qui sera le signataire du Tomos d’autocéphalie de l’Église de Pologne. Mais le travail avait depuis longtemps commencé dans la chancellerie du patriarcat. Le Métropolite Denys écrivit naturellement au nouveau patriarche de Constantinople afin de l’informer de la situation dans laquelle se trouvait maintenant son Église et du fait que l’autocéphalie était non seulement demandée par l’épiscopat et le Peuple Royal Orthodoxe de Pologne, mais qu’elle était exigée avec insistance par le Gouvernement polonais. Le Patriarche Grégoire VII répondit par une lettre du 17 septembre 1924 n° 3312 portant une réponse diplomatique qui ne précisait rien ; mais restait dans un ton positif : « Qu'il avait lu avec plaisir les précédents rapports  détaillés sur l'Eglise Orthodoxe de Pologne et a trouvé que son état est tout à fait bon et pleine d’espoirs.  »

Venait enfin le Tomos tant espéré par les uns et craint par les autres, dans des circonstances que nous venons d’expliquer. Rédigé par un patriarche chassé de son trône, Mélétios IV (1921-1923), il était signé par un patriarche déjà endormi dans le Seigneur, Grégoire VII, (1923-1924) et, confirmé par son successeur par Sa Sainteté Constantin VI (1925) et enfin envoyé à l’Église Orthodoxe de Pologne par le successeur de celui-ci, Basile III (1925-1929). Ce qui prouve, que comme par le passé, les patriarches pouvaient passer, l’institution patriarcale demeurait comme une forteresse à l’abri de toutes les tempêtes des siècles et de leur histoire mouvementée.

 

 

 

 B

Chapitre 11 : Le Tomos et les fondements ecclésiologiques et canoniques de toutes les autocéphalies

Voici le Tomos sur les paragraphes duquel nous reviendrons lorsque les sujets évoqués dans notre ouvrage en rendrons la lecture indispensable.[30]

« T O M O S

Sa Sainteté + GREGORIOS VII

Tomos patriarcal et Synodique canonique :

Le Patriarcat Œcuménique de Constantinople, le 13 Novembre 1924, relatif à la déclaration de l'Église Orthodoxe en Pologne comme une Église autocéphale.

GREGORIOS VII, par la grâce de Dieu Archevêque de Constantinople, la Nouvelle Rome et le patriarche œcuménique de la Sainte Église Orthodoxe dans l'Etat polonais protégé de Dieu, doté d'un système autonome et d'administration et prouvant sa fermeté dans la foi, son  zèle par des œuvres de bienfaisance a demandé notre Saint-Siège apostolique et œcuménique patriarcal de bénir et de confirmer son système administratif autocéphale, considérant que, au vu des nouvelles circonstances de la vie politique, seul un tel système peut satisfaire et garantir ses besoins.

L'examen de cette demande, avec charité, en prenant en considération les structures des saints canons qui ont établi que le système des affaires de l'église doit correspondre avec les formes politiques et nationales  (Concile Œcuménique IV, canon 17, Concile Œcuménique VI, canon 38), ainsi le raisonnement de Photius: « Il est acceptable que les lois qui concernent les affaires de l'église, et les questions en particulier diocésaine, dussent correspondre aux changements politiques et administratifs », autrement dit, s’incliner face aux demandes des obligations canoniques, qui imposent à notre Saint Siège œcuménique de se préoccuper des Églises Orthodoxes, qui sont dans le besoin; en considérant aussi le fait, ce qui n’est pas contredit par l'histoire (car il est écrit que la première séparation de notre Siège de la Métropole de Kiev et de la Métropole Orthodoxe de Lituanie et de Pologne, en a dépendu, ainsi que leur intégration au sein de l'Église Moscovite ont été accomplies  contrairement au droit canon, comme aussi tout ce qui a été convenu en ce qui concerne la pleine autonomie de l'Église de la Métropole de Kiev, qui, à l'époque, avait le titre Exarque du Siège œcuménique). Nous et nos saints métropolites, nos frères bien-aimés et collègues dans l'Esprit Saint, avons estimé qu'il était de notre devoir de prêter une oreille bienveillante à la demande qui nous est présenté par la Sainte Église Orthodoxe de Pologne et de donner notre bénédiction et notre approbation à son administration autocéphale et indépendante.   

En conséquence de cette décision conciliaire, suivant les directives de l'Esprit Saint, nous avons décidé: de reconnaître une administration autocéphale pour l'Église orthodoxe en Pologne et donner notre bénédiction à cela, de sorte qu'à partir de ce jour, elle peut être régie comme une Sœur spirituelle, et décider de ses affaires indépendamment et de manière autocéphale, selon les règlements et les droits illimités d'autres saintes Églises orthodoxes autocéphale, reconnaissant comme son autorité ecclésiastique suprême, le Saint Synode, composé d'évêques orthodoxes canoniques en Pologne, dont le président doit être, à tout moment, le saint Métropolite de Varsovie et de toute la Pologne. Pour préserver et maintenir canoniquement unis à Notre Saint-Siège Apostolique œcuménique patriarcal, ainsi qu'avec toutes les autres Églises orthodoxes autocéphales, nous mentionnons ici les obligations que chaque métropolite de Varsovie et de toute la Pologne aura: c'est-à-dire, d'informer, selon les règlements de la Saint-orthodoxe, de son élection et intronisation par une lettre d'intronisation notre Grande Église Chrétienne ainsi que tous les autres Églises sœurs autocéphales orthodoxes: de conserver tout ce qui touche à une préservation de la foi et de la piété orthodoxe , ainsi que tout ce qui est commandé par les saints canons et règlements de l'Église Orthodoxe saints; de célébrer également, conformément à la réglementation dans les Diptyques, le nom du Patriarche œcuménique et les autres patriarches ainsi que les hiérarques d'autres Églises autocéphale. En plus de cela, nous décrétons, que l’Église Sœur orthodoxe autocéphale de Pologne doit obtenir sa Sainte Huile (Myrhon ) de notre grande Église Chrétienne. Nous conseillons à ce moment, que, dans les questions relatives à l'ordre de l'église et dans les questions de nature plus générale, qui sont au-delà des limites de la compétence de chaque Église autocéphale agissant individuellement, que la Sainte Métropolie de Varsovie et de toute la Pologne applique notre Saint Siège œcuménique patriarcal, par le biais de la médiation dans l’union avec chaque Église Orthodoxe, «... enseigner fermement la parole de la vérité» et demander des avis autorisés et l'aide des Églises Sœurs.

Ayant examiné attentivement tout cela lors des réunions canoniques du Saint Synode le 6 et le 11 de  Novembre 1924, nous avons confié, après approbation du Synode, ce Tomos patriarcal et synodal, Sœur-orthodoxe autocéphale copié avec précision et sans altération , tel qu'il est enregistré dans le Registre de notre grande Église Chrétienne, au béni DENYSIOS , notre bien-aimé frère et collègue dans le Christ, métropolite de Varsovie et de toute la Pologne et président du saint-Synode de l'Église orthodoxe autocéphale en Pologne.

 

Que le Seigneur Dieu se renforce de par les siècles, par la grâce et les mérites du premier grand et suprême pasteur, le Christ notre Dieu, l'Église Sœur Autocéphale de Pologne, si heureusement organisée, peut-Il élever et augmenter tout à la gloire de son Saint Nom, pour le bénéfice de ses ouailles pieuses et pour la joie de tous les Églises sœurs autocéphales orthodoxes.

Dans l'année de Notre Seigneur 1924, le 13 Novembre


Le Patriarche de Constantinople, +GREGORIOS VII

Le Métropolite de Kiza, + KALYNYKOS

Le Métropolite de Sarkia and Pisidia, +GERMANOS

Le Métropolite de Nicée, BASILIOS

Le Métropolite de Chaldée, +JOACHIM

Le Métropolite de Philadelphia, +PHOTIOS

Le Métropolite de Derkos, +CONSTANTIN

Le Métropolite de Syliria, +EUGENIOS

Le Métropolite de Brus, +NICODEMOOS

Le Métropolite de Rodopolia, +CYRILLIOS

Le Métropolite des Iles des Princes, +ATHANANAHEL

Le Métropolite de Néocésarée, +AMBROSIOS

Le Métropolite de Anea, +THOMASIOS


Chancelier de la Patriarchie Œcuménique, le 13 Novembre, 1924

GERMANOS, Métropolite de Sarde. »

L’autocéphalie d’une Eglise Orthodoxe locale s’organise toujours autour du Canon 34 Apostolique. Le Tomos de 1924 ne déroge pas à cette règle comme il est indiqué dans son  dernier paragraphe qui se réfère au Saint Synode présidé par le nouveau Primat : « au béni DENYSIOS, notre bien-aimé frère et collègue dans le Christ, métropolite de Varsovie et de toute la Pologne et président du Saint-Synode de l'Église orthodoxe autocéphale en Pologne. »

Du point de vue de son organisation extérieure,  l’Eglise Orthodoxe est  décentralisée, chaque Eglise locale est l’Eglise Une Sainte Catholique (Sobornost)  et Apostolique dans sa plénitude. L’Eglise locale commence par l’éparchie (diocèse) ayant à sa tête son évêque :   « Là où est l’évêque, là est l’ecclésia (Eglise) »[31] Cette  phrase que nous citons, souvent attribuée à saint Cyprien de Carthage, est tirée de l’épître de Saint Ignace le Théophore aux Smyrniotes. Le Grand Théophore ajoute « Soyez unis à votre évêque »[32] et «  Regardez votre évêque comme le Christ »[33]. Ce sont là des avertissements et non de simples conseils. C’est là toute la réalité charismatique de la première cellule de l’Eglise : l’éparchie, rassemblée par et autour de son évêque, qu’elle doit regarder comme le Christ. Mais très tôt l’Eglise a défini qu’à la suite du concile des apôtres certaines question devaient être résolues, non par un seul évêque, fut-il placé sur le trône d’une grande cité, mais par l’ensemble des évêques d’une région. Cette organisation des premiers conciles régionaux s’est faite aussi, pour que se renouvelle la parole des apôtres au premier concile de Jérusalem « L’Esprit Saint et nous avons décidé de… »[34].  Mais tout autant pour se rappeler et faire vivre à des moments privilégiés de la vie de l’Eglise le charisme de l’unité épiscopale. Le fait qu’il n’y ait qu’un seul épiscopat institué à l’image du collège apostolique. Le Christ n’a pas eu un unique apôtre, mais douze, et même d’avantage, avec l’apôtre Mathias et l’apôtre Paul et les soixante-dix. Saint Cyprien ne dit pas autre chose en parlant de l’universalité du corps épiscopal : « Il n’y a qu’un seul épiscopat dont chacun des membres  qui le compose possède solidairement une partie ; comme il n’y a qu’une Eglise qui, par son inépuisable fécondité embrasse la multitude des fidèles. »[35]  C’est avec cette conscience que Cyprien convoqua et présida en Afrique des conciles provinciaux rassemblés selon le canon 34 des Apôtres : « Pour régler certaines affaires, en les soumettant à l’examen d’une assemblée, nous avons été obligés, Frère très cher, de nous réunir à plusieurs évêques et de tenir un concile ».  Tout est dit dans ce préambule d’une lettre adressée au pape Etienne de Rome au sujet du baptême des hérétiques.[36] (Concile de Carthage de Printemps 256). Le canon 34 Apostolique est le plus ancien et le plus légitime, qui est à la racine de tous les autres canons œcuméniques  concernant l’organisation de l’Eglise. Il est le fondement et la pierre angulaire de tout l’édifice charismatique de l’Ecclésia. Chaque Eglise locale  (nationale ou provinciale) a son propre primat. Sans rentrer dans les détails de l’ecclésiologie orthodoxe concernant l’organisation et le pouvoir souverain dans l’Eglise, le primat n’est que le premier parmi les autres évêques selon ce Canon apostolique 34 que nous venons d’évoquer. Le canon 34 oblige les évêques chaque nation (ou province) à élire leur « protos » (premier), et « qu’ils ne décident rien sans le Premier, ni le Premier  ne décide rien sans l’assentiment de  tous ».  Bien entendu comme ce Protos est élu par l’ensemble de l’épiscopat d’une Eglise locale, sa parole comme sa personne, sont revêtues d’un très grand poids. C’est l’expression ecclésiale de la synergie de l’unité  dans et avec la diversité des hypostases. L’unité d’un seul corps ecclésial dans un lieu donné, d’une seule tête, son chef,  et la synergie de la tête qui ne peut agir qu’avec l’accord de l’ensemble du corps. Le Protos est à la fois écouté par les autres évêques, et lui-même non seulement écoute les autres évêques, mais porte la responsabilité charismatique d’être l’expression vivante de l’unité de cette Eglise locale, tant dans ses actes que dans les paroles. C’est pourquoi il est toujours entouré d’honneur.

 Chacun sait que la primauté d’honneur entre tous les patriarches et primats est dévolue depuis le schisme de 1054 à la Seconde Rome, le patriarcat de Constantinople. Mais il ne nous semble pas inutile de rappeler que cette primauté est une primauté de diaconie au service de tous, et non la suprématie de ce siège sur tous les autres, comme la réplique « orthodoxe » de l’ecclésiologie Catholique Romaine. Dans l’Eglise Orthodoxe il n’existe pas d’évêque au-dessus des autres, qui serait le juge suprême des conflits dans l’Eglise, et des autres évêques. Certes le droit d’appel, définit par les canons 3 et 5 du Concile de Sardique s’applique au Premier Siège comme cela  a été rappelé dans le Concile Photien de Constantinople V( 879-880), mais ces canons sans entrer dans les détails, ne constituent pas un droit d’ingérence du patriarche de Constantinople dans les affaires d’une autre Eglise locale autocéphale ni même autonome[37]. Ces dernières responsabilités appartiennent aux Conciles (locaux, régionaux ou œcuméniques) qui régissent la vie de l’Eglise, selon le canon 34 apostolique et qui prennent comme jurisprudence tous les canons des précédents conciles œcuméniques, conciles généraux contenus dans le « Pidalion », et canons des Saints Pères de l’Eglise. Bien des canons s’articuleront avec ceux de Sardique, pour définir clairement les prérogatives des deux sièges Rome et Constantinople, en particulier les canons 34, 37, 74, 75 des Apôtres, le canon 6 de Constantinople I, les canons 14, 15 et 20 d’Antioche, le canon 40 de Laodicée, le canon 15 de Carthage. Mais ce sont, certainement, les canons 9 et 17 de Chalcédoine qui équilibrent et complètent le mieux les canons de Sardique. Écoutons, à ce propos, le grand commentateur Zonaras: « Tel est le sens de ce canon (de Sardique): il répartit les juridictions. Quand un évêque accuse un autre évêque, ou quand un clerc accuse un évêque, le juge est alors le métropolite que le canon appelle exarque du diocèse. Mais quand un exarque est en procès avec son métropolite, alors il doit s’en remettre à la juridiction de l’évêque de Constantinople. Mais à aucun moment l’évêque de Constantinople n’est le juge de tous les métropolites. Il l’est seulement de ceux qui lui sont soumis. Car il n’a pas à juger en attirant contre leur gré les métropolites de Syrie, ou ceux de Palestine et de Phénicie, ou ceux d’Égypte. Mais les métropolites de Syrie sont sous l’obédience de l’Évêque d’Antioche; ceux de Palestine de l’Évêque de Jérusalem; ceux d’Égypte seront jugés par l’Évêque d’Alexandrie. C’est par eux qu’ils sont ordonnés, et à eux qu’ils sont soumis »[38]. Ce commentaire rejoint parfaitement la doctrine orthodoxe de l’exercice de la primauté telle qu’elle devrait exister dans l’Église Orthodoxe.

Une collaboration (le terme de loyauté est souvent prononcé) tant spirituelle que patriotique est toujours exigée de la part de l’Eglise nationale  envers l’État. Nous reviendrons en le développant sur ce sujet dans un prochain chapitre[39]. L’unité de l’Eglise Orthodoxe se réalisant alors dans l’unité de la Foi et la reconnaissance par chaque Église Orthodoxe, des autres Eglises sœurs, de la pureté de leurs Traditions apostoliques, et des sacrements qu’elles distribuent. Mais de nombreuses aspérités sont apparues au cours des siècles, et ont modifié en profondeur, les critères de la reconnaissance d’une Église Orthodoxe par une  ou plusieurs autres Églises autocéphales. La proclamation d’une Eglise autocéphale, si elle se réalisait au final par la reconnaissance de celle-ci par le patriarche de Constantinople en étroite synergie avec le basileus (l’empereur), elle nécessitait toujours - et le model impérial byzantin auquel elle se référait pour cela l’explique et le justifie -, qu’au commencement  du processus, s’exprime la volonté du chef de l’État dans lequel naissait la nouvelle Eglise locale, à l’époque l’empereur, le roi ou le prince. Cette volonté du « prince » était toujours conjointe à celle de l’épiscopat, et du primat désigné de la nouvelle Eglise nationale, qui avaient tous la parfaite conscience qu’ils réalisaient le commandement absolu et incontournable du Seigneur :  « De toutes les nations faites des disciples en les baptisant au Nom du Père du Fils et du Saint Esprit. » (Mt XXVIII, 19-20).  C’est cette conscience élevée qu’il faut obéir jusqu’à la mort à tous les commandements du Seigneur et particulièrement à celui-ci, qui a toujours, tout au long de son histoire, inspiré  l’épiscopat de l’Eglise Orthodoxe d’Ukraine dans sa lutte pour l’existence d’une Eglise Orthodoxe autocéphale dans les frontières d’un Etat ukrainien. Cette même conscience habitait les métropolite Grégoire de Pologne puis son successeur le Métropolite Denys et les évêques ukrainiens qui les entouraient, mais que n’avaient pas les évêques pro-russes.

Chapitre 12 : La proclamation officielle de l’autocéphalie avec le concours actif de l’État polonais

L'annonce officielle de l'octroi de l'autocéphalie Eglise Orthodoxe en Pologne a été transmise après la mort du patriarche Grégoire VII, par son  successeur Sa Sainteté le  Patriarche Constantin VI. Le Saint-Synode de l'Eglise Orthodoxe en Pologne présidé par le Métropolite Denys, y répondit par une lettre datée du  12 février 1925 dans laquelle il remercie Sa Sainteté le Patriarche Œcuménique: « de la sollicitude paternelle envers l'Eglise orthodoxe en Pologne" et a appelé le Patriarcat Œcuménique à envoyer une délégation à Varsovie pour la cérémonie solennelle de l'Église orthodoxe en Pologne de la bénédiction qu’elle reçoit par cette autocéphalie, qui consacre,  comme Fille de son Église Mère, son existence indépendante avec le dispositif autocéphale, tel que celui définit dans "Tomos " contenant la décision sur cette autocéphalie. » Puis le Saint-Synode a décidé de « s’adresser au gouvernement afin de prendre toutes les mesures appropriées  pour s’assurer que la délégation du Trône Œcuménique puisse se rendre à Varsovie, la capitale de la Pologne avec l'oukase de reconnaissance du statut autocéphale de l'Église orthodoxe en Pologne et pourrait y résider le temps nécessaire, conformément à sa dignité et sa valeur. » Il est a noté que le premier acte officiel du nouveau Primat de l’Église Orthodoxe Autocéphale de Pologne fut en 1925 de bénir l’Université Orthodoxe Théologique de Varsovie et les séminaires de Kremenets et Vilnius.

Le 8 Avril 1925, Sa Sainteté le Patriarche Tykhon s’endormait dans le Seigneur. Certes il avait eu une vie de martyr de sa conscience, mais du point de vue de l’ecclésiologie il s’en était tenu comme tous ses prédécesseurs sur le siège de Moscou à la vision impérialiste de l’Église russe.

L’État polonais n’allait pas décevoir ceux qui avaient espéré, malgré les vicissitudes, le soutien sans faille de celui-ci dans l’octroi de l’autocéphalie. Pour le Gouvernement polonais l’autocéphalie de l’Église Orthodoxe de Pologne était devenu un formidable instrument de propagande : un état notoirement Catholique qui parrainait l’existence légale et autonome sur son territoire national, d’une Eglise Orthodoxe appartenant à une minorité non négligeable de ses concitoyens. Nous ne reviendrons pas ici sur la question centrale qui venait d’être résolue par l’autocéphalie, celle du risque majeur d’ingérence de l’Église Russe qui bénissait les troupes d’une nation étrangère hostile qui a peine quatre ans auparavant menaçait d’envahir le territoire national polonais. Mais cette Église Orthodoxe Polonaise que l’État polonais persécutait en la dépouillant d’une grande partie de ses propriétés foncières et de très nombreux lieux de culte, cela constituait pour l’État polonais des affaires internes que l’on réglerait par la suite en interne. La philosophie des autorités polonaises était la suivante : « Je peux battre mon enfant, mais je refuse que quelqu’un d’étranger le fasse. Bien plus, si un étranger veut nuire à mon enfant, je prendrai sa défense. » L’épiscopat polonais réaliste semblait accepter cette vue des choses. Il n’avait d’ailleurs guère le choix de penser autrement.

Il fallait donc entourer du plus grand éclat l’acte qui venait de s’accomplir par l’oukase patriarcal de Constantinople.

Au mois de juillet 1925 le Métropolite Denys recevait le télégramme lui annonçant l'élection et la montée sur le  Trône du Patriarche Œcuménique du nouveau Patriarche Basile III. Celui-ci dans une lettre, datée du  20 août de la même année, lui communiquait l'arrivée au milieu du mois de septembre  à Varsovie de la délégation du Patriarcat pour la remise solennelle du Tomos sur l'autocéphalie de l'Eglise Orthodoxe de Pologne. Le 15 septembre 1925 les représentants du Patriarche Œcuménique sont reçu à Varsovie avec faste, tant par les plus haut représentants du Gouvernement polonais, que par l’ensemble de l’épiscopat de la nouvelle Église autocéphale de Pologne rassemblé autour de son primat, Sa Béatitude Denys Ier et d’une foule venue de tous les provinces ukrainiennes et biélorusses de la Pologne. La délégation est composée du Métropolite Ioachim de Chalcedoine, du Métropolite Germain de Sarde et du Métropolite Nectaire de Bucovine représentant de l'Église Roumaine qui fut la première, après Constantinople,  à reconnaître l’autocéphalie polonaise. Le choix conjoint du Patriarcat de Constantinople et du Patriarcat de Bucarest de choisir un prélat de la Bucovine dont la province frontalière était constituée de deux très anciennes éparchies, l’une ukrainienne et l’autre roumaine était symbolique. La proclamation fut faite le 17 septembre avec la lecture du Tomos au cours d’un office célébré dans la cathédrale métropolitaine de Sainte Marie Madeleine, sur Praga.

Les jours suivants avaient lieu les visites protocolaires auprès de tous les principaux dirigeants politiques polonais qui avaient eu à s’occuper de ce dossier. La première visite de la délégation entourée du nouveau primat de l’Église Autocéphale de Pologne et de tous les évêques, était rendue au Chef de l’État, le Président de la République Stanislaw Wojciechowski[40], puis des visites sont rendues au le Président du Conseil des ministres Wladyslas Grabsky[41], qui cumulait les fonctions de Ministre des Cultes et de l'Instruction Publique.  Celui-ci avait suivi le dossier de l’autocéphalie depuis commencement, faisait la déclaration historique suivante : «Pendant que les guerres de religion font rage presque partout en Europe, les rois polonais juraient notamment de respecter la « liberté de conscience » et que cette relation, est, au même degré, dans notre tradition nationale, comme dicté par notre conviction. Le Gouvernement polonais construit ses relations avec les Églises sur trois principes essentiels : la liberté complète de la vie intérieure de toute Église, la loyauté parfaite de chaque Église par rapport à l'État et le respect complet de toutes les religions et les organismes de la vie religieuse. Le Gouvernement polonais souhaite fortement assurer à l'Eglise orthodoxe, la liberté complète de se préoccuper de ses affaires intérieures, tout comme la liberté de diriger la vie spirituelle des croyants en accord avec ses canons, à la seule condition : la loyauté par rapport à l'État et le respect des lois et des pouvoirs établis selon la Constitution de la République polonaise ». Désormais l’Église Orthodoxe de Pologne serait regardée non pas sur ce qu’elle avait été, mais sur ce qu’elle était devenue : une partie intégrante de la société polonaise.

Le Gouvernement polonais récompensa tous ceux qui avaient contribué à l’autocéphalie, en décorant les membres de la délégation du patriarcat de Constantinople, les représentants du Patriarcat de Roumanie, et le Métropolite Denys avec l’Ordre du Mérite. Mais le Chef du Gouvernement fit un geste encore plus spectaculaire que ces décorations civiles en se conformant à l’usage orthodoxe, et en remettant au nouveau primat deux panaghias en or fin et ornées de pierres précieuses, signe qu’il plaçait  désormais  le chef de la nouvelle Église dans les honneurs jusque-là réservés au seul haut clergé catholique ! Depuis Saint Petros Moghila aucun chef de l’Église Orthodoxe ukrainienne n’avait été respecté par l’État polonais de cette manière. Des panaghias précieuses furent également offertes par le Gouvernement polonais à chaque membre de la délégation.

En 1926 l’Église autocéphale de Pologne était reconnue par le Patriarcat d’Alexandrie qui avait alors sur le trône de Saint Marc l’ancien patriarche de Constantinople, Mélétios qui confirmait là sa décision. Au début de 1927, le Métropolite Denys encouragé et soutenu par du Gouvernement polonais, s’est engagé dans un voyage de longue durée en Asie Mineure, en Afrique et dans l'Est de l’Europe auprès des Primats des Églises locales. Les visites commencèrent évidemment par le patriarcat de Constantinople, puis l’Archevêché Orthodoxe Autocéphale de l’Hellade, le Patriarcat d’Alexandrie, ceux d’Antioche, de Serbie et de Bulgarie. Des nations qui avaient été dans leur histoire récente dans l’Empire Ottoman. L’appui sans réserve de la part de Gouvernement polonais qui finança entièrement ce voyage donnait à la nouvelle Église Orthodoxe de Pologne  une stature internationale. L'autocéphalie de l'Eglise Orthodoxe aura coûté au Gouvernement polonais trois millions de zlotys polonais[42]. Le 18 mai 1927, le Métropolite de retour à Varsovie de son périple auprès des principales Églises Orthodoxes autocéphales, recevaient le décret la lettre du Patriarche Œcuménique "De l'Action du Patriarche et Synodale" daté du 7 avril 1927, accordant au Métropolite de Varsovie Denys et ses successeurs, le titre de "Béatitude".

Chapitre 13 : Le lieu emblématique de la conscience de l’Église Orthodoxe Ukrainienne : La Lavra de Potchaev et l’ukrainisation de l’Église Orthodoxe de Pologne entre les deux guerres

Il n’est pas dans notre propos de retracer toute l’histoire de l’Église de Pologne entre les deux guerres. Nous choisissons entre plusieurs  manifestations qui eurent lieux sur le territoire canonique de la nouvelle Église autocéphale quelques événements marquants qui demeurent encore dans toutes les mémoires des patriotes ukrainiens. La Lavra de la Dormition de la Très sainte Mère de Dieu de Potchaev située à cette époque sur le territoire national Polonais était aux yeux de tous les ukrainiens une terre bénie de l’Ukraine et le lieu charismatique et emblématique qui manifestait  que, pour eux, c’était dans la nouvelle Église autocéphale qu’ils pouvaient exprimer et vivre leur conscience nationale.  De la part du nouveau primat et des membres du Saint Synode il était hautement préférable afin de s’enraciner dans l’ecclésiologie d’une Église locale Ukrainienne, d’organiser des séances du synode en territoire historiquement ukrainiens à Potchaev, plutôt qu’à Varsovie, pourtant le siège primatial de la Métropole Autocéphale de Pologne.

Le Congrès éparchial de la Volhynie, se réunissait en automne 1921 dans la Lavra de Potchaev sous la direction de l’évêque Polycarpe de Volhynie’ et de l’évêque Alexis de Kremenets. Le sujet central décidé par tous ses participants était l’ukrainisation de l’Église de Pologne et de remplacer le slavon langue que personne ne comprenait et qui rappelait l’occupation russe, par la langue vernaculaire : l’ukrainien.

Dans l'affaire d’ukrainisation des offices divins, l'évêque Alexis de Kremenets était très proche du Métropolite Denys dans ses vues sur l’ukrainisation nécessaire de l’Église de Pologne qui revenait ainsi à sa source ecclésiologique et historique qui avait Kiev comme siège primatial. Sa Béatitude le Métropolie Denys s'est emparé de cette réforme liturgique fondamentale, avec toute l’énergie et la conviction qu’on lui reconnaissait, et s'est exprimé catégoriquement pour la possibilité, avec la bénédiction de l’Eglise, sur l’ukrainisation des Offices divins là, où les croyants le souhaiteraient.

Le Métropolite Denys adressait au clergé et au croyants, ses messages de Pâques et de Noël et les diverses recommandations pastorales, non pas en polonais mais en ukrainien. Il a bénit l'édition en langue ukrainienne de l’Euchologion dans la traduction du professeur. I.I. Ogienko. Il encourageait  dans la Cathédrale à Kremenets, non seulement l’usage de la langue ukrainienne pour les offices divins mais plus généralement pour les homélies. La question sur la langue liturgique et la langue des sermons fut l'objet de  discussions répétées dans le Saint Synode de l'Eglise Orthodoxe de Pologne. Mais d’autres minorités nationales existaient dans la mosaïque de nations composant l’Église de Pologne, bien que l’immense majorité soit des ukrainiens. Dans un souci à la fois de justice et de pédagogie, le Saint Synode autorisa donc l'utilisation non seulement de l’ukrainien, mais aussi des langues biélorusse, polonaise et tchèque comme dans les ouvrages ecclésiastiques, ainsi que les sermons soient prononcés dans la langue de chacune de ses communautés.

Les chefs laïcs du mouvement ukrainien ont arrêté l’idée de convoquer dans la ville de Loutsk dans la province de la Volhynie’, un Congrès Ukrainien de l’Eglise. Il y avait un Comité d'initiative spécial, dans la composition duquel sont entrés les représentants de tous les districts de Volhynie’, et à la tête du Comité se tenait le célèbre Docteur Arsène Retchinsky, le rédacteur de la revue "Sur Varti" publié dans la ville de Vladimir Volhyniesky : revue appelant ouvertement à la rupture avec la hiérarchie de Moscou et ses traditions. Mais le Saint Synode bien que favorable aux idées défendues par le congrès s’opposa à sa réunion, car celui-ci se faisait en dehors du contrôle de la hiérarchie et pouvait rompre l’équilibre fragile qui avait été obtenu entre les différentes composantes des croyants de l’Église Autocéphale de Pologne qui, nous le savons, n’était pas exclusivement ukrainienne. Le Saint Synode de l'Eglise Orthodoxe en Pologne a désapprouvé les requêtes  que lui avaient faites parvenir, avant sa réunion, les responsables du congrès, et dans sa déclaration du 26 février 1927, il déclarait que : « le Congrès était inutile et même nuisible du point de vue des intérêts de l'Église ». Le Saint Synode a interdit au clergé de la Métropole d’y prendre part sous peine de déposition. Il fut demandé au Peuple Royal de ne pas participer à ce congrès ce qui se révéla impossible, les croyants ne comprenant pas la position nuancée du Métropolite Denys. Le Congrès eut lieu les 5 et 6 juin 1927 dans la ville de Loutsk. 524 délégués orthodoxes étaient présents, arrivés de toute la Pologne, ainsi que certains députés de la Diète Polonaise et des Sénateurs. 800 personnes participèrent au congrès. La radicalisation des demandes  d’ukrainisation à un rythme plus rapide (et qui aurait touché des Églises non ukrainiennes), d’un mouvement qui avait pourtant depuis son commencement la bénédiction  du Primat de l’Église de Pologne du Saint Synode, pouvant  heurter les autres composantes biélorusse et tchèques de cette Eglise ne pouvait que nuire au but recherché.

Afin de contrecarrer  le « Congrès Ukrainien » de Loutsk, le Métropolite Denys rassembla des représentants du clergé et des laïcs, convoqué de toute la Pologne dans le Monastère de Potchaev le 15 et 17 juin de la même année. La propagande russe a affirmé que le Métropolite Denys serait revenu sur les mesures antérieures d’ukrainisation qu’il avait approuvé dans le passé. Cela est de la pure propagande. La réalité est différente. Homme mesuré, il comprenait mieux que personne que le mouvement d’ukrainisation de l’Église désiré par l’ensemble des croyants ukrainiens de l’Eglise de Pologne qui représentaient, à eux seuls, 70% du Peuple Royal était non seulement souhaitable, mais irréversible. En revanche comme nous l’avons souligné, il fallait accorder les mêmes dispositions aux autres communautés nationales orthodoxes et ne pas risquer de tomber dans un impérialisme liturgique et linguistique qui avait été la marque de l’Eglise Russe ces derniers siècles. Sans renier les dispositions prises dans le sens de l’ukrainisation, le Saint Synode tempéra un moment ses réformes liturgiques pour apaiser l’inquiétude des autres communautés. Nous passerons rapidement les événements de l’excommunication temporaire en date du 15 avril 1929 de son organisateur le Docteur Dr Arsène Retchinsky.

Un an plus tard, le 22 mars 1930, le Saint Synode, publiait en un geste d’apaisement cette fois-ci envers son peuple ukrainien qui lui avait envoyé des pétitions dans ce sens,  un oukase signé du Métropolite Denys réintégrant dans la communion de l’Église orthodoxe le médecin qui avait fait publiquement pénitence de sa rébellion.

La vaste entreprise d’ukrainisation de l'Eglise orthodoxe s’était renforcée particulièrement dans la province de la Volhynie dès la nomination de l'Archimandrite Polycarpe (Sikorsky) en qualité vicaire de l'évêque. Il avait occupé un temps la fonction du Doyen de la Cathédrale de Vladimiro-Volhyniesky et lié son nom avec l’ukrainisation des Offices divins dans cette cathédrale. Sous l’impulsion de l'Évêque Polycarpe de Volhynie, près de 30 % des paroisses orthodoxes furent ukrainisées. Un grand rôle dans cette ukrainisation fut également joué sur le versant politique de la vie polonaise,  par les députés et les sénateurs ukrainiens appartenant au parti  gouvernemental, intitulé  « L’Union Sans-Parti de la Coopération avec le Gouvernement ». Avec la participation massive de ce parti politique ukrainien de la vie politique polonaise, des députés ukrainiens de la Diète et des sénateurs se mobilisèrent pour que des imprimeries soient attribuées à l’Église Orthodoxe de Pologne pour satisfaire aux besoins d’impression des ouvrages religieux orthodoxes en ukrainien. En effet de nombreuses imprimeries appartenant à la Métropole Orthodoxe de Pologne avaient été fermées, les années précédentes durant la persécution dont nous avons parlée.

Le 10 septembre 1933 fut rassemblé dans le Monastère de la Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu de la Lavra Potchaev, un pèlerinage  présidé par le Métropolite Denys. Cet événement religieux rassemblait des croyants majoritairement ukrainiens pour célébrer la fête de Saint Job de Potchaev[43]. Cette immense assemblée composée de 30 000 pèlerins allait planter dans le sol de l’Ukraine et de la conscience de son Peuple durablement des racines qui se sont levées depuis avec l’érection de l’Église Orthodoxe Ukrainienne- Patriarcat de Kiev. Des centaines drapeaux ukrainiens furent déployés, et encore une fois des slogans demandant une accélération dans la traduction en ukrainien des offices là où cela n’avait pas encore été réalisé, furent adressés par la foule aux évêques présents et au primat, le Métropolite Denys. Mais également des cris hostiles aux évêques considérés comme russes, et malgré ses efforts en faveur de l’ukrainisation, les ukrainiens exigèrent le remplacement de l’évêque Polycarpe par un évêque ukrainien,  pour la province de la Volhynie. Le Métropolite Denys n’apprécia évidemment pas la méthode et s’y refusa dans un premier temps. Le ministre des Cultes s'appuyant sur « la volonté du peuple », demandait par un courrier ministériel daté du  23 septembre 1933 au  Métropolite Denys qu'il libère la chaire de Volhynie et qu'il convoque le Saint Synode pour la nomination pour la  Volhynie d'un autre évêque qui aurait les suffrages des ukrainiens,  avec bien entendu l’accord du Gouvernement polonais. Le Métropolite Denys qui n’aimait pas qu’on lui dictât ce qu’il devait faire dans son Église, après réflexion, convoqua finalement, en séance le Saint Synode qui accepta la démission forcée de l’évêque Polycarpe, et installa dans la Volhynie, au titre de d'évêque résidentiel, l'ex-dirigeant du diocèse de Grodno-Novogroudok, l'Archevêque Alexis (Gromadsky). L'Archevêque Alexis, (Alexandre Gromadsky), était fils de sacristain, originaire de Chelm, avait fait l'Académie Théologique de Kiev et, jusqu'à la première guerre mondiale, était le très énergique collaborateur de l'évêque de l'époque, Euloge de Chelm. Son passage dans la prestigieuse Académie de Kiev faisait de lui aux yeux des ukrainiens, un candidat parfait pour le siège épiscopal de la Volhyniei’. Il était de surcroît un collaborateur proche du primat de la Pologne et partageait ses vues sur l’ukrainisation de l’Église Orthodoxe de Pologne  partout où cela était justifié.

 Le passage du Tomos était plus que justifié par les événements rapportés ici : « …en considérant aussi le fait, ce qui n’est pas contredit par l'histoire (car il est écrit que la première séparation de notre Siège de la Métropole de Kiev et de la Métropole Orthodoxe de Lituanie et de Pologne, en a dépendu, ainsi que leur intégration au sein de l'Église Moscovite ont été accomplies  contrairement au droit canon, comme aussi tout ce qui a été convenu en ce qui concerne la pleine autonomie de l'Église de la Métropole de Kiev, qui, à l'époque, avait le titre Exarque du Siège œcuménique). Nous et nos saints métropolites, nos frères bien-aimés et collègues dans l'Esprit Saint, avons estimé qu'il était de notre devoir de prêter une oreille bienveillante à la demande qui nous est présentée par la Sainte Église Orthodoxe de Pologne et de donner notre bénédiction et notre approbation à son administration autocéphale et indépendante. » Les faits et les histoires rapportés dans ce chapitre, et nous l’observerons dans le chapitre suivant, tout au long de l’occupation allemande, démontre que le Patriarcat de Constantinople en mentionnant dans son Tomos d’autocéphalie la référence à la vénérable Métropole de Kiev et la spécificité ukrainienne de la nouvelle Église Autocéphale de Pologne, était bien dans son droit de le faire.

La légitimité pour le patriarcat de Constantinople d’intervenir sur le territoire canonique revendiqué par le patriarcat de Moscou, est ici dans ce Tomos parfaitement claire. Le Patriarcat de Moscou ne devait pas et ne pouvait donc pas s’emparer de l’Église Métropolitaine Autonome de Kiev dont le territoire canonique recouvrait en partie la nouvelle Pologne. Toutes ses manifestations patriotiques et religieuses pan-ukrainiennes apportaient la preuve indiscutable que l’Église Orthodoxe autocéphale de Pologne était la partie de l’Eglise Kiévienne qui avait enfin reçu, après des siècles d’espérance, son autocéphalie. Le Peuple ukrainien le revendiquait bruyamment.

Chapitre 14 : La résurrection du Patriarcat de Kiev : Acte I : 1939-1942

Dès le premier jour du commencement de la guerre polono-allemande (le 1er septembre 1939) le Métropolite Denys écrivait à tous les évêques, prêtres, diacres, sous-diacres, moines, moniales et croyants de Pologne: « Par la volonté de la Prévoyance divine nous sommes de nouveau forcés nous de défendre notre plus grand trésor, ce bien plus précieux, défense de notre Patrie, libérée, il y a vingt ans par le sang sacrificiel de ses meilleurs fils. Nous commençons la lutte au nom de la vérité et la justice. Dans cette lutte, l'exemple des fils courageux et dévoués de Retchi Pospolitoj, nos ancêtres, doit nous servir. L'Hetman victorieux Konstantin Ostrojsky, le Voïvode héroïque du Kissel, etc... ,  ces énergiques combattants accomplissant pour la Patrie de grands et mémorables exploits. Je crois, de manière inaltérable, que les citoyens orthodoxes de Pologne accompliront avec zèle ce devoir sacré et honorable, qu'ils se posteront aux premiers rangs de notre héroïque Armée. Et même, s'ils n'obtiennent pas ce grand honneur et ne sont pas directement appelés à participer à l'effusion de sang sacrificiel, ils peuvent être aussi utiles à la Patrie en ces temps de rudes épreuves pour le service et le travail civil et en cela contribuer à la victoire totale.

Citoyens orthodoxes! Que l'amour de la Patrie et le dévouement à une cause juste soient le chaînon qui nous unira autour du Chef et nous dirigera vers la voie de la victoire. Dieu, avec nous! J'en appelle à la bénédiction de Dieu sur vous et sur vos exploits sacrificiels et vos actes au profit de la Patrie. Il concluait sa lettre pastorale par le Tropaire de la Croix (14 septembre) :

 « Sauve ton peuple, Seigneur! Bénis ton héritage. Accorde à tes fidèles, la victoire sur leurs ennemis. Garde sous ta Croix, les nations qui sont tiennes. Amen! » Il citait parmi les héros des personnalités ukrainiennes connues qui s’étaient toujours montrées fidèles dans les siècles passés au Royaume de Pologne.

La Pologne n'a pu soutenir cette lutte inégale plus d'un mois et le 2 octobre, les troupes allemandes entrèrent dans Varsovie. Quelques jours après le début de l'occupation allemande à Varsovie, le Métropolite Denys est revenu de la villa dans la petite ville balnéaire d'Otvotsk (près de Varsovie).

A Varsovie, arriva bientôt, l'évêque Timothée demeurant dans le couvent Yablotchinsky (Schretter). Les archevêques Théodose de Vilnius, Alexandre de Dermami et Alexis de Volhynie’ n'ont pas quitté, au plus fort de la guerre, leurs villes épiscopales et seul, l'évêque de Savva de Grodno, s’était enfui en Lituanie. Dans la Volhynie’ autour de l'archevêque Alexis, restèrent ses évêques-vicaires, l'évêque Symon d'Ivanovo à Dermani, et l'évêque Polycarpe (Sikorsky) dans la ville de Loutsk. L’Archevêque Théodose de Vilnus, était demeuré dans sa cité épiscopale alors que l’évêque de Matfy (Semashko) s’enfuit de Pologne.

Les armées polonaises s’opposèrent héroïquement avec des moyens datant de la dernière guerre mondiale aux forces modernes et novatrices motorisées et surtout aux chars d’assaut et aux avions de l’armée allemande. Cette lutte inégale de plus d'un mois s’acheva le 2 octobre 1939 : les troupes allemandes entrèrent dans Varsovie. Quelques jours après le début de l'occupation allemande à Varsovie, le Métropolite Denys est revenu de la villa dans la petite ville balnéaire d'Otvotsk (près de Varsovie). A Varsovie, arriva bientôt, l'évêque Timothée demeurant dans le monastère Yablotchinsky (Schretter).

Dans les clauses secrètes du pacte Germano-Soviétique signé avant l’invasion allemande le 23 août 1939, la Pologne fut divisée en deux provinces  séparées. Un accord concrétisa ce traité sera signé le 27 septembre entre l’URSS et l’Allemagne nazie, qui divisait donc la Pologne en deux parties à peu près égales : c’est le facteur géopolitique que devait désormais gérer le Métropolite Denys qui perdait la moitié du territoire canonique de son Église. Mais ajoutons, comme nous allons le découvrir dans les chapitres suivants, que le Métropolite Denys de voyait pas les choses ainsi, et qu’il se considérait toujours le comme primat de l’ensemble des terres ukrainiennes, bien au-delà des frontières mouvantes de la Pologne.

Le partage se faisait non pas comme cela avait été un moment envisagé le long de la Vistule, mais le long de la Narwa. Plus tard lorsque le pacte sera rompu entre 1941 et 1944, les troupes du Reich envahirent toute la Pologne et incorporèrent tout simplement la Haute-Silésie et la Poméranie à l’Allemagne. En septembre et octobre 1939, après l'invasion de la moitié occidentale de la Pologne par les troupes allemandes puis, de sa partie orientale, par les troupes soviétiques, certaines régions polonaises à forte minorité ukrainienne (comme la Galicie et Lviv, seront annexées par l'Union soviétique et incorporées au sein de l'Ukraine occidentale.

Durant été 1941, l'Ukraine est conquise par les forces armées germaniques. Les soldats Allemands sont accueillis en libérateurs par l’immense majorité de la population ukrainienne, en  particulier par la population de la partie de la Pologne envahie par Staline en 1939, puis intégrée à l'Ukraine soviétique. Je souhaiterai ajouter ici un témoignage personnel sur l’accueil qui avait été fait dans toutes les villes et villages ukrainiens aux soldats de la Wehrmacht.

Je tiens à apporter ici un témoignage personnel : lorsque j’étais très jeune prêtre en 1973, desservant alors  une paroisse située à Mulhouse en Alsace, territoire français de langue germanique qui fut immédiatement intégré à l’Allemagne nazie dès 1939 après la défaite des armées françaises,  un paroissien, Emile avait été incorporé de force dans l’armée allemande, comme tous les Alsaciens en âge d’être soldat. Courageux, décoré de la Croix de fer,  il était devenu  un officier de la Wehrmacht. Emile me racontait qu’il se souvenait d’avoir, lui et ses compagnons, été accueillis dans chaque ville ou village qu’ils traversaient, par une foule ukrainienne en liesse avec des fleurs et que l’on leur apportait du pain avec le prêtre orthodoxe en tête. C’est à cette occasion qu’il avait, pour la première fois de sa vie, pénétré dans une église orthodoxe et que tant que dura l’occupation de l’Ukraine, il participa à de nombreux offices qui avaient été au départ de sa conversion à l’Orthodoxie. Il y avait appris l’ukrainien qu’il parlait parfaitement.

À la suite du partage de la Pologne entre l'Allemagne et l'Union soviétique des terres polonaises, fut installée, la  Gouvernance Générale, et l'Église autocéphale de Pologne, présidée par le Métropolite Denys perdaient Volhyniesky, Vilensky, Demi-Essky et une grande partie du diocèse de Grodno qui se voyait placé sous l’autorité allemande.

L'Eglise Orthodoxe de la partie de la Pologne occupée, qui était sous l'occupation de l'URSS, entra pour un certain temps dans une soumission canonique au Patriarcat de Moscou. L’Église Orthodoxe autocéphale de Pologne située dans partie qui avait été assujettie au contrôle de l’Allemagne en maintenant la fiction d’un gouvernement polonais sous le vocable de « Gouvernement Général de Pologne ». Les choses auraient pu en rester là si l’opposition jusque-là minoritaire, pro-russe des croyants de l’Église de Pologne ne se manifestèrent pour un rapprochement avec une structure ecclésiale russe non soumise à Moscou dont l’un des archevêques résidait à Berlin (son siège épiscopal) et avait de bonnes relations avec le pouvoir nazi : l’Archevêque Séraphin (Loukianov) de Berlin du Synode Russe Hors Frontières. Précédemment cet archevêque russe comme tout l’épiscopat du Synode Russe Hors Frontières, était un membre actif du Patriarcat de Moscou et partageait son idéologie impérialiste.

Rappelons ce qu’était à cette époque le Synode Russe Hors Frontières.

A partir de 1920, l’Administration Ecclésiale Suprême à l’Étranger de l’Église russe commença à fonctionner avec le consentement du patriarche Thykon qui lui donne son existence canonique avec l’oukase n°362 en date du 20 novembre 1920. Mais en 1927 bien avant sa venue sur le trône patriarcal, le Métropolie Serge exigeait que chacun des évêques russes qu’ils vivent en Russie ou soient à l’étranger, signe une déclaration de loyauté envers le pouvoir athée soviétique. C’est la rupture. Cette administration eut pour primat un hiérarque renommé en Russie, Son Eminence le Métropolite Antoine (Khrapovitsky) de Kiev et de Galicie. Un an plus tard l’Administration Russe à l’étranger qui allait devenir  le Synode Russe Hors Frontières s’installa au Royaume de Serbie, Croatie et Slovénie, la future Yougoslavie. Le Saint Synode des évêques du Patriarcat de Serbie, en août 1921, donna sa bénédiction à son activité. Le Patriarche Dimitri de Serbie laissa à la disposition des évêques russes sa résidence à Sremski-Karlovci, où eut lieu, le 21 novembre 1921, le premier concile de toute la diaspora, comprenant évêques, prêtres et représentants laïcs. Depuis 1922, un synode fut constitué qui prenait le nom de « Synode Russe Hors Frontières » qui siégea dans la même ville. Il fut présidé par le Métropolite Antoine jusqu’à sa naissance au Ciel, en 1936. La ville de Sremski-Karlovci joua donc un rôle exceptionnel dans l’histoire de l’Église Russe Hors Frontières, puisque c’est là que se tinrent les assemblées épiscopales, les sessions du synode ainsi que, en 1938, le deuxième concile russe de toute la diaspora. En 1943, le Synode partit à Belgrade et, en septembre 1944, peu avant l’arrivée des troupes soviétiques, il partit, avec à sa tête le Métropolite Anastase (Gribanovsky), à Karlovy Vary,  puis Munich, Genève, enfin New York.  Berlin était l’un des sièges épiscopaux les plus importants de cette juridiction qui tenait à conserver toute la tradition Orthodoxe Russe y compris son ecclésiologie pour laquelle l’Ukraine n’existait pas en tant que nation, mais uniquement en tant que province de l’Empire Tsariste russe. Aux yeux de cette juridiction russe, la Pologne n’était une province de l’ancienne Russie ni plus ni moins et l’Église autocéphale de Pologne n’avait donc aucune légitimité canonique et ecclésiologique. Les évêques du Synode n’avaient pas une vision différente de celle du Patriarche Thykon et du Métropolite Serge de Moscou.

Le 10 novembre 1939, lorsqu’il arrive à Varsovie à l’invitation d’intellectuels Russo-Polonais, regroupés en groupes de pression, l'Archevêque Séraphin de Berlin ne représentait donc plus le Patriarcat de Moscou, mais une Église en schisme avec celui-ci, une Église qui revendiquait haut et fort qu’elle était l’unique et véritable Église russe et en assumait tout l’héritage. Il arriva à Varsovie en terrain conquis certain que le Métropolite Denys se retirerait pour lui laisser la place et surtout renoncerait à l’autocéphalie de l’Église de Pologne dont les frontières canoniques avec la guerre et ses incertitudes étaient devenues plus que floues. A la surprise de l’Archevêque Séraphim, Sa Béatitude le Métropolite Denys ne renonçait pas l'autocéphalie, encore moins à ses droits à la gestion du diocèse de Varsovie. Au contraire, il proposa à l'Archevêque Séraphin d'adjoindre le Diocèse germanique à l'Église polonaise autocéphale. L’archevêque russe protesta en refusant cette incorporation de son éparchie dans l’autocéphalie polonaise. Le Métropolite Denys lui tint certainement ensuite discours suivant[44] : il était un évêque polonais, il était toujours  le primat de l’Église Autocéphale Ukrainienne de Pologne. Il était l’évêque local de l’éparchie de Varsovie. Et là où est l’évêque, là est l’Eglise. Il n’avait pas le pouvoir d’effacer une autocéphalie qui venait d’être accordée par le Patriarcat de Constantinople en référence à la Métropole de Kiev la mère de toutes les Églises Russ’. Même un synode local n’avait pas ce pouvoir souverain que seule pouvait  éventuellement avoir l’Église Mère qui le lui avait accordé; et là encore cela était discutable. C’était exactement comme si après avoir baptisé et confirmé une personne, on déclarait arbitrairement qu’elle n’était plus ni baptisée, ni confirmée. Seule la mort, qui n’efface pas le baptême, peut simplement signifier que cette personne a disparue de la terre, et ce n’est pas le cas de la Pologne qui elle existe toujours, même occupée avec son peuple Orthodoxe ukrainien éternel. Il existait certes des autocéphalies supprimées ou disparues dans le passé, mais cela s’était produit dans des nations conquises par un occupant musulman (Turc) et cela avait été confirmé par le Patriarcat de Constantinople. Bien que ces suppressions d’autocéphalies prononcées synodalement par la Grande Église fussent contestables, et que seul un Concile Œcuménique pouvait statuer sur ce sujet ecclésiologique. Le Patriarcat de Constantinople, pouvait encore observer le Métropolite Denys, avait rétablies depuis toutes les autocéphalies en question, preuve que celles-ci n’avaient en réalité charismatiquement jamais disparues.

L’obstination du Métropolite Denys à tenir haut et fort courageusement sa position de Primat de l’Église Orthodoxe de Pologne obligea l'Archevêque Séraphin à rebrousser chemin vers Berlin, en se limitant à une promesse de soutien moral à ceux qui avaient espéré la disparition de l’Église Autocéphale de Pologne. Les éléments polonais pro-russes qui avec une vision à court terme, considéraient l’alliance comme définitive entre les deux puissances du mal le nazisme et le bolchévisme, s’évertuaient à convaincre le Métropolite Denys de renoncer à l’autocéphalie et de retourner avec la bénédiction des Nazis sous l’omophore d’une Église Russe tsariste (Synode Russe Hors Frontières)  tout aussi détestée par les Ukrainien que le patriarcat de Moscou.

A l'insistance de ces cercles, le Métropolite Denys écrivit une seconde lettre à l'Archevêque Séraphin dans laquelle il semblait renoncer à sa première position ecclésiologique ferme sur la question de l’autocéphalie: « Votre Eminence, Frère Bien-aimé en Christ! La cessation de l'existence de l'État indépendant polonais, à laquelle existence était liée celle de l'Église indépendante autocéphale de Pologne, ôte la possibilité à cette Église son existence autocéphale ultérieure. Un nouvel ordre public établi sur l'ancien territoire polonais, à présent intégré au domaine des intérêts d'Etat germaniques, provoque la nécessité d'une liaison de l'ancienne Eglise Orthodoxe Autocéphale de Pologne avec l'organe de l'Eglise représentée par votre Eminence. En raison de cette demande à votre Eminence et probablement dans un délai le plus court possible, vous pourriez venir à Varsovie afin d'accepter la conduite et la gestion de cette partie de l'ancienne Eglise Orthodoxe Autocéphale de Pologne qui se trouve sur le territoire intégré au domaine des intérêts d'Etat germaniques. En rapport avec tout ce qui précède, je vous communique que, dès le jour de votre arrivée à la gestion de l'Eglise, je refuserai toute gestion ultérieure de cette dite Église. De la part de votre Eminence, le Frère aimant dans le Christ, le Métropolite Denys. Varsovie, le 23 novembre 1939 ». Cette lettre fut diffusée dans les milieux pro-russes hostiles à une Église Ukrainienne. Elle calmait cette opposition virulente qui menaçait de faire intervenir les autorités allemandes qui ne voulaient pas de conflits. Le péril était grand et le Métropolie Denys devait trouver un moyen diplomatique de maintenir sa position ecclésiologique tout en calmant les éléments pro-russes perturbateurs.

Ayant expédié cette lettre, le Métropolite Denys quitta Varsovie et partit de nouveau à la maison de campagne d'Otvotsk. Il y resta pratiquement toute la période que nous allons maintenant examiner du séjour à Varsovie d’un nouvel acteur du drame qui se joue: l’Archevêque Séraphim Lade. Dans sa grande sagesse, le Métropolite Denys se retirait en entrant dans un silence absolu, laissant au nouvel archevêque russe toutes les initiatives, mais sans jamais démissionner de quoi que ce soit. Il demeurait le Primat de la Métropole Orthodoxe Autocéphale de Pologne !

Ayant reçu du Métropolite Denys, ladite lettre, l'Archevêque Séraphin vint une seconde fois à Varsovie et s'engagea dans la gestion du diocèse de Varsovie-Chelm. Cette gestion avait plutôt un caractère d'administration temporaire, puisque la suppression officielle de l'autocéphalie n'avait, fort heureusement, pas suivi, et on commémorait toujours Sa Béatitude le Métropolite Denys, en tant que Primat de l'Église Orthodoxe de Pologne, dans les litanies  au moment de tous les offices divins.

L'Archevêque Séraphin, dès les premiers moments de son activité de gestion du nouveau diocèse, dut se heurter à une variété de difficultés provenant des deux camps qui s’affrontaient à nouveau, celui des pro-russes qui voyaient dans le Synode Russe Hors Frontières le compromis acceptable par le Gouvernement polonais provisoire sous occupation allemande, d’une Église russe séparée de la nations russe et du bolchevisme, et les nationalistes ukrainiens pour qui l’Église locale Orthodoxe, même polonaise, était la garantie de conserver leurs traditions ancestrales à la fois liturgique et culturelle. Pour les ukrainiens l’Église avait toujours été dans son histoire le facteur de l’expression à la fois de leur foi Orthodoxe et du sentiment patriotique qui leur avait permis de traverser les différentes occupations de leur territoire, en conservant intacte leur identité ukrainienne. Le Métropolite Denys mesurait qu’il ne pouvait dans cette période trouble dans laquelle la moindre crise trop voyante dans l’Église pouvait entraîner de la part des autorités allemandes, une répression qui lui aurait nuit. La politique d’ukrainisation qu’il avait poursuivie jusque-là était en réalité en conformité avec le contenu du Tomos que le Patriarcat de Constantinople avait accordé qui justifiait l’autocéphalie accordée en référence avec l’ancienne Métropole de Kiev. Le Métropolite Denys devait ménager le fanatisme pro-russe à une époque où le pacte Germano-Soviétique aurait pu pousser vers Moscou les mêmes individus se revendiquant, dans l’Église de Pologne, comme russes. Cette ligne prudente ne fut pas toujours comprise. Sur la région de Chelm où la plupart de la population était considérée comme ukrainienne, il se forma une « Rada de l’Eglise », officiellement en dehors de l’autorité du Métropolite, mais non pas contre lui. En réalité le Métropolite Denys soutenait cette Rada. Cette Rada  avait en effet à sa tête un collaborateur proche du Primat,  l'Archiprêtre Iean Levtchouk, que le Métropolite Denys avait élevé à la dignité d'Archiprêtre Mitrophore, avec le droit quasi-épiscopal de bénir avec les dikyrions et trikyrions. Nomination faite après que le Métropolite Denys eut transmis officiellement la gestion administrative de l’éparchie de Varsovie-Chelm à l'Archevêque Séraphin ! Ce qui démontrait le peu d’enthousiasme que le Métropolite Denys mettait à transférer la réalité de son pouvoir, tant d’évêque diocésain sur l’éparchie de Varsovie-Chelm, qu’à celui de Primat sur tout ce qui restait de l’Église Autocéphale de Pologne. En réalité pendant  toute la durée du séjour de l’Archevêque Séraphim de Berlin en Pologne, il existait contrairement aux canons œcuméniques,[45] deux évêques à la tête de l’Éparchie de Varsovie-Chelm. La situation ressemblait à celle qu’avait connu l’Église à l’époque de l’arianisme lorsque  des évêques ariens chassèrent avec l’aide de l’empereur  les évêque orthodoxes qui ne renoncèrent jamais à leurs sièges, tel saint Athanase d’Alexandrie. Elle ressemblait encore davantage à celle qui avait existé après la condamnation et l’emprisonnement dans un monastère, de Saint-Photios de Constantinople que la majorité des évêques de l’Empire continuaient de commémorer alors que régnait officiellement avec le concours de l’Empereur le patriarche saint Ignacios . Mais de plus en plus la présence de cet évêque russe qui n’avait jamais pu remplacer le véritable Évêque local de la Pologne, qui restait silencieusement présent sur son trône épiscopal et continuait d’être commémoré dans toutes les Église de cette partie de la Pologne, devenait insupportable même à ses partisans

« La Rada» rassemblée régulièrement à Chelm, apportait clairement son soutien Métropolie Denys. Les Ukrainiens, unanimement partisans de l'autocéphalie, voyaient dans celle-ci, la garantie de ce que l'Église de  l'ancienne Pologne ne se soumettrait pas au Synode de l'Eglise Orthodoxe russe à l'étranger ni d’ailleurs d’aucune autre Église Russe puisque le Patriarcat de Moscou derrière Staline menaçait toujours la Pologne de son ombre. Les Ukrainiens insistaient sur la préservation pour le Métropolite Denys de ses droits de primat, et pour l’Église Orthodoxe de Pologne qu’elle demeure toujours une Métropole autocéphale. La Rada exprima également le souhait que s’il devait se retirer pour une raison ou pour une autre, il désigne comme son successeur un ukrainien, le professeur Ivan Ivanovitch Ogienko et lui confère la chirotonie épiscopale, au rang de Métropolite. Nous verrons plus loin que cette désignation d’une personnalité reconnue dans les milieux intellectuels et scientifiques de la communauté ukrainienne ne restera pas lettre morte et que le Métropolite Denys en tiendra compte lorsqu’il reviendra au pouvoir.

L’Archevêque Séraphim s’embourba dans des décisions qui allaient à l’encontre des traditions locales adoptées depuis longtemps par le clergé et les croyants Ukrainiens. Il existait une particularité dans l’Église de Pologne qui subsiste encore de nos jours : la capitale, Varsovie et ses environs, sauf évidemment pour les dates de Pâques et des fêtes s’y rapportant, avait conservé le nouveau style introduit par Constantinople en 1924 et adopté par l’Église Roumaine. La raison en été simple ; l’immense majorité de la population polonaise catholique suivait le calendrier grégorien et les fêtes de Noël donnaient lieu à Varsovie  à des congés et à des manifestations que la minorité Orthodoxe ne pouvait pas ignorer. C’était en quelque sorte un geste d’apaisement à l’occasion de cette grande fête chrétienne, comme pour la Théophanie qui suivait le 6 janvier. En revanche le Grand  Carême, Pâques, l’Ascension, et la Pentecôte, étaient, nous l’avons indiqué, toujours célébrés avec le calendrier julien. L’Archevêque Séraphim ne mesurant pas qu’il s’opposait en réalité aux Polonais Catholiques, supprima sans concertation préalable, cette disposition du calendrier. Un autre usage qui s’était répandu, tant en Ukraine qu’en Roumanie, était de donner la liberté au clergé marié de se tailler la barbe ou de ne pas en avoir. Là aussi un oukase fut publié par  l’Archevêque Séraphim obligeant tout le clergé à ne plus se raser ni se tailler la barbe. On le voit les réformes était d’un très haut niveau théologique ! Patiemment le Métropolite Denys assistait de sa retraite, silencieux et sans intervenir, à l’enlisement de son confrère dans toutes sortes de mesures aussi dérisoires qu’impopulaires. En revanche la seule action véritablement positive qui doit être mise à l’actif de l’archevêque de Berlin sera la restitution par les autorités allemandes auxquelles il s’était adressé, de 75 églises précédemment confisquées aux Orthodoxes par l’ancien gouvernement polonais. Le Métropolite Denys, toujours en retrait, encore une fois connaissant mieux la complexité de la vie polonaise même sous occupation germanique, savait que les polonais catholiques avec lesquels il allait continuer à vivre, ne pardonnerait jamais à l’Archevêque Séraphim cette restitution. Lui-même n’avait jamais entrepris cette démarche sur une si grande échelle, afin de préserver le consensus qui s’était enfin réalisé avec le Gouvernement polonais à partir de l’Autocéphalie de 1924. La vie monastique Orthodoxe de la même manière fut réorganisée dans le monastère Tourkovitsky qu'avait dissout le Gouvernement polonais. Toutes ses actions provoquèrent un ressentiment tant de la part les Ukrainiens que des Polonais catholiques qui le firent savoir aux autorités Germano-Polonaises.

Le Métropolite Denys ne voulut céder en aucune manière sur son renoncement forcé de sa gouvernance de l’Éparchie de Varsovie-Chelm (Varchavsko-Kholmsky) et, au mois de février 1940, il s'adressa à l'archevêque Séraphin dans un courrier lettre dans lequel, il insistait, en tant que Métropolite de toute la Pologne, Primat d’une Église autocéphale, sur la restitution de ses anciens droits auquel il n’avait officiellement jamais renoncés ni oralement ni par écrit. L'Archevêque Séraphin compris enfin la situation. Et répondait au Métropolite Denys qu’il lui remettait toute diligence, toutes les affaires de gestion de l'Église jusqu’ici assumées par lui, et qu’il rentrait à Berlin. Il désirait cependant lui remettre en mains propre les documents ad hoc, mais le Métropolite Denys, ne voulant pas paraître recevoir un pouvoir canonique auquel il n’avait jamais renoncé de la part d’un usurpateur russe, resta avec dignité à Otvotsk et ne se déplaça donc pas à Varsovie. Les Ukrainiens triomphaient des pro-russes, les autorités allemandes et leurs adjoints de la collaboration polonaise, comprenaient enfin que la paix  du peuple ukrainien était pour eux une garantie de ne pas avoir de tensions supplémentaires dans cette occupation de la Pologne. Les Ukrainiens manifestèrent avec ferveur pour le retour effectif au gouvernement de l’Église à Varsovie, dont il n’avait soulignons-le encore une fois, jamais démissionné, de leur héros : le Métropolite Denys de Varsovie et de toute la Pologne. Le Métropolite Denys revint en effet au pouvoir. « La Rada » ukrainienne d'Église  en reçu tout le bénéfice : Elle obtint des autorités germaniques et polonaises gouvernementales l'assurance  que l'autocéphalie de l'Eglise Orthodoxe sur le territoire de l'ancienne Pologne serait conservée et qu'elle ne serait soumise en aucun cas au Synode Russe Hors Frontières.

Le 23 septembre 1940, dans la ville de Koakove,  le Gouverneur Général, le Docteur Frank, recevait en l'audience solennelle dans sa résidence du Château de Vavelsky, le Métropolite Denys qui était accompagné du professeur Ivan Ivanovitch Ogienko, de l'Archiprêtre Maljujinskogo et des représentants du Comité Ukrainien Central à la tête duquel se trouvait le professeur Koubiovitchem. Le Métropolite Denys était confirmé par les nouvelles autorités gouvernementales germano-polonaises comme le chef canonique et légal de l'Eglise Orthodoxe sur le territoire de la Gouvernance Générale. En acceptant cette reconnaissance le Métropolite Denys, déclara qu'il rétablirait une hiérarchie fidèle à son autorité, sur le territoire de la Gouvernance Générale et élèverait à une dignité épiscopale, le professeur Ogienko. Le Métropolite Denys fit, au Gouverneur Général, la déclaration  solennelle suivante : « Nous, Denys, archevêque de Varsovie et Métropolite de la Sainte Église Orthodoxe Autocéphale de la Gouvernance Générale de Pologne, en tant que Chef de cette Église, promettons au Gouverneur Général, fidélité et obéissance. Les lois publiées par nous, conjointement, verront leur mise en œuvre exécutées à l'exactitude et nous veillerons à ce que le clergé qui nous est soumis avec la même fidélité et l'obéissance respecte ces lois et les mettent en œuvre ». Cette soumission au nouveau Gouvernement Polonais était un chemin obligé afin de pouvoir continuer la vie liturgique et pastorale de son Église locale.

Le lendemain, le Métropolite Denys arriva enfin à Varsovie et cette fois-ci en tant que Métropolite de toute la Pologne confirmée par les nouvelles autorités ; il consenti enfin à recevoir l’archevêque Séraphim de Berlin qui était sur le départ. L'Eglise Orthodoxe présidée par lui, dans la partie occidentale de la Pologne occupée par les Allemands, reçue le nom « d'Église Orthodoxe Autocéphale de la Gouvernance Générale de Pologne ». La spécificité ukrainienne de l’Église de Pologne était de surcroit de plus en plus affirmée. Par exemple l’église métropolitaine de sainte Marie-Madeleine à Varsovie fut transmise pour être mise à la disposition exclusive des Ukrainiens. La population pro-russe qui s’était manifestée en faveur de l’archevêque russe Séraphim  se voyait disposer de la crypte située la même église métropolitaine, chapelle consacrée au nom de la Passion et des Saintes Souffrances du Seigneur. Dans la partie supérieure de cette église, l'Office divin continua de s'accomplir en langue ukrainienne et le Métropolite Denys lui-même y célébra de très nombreuses fois. L'Archiprêtre Pavel Pachtchevsky en devint le recteur. Il était célèbre dans toute l’Ukraine et dans la Pologne pour avoir été auparavant l’aumônier auprès des forces armées sous la direction du chef charismatique ukrainien Symon Petlioura et, pour la ville de Loutsk, le Doyen de l'Eglise Ukrainienne de la Vénération  de la Croix. Ce choix prouvait l’orientation ukrainienne de l’Église de Pologne.

Les membres qui avaient été nommés par le Métropolite Denys au Conseil éparchial de Varsovie étaient tous ukrainiens. Le secrétariat du Conseil était géré en langue ukrainienne et l'Imprimerie Synodale commença aussi l'impression, en langue ukrainienne de livres liturgiques et de livres de littérature religieuse. Déjà, au mois d'octobre de cette même année 1940, dans la ville  de Chelm eut lieu le sacre solennel d’un ukrainien connu que nous avons déjà rencontré, le professeur en sciences Ivan Ivanovitch Ogienko. Le nouvel évêque, avait accédé, peu de temps avant, à la vie monastique sous le nom d’Ilarion en référence à Saint Ilarion de Kiev. La chirotonie de celui-ci avait été effectuée par le Métropolite Denys, l'Évêque Timothèe et l'Archevêque Savva de Prague et de toute la Tchèquie, venu spécialement pour cet évènement à Chelm. Dans le même jour du sacre de l'évêque Ilarion celui-ci fut immédiatement promu à la dignité d'Archevêque.

Observons à nouveau que ce sacre et ce déplacement de Prague autorisé de l’Archevêque Savva par les autorités allemandes d’occupation, prouvent que celles-ci dans une certaine mesure favorisaient une communauté Orthodoxe dont les sentiments antirusses servaient ses intérêts.

Le nouvel archevêque de Chelm commença immédiatement l'ukrainisation dans son éparchie. Il organisa son Conseil éparchial, composé exclusivement  d’Ukrainiens. Dans les offices divins le slavon avait entièrement disparu, seule la langue ukrainienne était utilisée. Nous le constatons tant à Varsovie, dans sa région que dans les territoires de cette Pologne réduite dans lesquels vivaient majoritairement des ukrainiens, apparaissait l’Église Orthodoxe locale d’Ukraine telle que nous la connaissons aujourd’hui d’hui en Ukraine. Un travail monumental avait été réalisé pour ces admirables traductions liturgiques.

Tout ce qui existe actuellement dans le Patriarcat de Kiev a sa genèse dans l’Église Orthodoxe Autocéphale de Pologne sous l‘autorité spirituelle du Métropolite Denys qui désormais ne s’appuyait que sur les croyants ukrainiens. Les autorités d’occupation allemandes avaient compris que le sentiment antirusse profond, enraciné historiquement dans la conscience des ukrainiens présent en Pologne, leur permettait d’obtenir  une paix relative de cette population. C’est pourquoi la Gouvernance Générale de Pologne remit à la disposition de l’Église Orthodoxe de Pologne des imprimeries, auparavant confisquées, pour l’impression des livres liturgiques et des bibles en Ukrainien, ainsi que les compositions liturgiques de l'archevêque Ilarion. Les mêmes pouvoirs allemands mirent à la disposition des Ukrainiens l’ancienne cathédrale de la Vierge Marie de Chelm. Dans le même temps toujours à Chelm, on ouvrit  le Séminaire Orthodoxe Ukrainien, avec comme recteur un ukrainien : l'archiprêtre Eugène Barchtchevsky. Mais ce n’est pas seulement sur la région de Chelm que l’on passa à un rythme supérieur pour l'ukrainisation de la vie de l’Eglise. Il ne se passa pas six mois à partir du jour du retour au pouvoir du Métropolite Denys, que le Métropolite Denys et le Saint Synode nommait au mois de février 1941, comme évêque, un homme d'Église ukrainien très populaire, l'Archimandrite Palladium (Vidybida-Roudenko). La chirotonie d'un nouvel évêque ukrainien fut faite à Varsovie dans l'église de Sainte Marie-Madeleine sur Prag. Le Métropolite Denys, l'Archevêque Ilarion et l'évêque Timothée, participèrent à la chirotonie épiscopale. L'archevêque Palladium fut nommé à l’éparchie de Krakovsko-Lemkovsky, et par la suite, le Saint Synode ajouta à son éparchie celle de Lviv. Comme l’Archevêque Ilarion sur la région de Chelm, l'archevêque Palladium s’est vu confié par le Saint Synode la responsabilité pédagogique, la vérification des traductions en ukrainien des textes des offices et de la divine liturgie dans les diocèses nouvellement créés. Nous n’allons pas d’avantage continuer d’égrener tous les faits se rapportant à l’existence d’une Église Orthodoxe autocéphale revendiquée sans complexe comme une Église Ukrainienne dans la Pologne occupée par les Nazis. 

Le Métropolite Denys avait ouvertement cette interprétation du Tomos d’Autocéphalie accordée par le Patriarcat de Constantinople. Il était le successeur de Pétros Moghyla et même s’il n’occupait pas physiquement le trône épiscopal de Kiev aux mains des Russes, il se comportait comme tel. Nous allons découvrir dans les lignes suivantes que cette affirmation ecclésiologique aura des conséquences dont l’empreinte bénie par le Seigneur est toujours visible aujourd’hui.

En juillet 1941 les armées allemandes progressent vers l’Est. Elles occupent la Galicie, la Volhynie’ occidentale, la Bucovine et la Bessarabie, et à la mi-août l’Ukraine de la Rive droite ; le 19 septembre, ils emparent de Kiev et de Poltava, le 16 octobre, d’Odessa, le 24 octobre Karthive. Avant la fin de 1941 toute l’Ukraine est conquise sauf la Crimée. Telle est la situation qui prédomine sur le terrain lorsque le Métropolite Denys va décider d’agir comme le  primat de toute l’Ukraine à ses yeux libérée par les armées allemandes de la Russie bolchévique détestée.

Les territoires de l'Ukraine jusque-là intégrés par le Pacte Germano-Soviétique à la Russie, étant libérés des bolcheviques détestés, aux yeux des Ukrainiens, par les armées allemandes, le Métropolite Denys de Varsovie et le Comité Biélorusse National à Varsovie décidèrent que l’Eglise Orthodoxe de Biélorussie occidentale serait sous la juridiction du Métropolite Denys. L’Église Orthodoxe de Biélorussie occidentale n’avait été séparée de l’autocéphalie Polonaise, seulement provisoirement qu’en 1939, en conséquence des circonstances militaires. À Varsovie, sous la présidence du Métropolite Denys, fut créée, la célèbre « Rada Biélorusse de l’Eglise ». A la première séance du 9 septembre 1941, on élabora et renvoya aux pouvoirs centraux allemands un mémorandum spécial, dans lequel on avançait les souhaits dans le domaine de l’Eglise pour la Biélorussie et on proposa, à titre de candidats aux chaires épiscopales, les archimandrites vivant en Pologne : Théophane (Prtossevich), Philoté (Parko) et Athanase (Мartos). Ces deux derniers furent sacrés à cette dignité épiscopale : Philoté fut consacré le 23 novembre 1941, dans le couvent Jirovitsky, et Athanase le 8 mars 1942 dans la ville de Minsk. Une fois encore le Métropolite Denys interprétait le Tomos dans les anciennes frontières canoniques de la vénérable Métropole de Kiev à laquelle il se référait constamment dans les actes canoniques et ecclésiologiques qu’il accomplissait. Notons également que cette interprétation était largement partagée non seulement par le Peuple royal ukrainien, mais tout autant par le Peuple royal Biélorusse !

Le Métropolite Denys, en se référant toujours ecclésiologiquement et géopolitiquement au Tomos du Patriarcat de Constantinople de 1924, proclama que l'Eglise Orthodoxe de Pologne était l’héritière de l’ancienne Métropole de Kiev, c'est pourquoi il décida d'organiser directement la vie de l’Eglise sur les terres de l'Ukraine Orientale libérées des bolcheviques, par les troupes de la Wehrmacht. Il manifesta l'intention de venir, au mois de septembre 1941 à la Lavra de Potchaev pour la fête de Saint Job de Potchaev.  Il y convoqua le « Concile des évêques orthodoxes des terres libérées d'Ukraine » pour remettre l’ordre  dans l'Église Ukrainienne autocéphale.

Cependant, les autorités allemandes d'occupation s’y opposèrent, elles interdirent au Métropolite Denys d'intervenir directement dans la vie de l’Eglise en Ukraine.

Le Métropolite Denys sans renoncer à son projet, transféra à Pinsk la réunion du Concile. Celui-ci se rassembla sous le vocable : Concile des Evêques Ukrainiens, dans lequel  les archevêques Alexandre et Polycarpe furent élevés au rang de métropolite.

Le Concile de Pinsk porta sur la décision sur l’introduction dans l’Église Orthodoxe par ordination  des « prêtres » et « diacres » repentants consacrés de 1921 par la hiérarchie du « métropolite » Vasily Lipkovsky de l'Église Ukrainienne Autocéphale, qui nous nous en souvenons n’avait pas de consécration épiscopale valide, ce qui rendait nul les ordres qu’ils croyaient avoir reçus.

Enfin au cours de l’année 1941, le Métropolite Denys accédant aux demandes du clergé orthodoxe local et des organisations nationalistes ukrainiennes présente principalement à Kiev, mais également sur le territoire de l’Ukraine par l’oukase du 24 décembre 1941, nomma l'archevêque Polycarpe Sikorsky :  « Administrateur temporaire de l'Église Orthodoxe autocéphale sur les terres libérées de l'Ukraine ». Par cet acte il étendait plus qu’il ne la conférait l’autocéphalie qu’il avait reçue en 1924 de Constantinople, à l’ensemble d’une Ukraine libérée de l’Empire russe. Nous analyserons plus loin[46] les conséquences ecclésiologiques de cet oukase historique qui légitimait l’extension de l’autocéphalie accordée sur une partie seulement du territoire ukrainien alors en Pologne à l’Ukraine libérée de ses occupants russes ! Le nouvel administrateur de l'Eglise Orthodoxe d’Ukraine, l'archevêque Polycarpe, vint, au début de février 1942, dans la ville de Pinsk chez l'Archevêque Alexandre (Inozemtsev) avec la bénédiction du Métropolite Denys pour la Chiritonie épiscopale de deux archiprêtres de Volhynie, Nikanor Abramovich et Igor Gouba .

 

L’Archevêque Polycarpe présida donc le 9 février 1942  au nom du Métropolite Denys de Varsovie,  la chirotonie épiscopale d’un nouvel évêque ukrainien, Nicanor Abramovitch et le 10 février la chirotonie épiscopale d’un second évêque ukrainien, Igor Gouba. Les évêques consécrateurs étaient l’Archevêque Alexander Inozentsev et l’Évêque Youri Korénastov qui deviendra plus tard Métropolite de Varsovie. Le nouvel évêque Igor était élevé à la dignité d’archevêque. Toujours avec la bénédiction du Métropolite de Varsovie qui se considérait  désormais, avec la lecture qu’il faisait du Tomos de 1924, comme responsable ecclésiologiquement, et de ce fait, pastoralement de l’Ukraine, eurent lieu entre le 9 mai et le 17 mai 1943 dans la cathédrale Saint André à Kiev la consécration de très nombreux évêques célébrée par l’Archevêque Nikanor et son vicaire, l’Évêque Igor.

Voici la liste complète de l’épiscopat Ukrainien consacré durant cette période qui voyait enfin resurgir une hiérarchie entièrement ukrainienne :

Évêque FOTIJ (Tymoshchuc) de Chermihiv, le 9 mai.

Évêque MANUYIL( Tarnvsky) de Bilotserkiv, le 10 mai.

Évêque MYKHAYIL (Kloroshyi) de Yelysavethrad, le 12 mai.

Évêque MSTISLAV (Skrypnyk) de Pereyslav, le 14 mai, qui allait devenir le patriarche de Kiev et de toute l’Ukraine (résidant à Houston USA).

Évêque HRYHORIJ ( Ohijchuk) de Zylomyr, le 17 mai.

 

Ces évêques allaient à leur tour consacrer, toujours avec la bénédiction du Métropolite Denys de Varsovie et sous la présidence effective de l’Archevêque Polycarpe, Nikanor d’autres évêques dans les mois et l’année suivante (1943)  :

Toujours en 1942 :

Évêque HENNADIJ de Dnipropetrovske, le 24 mai.

Évêque VOLODIMYR ( Malets) de Cherkasy, le 23 juin.

Évêque PLATON (Aremyuk) de Rivne, le 2 août.

Évêque VYACHESLAV (Lisysky)  de Dubno, le 13 septembre.

 

Et Enfin en 1943 :

Évêque SERHIJ ( Okhotenko) de Melitopol, le 1er Août.

Certains de ces évêques se séparèrent de l’Archevêque (devenu Métropolite) Polycarpe pour créer une Église Ukrainienne pro-russe. Ainsi sur les terres libérées des bolcheviques en Ukraine, se formèrent deux églises ukrainiennes : l’une, autocéphale, présidée par le Métropolite Polycarpe (Sikorsky), et l’autre, autonome, présidée par le Métropolite Alexis (Gromadsky) qui commémorait le Locum Tenens, le Métropolite Serge de Moscou. C’est la blessure historique fondamentale infligée à la source de la refondation de l’Église Ukrainienne, dont nous observons la cicatrice qui perdure encore aujourd’hui. À Kiev, ainsi que dans les autres éparchies  d'Ukraine, officiaient des évêques des deux églises ukrainiennes, autocéphales et autonomes. Les évêques de l'Église Autonome faisaient les Offices divins en slavon.  Tandis que l'Eglise Autocéphale Ukrainienne, comme aujourd’hui, les célébrait en langue ukrainienne. Le Métropolite Alexis fut assassiné, le 7 mai 1943, dans une embuscade se rendant du Monastère de Potchaev à la ville de Kremenets. Les coupables de ce meurtre ne furent jamais identifiés. Après la disparition du Métropolite Alexis, l'Église Autonome Ukrainienne fut présidée par le plus ancien des évêques de ce groupe : Wladika Pantéléïmon (Rysy).

Dans l’intervalle de ce temps avec l’accélération de l’histoire et les changements de frontières qui chaque mois, chaque semaine, chaque jour, modifiaient la perception que l’on pouvait avoir à cette époque d’une continuité dans la vie de l’Église, le Métropolite Denys comprenait que par le Providence divine, une opportunité historique s’offrait à lui. Dans sa conception de l’ecclésiologie à exercer sa responsabilité pastorale, comme unique primat de la seule Eglise autocéphale sur l’ensemble des terres ukrainiennes, spécialement envers les terres de la Biélorussie et l'Ukraine occupées par les Allemands, le Métropolite Denys s'est adressé aux pouvoirs centraux germaniques le 15 juillet 1942 :

« Je ne peux aucunement accepter l'affirmation que dans les circonstances que où j'ai prêté serment et a été reconnu par le gouverneur général Frank, le chef de l'Église Autocéphale sous la Gouvernance générale, puisse diminuer les frontières de ma juridiction d'Église seulement à la frontière de ce domaine. Je trouve une telle affirmation tout à fait injustifiée canoniquement. Se mélange, ici, la notion de juridiction canonique avec la notion de compétence civile. Au moment de mon serment chez le Gouverneur général, les terres libérées orientales qui entrent dans ma Métropole, ne se trouvaient pas encore dans la sphère des intérêts allemands. Au moment de mon serment chez le Gouverneur général, les terres libérées orientales (en Ukraine) qui entrent dans ma Métropole, ne se trouvaient pas encore dans la sphère des intérêts allemands. Je ne peux donc aucunement reconnaître juste l’opinion selon laquelle je n’aurais aucune raison canonique, ou de par des pratiques ecclésiastiques, de faire n'importe quelque action que ce soit au-delà des frontières de la Gouvernance générale pour les questions et prérogatives dans ma juridiction d'Église qui lui sont jointes de par les responsabilités, que, Moi, en tant que Chef de l'Église locale autocéphale qui découlent de ces devoirs que me confie le titre que je porte ».[47]

La plus part des chironomies épiscopale citées plus haut avaient déjà été réalisées. Le Métropolite Denys affirmait une fois de plus dans sa déclaration que pouvoir de Primat s’exerçait implicitement au nom du contenu du Tomos de 1924 sur l’ensemble des terres Ukrainiennes et non pas uniquement  sur  une Église de Pologne réduite à un petit territoire comme celui, à ce moment précis de la Gouvernance de Pologne sous administration allemande. Il récuse donc énergiquement - et disons-le courageusement - étant données les circonstances qui pouvait le voir fusiller sans autre forme de procès, le fait que ces autorités germaniques : «  puisse diminuer les frontières de ma juridiction d'église seulement à la frontière de ce domaine. Je trouve une telle affirmation tout à fait injustifiée canoniquement. Se mélange, ici, la notion de juridiction canonique avec la notion de compétence civile. Au moment de mon serment chez le Gouverneur général, les terres libérées orientales qui entrent dans ma métropolie, ne se trouvaient pas encore dans la sphère des intérêts allemands. »

L'appel du métropolite Denys aux pouvoirs centraux n’eut pas de succès désiré et il se rendit donc chez le Gouverneur allemand de Varsovie, Fischer. Le résultat fut mitigé. Mais  s’il ne lui était pas permis de se déplacer sur ses territoires libérés de l'Ukraine libérée et de la Biélorussie (libérée à ses yeux, comme à ceux de tous les ukrainiens, des bolchéviques russes haïs), le Métropolite Denis avait obtenu une large possibilité d’action en pouvant y faire des nominations ecclésiastiques locale d’évêques le représentant. Ce qu’il avait déjà commencé à faire sans cette permission civile.

 

Quand, en 1943-1944, commença la retraite des armées allemandes de Russie, l’ensemble des évêques orthodoxes, que ce soient des Églises Ukrainiennes Autocéphale, et  Autonome et de l’Église Biélorusse, se replièrent sur la Pologne et majoritairement se retrouvèrent à Varsovie.

 

Chapitre 15 : La défection de nombreux évêques polonais  et leur retour dans le patriarcat de Moscou

 

Pour ne pas nuire à la clarté de notre récit, nous introduisons un court chapitre sur la défection de nombreux évêques précédemment dans l’Église Autocéphale de Pologne située en Pologne, dans sa partie Ukrainienne, à la frontière de l’actuelle Biélorussie et en Lituanie.

Avec l’invasion éphémère par l’Armée Rouge d’une partie de l’Ukraine faisant suite au pacte de non-agression germano-soviétique dont nous avons parlé dans un chapitre précédent, les considérations ecclésiologiques de nombreux évêques polonais s’effritèrent devant la dure réalité : désormais, si l’on tenait à la vie, il fallait faire allégeance au patriarcat de Moscou qui manifestait par de nombreuses déclarations son patriotisme russe et sa loyauté vis-vis du nouveau pouvoir bolchévique.

L'Archevêque Pantéleïmon (Rojnovsky) écrivit au Patriarche de Moscou une lettre détaillée sur la situation de son éparchie et en sollicitant le patriarcat de Moscou d'accepter ses paroisses et son clergé. Il demandait également la nomination d’un évêque pour l’éparchie de Pinsk-Novogroud. Dans le même courrier l'Archevêque Pantéleïmon faisait savoir, que le diocèse de Grodno, après la fuite de l'Évêque Savva (Sovietov), restait sans évêque et que lui-même accepterait ce diocèse sous son omophore.

Le Patriarcat de Moscou, en réponse à cette démarche de l'Archevêque Pantéleïmon, le nomma évêque gouvernant de l’éparchie de Pinsk-Novogroud.

Le décret du Patriarcat de Moscou du 17 octobre 1939, n°613, lui envoya, simultanément, la croix de diamant pour le port sur l’habit ecclésiastique, ainsi que le titre d'Exarque du Patriarcat de Moscou en tant qu’archevêque Pantéleïmon de l’éparchie de Pinsk-Novogroud.

Après cela, l'archevêque Pantéleimon envoya à tous les évêques de la Biélorussie Occidentale et de l'Ukraine Occidentale occupée par les troupes soviétiques, une lettre qui informait de sa nomination en tant qu'Exarque du Patriarcat de Moscou et proposa d'envoyer en son nom des demandes déclaratives de reconnaissance du Patriarcat de Moscou comme pouvoir canonique de L’Église en remplacement de celui de la Métropole Autocéphale de Pologne. Seul, l'évêque Symon Ostrojsky répondit à cette lettre de l'Archevêque Pantéleimon, les autres hiérarques envoyèrent leur demande directement à Moscou.

Au cours de l'été 1940, tous les hiérarques de Biélorussie Occidentale et d'Ukraine Occidentale furent convoqués à Moscou pour la présentation de leur ralliement au Patriarcat de Moscou.

Le 25 juin 1940 furent acceptés comme membres de l'Église russe dans cet ordre : l'archevêque de Volhyniesky et de Kremenets, Alexis (Gromadsky), l'Évêque de Kamen'-Kachirsky Antony (Martsenko), le 10 juillet, une confirmation de la nomination du 17 octobre 1939 comme Exarque de l'Archevêque Pantéleïmon (Rojnovsky) et le 21 août, l'évêque Symon Ostrojsky d'Ivanovo.

L'acte de l'acceptation comprenait la lecture de la prière correspondante pour le nouveau membre, la confession et une participation commune à la Liturgie divine.

Après cela, les évêques devenaient des adjoints pleinement habilités du Patriarcat de Moscou.

Les archevêques Théodose de Vilensky) et Alexandre de Demi-Essky), ainsi que l’Évêque Polycarpe de Loutsky (Sikorsky) refusèrent de se rendre à Moscou et nous avons vu dans les chapitres précédents le rôle majeur que prendra le très courageux archevêque Polycarpe dans la résurrection de l’Église locale Ukrainienne.

 

Chapitre 16 : La résurrection du Patriarcat de Kiev : Acte II : 1943-1944

 

Déjà, en automne 1943, les premiers évêques d'Ukraine commencèrent à arriver à Varsovie. Pendant que les évêques appartenant à l'Église Autonome, devaient se loger dans des chambres d’hôtel de Varsovie et dans des maisons privées, l'épiscopat de l'Église Ukrainienne Autocéphale bénéficia de la large hospitalité du Métropolite Denys.

Le Métropolite Polycarpe fut logé avec tous les égards dus à son rang, dans un des appartements du Métropolite Denys et les autres évêques furent placés dans des pièces séparées dans le local de l'ancien internat pour les étudiants en théologie.

Les évêques de l'Église Ukrainienne Autocéphale célébraient les offices divins dans la partie supérieure de l’Église de la Métropolie de l'église de Sainte Madeleine à Prag, pendant que le Métropolite Denys accordait charitablement, bien qu’il ne soit plus en communion avec eux, aux évêques de l'Église Ukrainienne Autonome, pour l'accomplissement des offices divins, la crypte en sous-sol du cimetière orthodoxe Volia, situé dans la banlieue de Varsovie. Ce schisme primitif d’une Église Ukrainienne ressuscité  a laissé son empreinte dévastatrice et persiste toujours, bien que ses causes soient aujourd’hui d’une origine différente.

Tout le monde affirme et pense, à tort, que le premier patriarche proclamé comme tel, de Kiev et de toute la Russ’ Ukraine, est Sa Béatitude Mstyslav. C’est ignorer un fait volontairement occulté, qui par son importance historique et sa portée symbolique, légitime d’avantage la position ecclésiologique actuelle du Patriarcat de Kiev.

Nous connaissons tous comme étant la premier proclamation d’un patriarche de Kiev celle qui s’est réalisée les 5-6 juin 1990 à Kiev lors du Concile orthodoxe ukrainien, avec le concours de plus de 700 délégués de toute l'Ukraine, dont 7 évêques et plus de 200 prêtres. Le Concile élisait comme patriarche de Kiev et de toute la Russ’Ukraine le métropolite MSTISLAV (Skrypnyk) résidant aux USA mais dans la lignée des évêques ukrainiens ayant reçu la consécration épiscopale avec la bénédiction du Métropolite Denys de Pologne. Le 18 novembre 1990 dans la cathédrale de Sainte-Sophie à Kiev le nouveau  patriarche de Kiev et de toute l'Ukraine Mstislav est intronisé.

Pourtant nous n’assistons pas ici à l’élection du premier « patriarche d’Ukraine ». Cet  événement historique majeur s’était déjà produit dans ces circonstances historiques dramatiques, comme une nouvelle Pentecôte qui voit descendre sur tous les Apôtres, ici l’épiscopat entier de l’Église d’Ukraine rassemblé autour du primat de la Pologne qui agissait comme le Primat de l’ensemble des Ukrainiens. La nouvelle hiérarchie ukrainienne autocéphale élisait solennellement  le 9 avril 1944 pour le Dimanche des Palmes, Sa Béatitude le  Métropolite Denys, comme  « Patriarche de toute l’Ukraine». Cette élection (qui ne sera pas suivie d’intronisation, car celle-ci ne pouvait se réaliser qu’à Kiev, alors occupée par l’Armée Rouge), se déroula dans la résidence du Métropolite. En acceptant la dignité patriarcale  le nouveau Patriarche de toute l’Ukraine, Denys Ier prononça en langue ukrainienne des paroles de gratitude aux évêques qui reconnaissaient que depuis son pontificat dans l’esprit du Tomos de 1924, il continuait l’œuvre ecclésiologique des tous les métropolites de Kiev qui avaient  lutté pour l’autocéphalie ukrainienne avant lui. Le nom du patriarche Denys Ier, en tant que « Patriarche de toute l’Ukraine », fut commémoré dans les offices divins dans l’ensemble des églises ukrainiennes (autocéphales). Nous regrettons qu’en 1990 le nouveau patriarche Mstislav, qui était l’un des témoins privilégiés des événements qui viennent d’être révélés, n’ait pas remercié dans son discours le Métropolite de bienheureuse mémoire Denys pour tout ce qu’il avait donné à l’Eglise d’Ukraine et qu’il n’ait pas rappelé que Sa Béatitude Denys avait été proclamé par l’Église Orthodoxe martyre d’Ukraine, comme le premier patriarche d’Ukraine ! Le Patriarche Mstislav n’étant que le second.

Mais la division de l’Église d’Ukraine qui existe encore aujourd’hui, se perdurait : Dans la fête des saintes Pâques de cette même année 1944, eut lieu, à Varsovie, le Concile des évêques de l'Église Ukrainienne Autonome, qui élevèrent au rang d'archevêque, l'Évêque Pantéléimon (Rudik), dirigeant l’éparchie de Kiev.

L’avancée de l'Armée Rouge vers Varsovie l’été 1944 et la retraite des troupes allemandes de Pologne provoqua l'évacuation tout aussi rapide vers l’intérieur de l'Allemagne de tout l'épiscopat demeurant à Varsovie. De là plusieurs d’entre eux parvinrent à rejoindre les USA et à constituer l’Église Orthodoxe Autocéphale d’Ukraine (Hors Frontières) dont le Second Patriarche sera Sa Béatitude Mstislav Ier (Skrypnyk). Cette Église avait reçu son autocéphalie comme une extension de l’autocéphalie de l’Église Ukrainienne en Pologne et ne devait son existence canonique autant qu’ecclésiologique qu’au seul Patriarche Denys Ier d’Ukraine.

Les derniers jours de juillet 1944 à Varsovie les métropolites Denys, Polycarpe et Hilarion partirent, eux aussi, tout comme l’ensemble de l'épiscopat de l'Eglise Ukrainienne Autocéphale ainsi que celui des Églises Autonomes. Mais cela est une autre histoire.

 

Chapitre 17 : Les principes ecclésiologiques qui guidèrent la fondation et les développements ultérieurs de l’autocéphalie polono-ukrainienne

 

 

Toutes les anciennes autocéphalies et leur restauration (résurrection) au début du XXème siècle se sont réalisées sans exception avec la volonté exprimée de l’état souverain sur le sol du quel existait l’Église locale orthodoxe qui la demandait. Nous pouvons brièvement évoquer ici quelques exemples de cette loi à la fois ecclésiologique et canonique. Nous empruntons cette étude à notre article publié en 2013[48] :

« Examinons maintenant comment se sont produites les autocéphalies des Eglises locales que nous connaissons aujourd’hui, dans la longue histoire de l’Eglise depuis le VIIIème siècle. Des autocéphalies existaient déjà, indépendantes du Siège de Constantinople, comme l’Eglise de Chypre fondée par l’Apôtre Paul et pourtant, bien qu’elle aurait eu tous les titres à le devenir, elle n’est  jamais devenue un patriarcat, et qui obtient son autocéphalie en 437.

La première autocéphalie d’une nation récemment convertie au christianisme,  fut celle de la nation Bulgare alors fréquemment en guerre avec l’Empire Byzantin. Elle s’ajoutait aux Eglises existantes : les cinq patriarcats : Rome Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, Chypre, et la puissante Eglise franco-germano carolingienne.

L’autocéphalie du patriarcat de Bulgarie remonte à la conversion de son prince Boris Michel : dès son baptême, il n’était pas pour le souverain  envisageable que la nouvelle Église nationale Bulgare, longtemps en guerre avec l’empire Byzantin, puisse dépendre d’une Eglise Mère (Constantinople) qui donnait sa fidélité patriotique à l’Empire Romain Byzantin. Pour ce souverain il était tout simplement impossible et impensable d’être obligé d’entendre dans sa cathédrale commémorer le patriarche de l’Eglise d’une nation avec laquelle il pouvait se retrouver en conflit (Bulgare et Grecs étaient en guerre depuis 150 ans), et que les évêques de son pays puissent recevoir du patriarche de Constantinople des instructions antipatriotiques, auraient alors constitué une ingérence insupportable pour le souverain de cette Église locale. Le Patriarche Photios et l’empereur Michel ainsi que son successeur Basile finiront par le comprendre et l’accepter. Toute autre solution n’était pas viable. Sur ce point Boris-Michel avait intégré le principe impérial Byzantin de l’aigle bicéphale symbolisant les deux gouvernances de la nation par l’empereur et le patriarche. Son Église se devait d’être une Église nationale. C’est son fils, le Tsar Syméon, qui obtiendra, après de nombreuses difficultés, de la part de l’empereur de Constantinople  Romain Ier  Lécapène[49] et du patriarche de Constantinople Nicolas Mysticos, l’autocéphalie et le rang patriarcal à son Église (924-927)  ayant alors comme siège a, et pour lui-même le titre de basileus (empereur). Par exemple le second siège patriarcal Bulgare de Tirvno fut fondé par l’Empereur des Bulgares, Kaloyant en 1204 d’abord sous l’autorité canonique du Pape de Rome Innocent III et enfin en 1234, lorsque le nouveau patriarcat bulgare fut reconnu par Constantinople et son rang patriarcal confirmé pour son occupant le Patriarche Johachim de Tirvno. C’est cette première autocéphalie qui deviendra l’archétype de toutes les futures autocéphalies qui suivront en Europe de l’Est, jusqu’à notre époque.

 

Examinons les mécanismes qui ont été à l’origine de toutes ces anciennes autocéphalies : Il fallait toujours un décret de l’autorité séculière pour confirmer la naissance d’une nouvelle église autocéphale. C’est ici, dans la naissance du nouvel État, qui s’organisait avec son Église autocéphale selon le modèle byzantin, qu’allait naître la puissante racine de toutes les Églises-nations de la fin du XIXe siècle au début du XXème siècle, avec la naissance ou la restauration, de nouveaux patriarcats, après l’effondrement de l’Empire turc. Examinons maintenant comment se sont produites les autocéphalies des Eglises locales que nous connaissons aujourd’hui, dans la longue histoire de l’Eglise depuis le VIIIème siècle. Des autocéphalies existaient déjà, indépendantes du Siège de Constantinople, comme l’Eglise de Chypre fondée par l’Apôtre Paul et pourtant, bien qu’elle aurait eu tous les titres à le devenir,  elle n’est  jamais devenue un patriarcat, et qui obtint son autocéphalie en 437. En marge de l’Empire Romain d’Orient, il existait également l’Eglise géorgienne qui devrait un instant retenir notre attention, car elle constitue l’exemple parfait de l’impérialisme séculaire du patriarcat de Moscou et de celui de Constantinople : Cette Eglise fondée par saint Grégoire l’Illuminateur devient autocéphale en 484, bien avant la Bulgarie et la Serbie dont nous allons parler. L’épiscopat, marié à cette époque, de cette Eglise se transmettait de père en fils, dans de longues et très saintes lignées épiscopales, ce qui constitue un exemple unique dans l’histoire de l’Eglise, car cette Tradition s’apparente au népotisme, bien que dans l’esprit il en ait été autrement. Vers le VIème siècle cette tradition disparut. Lorsque la Géorgie fut rattachée à l’Empire russe, le saint Synode russe supprima arbitrairement l’autocéphalie séculaire de l’Eglise géorgienne. C’est dans la tourmente de la révolution bolchévique que cette Eglise proclama à nouveau son ancienne autocéphalie, et comme d’habitude le patriarcat de Constantinople fut le dernier à la reconnaître en 1989 ! [50]

 

L’Église Serbe, à travers l’action diplomatique de Saint Sava obtient de l’Empereur de Nicée Théodore Ier Lascaris (1205-1222) et du Patriarche Manuel Ier Sarenténos (1217-1222) le statut « d’Archevêque autocéphale » en 1219 concrétisé par la chirotonie épiscopale de Saint Sava. Cet exemple unique dans l’histoire de l’Eglise d’un « archevêque  autocéphale » qui a lui seul rassemblait dans sa personne toute la « sobornost »  de la nouvelle Eglise locale : Saint Sava agissait seul tout en portant pourtant dans son épiscopat le canon 34 apostolique ; il décidait seul de qui recevrait la chirotonie épiscopale, (puisqu’il n’existait pas d’autres évêques locaux pouvant se réunir selon le canon 34 des Apôtres  pour procéder à une élection), mais il représentait bien canoniquement et ecclésiologiquement, l’ensemble de l’épiscopat universel par ce canon, lui spécifique, d’ « archevêque autocéphale ». Cette autocéphalie rassemblée sur un unique évêque signifiait qu’en accordant tous ces privilèges à son premier primat, le Canon 34 Apostolique était non seulement respecté, mais à la racine même de cette autocéphalie. L’Empereur et le Patriarche (à Nicée) avaient reconnu l’autocéphalie de la nouvelle Eglise locale, non seulement comme réalité (un chrysobulle avait été accordé), mais comme principe pour chaque nation, en devançant  pour cela, la présence d’un épiscopat qui n’existait pas encore, et en rassemblant sur son premier primat tous les privilèges d’une autocéphalie plénière, qui normalement suppose au moins trois, voire quatre évêques.

 

La fondation du premier Patriarcat de Serbie elle aussi se conjugua avec une volonté monarchique exprimée par son Prince Stefan Uros IV Dusan roi des Serbes de 1331 à 1346 puis ensuite empereur des Serbes et des Grecs de 1346 à 1355. C’est avec l’appui des moines du Mont Athos dont il était le protecteur qu’il peut élever le siège de la Serbie, jusque-là un archevêché, au rang patriarcal, qui sera perdu sous l’empire ottoman et re-proclamé ensuite au commencement du XXème siècle, comme nous le verrons plus loin, (Le Patriarcat d’Ohrid avait été fondé par un décret de l’Empereur Basile II en 1019). Il était indispensable pour un sacre impérial que la cérémonie soit célébrée par un patriarche. Mais la seule garantie pour pouvoir assurer  la succession dynastique, était de disposer d’un patriarche attaché à l’Eglise nationale du nouvel empire. Dušan se proclame à Noël 1345 basileus. Devant l’impossibilité de faire déplacer le patriarche de Constantinople ou le pape (requis en premier pour cette cérémonie alors que le schisme est consommé entre Rome et Constantinople depuis 1054 !) Le sacre est organisé à Skopje pour le dimanche de la Résurrection du Christ, sous la présidence pontificale du patriarche de Bulgarie Siméon,  et de l'archevêque d'Ohrid Nicolas Ier et d’une très large représentation des higoumènes des principaux monastères du Mont Athos qui étaient les parrains spirituels du nouvel empereur qui les protégeait. L'archevêque de Serbie Joannikos II est alors élevé au rang de patriarche et intronise Dusan comme  Empereur des Serbes et des Grecs. Lorsque Jean Cantacuzène devient lui-même basileus en 1347 il ne peut évidemment pas accepter que le souverain serbe porte le titre de basileus et que la nouvelle Eglise serbe soit arrachée à l’influence de l’Eglise patriarcale de Constantinople en lui disputant l’autorité à la fois canonique et celle de la souveraineté sur la presqu’île du Mont Athos qu’avait de facto et depuis peu « de jure » l’empereur des Serbes : en 1350 la symphonie qui unit le basileus et le patriarche de Constantinople fonctionne, et ce sera l’excommunication et l’anathème jetés tant sur le nouveau patriarche Serbe que sur le souverain de cette nation, par le patriarche Calliste Ier (1350-1353 et 1355-1363), un disciple de saint Grégoire Palamas. Dans le décret d’une sévérité particulière ce n’est pas seulement les deux principaux protagonistes qui sont ainsi exclus de l’Eglise Orthodoxe mais toutes les terres Serbes. Ainsi le rattachement d’une presqu’île, (le Mont Athos) au nouvel empire Serbe, avec pourtant le consentement de ses habitants, les moines du Mont Athos, et la fondation même de ce nouvel état, perçu comme  un empire concurrent, déclenche les foudres de l’Eglise dominante de la région (ici le patriarcat de Constantinople comme aujourd’hui le patriarcat de Moscou envers le patriarcat d’Ukraine) contre l’Eglise de la nation qui est dans le mouvement (comme l’Ukraine aujourd’hui) de prendre son indépendance et de marquer légitimement ses nouvelles frontières tant nationales qu’ecclésiales. Rien de véritablement nouveau sous le soleil de la seconde et la troisième Rome.

Nous le constatons c’est le facteur géopolitique qui est toujours, car ces exemples se répètent dans toute l’histoire des Églises Orthodoxes locales, le motif principal dans les décisions arbitraires, de ces anathèmes, alors que seules des questions concernant la pureté de la foi orthodoxe devraient inspirer les schismes. Il n’est question derrière ces anathèmes que de pouvoir  et de revendications territoriales dans lesquelles l’Eglise impérialiste (hier Constantinople aujourd’hui Moscou) se fait l’exécutante de la volonté du Prince. Cet anathème  frappant le patriarcat de Serbie et la nation serbe ne sera annulé que 25 ans plus tard, en 1375 sous le règne du prince Lazare de Serbie et du patriarche de Constantinople Philotéos (1353-1354 et 1364-1376).

 

Ce principe perdurera, et se manifestera d’une manière violente avec des schismes à répétition à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle lorsque les anciennes nations orthodoxes européennes (Bulgarie, Serbie, Grèce, Roumanie), libérées du joug ottoman, se refondèrent en Etats souverains. Ceux-ci exigèrent que leurs Églises Orthodoxes nationales dont l’autocéphalie avaient été pour certaines (Bulgare et Serbe), arbitrairement supprimées par le Patriarcat de Constantinople aux mains des turcs, proclament sans le consentement patriarcal, leurs autocéphalies originelles. Pour le cas de la Roumanie et de la Grèce, les nouveaux Etats ne voulaient pas que leurs  Églises nationales soient soumises à un patriarcat inféodé à la puissance séculière d’un pouvoir haï, celui du vieil Empire Ottoman !  [51]

 

Le même principe observé dans tous ces exemples, est celui de la conjonction, nous devrions davantage dire de la synergie d’un Etat souverain représenté, soit par le souverain, soit par un parlement et le président d’une république, lorsque ce régime existe, s’est toujours appliqué pour la fondation ou la refondation (résurrection) d’une Église autocéphale.

De ces nombreux exemples une seule conclusion est possible. Depuis l’origine des nouvelles autocéphalies à partir du VIII-IXème siècle, avec la naissance des nouvelles nations slaves, l’ensemble des autocéphalies a d’abord été proclamée unilatéralement par, à la fois l’Église locale et l’Etat souverain dans les frontières du territoire national dans lequel elles étaient chacune d’elles située. Les secondes proclamations des autocéphalies des XIXème et XXème siècles, dont nous reparlerons du principe ecclésiologique dans le chapitre suivant, se sont réalisées de cette manière.

Nous observons que ce principe est souligné dans le Tomos de 1924 : « L'examen de cette demande, avec charité, en prenant en considération les structures des saints canons qui ont établi que le système des affaires de l'église doit correspondre avec les formes politiques et nationales (Concile Œcuménique IV, canon 17, Concile  Œcuménique VI, canon 38), ainsi le raisonnement de Photius: « Il est acceptable que les lois qui concernent les affaires de l'église, et les questions en particulier diocésaine, dussent correspondre aux changements politiques et administratifs », autrement dit, s’incliner face aux demandes des obligations canoniques, qui imposent à notre Saint Siège œcuménique de se préoccuper des Églises Orthodoxes, qui sont dans le besoin. » Dans ce texte il est fait référence à la relation qui doit formellement exister entre l’Église et l’État dans une nation donnée « forme politique et nationale » La citation de saint Photios le Grand, patriarche de Constantinople est de ce point de vue éloquente. Le canon 17 du IVème Concile Œcuménique n’étant cité que pour dénoncer le non respect par le Patriarcat de Moscou de la juridiction du Patriarcat de Constantinople en tant que Église Mère de la Métropole  de Kiev : Canon 17. «  Que l'administration de trente années assure la possession, et au sujet des villes récemment fondées. Les paroisses de campagne ou de village appartenant à une Eglise doivent rester sans changement aux évêques qui les possèdent, surtout s'ils les ont administrées sans conteste depuis trente ans. Si pendant ces trente ans il a éclaté ou s'il éclate un différend, ceux qui se croient lésés peuvent porter l'affaire devant le synode de la province. Si en pareil cas l'évêque pense que son propre métropolitain l'a desservi, qu'il porte l'affaire devant l'exarque du diocèse ou bien devant le siège de Constantinople comme il a été dit plus haut. Si par ordre de l'empereur une ville a été ou sera fondée, le rang hiérarchique des Eglises devra se conformer à l'ordre civil et public des cités. » Le paragraphe du Tomos concernant ce canon est explicite : « car il est écrit que la première séparation de notre Siège de la Métropole de Kiev et de la Métropole Orthodoxe de Lituanie et de Pologne, en a dépendu, ainsi que leur intégration au sein de l'Église moscovite ont été accomplies contrairement au droit canon, comme aussi tout ce qui a été convenu en ce qui concerne la pleine autonomie de l'Église de la Métropole de Kiev, qui, à l'époque, avait le titre Exarque du Siège œcuménique ». Quant au Canon œcuménique 38 du VIème Concile Œcuménique, il est avec le Canon apostolique 34 la racine même de la fondation de toutes les nouvelles Églises autocéphales : « Que l'ordre hiérarchique des diocèses doit tenir compte d'une ville nouvellement fondée. Le canon édicté par nos pères nous aussi nous l'observerons, qui dit : " Si par ordre de l'Empereur une ville a été fondée ou est fondée, l'ordre hiérarchique de l'Eglise se conformera à l'ordre civil et public des lettres de fondation ». L’ordre de l’Empereur représente ici la participation et la volonté de l’Etat de fonder avec une nation, une Église nationale ou d’organiser une nation existante en Église locale. Reconnaissons-le pour l’Église de Pologne et l’État polonais, cette volonté existait sans le moindre doute (seuls les éléments pro-russes firent défection à cet élan historique extraordinaire), et notre ouvrage s’est efforcé d’en apporter de très nombreuses preuves historiques. C’est toute la signification de la justification ecclésiologique de cette nouvelle Église autocéphale dans ce passage du Tomos : « L'examen de cette demande, avec charité, en prenant en considération les structures des saints canons qui ont établi que le système des affaires de l'Église doit correspondre avec les formes politiques et nationales (Concile Œcuménique IV, canon 17, Concile  Œcuménique VI, canon 38), ainsi  le raisonnement de Photius: « Il est acceptable que les lois qui concernent les affaires de l'église, et les questions en particulier diocésaine, dussent correspondre aux changements politiques et administratifs », autrement dit, s’incliner face aux demandes des obligations canoniques, qui imposent à notre Saint Siège œcuménique de se préoccuper des Églises Orthodoxes, qui sont dans le besoin; en considérant aussi le fait, ce qui n’est pas contredit par l'histoire (car il est écrit que la première séparation de notre Siège de la Métropole de Kiev et de la Métropole Orthodoxe de Lituanie et de Pologne, en a dépendu, ainsi que leur intégration au sein de l'Église moscovite ont été accomplies contrairement au droit canon, comme aussi tout ce qui a été convenu en ce qui concerne la pleine autonomie de l'Église de la Métropole de Kiev, qui, à l'époque, avait le titre Exarque du Siège œcuménique). » Nous reviendrons plus loin sur une analyse plus détaillée de ce passage du Tomos. C’était bien une autocéphalie accordée à une partie de la vénérable Métropole de Kiev sur une fraction de son ancien territoire national située dans l’État Polonais. La citation du Canon œcuménique 38 dans le Tomos souligne indiscutablement cette interprétation. D’ailleurs le Métropolite Denys lorsque la Pologne se trouve sous domination allemande, n’interprète pas autrement le Tomos : il agit sur l’ensemble des territoires Ukrainien à ses yeux libérés de la tyrannie russo-bolchévique, comme le Primat de toutes les Terres de Russ’Ukraine. Certes il n’a pas reçu l’autocéphalie pour ces territoires libérés. Mais sa connaissance de l’histoire lui fait se référer à ce principe ecclésiologique connu. Lorsqu’une nation et son Église locale voient leurs frontières déplacées, l’autocéphalie qui existait dans les premières frontières se perpétue dans les secondes. Bien plus, si cette nation se voit contrainte de quitter toutes ses anciennes frontières et de s’implanter sur un autre territoire elle conserve son autocéphalie intacte et la transfère sur son nouveau territoire. C’est exactement la situation évoquée par le célèbre canon ecclésiologique 39 du VIème Concile Œcuménique. «  De l'évêque de l'île de Chypre. Notre frère dans l'épiscopat Jean, le pasteur de l'île de Chypre, s'étant réfugié avec son peuple de son île dans la province de l'Hellespont, à cause des attaques des barbares et pour être délivré de l'esclavage païen et se mettre franchement sous l'autorité du pouvoir très chrétien, et cela grâce à la providence divine et aux efforts de notre pieux empereur aimé du Christ, nous décidons, que les privilèges accordés à son siège par les pères inspirés de Dieu, qui se réunirent la première fois à Ephèse, restent inchangés ; en sorte que la Nouvelle Justinianopolis ait les droits de la ville de Constantia, et l'évêque très aimé de Dieu qui y sera établi à l'avenir, présidera à tous les évêques de la province de l'Hellespont et sera élu par ses propres évêques, selon l'ancienne coutume ; car nos pères inspirés de Dieu ont décidé que les usages de chaque Eglise soient gardés. Quant à l'évêque de la ville de Cyzique, il sera soumis au pasteur de la dite Justinianopolis à l'instar de tous les autres évêques de la province qui sont sous l'autorité de Jean le pasteur très aimé de Dieu, lequel, si c'est nécessaire, promouvra même l'évêque de la ville de Cyzique.  » Nous sommes dans le cas où les privilèges accordé pour un territoire donné par l’autocéphalie sont étendus là où une partie importante - et pas nécessairement la majorité - de son peuple y est désormais présente.

 

Le Primat de Pologne avait également  sous ses yeux un exemple plus récent, d’un transfert de population qui avait vu se couper en deux comme pour l’Ukraine avec une partie dans le territoire polonais et l’autre dans l’Etat bolchévique russe,  un unique peuple, celui des Serbe qui se partageait  entre deux Etats distincts, l’Empire Ottoman et l’Empire Austro-Hongrois. Ce partage lié à une immigration volontaire, pour protéger son identité Orthodoxe serbe comme des siècles avant l’avait réalisé l’Église de  Chypre, naissait une seconde Église serbe autocéphale. Un autre exemple intéressant du point de vue ecclésiologique est celui de la refondation d’un patriarcat serbe qui ne devait rien à Constantinople : Le patriarcat éphémère de Karlowitz. Le premier titulaire du Siège de Karlowitz fut, en 1690, Arsène Tchernoïevich qui était le Patriarche de Pec, ayant organisé la grande migration Serbe de trente-sept mille familles vers l’Empire austro-hongrois. Dans son diplôme impérial, daté du 20 août 1691, l’Empereur Léopold reconnaît à l’Église Orthodoxe serbe sa totale indépendance et fait du Patriarche le chef civil et religieux des Serbes de l’Empire. Ici et dans les années suivantes, c’est l’empereur catholique autrichien qui se substituait au basileus byzantin Orthodoxe pour accorder l’autocéphalie à son Eglise Orthodoxe locale, bien qu’appartenant à une autre religion chrétienne. Exactement comme l’empereur Jean V Paléologue (1341-1376 et 1379-1391)  qui était devenu catholique[52], tout en  continuant de diriger un empire et une Eglise locale Orthodoxe, et en faisant des décrets en faveur de celle-ci. Le successeur d’Arsène sur le Trône patriarcal de Pec, Callinique, accordera, selon les principes ecclésiologiques orthodoxes énoncés dans cet article, un statut d’autonomie au Siège de Karlowitz, qui ne devait donc rien, absolument rien à Constantinople. La seconde Église nationale serbe s’accroitra des nouvelles émigrations de 1738 et 1788. Elle devint un siège patriarcal par une décision impériale de l’Empire Autrichien en 1848, dans la pure tradition ecclésiologique des empereurs byzantins, patriarcat et autocéphalie qui ne devaient toujours rien à Constantinople. Ce Patriarcat disparaîtra avec l’effondrement de l’Empire austro-hongrois lors de la première guerre mondiale de 1914-1918. Mais cet exemple constitue une jurisprudence canonique qui s’ajoute à toutes celles déjà mentionnées dans cet article en faveur de la légitimité de la fondation de notre patriarcat. On peut également mentionner l’existence de la première autocéphalie roumaine : le Patriarcat de Karlowitz, eut sous sa juridiction canonique, à un moment de son histoire, une partie de la Transylvanie roumaine et une partie de la Bucovine roumaine, alors dans l’Empire austro-hongrois. Il y accorda l’autocéphalie le 24 décembre 1864 du calendrier julien, (5 janvier 1864), à la Métropole Orthodoxe roumaine qui avait son siège dans la ville de Hermannstadt, l’actuelle Sibiu. La Bucovine et la Transylvanie roumaines sont devenues autocéphales avant la réunion de toutes les principautés roumaines. Et cette autocéphalie qui ne devait rien à Constantinople s’est ensuite étendue au reste de la Roumanie. »[53]

 

 

Chapitre 18 : L’interprétation ecclésiologique de la primauté de Kiev par le métropolite Denys

 

Le Métropolite Denys étendit l’autocéphalie à l’Ukraine libérée, qui à ses yeux - c’était sa lecture du paragraphe que nous citions à nouveau du Tomos de 1924 : « L'examen de cette demande, avec charité, en prenant en considération les structures des saints canons qui ont établi que le système des affaires de l'église doit correspondre avec les formes politiques et communautaires (IV Concile œcuménique, canon 17, Conseil œcuménique VI, canon 38), ainsi le raisonnement de Photius: "Il est acceptable que les lois qui concernent les affaires de l'église, et les questions en particulier diocésaine, dussent correspondre aux changements politiques et administratifs», autrement dit, s’incliner face aux demandes des obligations canoniques, qui imposent à notre Saint Siège œcuménique de se préoccuper des Eglises orthodoxes, qui sont dans le besoin; en considérant aussi le fait, ce qui n’est pas contredit par l'histoire (car il est écrit que la première séparation de notre Siège de la Métropole de Kiev et de la Métropole Orthodoxe de Lituanie et de Pologne, en a dépendu, ainsi que leur intégration au sein de l'Église moscovite ont été accomplies contrairement au droit canon, comme aussi tout ce qui a été convenu en ce qui concerne la pleine autonomie de l'église de la Métropole de Kiev, qui, à l'époque, avait le titre d’Exarque du Siège œcuménique). Nous et nos saints métropolites, nos frères bien-aimés et collègues dans l'Esprit Saint, avons estimé qu'il était de notre devoir de prêter une oreille bienveillante à la demande qui nous est présenté par la Sainte Église Orthodoxe de Pologne et de donner notre bénédiction et notre approbation à son administration autocéphale et indépendante » Selon son interprétation qui est la nôtre, du Tomos de 1924, l’autocéphalie avait été accordée non pas à une Église Orthodoxe stricto sensu polonaise, mais en se référant à la primauté du Siège de Kiev à la partie de l’Église Ukrainienne située dans l’état souverain polonais, lequel demandait de concert avec Elle, cette autocéphalie.

Ce principe avait été interprété ainsi, avant le Métropolite Denys, nous venons de le voir, par de nombreux primats d’Églises autocéphales. Un autre canon œcuménique qui n’était pas mentionné dans le Tomos avait inspiré le Patriarcat Œcuménique dans sa décision à propos de l’impérialisme de l’Église russe sur son ancienne Église Mère la Métropole de Kiev. C’est le Canon œcuménique 8 du IIIème Concile Œcuménique d’Éphèse : « Vœux concernant les évêques de Chypre, qu'ils élisent à eux seuls aux sièges vacants de leur île. Un fait, qui est une innovation contraire aux coutumes ecclésiastique et une atteinte à la liberté de tous nous a été rapporté par Réginus, l'évêque très aimé de Dieu, et ses compagnons, les très pieux évêques Zénon et Evagre, de la province de Chypre. C'est pourquoi, comme le mal commun a besoin d'un remède d'autant plus fort que sa nuisance est plus grande, vu qu'aucune coutume n'a existé jusqu'ici que l'évêque de la ville d'Antioche sacre des évêques à Chypre, ainsi que les très pieux hommes qui ont eu recours au saint Concile nous le prouvèrent par leurs rapports et de vive voix, les chefs des saintes églises de Dieu en Chypre resteront sans être inquiétés ni exposés à la violence, si, observant les canons des saints et vénérés pères, ils procèdent par eux-mêmes, selon l'ancienne coutume, à l'élection des très pieux évêques. Cette même règle sera aussi observée dans les autres diocèses et dans toutes les provinces, en sorte qu'aucun des évêques aimés de Dieu ne s'empare d'une autre province, qui ne fût déjà et dès le début sous son autorité ou sous celle de ses prédécesseurs; et s'il s'en était emparé et par force se la fût assujettie, il la rendra, afin que les canons des pères ne soient pas enfreints, ni que sous le prétexte d'actes sacrés ne s'insinue l'orgueil de la puissance mondaine et que sans nous en rendre compte nous perdions peu à peu la liberté, que nous a donnée par son propre Sang Jésus Christ notre Seigneur, le Libérateur de tous les hommes. Il a été donc décidé par le saint concile œcuménique que soient sauvegardés à chaque province purs et inviolés les droits acquis déjà et dès le début selon l'usage établi depuis toujours et le métropolitain sera autorisé de prendre copie conforme de notre décision pour garantir ainsi la sécurité de sa province. Si quelqu'un produisait une ordonnance opposée à la définition présente, le saint et œcuménique Concile tout entier décide que cette ordonnance sera nulle et non avenue. » 

Il est plus qu’incontestable que l’Église russe n’accepta jamais d’être la fille de la Métropole de Kiev et chercha par tous les moyens à dominer sur la Métropole Kiev, la Mère de toutes les Églises Russ’ en contrevenant à ce Canon et à ce paragraphe éloquent : « en sorte qu'aucun des évêques aimés de Dieu ne s'empare d'une autre province, qui ne fût déjà et dès le début sous son autorité ou sous celle de ses prédécesseurs; et s'il s'en était emparé et par force se la fût assujettie, il la rendra, afin que les canons des pères ne soient pas enfreints, ni que sous le prétexte d'actes sacrés ne s'insinue l'orgueil de la puissance mondaine. » Il est plus qu’évident que Moscou n’existait pas avant l’érection de la cité de Kiev en métropole primatiale, et que le canon œcuménique cité ici, détruit toutes les revendications du patriarcat de Moscou sur cette Église : « qui ne fût déjà et dès le début sous son autorité ou sous celle de ses prédécesseurs ».  Car c’est exactement l’inverse qui est la réalité ecclésiologique comme historique : Moscou à l’origine dépendait de Kiev et non le contraire!

Examinons maintenant à propos de l’autocéphalie polonaise un autre aspect déjà évoqué plus haut dans ce même chapitre. C’est la synergie qui doit exister entre l’Église et un Etat souverain dans leur demande conjointe de l’autocéphalie. Nous avons observé dans notre narration de la longue histoire de l’autocéphalie polonaise que celle-ci  avait été obtenue avec le concours plus qu’actif de l’État polonais. Lorsque vint le temps à l’occasion de la renaissance le 24 août 1991 et confirmée par le référendum du 1er décembre 1991 du nouvel état souverain Ukrainien, de la fondation du patriarcat de Kiev (dont nous ne parlons pas dans cet ouvrage), la synergie entre l’Église et l’Etat exigée par les canons œcuméniques et la Tradition  fut parfaitement observée. Sous le pontificat du Patriarche Volodimir à l’initiative du Métropolite Filaret de Kiev (notre actuel patriarche Sa Sainteté Filaret de Kiev et de toute la Russ’Ukraine), ce dernier se rendit à la tête d’une délégation au Phanar pour y rencontrer Sa Sainteté Bartholomée Ier Patriarche Œcuménique avec une lettre du président de l’Ukraine Leonid Kravtcuhk demandant d’octroyer l’autocéphalie au Patriarcat de Kiev. Le patriarche conseilla à ses interlocuteurs au préalable de réaliser l’union des autres juridictions en Ukraine. Dès son retour le métropolite Filaret écrivait déjà dans ce sens aux responsables religieux de l’époque à savoir le Métropolite de Kiev du patriarcat de Moscou Volodimir Sabodan et au « Patriarche » Dymytriy Yarema, avec le non résultat que l‘on connaît et qui perdure encore  aujourd’hui. Mais notre sujet n’est pas la narration de cette histoire que chacun connaît en Ukraine, mais de souligner le rôle plus qu’actif des forces vivantes démocratiques de l’État ukrainien qui se manifestèrent en faveur de l’autocéphalie du Patriarcat de Kiev à de nombreuses reprises et le font encore de nos jours. En novembre 1997 le Parlement ukrainien adressa une lettre signée par 240 députés au Patriarche Bartholomée demandant à nouveau l’autocéphalie en faveur de la principale Église ukrainienne, le Patriarcat de Kiev. Le président de l’Ukraine Viktor Iouchtchenko (1994-2005) s’associa à cette démarche de son Parlement en faisant  lui-même, de très nombreuses démarches que tout le monde à encore en mémoire auprès du Patriarche Bartholomée pour que soit octroyée l’autocéphalie au patriarcat d’Ukraine. Plus récemment les deux anciens présidents de l’Ukraine Kravtchouk et Iouchtchenko se sont rendus encore une fois à Istanbul le 22 août 2015 pour rencontrer le patriarche Bartholomée,  en  réitérant la même demande. Ce que nous voulons démontrer ici, c’est que le concours actif de l’État exigé par les canons œcuméniques et qu’avait obtenu le Métropolite Georges, puis le Métropolite Denys pour la partie Ukrainienne de l’Eglise située en Pologne, n’avait jamais manqué à partir de 1991 à la partie de l’Église ukrainienne située en Ukraine.

 

Un concept ecclésiologique inconnu dans l’histoire de l’Église, est opposé aujourd’hui au Patriarcat de Kiev pour l’octroi de son autocéphalie par Constantinople, serait celui de faire, au préalable en Ukraine, l’union avec l’Église russe du patriarcat de Moscou, réalisation que chacun sait impossible car il recouvre l’attachement à deux identités nationales différentes. Cette exigence est basée sur le fait qu’il ne pourrait  y avoir sur le même territoire nationale deux Églises Orthodoxes distinctes, est démentie par l’histoire : Lorsque l’Union soviétique était en droit un unique Etat souverain avant son éclatement, cet état souverain avait sur son territoire national deux patriarcats orthodoxes distincts, celui de Moscou et celui de Géorgie. Bien plus, dans l’Etat souverain byzantin l’Archevêché d’Ohrid intégré à l’Empire après la défaite Bulgare, était considéré par l’empereur comme une Église locale autocéphale distincte du Patriarcat de Constantinople. Il y eu les éphémères, mais bien réelles, résurrections de l’autocéphalie Serbe que nous avons évoqué dans un chapitre précédent, au sein du nouvel Empire ottoman. Nous écrivions dans notre ouvrage « Les racines chrétiennes de l’Europe »[54] : « Lorsque l’empereur Basile II réduisait au rang de simple Église autocéphale, sous le titre « d’Archevêché autocéphale d’Ohrid », le patriarcat Bulgare après l’écrasement des armées Bulgares et la soumission de ces derniers à l’Empire byzantin (1018-1019), celui-ci ne songe pas à faire disparaître une Église distincte de celle de Constantinople. En supprimant le patriarcat Bulgare, il détruisait un symbole mais il avait la sagesse de comprendre, qu’il lui fallait conserver une Église bulgare distincte du Patriarcat de Constantinople. Basile, conservait le souvenir des patriarches de Constantinople, puissants politiquement, tels Tarasios, Méthodios, Photios, et Nicolas Mystikos, qui empiétaient trop, selon lui, sur le pouvoir de l’empereur. Basile II, accordait des privilèges remarquables à l’archevêque Jean d’Ohrid : en réalité l’Église bulgare devenait beaucoup plus puissante que du temps de son patriarcat. L’Archevêque d’Ohrid était directement nommé par l’empereur, et comme il a été déjà dit, il ne dépendait donc pas du patriarcat de Constantinople, et il figurait sur les listes des sièges épiscopaux de l’Empire dans un rang qui le plaçait, juste après les quatre patriarcats Orientaux et devant tous les autres métropolites. Il était exempté du contrôle fiscal et judiciaire ce qui signifiait qu’il avait lui-même à exercer cette fonction judiciaire, non seulement auprès du clergé, mais sans doute, auprès de tous ceux qui faisaient appel à son tribunal.

Tous ces privilèges étaient confirmés par trois chrysobulles[55] de 1019-1020. De telles dispositions existaient seulement pour les patriarches. L’empereur Basile II consacrait tous ces faits en plaçant les Valaques (Roumains) par un chrysobulle impérial sous la juridiction de l’archevêché autocéphale d’Ohrid. L’Église d’Ohrid devenait la pièce géopolitique maîtresse de cet édifice. [56] Son territoire s’étendait sur de vastes contrées : du Danube à la Thessalie et de la chaîne de Rila à l’Adriatique.  [57]

La présence d’une Église russe en Ukraine ne constitue donc pas, à moins d’être ignorant, un empêchement canonique à la reconnaissance de l’autocéphalie du Patriarcat de Kiev. Nous venons de le démontrer historiquement et ecclésiologiquement il peut coexister sur le même territoire national et dans le même état souverain, des Églises aux histoires conflictuelles, comme celles qui avaient existé entre le patriarcat de Constantinople, jaloux à l’époque, de sa suprématie sur l’Église Bulgare, et précisément cette même Église Bulgare ressuscitée sous l’appellation d’Église autocéphale d’Ohrid. Le raisonnement ecclésiologique s’applique tout autant à la minorité (1% de la population) regroupée dans la juridiction intitulée « Eglise Autocéphale Ukrainienne » qui si elle a de nombreux évêques, ne rassemble que très peu de croyants. Là encore de nombreux exemples actuels nous montrent que de tels schismes existent en permanence sur le territoire canonique de la plus part des Église orthodoxes autocéphales et n’ont jamais constitué un empêchement à leur reconnaissance mutuelle : En Moldavie, sur le même territoire national, la coexistence de deux Églises roumaines en schisme l’une avec l’autre,  l’une rattachée à Moscou et l’autre au patriarcat de Roumanie, auxquelles s’ajoutent un troisième schisme celui constitué par l’Eglise Autocéphale Orthodoxe de Transnistrie, elle aussi roumaine, située à la frontière de l’Ukraine, présente dans un état non reconnu par l’ONU qui continue de considérer que ce territoire appartient à l’Etat souverain de Moldavie. Un autre exemple, dans la Yougoslavie alors constituée en un unique Etat souverain dirigé par le Maréchal Tito, deux Églises en schismes coexistaient, le patriarcat de Serbie et l’Église autocéphale de Macédoine qui sont toujours aujourd’hui encore en schisme.

La situation du patriarcat de Kiev est comparable à celle de presque toutes les Églises autocéphales de la fin du XIXème siècle et du commencement du XXème que nous avons évoquées dans cet ouvrage, toutes en schisme au commencement de l’auto-proclamation de leur autocéphalie, pourtant légitimes dès le commencement de celle-ci, et qui ne seront légitimées parfois plus d’un siècle après, comme pour le patriarcat de Bulgarie. Comment sérieusement peut-on prétendre que lors de ces très longues périodes de schisme, ces Églises locales auraient été toutes privées de la grâce au moment où ces schisme existaient, ce qui pourtant était affirmé par le Patriarcat de Constantinople ? Et puis soudain avec le Tomos d’autocéphalie de la Grande Église, on effaçait sa propre mémoire pour affirmer que tout l’épiscopat et tous les sacrements de ces Églises, tout le Peuple Royal était hier privés de la grâce, alors qu’en réalité l’avaient toujours eue! Les presque 20 millions de Croyants ukrainiens du Patriarcat de Kiev savent bien qu’ils sont baptisés, communiés et reçoivent tous les sacrements dans l’Eglise Orthodoxe. Les anathèmes du Patriarcat de Moscou d’hier avec l’Église de Pologne et d’aujourd’hui avec le Patriarcat d’Ukraine ne servent que d’argumentation expéditive lorsque la démonstration de l’inanité de leurs affirmations ecclésiologiques  est démontrée et ne suffit donc plus.

 

Chapitre 19 : Le saint Myron comme signe d’une autocéphalie plénière

 

Arrêtons-nous un instant sur ce privilège charismatique de la fabrication du saint Myron[58] par le primat d’une Eglise locale. Au fil du temps l’usage par Kiev de faire le saint Myron, qui constitue, selon le professeur Troïtzky l’un des signes charismatiques d’une autocéphalie plénière, a été établi très tôt dans son histoire  comme un privilège primatial du siège de Kiev.

C’est sans doute le signe le plus incontestable de l’autocéphalie plénière d’une Eglise locale. L’Église qui transmet à une autre ce droit de fabriquer son saint Myron est toujours l’Église Mère de cette dernière. Il serait de ce fait inconcevable que l’Église qui a eu en premier ce droit, et que d’elle ensuite celui-ci a été transmis à une nouvelle Église, cette dernière Eglise puisse par un retournement de l’histoire prétendre devenir l’Église Mère de l’Église par laquelle elle a reçu son Myron. Pourtant Moscou.

D’où vient donc le droit pour Moscou de bénir son saint Myron ?

Un autre fait rarement souligné démontre bien la suprématie ecclésiale de Kiev sur Moscou : C’est paradoxalement l’origine du droit qui fut reconnu par Constantinople au nouveau patriarcat de Moscou de produire son saint Myron. On se souvient que l’autocéphalie de Moscou, avec son érection comme signe patriarcal fut obtenue par la force. Le Tsar Fedor Ivanovitch et l’homme fort de la principauté, le régent Boris Godounov, convient à Moscou en 1588 le patriarche Jérémie II de Constantinople, affaibli politiquement par la domination ottomane. On commença  par restreindre sa liberté en l’empêchant de retourner à Constantinople. Une « tradition » existait alors à Moscou, (faits que de nombreux chroniqueurs ont consignés dans leurs récits), d’emprisonner les visiteurs étrangers, bien accueillis, mais qui n’avaient plus jamais le droit, sous peine de mort de même simplement réclamer leur retour dans leur patrie, ni de communiquer avec les non russes de la capitale. On proposa au patriarche de transférer son siège à Wladimir, en argumentant qu’en restant à Constantinople il était sous le joug des Turcs. Devant le refus courageux, étant donné les circonstances, on lui proposa plus directement de devenir le patriarche des Rous’ avec comme siège Moscou. Et enfin, (nous passons toutes circonvolutions des détails de cette histoire), on fit accepter au patriarche qui se voyait terminer ses jours sans doute de manière violente à Moscou, s’il refusait d’ériger le siège de Moscou en siège patriarcal concomitant avec la déclaration d’autocéphalie et de procéder à l’intronisation, après une élection de circonstance, du candidat désigné par le tsar et Boris ; candidat  que le patriarche de Constantinople n’avait jamais pu rencontrer avant ce jour ! On procéda donc le 26 janvier du calendrier julien 1589, non pas à une intronisation, mais à une sorte de re-consécration épiscopale qui s’écartait du Typikon orthodoxe traditionnel, en disant, en lui imposant l’Evangile avec la prière de la chirotonie épiscopale :  «  La grâce divine désigne le très pieux archevêque Job pour devenir patriarche de Moscou et de toute la Rous’ » Mais Jérémie ne pouvait rien dire, car il était entre les mains du puissant régent et consacrait patriarche le favori de celui-ci, Job. Cela d’ailleurs ne le choquait pas particulièrement, cet usage du Prince désignant à l’élection du siège primatial son candidat, était général dans toutes les monarchies et avait été celui de l’Empire byzantin du temps de sa splendeur. Et c’est ici que se place la confirmation pour la nouvelle Eglise de faire elle-même son saint Myron. Le patriarche retint l’argumentation suivante : puisque que ce droit avait été accordé depuis au moins le XIVème siècle, (une date précise n’est pas connue) au Siège de Kiev, il était transmis de ce siège, qui cependant le conservait pour lui-même, au nouveau Siège de Moscou ! Ainsi en droit canonique comme en charisme, le droit de faire son saint Myron ne provenait pas d’un droit accordé ce jour-là par le patriarche de Constantinople au patriarcat de Moscou, mais de la reconnaissance que ce droit ancien provenait du siège de Kiev. Même dans le saint Myron, la position de la Métropole de Kiev comme Eglise Mère de Moscou était confirmée. Comment aujourd’hui  des Eglises autocéphales Orthodoxes peuvent se ranger derrière le Patriarcat de Moscou pour prétendre que l’Eglise d’Ukraine est l’Eglise fille de Moscou, et qu’elle aurait dû, de ce fait, continuer à dépendre de son omophore, alors que la vérité est exactement l’inverse : c’est Moscou qui est l’Eglise fille du siège de Kiev, la Mère de toutes les Eglises Rous’. [59]

 

À cela s’ajoute que la règle non écrite, mais appliquée par l’ensemble des Églises autocéphales,  bien que contestable du point de vue de l’égalité entre toutes les Églises autocéphales sœurs, règle selon laquelle seules les Églises  autocéphales plénières possède le droit et le charisme  de produire leur saint Myron. Alors que  les autres telles l’Église de Pologne, l’église de l’Hellade, l’Église de Chypre reçoivent le saint Myron du Patriarcat de Constantinople, place donc le Patriarcat de Kiev avant même sa proclamation officielle devant ces Églises comme une Eglise autocéphale plénière !

Arrêtons-nous un instant sur ce privilège charismatique de la fabrication du saint Myron par le primat d’une Eglise locale. Au fil du temps l’usage par Kiev de faire le saint Myron, qui constitue, selon le professeur Troïtzky l’un des signes charismatique d’une autocéphalie plénière, a été établi très tôt dans son histoire  comme un privilège  primatial du siège de Kiev.

C’est sans doute le signe le plus incontestable de l’autocéphalie plénière d’une Eglise locale. Donnons quelques exemples : aujourd’hui, l’Église Autocéphale de Grèce n’a, selon le Patriarcat de Constantinople, qu’une autocéphalie limitée, et elle ne peut produire elle-même son propre saint Chrême, le recevant obligatoirement du Patriarcat de Constantinople. Elle ne peut pas non plus fonder une autre Église autocéphale, et si elle le faisait, elle serait immédiatement excommuniée par la Grande Église ! Ni l’Église de Grèce, ni l’Eglise de Chypre, ni le patriarcat de Bulgarie, ni le patriarcat de Géorgie, ni l’ancienne Eglise autocéphale de Tchécoslovaquie (aujourd’hui divisée en deux entités séparées), ne sont donc les Égales ecclésiologiquement du Patriarcat de Constantinople. Le fait qu’elles reçoivent de Constantinople le Saint Myron les rapproche davantage chacune, du statut d’Église autonome qui ne possède pas statutairement la plénitude ecclésiale, que d’une Église autocéphale. L’Église de Grèce a donc des aspects fondamentaux de sa vie ecclésiale subordonnés aux décisions du Patriarche de Constantinople. Durant la période ottomane les patriarcats d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem reçurent le saint Myron du patriarcat de Constantinople, ce qui constituait une réduction du pouvoir de leur autocéphalie. Il est vrai également que l’élection de leurs patriarches se faisait alors par le synode permanant du patriarcat de Constantinople, et tant qu’il y eut un empereur, avec le consentement de celui-ci. Selon la doctrine Orthodoxe dans «l’Église une», chaque Église locale majeure est à la fois «l’Église une» et à cause de cette réalité, elle possède tout ce qu’à « l’Église une ». Elle n’est pas subordonnée dans sa vie à une quelconque Église, qui lui serait supérieure et qui accaparerait certains actes ; comme justement celui de faire son saint Chrême ou de fonder une nouvelle Église locale. Il est curieux de voir l’Eglise Orthodoxe de Chypre, plus ancienne que le patriarcat de Constantinople, recevoir encore aujourd’hui de celui-ci le Saint Myron, probablement là aussi un héritage de la domination ottomane. Cette doctrine n’a pourtant pas été élaborée durant la période turque du Patriarcat de Constantinople, mais cent ans avant la chute de Constantinople, comme le souligne le Professeur Troïtzky à propos de la définition des autocéphalies de différentes catégories : « Les documents de droit ecclésiastique font état, qu’outre l’autocéphalie ecclésiastique habituelle, il existe l’autocéphalie limitée restreinte. Le Patriarche de Constantinople Calliste parle de cette autocéphalie restreinte, « ouk olokleron », l’accordant dans son épître de 1345 au Patriarcat Bulgare de Tirvno. Au même siècle (1346-1375), les Patriarches de Constantinople frappaient d’excommunication l’Église serbe pour avoir transformé l’autocéphalie limitée, qui lui avait été accordée sous Saint Sava, en autocéphalie plénière. L’Église de Constantinople donna une autocéphalie restreinte à l’Église serbe en 1879, et à l’Église de Pologne en 1924. Le caractère limité de ce type d’autocéphalie s’exprime sur le plan liturgique, administratif, financier et inter-ecclésiastique. Les limitations liturgiques consistent, par exemple, dans l’obligation pour l’Église fille de faire mention du nom du chef de l’Église mère et d’en prendre le saint Chrême (Myron). » Il faut noter cependant, que pour le grand ecclésiologue « la notion de l’autocéphalie restreinte ne trouve aucun fondement canonique mais au contraire, elle est totalement exclue par la structure canonique qui traite de l’égalité de droit des Églises autocéphales. Cette notion est l’invention des politiciens ecclésiastiques de Constantinople, qui s’efforcent de maintenir, ne serait-ce qu’une certaine autorité, sur les parties qui se séparent (par l’autocéphalie) de l’Église de Constantinople, afin d’assurer une aide matérielle de leur part. Ayant reçu le pouvoir des apôtres par la succession apostolique, chaque Église autocéphale est égale aux autres en droits, et toute limitation contrainte de ces droits est une violation des canons, interdisant l’intervention d’une Église dans les affaires d’une autre sans invitation de cette dernière. » [60] La conclusion qui devrait s’imposer pour toutes les autres Eglises orthodoxes autocéphales, c’est que le privilège de fabriquer son saint Myron que ne possèdent même pas, comme nous venons de le souligner, l’Eglise autocéphale  de l’Hellade et la vénérable et apostolique Eglise de Chypre, mais qu’en revanche possède séculairement le siège de Kiev, constitue  la preuve irréfutable de son autocéphalie plénière. [61]

Le saint Myron ne donne qu’une seule possibilité ecclésiologique à la Métropole de Kiev : celle de proclamer son autocéphalie. Tout autre solution ecclésiale lui retirerait son charisme historique de produire elle-même son saint Myron. Cela est si vrai que le patriarcat de Constantinople conscient qu’il accordait l’autocéphalie seulement sur une petite partie de la Métropole de Kiev, a laissé au siège de la Métropole de Kiev ce privilège, sans l’étendre, à la Métropole orthodoxe de Pologne. Le patriarcat de Constantinople en 1924 a rédigé son Tomos, en faisant référence clairement au siège de Kiev comme siège primatial, auquel SEUL revient depuis le XIVe siècle, le pouvoir autocéphale de produire son saint Myron, comme une promesse que l’autocéphalie commencée sur le territoire de l’Etat souverain Polonais, serait le temps venu étendue à l’ensemble du territoire national Ukrainien, c’est-à-dire dès que la nation ukrainienne serait à nouveau organisée en Etat souverain, ce qui est le cas aujourd’hui.

Ajoutons ici une autre interprétation que fit le Métropolite Denys et qui s’ajoute à celle-là. En 1941, nous l’avons relaté dans un précédent chapitre, l’oukase du 24 décembre 1941 promulgué et signé par le Métropolite Denys de Varsovie, nomma l'archevêque Polycarpe Sikorsky :  « Administrateur temporaire de l'Église Orthodoxe autocéphale sur les terres libérées de l'Ukraine ». La notion géopolitique  de «Terres  libérées de l’Ukraine» était, souvenons-nous, partagée par tous les Ukrainiens qui avaient vécu douloureusement l’occupation russo-soviétique avec la famine organisée par Staline et dans le passé l’interdiction par le Tsar de pratiquer librement leur langue nationale. La notion ecclésiologique d’une : «  l'Église Orthodoxe autocéphale sur les terres libérées de l'Ukraine. », était l’interprétation donnée par le courageux Métropolite Denys au Tomos de 1924. Dans cet oukase l’autocéphalie n’avait jamais été attribuée à la seule Pologne, mais à partir des territoires canoniques ukrainiens qui l’avaient d’abord reçue en Pologne, elle devait s’étendre, dès que cela serait devenu possible, à toute l’Ukraine Libérée. Souvenons-nous dans un chapitre précédent que, toujours, dans sa conception de l’ecclésiologie à exercer sa responsabilité pastorale, comme unique primat de la seule Eglise autocéphale sur l’ensemble des terres ukrainiennes, spécialement envers  les terres occupées par les Allemands de la Biélorussie et l'Ukraine, alors que les autorités germaniques voulait le restreindre à la seule Gouvernance de Pologne, le Métropolite Denys s'était adressé aux pouvoirs centraux germaniques le 15 juillet 1942 : « Je ne peux aucunement accepter l'affirmation que dans les circonstances que où j'ai prêté serment et a été reconnu par le Gouverneur général Frank, le chef de l'Église autocéphale sous la Gouvernance générale, puisse diminuer les frontières de ma juridiction d'Église seulement à la frontière de ce domaine. Je trouve une telle affirmation tout à fait injustifiée canoniquement. Se mélange, ici, la notion de juridiction canonique avec la notion de compétence civile. Au moment de mon serment chez le Gouverneur général, les terres libérées orientales (en Ukraine) qui entrent dans ma Métropole, ne se trouvaient pas encore dans la sphère des intérêts allemands. Je ne peux donc aucunement reconnaître juste l’opinion selon laquelle je n’aurais aucune raison canonique, ou de par des pratiques ecclésiastiques, de faire n'importe quelque action que ce soit au-delà des frontières de la Gouvernance générale pour les questions et prérogatives dans ma juridiction d'Église qui lui sont jointes de par les responsabilités, que, Moi, en tant que Chef de l'Église locale autocéphale qui découlent de ces devoirs que me confie le titre que je porte ». Le Métropolite Denys affirmait bien dans ce texte qu’il agissait légitimement comme « Chef de l'Église locale autocéphale » ukrainienne sur les territoires d’une Ukraine libérée des Bolchéviques russes.

Ce sont ces deux interprétations du Tomos de 1924, sanctionnées par les deux oukases historiques du Métropolite Denys de bienheureuse mémoire, ce confesseur exemplaire de l’ecclésiologie Orthodoxe, qui justifient aujourd’hui l’autocéphalie du Patriarcat de Kiev. 

 

« Allez de toutes les nations faites des disciple les baptisant au Nom du Père du Fils et de Saint Esprit. » (Mt XXVIII, 19-20) est le commandement incontournable de l’ecclésiologie des Eglises Orthodoxes locales et il est la racine christologique de l’érection en Eglise autocéphale, d’une Eglise nationale. Le baptême d’une nation qui est sa consécration comme Eglise autocéphale se parachève (en étant semblable à l’onction de l’Esprit Saint qui suit le baptême), par la reconnaissance à cette nouvelle Eglise autocéphale de son  pouvoir charismatique de faire elle-même son saint Myron. Mais lorsque ce pouvoir  de fabriquer son saint Myron est déjà donné à une Eglise locale avant la reconnaissance de son autocéphalie, il s’applique alors la jurisprudence  apostolique faisant suite à la vision de Pierre à Joppé  (Act. X, 1- 47) : « Qui peut refuser l’eau du baptême (l’autocéphalie) à ceux qui comme nous ont reçu l’Esprit Saint  le charisme de faire le saint Myron » ! (Act. X, 47). »[62]  

 

Conclusion : Une inscription en lettres d’or !

 

A la lumière de tout ce qui vient d’être examiné, avec l’étude des documents produits dans cet ouvrage, en particulier du Tomos de 1924, des textes des canons œcuméniques et apostoliques qui l’accompagnent, de la jurisprudence canonique et ecclésiologique de toutes les précédentes autocéphalies que nous avons scrupuleusement analysées, du contexte géopolitique de chaque époque où celles-ci avait été accordées, en particulier du contexte géopolitique tant en Turquie, qu’en Russie qu’en Ukraine et plus particulièrement en Pologne au moment de la dite autocéphalie ; nous proposons une première conclusion.

 

Le Patriarcat de Constantinople a bien commencé en 1924 à accorder l’autocéphalie en pleine connaissance de cause, non pas à une Église Orthodoxe abstraite, éloignée de ses racines et de son histoire, mais à l’ancienne été vénérable Métropole de Kiev dont une partie de son territoire canonique constitué précédemment en Exarchat autonome, était placée dans un état souverain - la Pologne - qui le lui demandait de concert avec cette Église. Mais c’est bien à la partie située en Pologne de l’Église d’Ukraine que l’autocéphalie de 1924 a été accordée. C’est ce qui ressort du passage du Tomos que nous avons analyser plus haut : « Car il est écrit que la première séparation de notre Siège de la Métropole de Kiev et de la Métropole Orthodoxe de Lituanie et de Pologne, en a dépendu, ainsi que leur intégration au sein de l'Église moscovite ont été accomplies contrairement au droit canon, comme aussi tout ce qui a été convenu en ce qui concerne la pleine autonomie de l'Église de la Métropole de Kiev, qui, à l'époque, avait le titre Exarque du Siège œcuménique ». On se demande alors pourquoi faire tant de difficultés maintenant que la situation est devenue favorable ? Pourquoi dans le cadre de l’État souverain ukrainien qui en a fait plusieurs fois la demande, le Patriarcat de Constantinople n’étendrait pas à l’autre moitié du territoire national ukrainien (la plus importante numériquement), l’autocéphalie accordé en 1924 à une partie de la Métropole de Kiev ?

 

Le Patriarcat de Kiev est dans son droit canonique, aussi bien qu’ecclésiologique, de considérer comme une loi organique fondamentale de son existence le Tomos de 1924 et que celui-ci soit inscrit en lettres d’or dans ses statuts canoniques et ecclésiologiques et devienne la pierre angulaire de son existence et de l’auto-proclamation de son Autocéphalie, en attendant d’autres décisions à venir.

 

Métropolite Michel Laroche,  membre de l’épiscopat de l’Église Orthodoxe d’Ukraine - Patriarcat de Kiev.

 

Achevé le lundi  24-11  août 2015 Après-fête de la Transfiguration . Saint Martyr et Archidiacre Euplus de Catane et Saints Martyrs Theodore et Basile des Grottes de Kiev.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

POSTFACE

 

 

Notre sujet n’est absolument pas de raconter la « suite » de l’histoire que tous les orthodoxes ukrainiens connaissent : Dans le contexte de la domination bolchévique russe qui contrôlait les institutions polonaises et faisait basculer la Pologne dans les Etats satellites de l’URSS, à la demande de l’Eglise polonaise qui renonçait à son autocéphalie reçue en 1924 du Patriarcat de Constantinople et en se désolidarisant d’avec son Primat Sa Béatitude le Métropolite Denys, le Patriarcat de Moscou accordait à la Métropole de Pologne une nouvelle autocéphalie datée du 22 juin 1948, signée par le Patriarche Alexis de Moscou  et le Saint Synode russe. C’est cette seule autocéphalie que le patriarcat de Moscou reconnaît aujourd’hui. Sa Béatitude le Métropolite Denys de Varsovie et de toute la Pologne,  premier patriarche proclamé d’Ukraine, naissait au Ciel  le 15 mars 1960. Il avait été un grand  confesseur de l’ecclésiologie orthodoxe. Il avait été contraint de démissionné de son siège quelques années auparavant, abandonné par tous les autres évêques de Pologne et d’écrire le 22 août 1948 une «lettre de repentir »[63] au patriarche Alexis de Moscou. C’était la condition posée par le patriarcat de Moscou pour l’octroi « d’une nouvelle autocéphalie », sinon l’Église de Pologne était menacée de redevenir une simple métropole autonome du Patriarcat de Moscou. Le Patriarcat de Constantinople reconnu Sa Béatitude le Métropolite Denys jusqu’à son trépas comme l’unique métropolite primat légitime de l’Église autocéphale de Pologne.

« Par les prières de ton saint Confesseur, le Métropolite Denys, Seigneur sauve ton Église Orthodoxe d’Ukrai

 

 

 [1] De son nom civil Constantin Nicolaevitch Valedynsky, né en Russie à Murom le 16 mai 1879. Son père Nicolas était archiprêtre dans l’une des églises de la ville.

 [2] Le Tomos est publié dans le chapitre 10 : « Les grandes manœuvres de l’État Polonais en faveur de l’autocéphalie : après le bâton, les carottes. » 

 [3] Nous avons évoqué cette période de la métropole de Kiev dans le Royaume de Pologne et le Grand-Duché de Lituanie dans notre précédent article : «  Kiev la Mère de        toutes les Églises Russ’ : l’expression un principe ecclésiologique ancien. »

 [4] La Pologne de Pilsudski. Chapitre Premier. Pologna Restituta. P. 21, par Jules Laroche, ambassadeur de France, Ed. Flamarion Paris, 1953. Jules Laroche (1872-1961) est notre Grand Père paternel.

 [5] La Pologne de Pilsudski. Chapitre Premier. Pologna Restituta. P. 7, par Jules Laroche, .ambassadeur de France, Ed. Flamarion Paris, 1953.

[6] Le saint Synode de l’Église Russe, qui à cette époque procédait aux élections épiscopal sur ce territoire, élisait le 21 avril 1913 l’Archimandrite Denys Valedinsky, évêque auxiliaire de Kremenets et Volhynie. Il deviendra en 1923 comme nous l’indiquons dans ce paragraphe archevêque de Kremenets et Volhynie.

[7] Mt XV, 14

[8] « La Liberté » 4 août 1921, n° 183. 

[9] Les deux évêques qui restaient dans la région Privislinsky et de nord-ouest étaient l'archevêque Tykhon Vilensky (par la suite Sa Sainteté Tykhon Patriarche de Moscou), ayant la résidence dans la petite ville de district le Dioléfine, au nord de la province Vilensky, et l'évêque Denys de Kremenetsky (Valedynsky), le vicaire de l’éparchie de Volhynie qui deviendra quelques années plus tard le second métropolite de Varsovie et de toute la Pologne. Les deux prélats se connaissaient donc très bien !

[10] Septembre 15/28 Année 1921, n° 1424. Signature : Le membre du saint Synode, le métropolite Eusèbe.

[11] Canon 34. Que les évêques doivent reconnaître l'autorité de leur primat.
Les évêques de chaque nation doivent reconnaître leur primat et le considérer comme chef ; ne rien faire de trop sans son avis et que chacun ne s'occupe que de ce qui regarde son diocèse et les campagnes dépendant de son diocèse. Mais lui aussi, qu'il ne fasse rien sans l'avis de tous ; car la concorde règnera ainsi et sera glorifiée le Père et le Fils et le saint Esprit.

[12] Le document pour la première fois sera officiellement publié par le Secrétariat du saint Synode de l'Église orthodoxe autocéphale Pologne dix ans plus tard, en 1931 dans : « la position juridique de la Sainte  Église Orthodoxe  Autocéphale de Pologne »

[13] Archevêque Séraphim Chicagov 1853-1937. Élu par le saint Synode du patriarcat de Moscou en 1918 comme Archevêque de Varsovie, l’État polonais, refusa énergiquement cette nomination et lui interdit de se rendre de Russie en Pologne. Bien qu’ayant soutenu en 1927 le métropolite Serge Starogorodskii auquel il fit alors allégeance, et nommé métropolite de Leningrad en 1928, il fut arrêté et exécuté en 1937 et il mourut martyr. L’Église russe l’a canonisé et la Fête de saint Séraphim Chicagov est célébrée le 28 novembre calendrier Julien (11 décembre).

[14] Canon 14. Des évêques qui passent à un autre évêché.
 Il n'est pas permis à l'évêque d'abandonner son diocèse pour s'emparer d'un autre, même s'il est contraint par un grand nombre de personnes, à moins qu'il n'existe une raison plausible, qui le force de le faire, parce qu'il pourrait procurer un plus grand gain dans la vraie foi à son nouveau troupeau ; cependant, ce n'est pas à lui d'en juger, mais à un grand nombre d'évêques, qui en décideront et l'en prieront.

[15] Canon 2. Du bon ordre à garder dans chaque province et de la primauté qui revient aux grands sièges d'Alexandrie, d'Antioche et de Constantinople, et de ce qu'un évêque ne doit pas intervenir dans un évêché autre que le sien. 
Les évêques qui sont à la tête d'un diocèse ne doivent pas s'immiscer dans les affaires des Églises qui sont hors de leurs limites, ni jeter par-là le trouble dans les Églises. Mais, conformément aux canons, l'évêque d'Alexandrie administrera uniquement les affaires de l'Egypte, les évêques d'Orient gouverneront les Églises du seul Orient, tout en gardant la préséance reconnue par les canons à l'Église d'Antioche, et les évêques du diocèse d'Asie administreront les affaires de l'Asie seule, et ceux du Pont uniquement les affaires du Pont et ceux de la Thrace, les affaires de la Thrace seule. A moins d'être appelés, les évêques ne doivent jamais intervenir hors de leurs diocèses pour des élections d'évêques ou quelque autre acte ecclésiastique. Tout en observant au sujet des diocèses la règle prescrite ci-dessus, il est évident que, conformément aux ordonnances de Nicée, le synode provincial décidera des affaires de toute la province. Quant aux Églises de Dieu qui sont parmi les nations barbares, elles doivent être gouvernées selon la coutume établie du temps de nos pères.

[16] Canon 8. Vœu concernant les évêques de Chypre, qu'ils élisent à eux seuls aux sièges vacants de leur île. 
Un fait, qui est une innovation contraire aux coutumes ecclésiastique et une atteinte à la liberté de tous nous a été rapportée par Réginus, l'évêque très aimé de Dieu, et ses compagnons, les très pieux évêques Zénon et Evagre, de la province de Chypre. C'est pourquoi, comme le mal commun a besoin d'un remède d'autant plus fort que sa nuisance est plus grande, vu qu'aucune coutume n'a existé jusqu'ici que l'évêque de la ville d'Antioche sacre des évêques à Chypre, ainsi que les très pieux hommes qui ont eu recours au saint concile nous le prouvèrent par leurs rapports et de vive voix, les chefs des saintes églises de Dieu en Chypre resteront sans être inquiétés ni exposés à la violence, si, observant les canons des saints et vénérés pères, ils procèdent par eux-mêmes, selon l'ancienne coutume, à l'élection des très pieux évêques. Cette même règle sera aussi observée dans les autres diocèses et dans toutes les provinces, en sorte qu'aucun des évêques aimés de Dieu ne s'empare d'une autre province, qui ne fût déjà et dès le début sous son autorité ou sous celle de ses prédécesseurs; et s'il s'en était emparé et par force se la fût assujettie, il la rendra, afin que les canons des pères ne soient pas enfreints, ni que sous le prétexte d'actes sacrés ne s'insinue l'orgueil de la puissance mondaine et que sans nous en rendre compte nous perdions peu à peu la liberté, que nous a donnée par son propre Sang Jésus Christ notre Seigneur, le Libérateur de tous les hommes. Il a été donc décidé par le saint concile œcuménique que soient sauvegardés à chaque province purs et inviolés les droits acquis déjà et dès le début selon l'usage établi depuis toujours et le métropolitain sera autorisé de prendre copie conforme de notre décision pour garantir ainsi la sécurité de sa province. Si quelqu'un produisait une ordonnance opposée à la définition présente, le saint et œcuménique concile tout entier décide que cette ordonnance sera nulle et non avenue.

[17] Canon 20.- Qu'un évêque ne doit pas prêcher publiquement dans une ville épiscopale étrangère, qui a son propre évêque. 
Il n'est pas permis à un évêque de prêcher publiquement dans une ville qui n'appartient pas à son diocèse ; si quelqu'un est pris faisant cela, qu'il soit dépouillé de son évêché et réduit au rang de prêtre.

[18] Malheureusement ce document n’est pas numéroté et enregistré dans les archives du patriarcat de Moscou, bien que transmis par des historiens russes en faveur des thèses du patriarcat de Moscou. Nous le croyons authentique : Vrai ou faux, il reflète parfaitement la pensée du patriarche Thykon et celle des deux évêques pro-russes qui en Pologne s’opposaient à l’autocéphalie, c’est pourquoi nous le mentionnons.

[19] A la suite du partage de la Pologne entre l'Allemagne et l'Union soviétique, l'Eglise orthodoxe autocéphale présidée par le Métropolite Denys en Pologne avait perdu Volhyniesky, Vilensky, Polesssié et une partie importante des diocèses de Grodno. En septembre 1939, sous l'occupation par les troupes soviétiques de l'Ukraine occidentale et de la Biélorussie occidentale, les diocèses indiqués ci-dessus retournèrent au patriarcat de Moscou. Au moment où la ville de Vilnus fut rattachée à la Lituanie, le métropolite Eleuthère Bogoyavlensky y revint. Il fut  par la suite transféré à Kovno en Pologne où il accepta de l'archevêque Théodose (Theodosev) la gestion du diocèse Vilno-lituanien.

[20] Nous laissons de côté les autres nations en Asie Mineure et en Afrique du Nord sous domination ottomane, telles que le Liban, la Syrie, la Mésopotamie ( l’Irak) et l’Egypte.

[21] Le chemin historique de l’Orthodoxie par Alexandre Schmemann. Ed. YMCA-PRESS1995, p. 306.

[22] Phanar : quartier grec de Constantinople dans lequel se trouvait la résidence patriarcale et les maisons des principales familles ayant fait allégeance au nouveau pouvoir ottoman. 

[23] Examiner également les dates que donnent dans le chapitre suivant le Professeur Alexandre Schmemann.

[24] L’Eglise Orthodoxe de Pologne et son autocéphalie. Chapitre IV. (En russe).

[25] Ier Canon Apostolique : «  De l'ordination des évêques. 
L'évêque doit être ordonné par deux ou trois 

[26] Ier Concile œcuménique de Nicée, Canon 4. Par combien d'évêques un évêque est élu.
 L'évêque doit être avant tout choisi par tous ceux de la province ; mais si une nécessité urgente ou la longueur de la route s'y opposait, trois évêques absolument doivent se réunir et procéder à l'élection, munis du consentement écrit des absents. La confirmation de ce qui s'est fait revient de droit dans chaque province à l'évêque métropolitain.

[27] Mt XXVIII, 1

[28] Pour comprendre la situation actuelle de confusion qui règne dans l’Église Orthodoxe, il faut revenir à l’origine de l’exercice de la primauté dans l’Église Orthodoxe: c’est le célèbre concile de Sardique présidé par Hosius de Cordoue, qui se réunit le 22 mai 347 et qui examinait les appels auprès du Pape Jules de Rome, de saint Athanase d’Alexandrie, de Marcel d’Ancyre et d’Asclépas de Gaza, déposés de leurs sièges au profit d’évêques ariens. Citons le passage du 3ème Canon qui concerne l’exercice de cette primauté : « Il faut de même décider, que si dans une province un évêque avait une plainte contre son frère dans l’épiscopat, aucune des deux parties ne doit faire venir des évêques d’une autre province pour arbitrer le différend. Si cependant un évêque pense qu’il fut condamné pour une affaire, qui à son avis n’est point mauvaise mais bonne, en sorte que écrivent à Jules, évêque de Rome, afin que le tribunal, le jugement doive être révisé, s’il plaît à votre charité, honorons la mémoire de l’Apôtre Pierre, et que les juges eux-mêmes cas échéant, soit à nouveau constitué par les évêques de la province voisine et que lui-même envoie des arbitres; mais si un pareil tribunal ne peut être constitué - car c’est à lui de décider si l’affaire a besoin d’être révisée. Ce qui fut déjà décidé ne doit pas être remis en question et le décret rendu sera confirmé. » Ce canon est complété par le 5ème canon : «Si un évêque est dénoncé et que les évêques de la même province réunis, le déposent de sa dignité, et que lui interjetant un appel recourt au bienheureux évêque de l’Église de Rome, si celui-ci veut bien l’entendre et estime juste de renouveler l’examen de l’affaire, qu’il daigne écrire aux évêques de la province voisine d’examiner avec soin et exactitude toutes choses et exprimer leur vote sur l’affaire en toute vérité. Si cependant quelqu’un prétend que sa cause doit être à nouveau entendus et sur sa prière l’Évêque de Rome juge bon d’envoyer des prêtres de son entourage, il faudra ajouter qu’il sera au pouvoir de ce même Évêque de Rome, dans le cas où il le jugera bon et décidera de devoir le faire, d’envoyer les personnes munies de l’autorité de celui qui les a envoyées, jugeront de l’affaire avec les évêques de l’endroit; et s’il estime que ce qui a été fait suffisait pour connaître et décider de l’affaire de l’évêque en question, il agira comme il semblera bon à sa très sage volonté. » Le principe d’un droit d’appel auprès du premier Siège a été retenu par toute l’Église Orthodoxe, comme pouvant s’appliquer aux deux Rome c’est-à-dire pour l’Église Orthodoxe devant la patriarcat de Constantinople. Celui-ci ne pouvant jamais juger directement l’affaire, mais s’il le juge possible, de renvoyer l’affaire devant le Concile ou le Synode qui a condamné l’évêque avec la présence de deux légats le représentant  et l’ajout d’évêques d’une Eglise locale voisine.

[29] Canon 1 : Relativement au calendrier : on reconnaît la nécessité de réformer le calendrier, mais pour ne pas adopter le Grégorien, - ce qui paraîtrait une reconnaissance indirecte de l’autorité romaine - on introduit des modifications dans le julien, de façon à le faire coïncider à peu près avec le grégorien. On ne s’oppose pas à l’admission d’une date fixe de Pâques.

Canon 2 : Les diacres et les prêtres séculiers pourront se marier après l’ordination et se remarier après le veuvage (décision provisoire que réglera définitivement le Concile Général)

Canon 3 : l’âge requis pour la chirotonie diaconale  est de 24 ans, celle du sacerdoce 24 ans et la chirotonie épiscopale est de 30 ans.

Canon 4 : Seul le jeûne de Pâques est obligatoire pour les fidèles.

Canon 5 : On ne donnera pas l’habit monastique à des personnes âgées de moins de 25 ans.

Canon 6 : On coupera les cheveux des clercs et les vêtements ecclésiastiques se rapprocheront des habits laïcs.

Canon 7 : Le divorce n’est valable que s’il est prononcé par l’autorité ecclésiastique ; le coupable ne peut se remarier avant un an ; l’adultère ne peut jamais épouser son complice.

[30] Les passages en Italiques sont de notre fait.

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In « Histoire du Christianisme spécialement en Orient » T.III, P 84 Par P.  Henri Musset Editions Saint Paul Harissa Liban 1948.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie :« De l’autocéphalie dans l’Eglise » in « Le Messager de l’exarchat du patriarcat de Moscou  en Europe Occidentale » n° 12, Octobre 1952.

 

La Pologne de Pilsudski. Pologna Restituta par Jules Laroche, ambassadeur de France. Ed. Flamarion. Paris, 1953.

 

Aspect de l’Orthodoxie par Alexandre Popovic)  -Ed. PUF. Paris 1981.

 

Atlas des peuples d’Europes Centrales par André Sellier et Jean Sellier Éd. La découverte. Paris 2003.

 

Au Quai d’Orsay avec Briand et Poincaré 1913-1926 par Jules Laroche, ambassadeur de France Ed. Hachette. Paris 1957.

 

Byzance par Auguste Bailly Éd. Fayard. Paris 1939.

 

Byzance et la primauté romaine par François Dvornik. Unam Sanctam 49. Ed. du Cerf Paris 1964.

 

Byzance et le monde orthodoxe par Alain Ducelier. Ed. Armand Colin. Paris. 1986.

 

Byzance après Byzance par Nicolas Iorga. Edité par l’Association Internationale d’Étude du Sud-Est Européen. Comité National Roumain. Bucarest 1971.

 

Constantinople 1453-1924 par Philip Mansel. Éd. Seuil. Paris – 1997.

 

Constantinople IV par Daniel Stiernon. Éd. de l’Orante. Paris – 1967.

 

Chrétiens d’Orient et Islam au moyen Age VIIe-XVe Siècle. Ed. Armand Colin. Paris 1996.

 

De la fin du 2e siécle à la paix constantinienne par J Lebreton et Jacques Zeiller in L’Histoire de l’Église » Fliche & Martin, T . 2. Éd. Bloud & Gay Paris. 1948.

 

De la mort de Théodose à l’élection de Grégoire le Grand par P. de Labriolle, G.Bardy et Louis Brehier in L’Histoire de l’Église » Fliche & Martin, T . 4 Éd. Bloud & Gay. Paris 1939.

 

Dictionnaire de Théologie Catholique Ed. Letouzey et Anet, Paris 1930-1967. Églises Orientales et rites orientaux par R. Janin Ed. Letouzey et Ané. Paris 1955.

 

Fonti Fasc. IX. Discipline Générale Antique par Péricles-Pierre Joannou T.1,1; 1,2; 2. Rome 1962 Ed. Pontifica commissione per la Redazione Del Codice Diritto Canonic Orientale. Éd. Tipografia Italo- Oriental. Roma 1962.

 

Figures byzantines par Charles Diehl Éd. Armand Colin. Paris 1925.

 

Grégoire le Grand et la conquête arabe (590-757) in L’Histoire de l’Église Fliche & Martin, T . 5 Éd. Bloud & Gay. Paris. 1938.

 

Histoire de Byzance par John Julius Nowich ÉD. Perrin Paris. 1988.

 

Histoire des Balkans XIVe-XXe siècles par Georges Castellan. Ed. Fayard. Paris 1999.

 

Histoire de l’Église Byzantine par Gaston Zananiri Éd. Nouvelle Edition Latine. Paris.

 

Histoire des Conciles Œcuméniques : Éphèse et Chalcédoine de P. TH. Camelot . Édition de l’Orante. Paris 1962.

 

Histoire des Conciles OEcuméniques : Constantinople II et III par F.X. Murphy et P. Sherwood Éd. De l’Orante. Paris 1974.

 

Histoire des Conciles OEcuméniques : Nicée II par le Père Gervais Dumiège, Éd. de l’Orante. Paris 1978.

 

Histoire de l’Église T. V par Wladimir Guettée p. 597. Éd. Monastère Orthodoxe St Michel 1995 ; réédition de la série des sept ouvrages publiés de 1869 à 1893, notamment aux Éditions Fishbacher à Paris.

 

Histoire de l’autocéphalie de Église orthodoxe de Pologne par A.K. Swititch Buenos-Aires, édition Nacha Strana (Notre Pays), 1959 (en russe).

 

Histoire de l’État Byzantin par Georges Ostrogorsky Pay ot.1956.

 

Histoire de l’Empire Byzantin par A.A.Vasiliev in » T I, Éd. Picard. Paris 1932.

 

Histoire de l’Empire Byzantin par A.A.Vasiliev in » T II, Éd. Picard. Paris 1932.

 

Histoire de la Hongrie par Milos Molnar Éd. Perrin. Paris 1980.

 

Histoire du Christianisme Tome 4 « L’iconoclasme et le rétablissement de l’Orthodoxie, (726-847) » par Gilbert Dragon. Éd. Desclée. Paris 1993.

 

Histoire du Christianisme Tome 3 « le concile de Chalcédoine » par Pierre Maraval Éd. Desclée. Paris 1998.

 

Histoire du Christianisme, spécialement en Orient, Tome I, II et III Par P. Henri Musset. Harissa. Liban 1949.

 

Histoire chronologique et dogmatique des conciles de la chrétienté » par Roisselet de Sauclière T.III Éd. Librairie de Dilhand. Limoges, 1851.

 

Histoire chronologique de la Roumanie Ed. Stiitifica si Enciclopedica, Bucarest, 1976.

 

Histoire de déclin et de la chute de l’empire romain, T.1, Rome de 96 à 582 par Gibon Éd. Robert Lafon. Paris 1983.

 

Histoire de déclin et de la chute de l’empire romain, T.2, Byzance de 455 à 1500 par Gibon Éd. Robert Lafon. Paris 1983.

 

Histoire de l’Empire Byzantin par A.A Wasiliev T. I et II Ed. A;Picard. 1932.

 

Histoire du Christianisme spécialement en Orient par P. Henri Musset. Tomes. 1; 2; 3 Ed. Imprimerie des Franciscains. Jérusalem 1948.

 

Histoire du Christianisme » T 4 Chapitre II et III par Gilbert Dragon. Éd. Desclée. Paris 1993.

 

Histoire de l’État Byzantin » de Georges Ostrogorsky Ed. Payot. Paris 1977.

 

Histoire des États Balkaniques. par Nicolas Iorga Ed. J;Gamber. Paris 1925.

 

L’histoire de la Pologne. Par Jerzy Lukowsky et Hubert Zawadzki Ed. Perrin. Paris 2014

 

Histoire des pays de l’Est, des origines à nos jours. Par Henry Bogdan. Ed. Perrin. Paris 1991.

 

Histoire des Roumains par Nicolas Iorga Ed. Henry Paulin. Paris 1920.

 

Histoire des Roumains par R. W. Seton-Watson Ed. PUF. Paris 1937

 

Histoire de l’Ukraine par Arkady Joukovsky Ed ; du Dauphin. Paris 1994.

 

Justinien, l’épopée de l’Empire d’Orient par Georges Tate Éd. Fayard. Paris 2004.

 

La civilisation slave à travers les siècles par S.H. Cross Éd. Payot. Paris 1965.

 

La nouvelle histoire de l’Église T I Des origines à Grégoire le Grand par Jean Daniélou et Henri Marou. Éditions du Seuil. Paris1963.

 

La nouvelle histoire de l’Église T II Le Moyen Age par M.D.Knowles et D. Obolensnsky. Éditions du Seuil. Paris 1968.

 

La papauté orthodoxe par le métropolite Michel Laroche Éd. Présence. Paris 2004.

 

La prière de l’Église T. I , par L.A. Molien,; Ed. Letouzay et Ané. Paris 1924.

 

La civilisation Byzantine par Steven Runciman Ed. Payot. Paris 1952.

 

Le monde Byzantin I, l’empire romain d’Orient (330-641) sous la direction de Cécile Morrisson Éd. PUF. Paris 2004.

 

Le monde Byzantin II, l’empire romain d’Orient (641-1204) sous la direction de Cécile Morrisson Éd. PUF, Paris 2004.

 

Le chemin historique de l’Orthodoxie par Alexandre Schmemann. Ed. YMCA-PRESS 1995.

 

Le schisme d’Orient Par Steven Runiman. Éd. Belles Lettres. Paris 2005.

 

L’Église au VI e siècle » par Mgr Louis Duchesnes. Éd. Fontemoing- E. de Boccard. Paris 1925.

 

L’Église au pouvoir des laïcs ( 888-1057) in L’ Histoire de l’Église » Fliche & Martin, T . 7 Éd. Bloud & Gay. Paris. 1942.

 

L’Église primitive par J Lebreton et Jacques Zeiller in L’Histoire de l’Église » Fliche & Martin, T . 1 Éd. Bloud & Gay. Paris 1942.

 

L’Empire Ottoman par Yves Ternon Ed ; Michel de Maule. Paris 2015.

 

« L’Épopée Byzantine. Les Porphyrogénètes. Zoé et Théodora. Par G. Schlumberger Éd Hachette. Paris 1901

 

L’évangélisation des slaves - Cyrille et Méthode » par P. Duthilleul Éd. Desclée. Paris1963.

 

L’histoire ancienne de l’Église Par L. Duchesne T.I Éd. E. de Boccard. Paris 1923.

 

L’histoire ancienne de l’Église Par L. Duchesne T.II Éd. E. de Boccard. Paris 1910.

 

L’histoire ancienne de l’Église Par L. Duchesne T.III Éd. E. de Boccard. Paris 1929.

 

L’Histoire de Byzance » de John Julius Norwich Éd. Perrin. Paris 1999.

 

L’Histoire de l’Église » Fliche & Martin, T . 7 de Émile Amann et Auguste Dumas Éd. Bloud & Gay. Paris 1942.

 

L’histoire religieuse de l’occident médiéval de Jean Chélini Ed. Pluriel-Hachette. Paris 1991.

 

La vie religieuse à Byzance V Par Jean Gouillard Éd. Variorum Reprints. London 1981.

 

Les canons des conciles oecuméniques , « Fonti » Fasc. IX par Péricles Joannou, T I, 1 Éd. Typografia Italo-Oriental. Roma 1962.

 

Les Conciles Œcuméniques sous la direction de G Alberigo Tome 1, L’histoire. Éd. du Cerf. Paris 1994.

 

Les Conciles Œcuméniques sous la direction de G Alberigo, Tome 2 * Les décrets de Nicée à Latran V. Éd. du Cerf Paris 1994.

 

Les Conciles Œcuméniques sous la direction de G Alberigo Tome 2 ** De Trente à Vatican II . Éd. du Cerf. Paris 1994.

 

Les Regestres du patriarcat de Constantinople de 715 à 1206 par Venance Grumel Fasc. I et II Vol.I « les actes du patriarcat » deuxième édition-Ed. Institut Français d’Études Byzantines. Paris 1989.

 

Les regestres de 715 à 1206 par Venance Grumel Volume II deuxième édition -Éd. Institut Français d’Études Byzantines. Paris 1989.

Les slaves - histoire et civilisation par Françis Dvornik Éd. du Seuil. Paris 1970.

 

Les Slaves par Francis Comte Éd. Albin Michel. Paris 1996.

 

L’Église Russe face à l’Occident par Germain Ivanof-Trinadtzaty Ed. O.E.I.L. Paris 1991.

 

L’Église Russe par Brian-Chaninov Ed. Bernard Grasset. Paris 1928.

 

Les Églises Slaves Jean-Pierre Arrignon Ed; Desclée. Paris 1991.

 

Les racines chrétiennes de l’Europe de 313 à 1054. Par Michel Laroche. Éd. Erick Bonnier. Paris 2014.

 

Le Patriarcat Œcuménique dans l’Église Orthodoxe par le métropolite Maxime de Sarde. Éd. Beauchesnes. Paris 1975.

 

L’Église Orthodoxe par Jean Meyendorff Ed. Seuil. Paris1960.

 

L’Ecclésiologie du Haut Moyen-Age par Yves Congard Éd. du Cerf. Paris 1968.

 

Le Schisme Byzantin » par Martin Jugie Éd. Lethelleux. Paris 1941.

 

Les Orthodoxes russes par Antoine Niviere Ed. Brepols. Paris 1993.

 

L’Orthodoxie par Paul Evdokimov Ed. Delachaux Niestlé. 1965.

 

L’Orthodoxie par Thimothy Ware Ed. DDB. Paris1964.

 

L’Orthodoxie par Serge Boulgakof. Ed. Felix Alcan. Paris1932.

 

L’Orient Chrétien et l’essor de la papauté par Jean Meyendorff et Aristeides Papadakis. Éd. Le Cerf 2001.

 

Le Synaxaire ( 6 tomes) par Macaire Moine de Simonos-Pétras. Ed To Perivoli Tis PanHagias. Thessalonique 1987.

 

L’Évangélisation des Slaves par P. Duthilleul Ed. Desclée. Paris1963.

 

Les Églises Slaves par Jean-Pierre Arrigon Éd. Desclée. Paris 1991.

 

Les Slaves par Francis Conte Éd. Albin Michel. Paris 1986.

 

Le synode permanent par P. Joseph Hajjar. Orientale Christiana Analecta 164 Ed. Pont. insititutum Orientalium Studiorum. Roma 1962.

 

Mystagogie du Saint Esprit par saint Photios de Constantinople Éd. Fraternité Orthodoxe saint Grégoire Palamas. Paris 1991.

 

Naissance de la nation France » par Colette Beaune Éd. NRF Gallimard Paris 1985.

 

Orient et Occident » par W. de Vires Éd. Du Cerf. Paris 1974.

 

Œuvre Trinitaire introduite par une vie du pontife Byzantin écrite par le Starets Justin Popovich, « Encycliques du patriarche Photios » par saint Photios de Constantinople, T 1 Éd. Fraternité Orthodoxe saint Grégoire Palamas. Paris 1989.

 

Saints Cyrille et Méthode- patrons de l’Europe par Janez Vodopivec. P 84 Éd. Saint Paul. Paris 1986.

 

Saint Cyprien de Carthage, In « Correspondances  » T.II,    Lettres LXXII, « A Etienne, évêque de Rome ». P. 259 Ed. Belles Lettres. Paris 1961.

 

Saint Cyprien de Carthage, In «  Œuvres »   ; Lettre III, de l’unité de l’Eglise Catholique. P 67. Versailles 1857.

 

Saint Ignace d’Antioche : Lettre aux Smyrniotes, VIII, 2, Lettre aux Ephésiens IV  in « L’Empire et la Croix : lettres d’Ignace d’Antioche ». Ed. Grasset Paris 1957.

 

Symon Petlura et les Juifs par Taras Hunczar.&& Ed. Bibliothèque Ukrainienne Symon Petlura à Paris 1987.

 

Unité de l’Empire et division des Chrétiens par Jean Meyendorff . Éd. Le Cerf 1993.

 

Vie et mort de Byzance par Louis Bréhier Éd. Albin Michel. Paris 1992.

 

 

Nous avons également utilisé de très larges extraits d’un article rédigé par nous-même et publié en Ukrainien et en français : « Kiev la Mère de toutes les Églises Russ’ , un principe ecclésiologique ancien »

 

 

Revues:

 

Le Messager du patriarcat de Moscou :

« De l’autocéphalie dans l’Eglise » Par Troïstsky in « Le Messager de l’exarchat du patriarcat de Moscou  en Europe Occidentale » n° 12, Octobre 1952. P.34-35.

 

« ISTINA » Paris :

ISTINA XXXV 1990 N°1; XL 1995 N°4; XLI 1996 N°2; XL 1996 n°3; spécialement les articles ;« La constitution de la hiérarchie dans la Russ de Kiev par Vasyl Maksiyv in Istina XXXV.1990 n°1.Jan. Mars. P 89-93.

« La concession du saint myron à la métropole de Kiev (XIVe S.) et ses aspects actuels par Bernard Dupuy in ISTINA XXXV.1990.N°1. Jan. Mars. P 94-104.

ISTINA XLVI 2001 N°4 octobre-décembre P. 390-397.

 

 

 

Table des matières.

 

Introduction

 

Chapitre 1 : A l’ombre du Maréchal Pilsudski : La situation de la Pologne en relation avec l’Ukraine : 1919-1924

Chapitre 2 : Statut précaire et persécutions et de l’Église orthodoxe dans la nouvelle République de Pologne

 

Chapitre 3 : La genèse d’une fracture et les premiers pas vers la renaissance de l’Église orthodoxe d’Ukraine

 

Chapitre 4 : Les trois conciles orthodoxes polonais de 1922

 

Chapitre 5 : Situation géopolitique du patriarcat de Constantinople.  1) De 1453 à 1918

 

Chapitre 6 : Situation géopolitique du patriarcat de Constantinople. 2) De 1918 à 1924

 

Chapitre 7 : En Pologne en 1922-1924 : Acte I : l’entrée dans l’histoire d’un Caïn russe

 

Chapitre 8 : En Pologne en 1923-1924 : Acte II : La naissance d’un nouvea prophète, le métropolite Denys de Varsovie et de toute la Pologne

 

Chapitre 9 : Quel est le véritable auteur du Tomos de 1924 ?

 

Chapitre 10 : Les grandes manœuvres de l’État polonais en faveur de l’autocéphalie : après le bâton, les carottes

Chapitre 11 : Le Tomos et les fondements ecclésiologiques et canoniques de toutes les autocéphalies.

Chapitre 12 : La proclamation officielle de l’autocéphalie avec le concours actif de l’État polonais

Chapitre 13 : Le lieu emblématique de la conscience de l’Église Orthodoxe Ukrainienne : La Lavra de Potachaev et l’ukrainisation de l’Église orthodoxe de Pologne entre les deux guerres

Chapitre 14 : La résurrection du Patriarcat de Kiev : Acte I : 1939-1942

Chapitre 13 : La défection de nombreux évêques polonais  et leur retour dans le patriarcat de Moscou

Chapitre 15 : La résurrection du Patriarcat de Kiev : Acte II : 1943-1944

Chapitre 16 : Les principes ecclésiologiques qui guidèrent la fondation et les développements ultérieurs de l’autocéphalie polonaise-ukrainienne

 

Chapitre 17 : L’interprétation ecclésiologique de la Primauté de Kiev par le Métropolite Denys

 

Chapitre 18 : Le Saint Myron comme signe d’une autocéphalie plénière

 

Conclusion : Une inscription en lettres d’or !



[1]
                        [1] De son nom civil Constantin Nicolaevitch Valedynsky, né en Russie à Murom le 16 mai 1879. Son père Nicolas était archiprêtre dans l’une des églises de la ville.

[2]
                        [2] Le Tomos est publié dans le chapitre 10 : « Les grandes manœuvres de l’État Polonais en faveur de l’autocéphalie : après le bâton, les carottes. »
 

[3]
                        [3] Nous avons évoqué cette période de la métropole de Kiev dans le Royaume de Pologne et le Grand-Duché de Lituanie dans notre précédent article : «  Kiev la Mère de toutes les Églises Russ’ : l’expression un principe ecclésiologique ancien. »

[4]
                        [4] La Pologne de Pilsudski. Chapitre Premier. Pologna Restituta. P. 21, par Jules Laroche, ambassadeur de France, Ed. Flamarion Paris, 1953. Jules Laroche (1872-1961) est notre Grand Père paternel.
 

[5]
                        [5] La Pologne de Pilsudski. Chapitre Premier. Pologna Restituta. P. 7, par Jules Laroche, .ambassadeur de France, Ed. Flamarion Paris, 1953.

[6]
                        [6] Le saint Synode de l’Église Russe, qui à cette époque procédait aux élections épiscopal sur ce territoire, élisait le 21 avril 1913 l’Archimandrite Denys Valedinsky, évêque auxiliaire de Kremenets et Volhynie. Il deviendra en 1923 comme nous l’indiquons dans ce paragraphe archevêque de Kremenets et Volhynie.

[7]
                        [7] Mt XV, 14

[8]
                        [8] « La Liberté » 4 août 1921, n° 183. 

[9]
                        [9] Les deux évêques qui restaient dans la région Privislinsky et de nord-ouest étaient l'archevêque Tykhon Vilensky (par la suite Sa Sainteté Tykhon Patriarche de Moscou), ayant la résidence dans la petite ville de district le Dioléfine, au nord de la province Vilensky, et l'évêque Denys de Kremenetsky (Valedynsky), le vicaire de l’éparchie de Volhynie qui deviendra quelques années plus tard le second métropolite de Varsovie et de toute la Pologne. Les deux prélats se connaissaient donc très bien !

[10]
                        [10] Septembre 15/28 Année 1921, n° 1424. Signature : Le membre du saint Synode, le métropolite Eusèbe.

[11]
                        [11] Canon 34. Que les évêques doivent reconnaître l'autorité de leur primat.
Les évêques de chaque nation doivent reconnaître leur primat et le considérer comme chef ; ne rien faire de trop sans son avis et que chacun ne s'occupe que de ce qui regarde son diocèse et les campagnes dépendant de son diocèse. Mais lui aussi, qu'il ne fasse rien sans l'avis de tous ; car la concorde règnera ainsi et sera glorifiée le Père et le Fils et le saint Esprit.

[12]
                        [12] Le document pour la première fois sera officiellement publié par le Secrétariat du saint Synode de l'Église orthodoxe autocéphale Pologne dix ans plus tard, en 1931 dans : « la position juridique de la Sainte  Église Orthodoxe  Autocéphale de Pologne ».

[13]
                        [13] Archevêque Séraphim Chicagov 1853-1937. Élu par le saint Synode du patriarcat de Moscou en 1918 comme Archevêque de Varsovie, l’État polonais, refusa énergiquement cette nomination et lui interdit de se rendre de Russie en Pologne. Bien qu’ayant soutenu en 1927 le métropolite Serge Starogorodskii auquel il fit alors allégeance, et nommé métropolite de Leningrad en 1928, il fut arrêté et exécuté en 1937 et il mourut martyr. L’Église russe l’a canonisé et la Fête de saint Séraphim Chicagov est célébrée le 28 novembre calendrier Julien (11 décembre).

[14]
                        [14] Canon 14. Des évêques qui passent à un autre évêché.
 Il n'est pas permis à l'évêque d'abandonner son diocèse pour s'emparer d'un autre, même s'il est contraint par un grand nombre de personnes, à moins qu'il n'existe une raison plausible, qui le force de le faire, parce qu'il pourrait procurer un plus grand gain dans la vraie foi à son nouveau troupeau ; cependant, ce n'est pas à lui d'en juger, mais à un grand nombre d'évêques, qui en décideront et l'en prieront.

[15]
                        [15] Canon 2. Du bon ordre à garder dans chaque province et de la primauté qui revient aux grands sièges d'Alexandrie, d'Antioche et de Constantinople, et de ce qu'un évêque ne doit pas intervenir dans un évêché autre que le sien. 
Les évêques qui sont à la tête d'un diocèse ne doivent pas s'immiscer dans les affaires des Églises qui sont hors de leurs limites, ni jeter par-là le trouble dans les Églises. Mais, conformément aux canons, l'évêque d'Alexandrie administrera uniquement les affaires de l'Egypte, les évêques d'Orient gouverneront les Églises du seul Orient, tout en gardant la préséance reconnue par les canons à l'Église d'Antioche, et les évêques du diocèse d'Asie administreront les affaires de l'Asie seule, et ceux du Pont uniquement les affaires du Pont et ceux de la Thrace, les affaires de la Thrace seule. A moins d'être appelés, les évêques ne doivent jamais intervenir hors de leurs diocèses pour des élections d'évêques ou quelque autre acte ecclésiastique. Tout en observant au sujet des diocèses la règle prescrite ci-dessus, il est évident que, conformément aux ordonnances de Nicée, le synode provincial décidera des affaires de toute la province. Quant aux Églises de Dieu qui sont parmi les nations barbares, elles doivent être gouvernées selon la coutume établie du temps de nos pères.

[16]
                        [16] Canon 8. Vœu concernant les évêques de Chypre, qu'ils élisent à eux seuls aux sièges vacants de leur île. 
Un fait, qui est une innovation contraire aux coutumes ecclésiastique et une atteinte à la liberté de tous nous a été rapportée par Réginus, l'évêque très aimé de Dieu, et ses compagnons, les très pieux évêques Zénon et Evagre, de la province de Chypre. C'est pourquoi, comme le mal commun a besoin d'un remède d'autant plus fort que sa nuisance est plus grande, vu qu'aucune coutume n'a existé jusqu'ici que l'évêque de la ville d'Antioche sacre des évêques à Chypre, ainsi que les très pieux hommes qui ont eu recours au saint concile nous le prouvèrent par leurs rapports et de vive voix, les chefs des saintes églises de Dieu en Chypre resteront sans être inquiétés ni exposés à la violence, si, observant les canons des saints et vénérés pères, ils procèdent par eux-mêmes, selon l'ancienne coutume, à l'élection des très pieux évêques. Cette même règle sera aussi observée dans les autres diocèses et dans toutes les provinces, en sorte qu'aucun des évêques aimés de Dieu ne s'empare d'une autre province, qui ne fût déjà et dès le début sous son autorité ou sous celle de ses prédécesseurs; et s'il s'en était emparé et par force se la fût assujettie, il la rendra, afin que les canons des pères ne soient pas enfreints, ni que sous le prétexte d'actes sacrés ne s'insinue l'orgueil de la puissance mondaine et que sans nous en rendre compte nous perdions peu à peu la liberté, que nous a donnée par son propre Sang Jésus Christ notre Seigneur, le Libérateur de tous les hommes. Il a été donc décidé par le saint concile œcuménique que soient sauvegardés à chaque province purs et inviolés les droits acquis déjà et dès le début selon l'usage établi depuis toujours et le métropolitain sera autorisé de prendre copie conforme de notre décision pour garantir ainsi la sécurité de sa province. Si quelqu'un produisait une ordonnance opposée à la définition présente, le saint et œcuménique concile tout entier décide que cette ordonnance sera nulle et non avenue.

[17]
                        [17] Canon 20.- Qu'un évêque ne doit pas prêcher publiquement dans une ville épiscopale étrangère, qui a son propre évêque. 
Il n'est pas permis à un évêque de prêcher publiquement dans une ville qui n'appartient pas à son diocèse ; si quelqu'un est pris faisant cela, qu'il soit dépouillé de son évêché et réduit au rang de prêtre.

[18]
                        [18] Malheureusement ce document n’est pas numéroté et enregistré dans les archives du patriarcat de Moscou, bien que transmis par des historiens russes en faveur des thèses du patriarcat de Moscou. Nous le croyons authentique : Vrai ou faux, il reflète parfaitement la pensée du patriarche Thykon et celle des deux évêques pro-russes qui en Pologne s’opposaient à l’autocéphalie, c’est pourquoi nous le mentionnons.

[19]
                        [19] A la suite du partage de la Pologne entre l'Allemagne et l'Union soviétique, l'Eglise orthodoxe autocéphale présidée par le Métropolite Denys en Pologne avait perdu Volhyniesky, Vilensky, Polesssié et une partie importante des diocèses de Grodno. En septembre 1939, sous l'occupation par les troupes soviétiques de l'Ukraine occidentale et de la Biélorussie occidentale, les diocèses indiqués ci-dessus retournèrent au patriarcat de Moscou. Au moment où la ville de Vilnus fut rattachée à la Lituanie, le métropolite Eleuthère Bogoyavlensky y revint. Il fut  par la suite transféré à Kovno en Pologne où il accepta de l'archevêque Théodose (Theodosev) la gestion du diocèse Vilno-lituanien.
 

[20]
                        [20] Nous laissons de côté les autres nations en Asie Mineure et en Afrique du Nord sous domination ottomane, telles que le Liban, la Syrie, la Mésopotamie ( l’Irak) et l’Egypte.

[21]
                        [21] Le chemin historique de l’Orthodoxie par Alexandre Schmemann. Ed. YMCA-PRESS1995, p. 306.
 

 

[22]
                        [22] Phanar : quartier grec de Constantinople dans lequel se trouvait la résidence patriarcale et les maisons des principales familles ayant fait allégeance au nouveau pouvoir ottoman.

[23]
                        [23] Examiner également les dates que donnent dans le chapitre suivant le Professeur Alexandre Schmemann.

[24]
                        [24] L’Eglise Orthodoxe de Pologne et son autocéphalie. Chapitre IV. (En russe).

[25]
                        [25] Ier Canon Apostolique : «  De l'ordination des évêques. 
L'évêque doit être ordonné par deux ou trois évêques.

[26]
                        [26] Ier Concile œcuménique de Nicée, Canon 4. Par combien d'évêques un évêque est élu.
 L'évêque doit être avant tout choisi par tous ceux de la province ; mais si une nécessité urgente ou la longueur de la route s'y opposait, trois évêques absolument doivent se réunir et procéder à l'élection, munis du consentement écrit des absents. La confirmation de ce qui s'est fait revient de droit dans chaque province à l'évêque métropolitain.

[27]
                        [27] Mt XXVIII, 17

[28]
     [28] Pour comprendre la situation actuelle de confusion qui règne dans l’Église Orthodoxe, il faut revenir à l’origine de l’exercice de la primauté dans l’Église Orthodoxe: c’est le célèbre concile de Sardique présidé par Hosius de Cordoue, qui se réunit le 22 mai 347 et qui examinait les appels auprès du Pape Jules de Rome, de saint Athanase d’Alexandrie, de Marcel d’Ancyre et d’Asclépas de Gaza, déposés de leurs sièges au profit d’évêques ariens. Citons le passage du 3ème Canon qui concerne l’exercice de cette primauté : « Il faut de même décider, que si dans une province un évêque avait une plainte contre son frère dans l’épiscopat, aucune des deux parties ne doit faire venir des évêques d’une autre province pour arbitrer le différend. Si cependant un évêque pense qu’il fut condamné pour une affaire, qui à son avis n’est point mauvaise mais bonne, en sorte que écrivent à Jules, évêque de Rome, afin que le tribunal, le jugement doive être révisé, s’il plaît à votre charité, honorons la mémoire de l’Apôtre Pierre, et que les juges eux-mêmes cas échéant, soit à nouveau constitué par les évêques de la province voisine et que lui-même envoie des arbitres; mais si un pareil tribunal ne peut être constitué - car c’est à lui de décider si l’affaire a besoin d’être révisée. Ce qui fut déjà décidé ne doit pas être remis en question et le décret rendu sera confirmé. » Ce canon est complété par le 5ème canon : «Si un évêque est dénoncé et que les évêques de la même province réunis, le déposent de sa dignité, et que lui interjetant un appel recourt au bienheureux évêque de l’Église de Rome, si celui-ci veut bien l’entendre et estime juste de renouveler l’examen de l’affaire, qu’il daigne écrire aux évêques de la province voisine d’examiner avec soin et exactitude toutes choses et exprimer leur vote sur l’affaire en toute vérité. Si cependant quelqu’un prétend que sa cause doit être à nouveau entendus et sur sa prière l’Évêque de Rome juge bon d’envoyer des prêtres de son entourage, il faudra ajouter qu’il sera au pouvoir de ce même Évêque de Rome, dans le cas où il le jugera bon et décidera de devoir le faire, d’envoyer les personnes munies de l’autorité de celui qui les a envoyées, jugeront de l’affaire avec les évêques de l’endroit; et s’il estime que ce qui a été fait suffisait pour connaître et décider de l’affaire de l’évêque en question, il agira comme il semblera bon à sa très sage volonté. » Le principe d’un droit d’appel auprès du premier Siège a été retenu par toute l’Église Orthodoxe, comme pouvant s’appliquer aux deux Rome c’est-à-dire pour l’Église Orthodoxe devant la patriarcat de Constantinople. Celui-ci ne pouvant jamais juger directement l’affaire, mais s’il le juge possible, de renvoyer l’affaire devant le Concile ou le Synode qui a condamné l’évêque avec la présence de deux légats le représentant  et l’ajout d’évêques d’une Eglise locale voisine.
 

[29]
                                                                                                                                                                                                                                                      [29] Canon 1 : Relativement au calendrier : on reconnaît la nécessité de réformer le calendrier, mais pour ne pas adopter le Grégorien, - ce qui paraîtrait une reconnaissance indirecte de l’autorité romaine - on introduit des modifications dans le julien, de façon à le faire coïncider à peu près avec le grégorien. On ne s’oppose pas à l’admission d’une date fixe de Pâques.Canon 2 : Les diacres et les prêtres séculiers pourront se marier après l’ordination et se remarier après le veuvage (décision provisoire que réglera définitivement le Concile Général). 
                                                                                                                                                                    Canon 3 :
l’âge requis pour la chirotonie diaconale  est de 24 ans, celle du sacerdoce 24 ans et la chirotonie épiscopale est de 30 ans.

                                                                                                                                                                    Canon 4 : Seul le jeûne de Pâques est obligatoire pour les fidèles.

                                                                                                                                                                    Canon 5 : On ne donnera pas l’habit monastique à des personnes âgées de moins de 25 ans.

                                                                                                                                                                    Canon 6 : On coupera les cheveux des clercs et les vêtements ecclésiastiques se rapprocheront des habits laïcs.

                                                                                                                                                                    Canon 7 : Le divorce n’est valable que s’il est prononcé par l’autorité ecclésiastique ; le coupable ne peut se remarier avant un an ; l’adultère ne peut jamais épouser son complice.

                In « Histoire du Christianisme spécialement en Orient » T.III, P 84 Par P.  Henri Musset Editions Saint Paul Harissa Liban 1948.

 

 

[30]
                        [30] Les passages en Italiques sont de notre fait.

[31]
                        [31] Lettre aux Smyrniotes, VIII, 2, in « L’Empire et la Croix : lettres d’Ignace d’Antioche ». Ed. Grasset Paris1957.

[32]
                        [32] Lettre aux Ephésiens IV P.78 Ibidem.

[33]
                        [33] Ibidem VI

[34]
                        [34] Acte XV, 23-29

[35]
                        [35] Saint Cyprien de Carthage, In «  Œuvres »   ; Lettre III, de l’unité de l’Eglise Catholique. P 67  Versailles 1857.

[36]
                        [36] Saint Cyprien de Carthage, In « Correspondances  » T.II,    Lettres LXXII, « A Etienne, évêque de Rome ». P. 259 Ed. Belles Lettres Paris1961

[37]
                        [37] Lire sur ce sujet notre dernier ouvrage « Les racines chrétiennes de l’Europe- les antinomies et les synergies de l’Etat et de l’Eglise de 313 (Edit de Milan) à 1054. Editions Erick Bonnier. Paris 2014.

[38]
                        [38] In « Le Patriarcat Œcuménique dans l’Église Orthodoxe ». Par le métropolite Maxime de Sarde Éd. Beauchesne Paris 1975; p. 172 et 177

[39]
                        [39] Chapitre 16 : Les principes ecclésiologiques qui guidèrent la fondation et les développements ultérieurs de l’autocéphalie polonaise-ukrainienne.
 

[40]
                        [40] Président de la République de Pologne de 1922 à 1926 qui sera renversé par le coup d’état du maréchal Joseph Pilsudsky en 1926.

[41]
                        [41] A ce poste de 1923 à 1925.

[42]
                        [42] S. Ranevsky l'Église Ukrainienne autocéphale. Page 8 - Jordanville, USA. 1948..

[43]
                        [43] Entré à l’âge de 9 ans dans le monastère ukrainien de Potchuka en Galicie, il se rend quelques année plus tard dans le celui de Ugornitska dans les Carpathes. Afin de protéger les croyants orthodoxes contre l’action prosélyte des jésuites polonais, le Prince d’Ostrog fait édifier le Monastère de la sainte Croix à Duben. Saint Job en sera l’higoumène durant 22 ans. Mais souhaitant vivre comme un simple moine il se retire en Volhynie dans la Lavra de Poatchev dont il devient l’higoumène. A la fin de sa vie il a pu enfin vivre en reclus et fut revêtu de l’Habit Angélique ( Macroschema). Il né au Ciel en 1651.

[44]
                        [44] Cette argumentation ecclésiologique classique est de notre composition. Mais nous pouvons facilement croire que le grand métropolite Denys qui connaissait mieux que personne l’histoire de l’Église et le droit canon lui a tenu un discours comparable qui, on s’en doute, n’a pas été apprécié par  l’archevêque Séraphim de Berlin.

[45]
                        [45] Canon Apostolique 14. Des évêques qui passent à un autre évêché.
Il n'est pas permis à l'évêque d'abandonner son diocèse pour s'emparer d'un autre, même s'il est contraint par un grand nombre de personnes, à moins qu'il n'existe une raison plausible, qui le force de le faire, parce qu'il pourrait procurer un plus grand gain dans la vraie foi à son nouveau troupeau Canon Apostolique35. Des évêques qui font des ordinations dans un diocèse étranger.
L'évêque ne doit pas oser faire des ordinations hors des limites de son diocèse, dans des villes ou des campagnes qui ne dépendent pas de lui ; s'il est prouvé qu'il a fait cela sans le consentement de ceux à qui ces villes ou ces campagnes appartiennent, qu'il soit déposé, et ceux qu'il a ordonnés.au ; cependant, ce n'est pas à lui d'en juger, mais à un grand nombre d'évêques, qui en décideront et l'en prieront. 
                Canon 8. Du 3ème Concile Œcumnique d’Éphèse. Vœux concernant les évêques de Chypre, qu'ils élisent à eux seuls aux sièges vacants de leur île.

Un fait, qui est une innovation contraire aux coutumes ecclésiastique et une atteinte à la liberté de tous nous a été rapporté par Réginus, l'évêque très aimé de Dieu, et ses compagnons, les très pieux évêques Zénon et Evagre, de la province de Chypre. C'est pourquoi, comme le mal commun a besoin d'un remède d'autant plus fort que sa nuisance est plus grande, vu qu'aucune coutume n'a existé jusqu'ici que l'évêque de la ville d'Antioche sacre des évêques à Chypre, ainsi que les très pieux hommes qui ont eu recours au saint concile nous le prouvèrent par leurs rapports et de vive voix, les chefs des saintes églises de Dieu en Chypre resteront sans être inquiétés ni exposés à la violence, si, observant les canons des saints et vénérés pères, ils procèdent par eux-mêmes, selon l'ancienne coutume, à l'élection des très pieux évêques. Cette même règle sera aussi observée dans les autres diocèses et dans toutes les provinces, en sorte qu'aucun des évêques aimés de Dieu ne s'empare d'une autre province, qui ne fût déjà et dès le début sous son autorité ou sous celle de ses prédécesseurs; et s'il s'en était emparé et par force se la fût assujettie, il la rendra, afin que les canons des pères ne soient pas enfreints, ni que sous le prétexte d'actes sacrés ne s'insinue l'orgueil de la puissance mondaine et que sans nous en rendre compte nous perdions peu à peu la liberté, que nous a donnée par son propre Sang Jésus Christ notre Seigneur, le Libérateur de tous les hommes. Il a été donc décidé par le saint concile œcuménique que soient sauvegardés à chaque province purs et inviolés les droits acquis déjà et dès le début selon l'usage établi depuis toujours et le métropolitain sera autorisé de prendre copie conforme de notre décision pour garantir ainsi la sécurité de sa province. Si quelqu'un produisait une ordonnance opposée à la définition présente, le saint et œcuménique concile tout entier décide que cette ordonnance sera nulle et non avenue. 


                Canon 20 du 6ème Concile In Trullo : Qu'un évêque ne doit pas prêcher publiquement dans une ville épiscopale étrangère, qui a son propre évêque. 
Il n'est pas permis à un évêque de prêcher publiquement dans une ville qui n'appartient pas à son diocèse ; si quelqu'un est pris faisant cela, qu'il soit dépouillé de son évêché et réduit au rang de prêtre.

 

 

 

[46]
                        [46] Nous analysons ces deux oukases dans le chapitre intitulé : Chapitre 17 : L’interprétation ecclésiologique de la primauté de Kiev par le Métropolite Denys.

[47]
                [47] Nous analysons ces deux oukases dans le chapitre intitulé : Chapitre 17 : L’interprétation ecclésiologique de la primauté de Kiev par le Métropolite Denys.
 

[48]
                        [48] « Kiev,  la Mère de toutes les Eglises Rous’ : l’expression d’un principe ecclésiologique ancien. » Kiev 2014.

[49]
                        [49] Empereur de 959 à 963.

[50]
                        [50] Nous n’évoquons pas dans cet article les autocéphalies des Eglises préchalcédonienne qui ne sont pas orthodoxes.
 

[51]
                        [51] Nous n’évoquons pas dans cet article les autocéphalies des Eglises préchalcédonienne qui ne sont pas orthodoxes.
 

[52]
                        [52] Il fait sa soumission au Pape Urbain V à Rome en1367, mais en précisant que c’était là une démarche personnelle qui n’entrainait pas à sa suite l’Eglise Byzantine dans le même chemin. Le patriarche de Constantinople Philotéos et son beau père l’ex-empereur (et nouveau  moine) Jean Cantacuzène respectèrent ce choix personnel. Il était commémoré comme empereur dans la divine liturgie  à Aghia Sophia, mais ne communiait plus.

[53]
                        [53] « Kiev,  la Mère de toutes les Eglises Rous’ :   l’expression d’un principe ecclésiologique ancien. » Kiev 2014.

[54]
                        [54] « Les racines chrétiennes de l‘Europe ». P. 335-336. Ed. Erick Bonnier. Paris 2013.

[55]
                        [55] Chrysobulle : Du mot grec,  « Chrisos » : or, provient du fait que le sceau qui s’appliquait sur le décret impériale était en or.

[56]
                        [56] « Byzance-le monde orthodoxe » par Alain Ducellier Ed Arman Colin Paris 1986.

[57]
                        [57] « Les racines chrétiennes de l‘Europe ». P. 335-336. Ed. Erick Bonnier. Paris 2013.

[58]
                        [58] « Kiev la Mère de toutes les Églises Russ’ un principe ecclésiologique ancien ».

[59]
                        [59] Ibidem

[60]
                        [60] « De l’autocéphalie dans l’Eglise » in « Le Messager de l’exarchat du patriarcat de Moscou  en Europe Occidentale » n° 12, Octobre 1952. P.34-35.

[61]
                        [61] « Kiev la Mère de toutes les Églises Russ’ un principe ecclésiologique ancien ».

[62]
                        [62] Métropolite Michel Laroche « Kiev la Mère de toutes les Églises Russ’ un principe ecclésiologique ancien ».

[63]
                        [63] Nous donnons ici le contenu de cette lettre qui reniait tout ce à quoi le métropolite Denys avait cru et réalisé. En 1948 les moyens de pression des bolchéviques et leurs alliés sergianistes étaient sans limite. : « Votre Sainteté, Monseigneur le Patriarche Alexis ! "Chez notre Dieu, il y a la miséricorde et le pardon" ces mots du prophète sacré de l'Ancien Testament, rempli d’humiliation, de chagrin et de destruction de ses péchés, je m'adresse à votre Sainteté et je vous supplie d’être mon Assesseur et Intercesseur devant notre grande Mère-Eglise. Mon âme ne peut pas supporter cette punition et par le sentiment de dette de ma conscience, je vous implore d'accepter ma pénitence sincère, bien que tardive, de tous les péchés commis par moi par rapport à la Mère-Eglise.En comprenant le caractère provisoire et l'insuffisance canonique de l'autocéphalie, octroyée par Sa Sainteté le Patriarche de Constantinople en 1924, je reconnais et je proclame la nécessité sacrée de la bénédiction de la Grande Mère, l’Église Russe sur l'être autocéphale de sa fille la plus jeune, l'Eglise Orthodoxe Polonaise.
                Je supplie comme votre fils, Votre Sainteté de ne pas me priver, par la suite des relations liturgiques et canoniques avec cette Grande Mère, l'Église Russe, qui m'a élevé et fait grandir dans la hiérarchie de l'Épiscopat de cette  Église Polonaise, fille fidèle, à laquelle je suis lié par vingt-cinq ans  de moisson  dans mon service épiscopal.

                Par les bouches du Psalmiste, j'en appelle à Votre Sainteté : Mon Dieu! Prête l'oreille à mes paroles. Car chez toi est le pardon, qu’ils te vénèreront!" Par ces mêmes idées et ces sentiments dont je suis rempli, je me sens coupable et cela me tourmente, à présent, cruellement et je souffre. Je ne perds pas espoir, tout de même et j'espère fermement et je crois à l’'amour miséricordieux de votre Sainteté et de la Grande Mère, la Sainte Eglise Orthodoxe, avec ce mot « j'espère ». A votre Sainteté,  l’humble moine, le Métropolite Denys. La lettre de pénitence du Métropolite Denys fut lu  pendant la séance du saint Synode du Patriarcat de Moscou du 9 novembre 1948 et le Patriarche Alexis et le saint Synode l’ayant écouté ce message jugèrent « sincère, la confession de tous les péchés commis par l’ancien Métropolite Denys  de Varsovie par rapport à la Mère-église » et sa requête du retrait de son empêchement qui pesait sur lui auprès de la Mère-église et son acceptation aux relations canoniques, ont décidé :

                "1. Satisfaire la requête du Métropolite Denys, pour son sincère repentir, de retrouver ses relations canoniques avec la Mère, l'Église Russe restaurée.

                2. Estimer possible de lui garder, au vu des 35 années de service exécutées dans la dignité épiscopale, son  rang de Métropolite, mais sans lui attribuer, cependant, sa sortie de la juridiction du Patriarcat de Moscou du titre « Sa Béatitude».

                3. Communiquée à son Eminence, le Métropolite Denys en 1948, le 22 juin, la décision du Patriarche de Moscou et l'Épiscopat de l'Eglise Orthodoxe Russe sur l’octroi de l'Eglise Orthodoxe de Pologne des droits à l'autocéphalie ».

 

 

 

 

 

 


03/01/2016